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Les légendes du Graal

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Conscience Médiévale, Résonances Contemporaines – 1

30 Décembre 2025 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #cerveau, #Changeux

Nous avons vu qu'à l'époque médiévale, la conscience n'était pas vue comme un phénomène émergent du cerveau mais plutôt comme une propriété de l'âme, qui était considérée comme immatérielle et immortelle. L’âme utilise le cerveau et les sens pour interagir avec le monde, mais elle n’est pas réductible à eux. Augustin (354-430) définit la conscience comme la capacité de l’âme à se connaître elle-même et à juger ses propres actes. « Ne va pas au dehors, rentre en toi-même : c’est dans l’homme intérieur qu’habite la vérité. » (De vera religione, XXXIX, 72). La conscience est un mouvement vers l’intérieur, un acte réflexif où l’âme se contemple elle-même.

Pour Thomas d'Aquin (1225-1274) la conscience vient de l’âme, mais passe par les sens, donc l’intellect abstrait la vérité à partir des expériences sensibles, alors que pour Augustin l’introspection révèle la vérité déjà en nous. Il y a donc débat entre un certain matérialisme aristotélicien et un dualisme platonicien.

Averroès (1126-1198) défend une idée radicale selon laquelle l’intellect est universel et séparé du corps humain. Et, Maître Eckhart (1260-1328) décrit des états de fusion avec Dieu, où la conscience individuelle semble s’effacer pour atteindre une vérité universelle.

Étrangement, les expériences mystiques médiévales nous amènent directement – sans passer par la case ''Modernité'', à nos discussions contemporaines sur la conscience élargie, la méditation et les états modifiés de perception.

Et, je vous renvoie également à la reformulation d'Yvain de quelques intuitions de Thomas d'Aquin, avec des notions plus scientifiques...

 

En ces années 70, Elaine fait le tour de nos avancées, sur cette opposition au réductionnisme matérialiste qui considère la conscience comme un simple produit du cerveau.

 

Thomas Nagel (1937- ) ( rappelez-vous, c'est lui qui nous interrogeait sur le fait d'imaginer l'effet que cela nous ferait d'être une chauve-souris ? C'était en 1974). Il est l'un des grands philosophes américains contemporains. Professeur émérite à l'université de New York (NYU). Pour lui, '' une créature est consciente s'il y a un « effet que cela fait » d'être cette créature. '' et le fait d’être un organisme conscient ne peut pas être expliquée par la science physique seule.

 

Pour Whitehead, la réalité est un processus, pas une collection d’objets fixes. C’est une vision holistique, opposée au matérialisme classique. Et puisque même les plus petites unités de la réalité possèdent une forme d’expérience (bien qu’infime); toute la nature est "habituée" à ressentir et interagir à un certain niveau. Pour lui, la conscience humaine est une forme complexe de ce processus. Et, la conscience est une propriété universelle, à différents degrés.

 

Pour David Ray Griffin ( Whitehead’s Radically Different Postmodern Philosophy (1976)) la conscience n’émerge pas du néant, mais existe déjà sous forme élémentaire dans la nature. Cette vision contredit le matérialisme, qui affirme que la conscience est uniquement un produit du cerveau. Le cerveau ne crée pas la conscience mais l’organise.

 

Hubert Dreyfus ( What Computers Can’t Do (1972) ) soutient que la conscience et l’expérience vécue ne sont pas réductibles à des algorithmes.

 

The Self and Its Brain (1977) de Karl R. Popper et John C. Eccles ( neuroscientifique et prix Nobel) ; défend une idée clé: - La conscience qui ne se réduit pas aux processus neuronaux, n’émerge pas simplement du cerveau, mais a une autonomie et peut influencer la réalité physique.

 

Et, je rajouterai, aujourd'hui 50 années plus tard ( déjà ! ) que le débat s'est ouvert.

Tout d'abord les neurosciences se sont imposées, avec notamment Jean-Pierre Changeux, et ont proposé des modèles intégrant différents niveaux d'organisation, du moléculaire au cognitif, pour expliquer la conscience.

En réponse, la conscience est désormais étudiée à travers une collaboration entre neuroscientifiques, philosophes, psychologues et même physiciens, reflétant la complexité du sujet. Aussi, les questions fondamentales restent ouvertes...

J.P. Changeux

En 1983, Jean-Pierre Changeux (1936- ) avec son livre L’Homme Neuronal, défend une vision matérialiste de la conscience, affirmant qu’elle est entièrement explicable par les mécanismes du cerveau. Il a eu plusieurs échanges marquants avec d'autres penseurs et scientifiques sur cette question.

En 1977, Changeux avait déjà débattu avec le philosophe Paul Ricoeur dans un échange célèbre entre sciences et philosophie. Ricoeur défend une approche phénoménologique, insistant sur l’irréductibilité de la conscience à des mécanismes neuronaux. Changeux, lui, soutient que la neurobiologie finira par expliquer intégralement la pensée humaine.

En l'année 2000, au Collège de France, Changeux et David Chalmers ( 1966 - ) s’opposent frontalement. Changeux soutient que la conscience et les processus mentaux sont entièrement explicables par l'activité neuronale. Chalmers distingue les aspects fonctionnels de la conscience (les « problèmes faciles ») de l'expérience subjective elle-même, qu'il considère comme un défi majeur pour les explications purement physicalistes.

David Chalmers, dans L'Esprit conscient (1996) fait la distinction entre Les "problèmes faciles" de la conscience concernent les fonctions cognitives que la science peut expliquer, comme: La perception, l’attention, la mémoire, le contrôle du comportement; et le "problème difficile" de la conscience qui est celui de l'expérience subjective : "Pourquoi y a-t-il quelque chose que cela fait d’être conscient ?" - Même si nous comprenons tous les mécanismes neuronaux, cela n’explique pas pourquoi nous faisons l’expérience de la couleur rouge, de la douleur ou de la musique. Ainsi, une IA pourrait reconnaître des couleurs et répondre correctement à des stimuli visuels, mais elle n’aurait pas d’expérience subjective du rouge.

Chalmers rejette le matérialisme réductionniste, il propose que la conscience est une propriété fondamentale de l’univers, au même titre que l’espace, le temps et la masse. Il s’inspire de la physique pour suggérer que la conscience pourrait être un aspect irréductible de la réalité.

Il envisage une théorie selon laquelle toutes les entités physiques ont un certain degré de conscience, même les particules élémentaires. La conscience pourrait être une propriété omniprésente, qui s’intensifie dans les organismes complexes.

Indépendamment de son substrat physique, la Conscience pourrait être liée à l’organisation de l'information, ainsi, l’expérience subjective pourrait émerger d’un certain type de traitement de l’information, et pas seulement des neurones.

Sur ce dernier point: '' ce n'est pas la matière elle-même qui produit la conscience, mais la manière dont l'information est organisée et traitée. '' pourrait signifier qu'une intelligence artificielle pourrait, en théorie, devenir consciente si elle atteint un certain niveau d’organisation informationnelle similaire à celui du cerveau humain.

 

Cela signifierait que la conscience existerait fondamentalement dans l’univers sous une forme diffuse (comme la charge électrique ou la gravité). Mais elle ne deviendrait unifiée et sophistiquée (comme dans les humains) que lorsque l'information est organisée d'une certaine manière (idée fonctionnelle). Un peu comme l'électricité qui devient une force exploitable, quand elle est organisée sous forme de circuits électriques bien structurés.

 

Cette proposition se rapproche de la théorie proposée par le neuroscientifique Giulio Tononi (1960- ) en 2004: - la conscience dépend du niveau d’intégration de l’information « L’IIT (  Integrated information theory ) suggère que la conscience émane d’un système qui génère plus d’informations en tant qu’ensemble intégré que la somme de ses parties. La mesure clé de l’IIT est appelée Φ (phi), une mesure de l’information intégrée dans un système. En termes simples, elle quantifie l’information qui est générée par l’ensemble du système, au-delà de ce qui est produit par ses parties individuelles. Plus le phi est élevé, plus le système est considéré comme conscient ».

 

Tononi, ne suppose pas de conscience "fondamentale" comme Chalmers. Il se dit matérialiste. Chalmers, rejette le matérialisme réductionniste, c'est-à-dire l'idée que la conscience peut être totalement expliquée par les processus neuronaux, mais il cherche à intégrer la conscience dans une vision scientifique élargie. Il n'est pas opposé que toute matière puisse avoir un niveau fondamental de conscience.

 

Pour rejeter un matérialisme strict et ouvrir la porte à une vision plus vaste de la conscience et de l’Esprit. Il faut aller chercher du côté de :

Karl Popper et John Eccles qui défendent un interactionnisme dualiste : Le cerveau est une interface, mais l’esprit est une réalité immatérielle. La conscience influence le cerveau mais ne s’y réduit pas.

Bernardo Kastrup développe un idéalisme analytique : La réalité est une grande conscience universelle, dont nos esprits individuels sont des fragments. Le cerveau n’est qu’un filtre qui nous limite à une perception réduite de la réalité.

Thomas Nagel et Philip Goff défendent l'idée que la conscience n’émerge pas du cerveau, elle est partout, même dans les atomes. L’univers pourrait être un Esprit en évolution, plutôt qu’un simple mécanisme physique.

Roger Penrose et Stuart Hameroff proposent que la conscience ne vient pas du cerveau, mais d’un champ quantique fondamental.

Emmanuel Falque

Emmanuel Falque (1963- ), philosophe et théologien français a une approche phénoménologique.

Contrairement aux philosophies qui isolent la conscience comme un pur phénomène mental, Falque insiste sur son inscription corporelle. Dans Les Métamorphoses de la finitude, il explore comment la conscience est toujours marquée par la vulnérabilité, la souffrance, la mort et la résurrection. La conscience est une expérience vécue et incarnée, qui passe par le corps et ses limites. Il défend une vision où la conscience s’ouvre à un horizon plus large, qui peut être celui de l’Autre, du Divin, ou de l’Infini. La conscience humaine se découvre non pas comme une pure intériorité, mais comme traversée et transformée par ce qui la dépasse. Elle se transforme en vivant une expérience spirituelle.

Ce que me dit Falque, par un retour à l'expérience vécue, me ramène à la subjectivité, c'est à dire à la manière dont je perçois et vis les choses de l'intérieur. Certes, c'est se fixer sur le '' comment la monde apparaît '', s'attacher à l'expérience de la conscience sans hypothèses préconçues, dans son état le plus pur. C'est une reconstruction de ce que signifie « être conscient ».

Pour Falque, l'expérience n'est pas seulement un acte mental, elle est aussi incarnée, liée au corps, à la douleur, à la souffrance, à l'amour et aux émotions.

Et comme la phénoménologie, n'est pas seulement une méthode d'analyse des phénomènes de conscience, mais devient un moyen d'explorer l'ouverture de l'individu à la transcendance, au divin, à l'autre, mais aussi au détour par la souffrance et la finitude; alors, il appelle cette expérience, "épreuve" de la conscience.

Mais, n'est-ce pas un défi de définir la conscience de l'intérieur ?

Falque assure que l'on peut comprendre la conscience, en se dépassant soi-même, en intégrant des éléments de l'altérité ou de la transcendance qui l’ouvrent à autre chose que sa propre existence.

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