planete
Vers une Politique du Réel Relationnel
Introduction au Réel Relationnel
Avant de vous proposer ma réflexion et mes propositions ; je voudrais m'expliquer sur trois mots : - le '' Réel Relationnel '' et – l'Anthropocène.
En effet, la philosophie de Whitehead – dont je m'inspire - et les réflexions sur l’Anthropocène offrent des alternatives qui mettent l'accent sur l'interconnexion, le devenir et la réintégration de l'humain dans le système Terre.
La réalité des phénomènes ( de nos perceptions ), n'est pas un agrégat de « choses mortes » ou d'objets matériels isolés. Je pose donc, que le Réel est constitué d'un réseau vivant d'événements interconnectés en devenir. Et, le terme '' relationnel '' qualifie le Réel car le lien entre les éléments (humains et non-humains) est constant et constitutif de leur être.
De même, la réalité sociale et politique est définie par des pratiques partagées et des relations plutôt que par des individus autonomes. Et, les forêts, les rivières ou les infrastructures techniques (IA, réseaux numériques) ne sont pas des décors inertes, mais des participants actifs du Réel.
En Sciences, nous observons – non pas des objets isolés – mais des activités profondément interdépendantes. Un électron ou une forêt sont des « actualités » qui influent sur toutes les autres.
Chaque entité se définit par sa participation au réseau global. La séparation entre sujet et objet (ou entre humain et nature) ne correspond plus à rien.
En métaphysique, également, contrairement au phénomène (que l'on mesure) et à la structure (que l'on cartographie en réseau), le Réel est ce qui « injecte » de la Beauté, de la Vérité et de la Bonté dans le monde (*). Dans le document, cela se traduit par la recherche d'une « attention augmentée » aux signes faibles et à la « vivacité » du monde plutôt qu'à sa simple gestion comptable.
La notion d'Anthropocène :
« Février 2000, à Cuernavaca, Mexique. Une discussion animée a lieu lors d’un colloque consacré à l’ancienneté des impacts humains sur la planète. Le prix Nobel de chimie, Paul Crutzen, bout intérieurement depuis plusieurs minutes en écoutant ses collègues. Il se lève et s’écrie : « Non ! Nous ne sommes plus dans l’Holocène, nous sommes dans…, il s’arrête quelques secondes pour réfléchir, nous sommes dans l’Anthropocène ! » L’Anthropocène, c’est l’ère géologique où les sociétés humaines sont devenues, du fait de leurs activités industrielles, les principaux agents des grands équilibres et des changements de la planète Terre. Le mot est lancé. » ( Revue ''Sciences Humaines'' 15/12/2013)
Paul Crutzen, précise sa pensée en 2002, avec un article dans la revue Nature : il parle d' « époque » géologique et date son origine de l’invention de la machine à vapeur par James Watt, en 1784.
Auparavant, le géologue italien Antonio Stoppani, en 1873, avait évoqué l’influence humaine comme une « nouvelle force tellurique » et parlé d’une « ère anthropozoïque ». Puis, le Russe Vladimir Vernadski, inventeur de la notion de « biosphère », avait fait le même constat en 1926 et parlait, comme le scientifique et philosophe jésuite Pierre Teilhard de Chardin, d’une « Noosphère » (sphère de la pensée humaine) comme nouveau stade de développement de la Terre.
Du grec anthropos (humain) et kainos (nouveau/récent), l'Anthropocène suggère que l'être humain est devenu une force géologique à part entière, capable de laisser une trace indélébile dans les strates sédimentaires de la Terre (plastiques, radioactivité, béton, modification du cycle du carbone).
L'efficacité du terme ne vient pas de sa validation officielle par les géologues (qui fait encore débat), mais de son impact sur notre structure de pensée.
Comme nous l'avons vu avec Whitehead, la pensée classique sépare l'Homme (sujet) de la Nature (objet inerte). L'Anthropocène pulvérise cette distinction. Elle interroge notre responsabilité.
C'est un mot-outil qui permet de synthétiser des milliers de données disparates (extinction des espèces, réchauffement, acidification des océans) en une seule image mentale puissante : l'Homme a pris les commandes du vaisseau spatial, mais il n'a pas encore écrit le manuel d'utilisation
Mes questions :
Aujourd'hui, le terme « Anthropocène » n'est-il que dramatique ? Ce terme est-il un couperet métaphysique ?
Le coupable est-il la technologie ? - Mais pour Whitehead, la technologie n'est pas un outil neutre manipulé par un sujet. Elle est une « préhension physique » massive qui modifie la structure du monde. Si je parle de « responsabilité technologique »,je reste dans l'idée qu'il y a un pilote (l'humain) et un instrument (la machine). L'Anthropocène dit autre chose : la technologie est devenue une couche de la croûte terrestre.
Les géologues constatent un fait vertigineux : des phénomènes d’origine sociale deviennent lisibles dans la roche elle-même. Les isotopes artificiels, les plastiques, les bétons et l’empreinte d’une extinction massive commencent à constituer des marqueurs stratigraphiques. Autrement dit, l’histoire humaine entre dans la géologie. Le social devient géophysique. Le politique devient climatique. Le mot Anthropocène est inventé pour nommer ce seuil inédit.
Chaque entité actuelle doit intégrer la totalité du passé. L'Anthropocène signifie que nous avons injecté des données tellement massives et toxiques dans le « donné » du monde que la liberté de création des générations futures est radicalement impactée.
Le Futur est-il ouvert ? Le futur est « ouvert » au sens où la nouveauté est possible, mais il est « fermé » par le fait que nous avons déjà écrit les premiers chapitres de notre futur des 50 000 prochaines années.
Nous touchons au cœur de la tension entre le Passé et le Futur chez Whitehead. L'aventure ne se joue pas sur une page blanche. Elle se joue dans un cadre que nous ne choisissons pas.
Le Passé est une "Donnée Têtue": Le passé ne se contente pas de "s'imposer", il fournit les seuls matériaux disponibles pour construire le futur.
Nous ne pouvons pas créer n'importe quel futur. Vous ne pouvons créer qu'à partir des ''Objets Éternels'' ( des potentiels purs) (*), et tout n'est pas possible dans notre situation présente. Si nous avons détruit la biodiversité, le futur n'est pas libre de la réinventer par magie.
Si nous créons une nouveauté qui est en contradiction totale avec le ''nexus'' (*) qui la porte, cette nouveauté s'autodétruit ou devient du "Mal" (discordance) (*).
Pour qu'une société (humaine, biologique) persiste, elle doit respecter les règles de son propre équilibre organique. L'aventure de l'Anthropocène nous impose une règle brutale : soit nous intégrons les limites de la biosphère dans notre "but subjectif", soit le processus s'arrête par effondrement. Ce n'est pas une fatalité, c'est la condition de possibilité de l'existence.
Dans l’Anthropocène, l'humain devient une force planétaire. Il ne se contente plus d’habiter la Terre : il modifie ses grands cycles, ses climats, ses sols, ses océans. Il agit comme un organe à l’intérieur du métabolisme terrestre, un organe capable de dérégler l’ensemble du corps.
C’est pourquoi le terme est souvent perçu comme tragique. Les ères géologiques du passé ont presque toujours commencé par des ruptures violentes : glaciations, éruptions, chutes de météorites, extinctions massives. L’Anthropocène commence lui aussi par une rupture, mais cette fois l’astéroïde a la forme de nos modes de vie. La catastrophe n’est pas un accident extérieur. Elle est le produit normal d’un système économique, technique et culturel devenu planétairement actif. Nous sommes à la fois les auteurs et les patients de cette bascule. Le tragique ne vient pas du mot, mais de la situation qu’il rend visible.
Le mot Anthropocène est un mot prononcé pendant que le sol bouge encore, pendant que l’air se réchauffe, pendant que les océans se transforment. C’est un mot qui arrive dans le monde comme un diagnostic, presque comme une alerte, et c’est précisément ce caractère qui le rend si dérangeant, mais aussi si nécessaire.
En conclusion :
L’Anthropocène est ainsi à la fois un diagnostic et une invitation. Le diagnostic d’un monde rendu instable par nos propres systèmes. L’invitation à devenir enfin une humanité consciente de sa place, de son rôle et de sa responsabilité planétaire. Ce n’est pas la fin de l’histoire humaine. C’est le moment où elle commence à s’écrire, pour la première fois, en pleine conscience de la Terre qui la porte.
(*) Notes :
Encore du vocabulaire, avec Alfred North Whitehead :
Le réel n’est pas un décor. Il est un acteur, il n’est pas “indifférent”. Il est porteur de directions vitales : La bonté est ce qui permet au vivant de continuer. Ce qui est beau est ce qui peut durer. le Pour Whitehead, le processus de création du monde (la concrescence) n'est pas aveugle, le Réel n'est pas constitué de matière inerte, mais de « pulsations d'expérience » (entités actuelles). Le Réel est par nature, porteur de valeur.
• Entité actuelle (ou occasion actuelle) : C'est la réalité concrète ultime de l'univers, une « goutte d'expérience » ou un événement éphémère qui constitue la brique de base du monde. Chaque entité actuelle est un processus de devenir qui s'auto-crée en intégrant le passé.
• Objet éternel : C'est un potentiel pur ou une forme de détermination (comme une couleur, une forme géométrique ou une valeur) qui ne change jamais. Ils ne sont pas réels en soi mais deviennent efficaces lorsqu'ils sont incorporés dans une entité actuelle pour lui donner une qualité spécifique.
• Concrescence : C'est le processus de « croissance ensemble » par lequel une entité actuelle naissante unifie la multiplicité des données du passé et des potentiels pour former sa propre unité nouvelle et unique.
• Nexus : Il s'agit d'un réseau ou ensemble d'entités actuelles liées entre elles par leurs préhensions ou sentiments mutuels. Un nexus forme une unité de parenté, comme un corps humain ou une société.
• Mal : Le mal est défini comme une perte de valeur ou de richesse d'expérience. Il peut s'agir de souffrance physique ou mentale, ou d'une « trivialité inutile » qui empêche l'émergence d'une expérience plus intense et harmonieuse.
• Discordance : C'est une forme de mal résultant du conflit entre des réalités incompatibles qui s'entre-heurtent au lieu de se renforcer. Elle est l'opposé de l'harmonie esthétique.
• Beauté : C'est l'harmonie et l'intensité de sentiment atteintes lors de la concrescence d'un événement. Elle représente le but ultime de la création : une synthèse où les contrastes enrichissent l'unité.
• Vérité : Elle correspond à la conformité entre l'apparence subjective (le pôle mental) et la réalité physique dont elle dérive. Une expérience est vraie lorsque ce qu'elle sent correspond à ce qui est réellement présent dans son monde actuel.
• Bonté : Elle est liée à la générosité créatrice qui permet à l'autre d'exister pour lui-même et à la responsabilité envers l'harmonie du tout.
Relier les Enjeux pour Transformer
Je ne vais pas m'étendre sur l'étendue de la crise et l'éternelle répétition de ce qui nous manque, de ce que nous avons perdu, de ce que nous avons à défendre.
Réfléchissons sur ce que nous avons à proposer, en changeant de point de vue... Enfin, je vais m'y essayer :
Principes et Nouvelle perspective
Un principe physique : La réalité n’est pas un agrégat de choses mortes, mais un réseau vivant d’événements interconnectés en devenir. Alfred North Whitehead nous enseigne que « le monde est composé d’événements profondément interdépendants plutôt que d’objets matériels isolés ».
Les philosophes nous interrogent sur la distinction entre sujet et objet ; elle ne correspond plus à rien : « le lien entre les humains et les non-humains est absolument constant » ( B Latour).
Pour ce qui est du futur, la physique même, nous invite à réinventer notre manière de penser le monde.
L'alliance de la philosophie du processus, de l’écologie politique des réseaux et d’une conscience temporelle fluide, crée un prisme inédit : elle nous permet d'imaginer le monde comme un tissu vivant de relations.
Dans cette perspective, les crises du climat, de la santé, de la sécurité, du travail... ne sont pas de simples problèmes techniques, mais des symptômes de désordres dans notre réseau collectif, englobant les humains, les écosystèmes et les dispositifs techniques.
La participation des « agents non-humains » : Des éléments tels que les forêts, rivières, écosystèmes et infrastructures ne sont plus perçus comme inertes, mais comme des participants actifs à l'habitat commun de la Terre. Il en va de même pour la Technologie (réseaux numériques, IA) et le Travail (plateformes automatisées, chaînes de production), qui sont des composantes intégrales de ce réseau. La Géopolitique est également analysée sous cet angle, impliquant les matières premières, les frontières et les flux internationaux.
Chaque enjeu (climat, santé, sécurité, éducation, travail) est compris comme un nœud de processus relationnels.
Les institutions et politiques sont repensées en réseau, abolissant la séparation hiérarchique entre technique et société.
Propositions pour le Climat, l'Agriculture et l'Alimentation
Voici quelques propositions nouvelles, qui pourraient rejoindre nos programmes politiques de tous bords.
Le changement climatique doit être perçu comme une planète réorganisant sa vitalité, où des éléments comme l'oxygène ou les forêts agissent comme des partenaires au sein d'un réseau vivant. Pour y répondre, nous proposons la mise en place de « conventions citoyennes » incluant des représentants du vivant (rivières, sols) pour co-construire une « diplomatie des interdépendances ».
Au lieu de considérer la terre comme un support inerte pour une production de biomasse standardisée, la politique du réel relationnel propose :
Privilégier la rusticité et la co-évolution : Stopper l'hypersélection vers la performance pure (comme la vache Holstein) pour réintroduire des espèces capables de dialoguer avec leur environnement local.
Projets Alimentaires Territoriaux (PAT) : Créer des systèmes où la recherche, les producteurs et les citoyens décident ensemble des trajectoires de culture en fonction de l'équilibre des écosystèmes locaux, et non des seuls prix du marché mondial.
L'agronomie comme « clinique » : Passer d'une agriculture de « paquets techniques » chimiques à une pratique de soin qui écoute les feedbacks de la biodiversité (insectes, champignons, cycles de l'eau)
La Santé, la Justice, la Démocratie et l'Éducation
Nous proposons, en matière de santé, l'approche « One Health » : Une seule santé : qui considère la santé humaine, animale et environnementale comme interconnectées, analysant les crises sanitaires dans un cadre global d'interactions écosystémiques.
Droits juridiques aux écosystèmes : Accorder une personnalité juridique à des entités comme des rivières ou des forêts (en tant que Nexus), représentées par des tuteurs humains responsables.
Justice intergénérationnelle : Établir des budgets et des lois fondés sur l'obligation ontologique envers ceux qui ne sont pas encore nés, en considérant que nous sommes les « scribes involontaires » de leur futur habitat.
Reprise de contrôle sur les « ultraforces » : Engager une lutte stratégique pour réencastrer les firmes transnationales dans des normes sociales et écologiques strictes, car la liberté n'est pas l'absence de règles, mais la navigation lucide dans nos dépendances
L'éducation doit préparer les générations à habiter un monde « froissé » et incertain. Elle doit devenir « organique », où la vie entière est objet d'étude, remplaçant la transmission statique par des parcours interdisciplinaires sur le terrain où l'élève développe son intelligence relationnelle par l'exploration directe du flux du monde. Instituer des parcours pédagogiques interdisciplinaires sur le terrain (learning expeditions, fermes-écoles, projets citoyens) où l’élève participe à des actions en réseau.
Apprendre à « lire » les trajectoires techniques : Enseigner aux élèves à suivre le parcours d'un produit, de sa mine d'origine à son dépôt géologique final, pour comprendre l'écriture de l'humain dans la « Terre-Archive ».
Abolir la séparation des disciplines : Étudier la « vitalité » à travers la biologie, la poésie et la technique simultanément, afin d'éviter la « bifurcation » de la pensée entre faits et valeurs.
Recherche transformative et participative : Sortir les chercheurs de leurs laboratoires pour créer des « tiers-lieux » où les citoyens participent à la production du savoir, transformant l'acte de recherche en un acte de réparation sociale et écologique.
Le Travail, la Technologie et le Pouvoir d’Achat
La croissance ne doit plus être mesurée comme une accumulation de substances (PIB), mais comme une intensification de l'expérience :
Remplacer le PIB par des indicateurs de satisfaction organique : Utiliser des mesures qui valorisent la santé des écosystèmes et la richesse des relations sociales plutôt que la simple circulation monétaire.
Le travail comme contribution au Nexus : Redéfinir l'emploi non plus comme la vente d'un temps abstrait, mais comme une participation active à la maintenance d'une communauté ou d'un territoire vivant.
Promotion des coopératives et entreprises sociales : Encourager les coopératives et entreprises sociales organisées en réseaux transnationaux de solidarité, comme des « firmes-réseaux » où de petites unités de production locales échangent des savoir-faire.
Économie de flux énergétique : Passer radicalement d'une énergie de « stocks » (extraire ce qui est mort, comme le pétrole) à une énergie de « flux » (capter ce qui est vivant, comme le solaire ou l'éolien) pour s'insérer dans les rythmes de la planète.
Pour soutenir le pouvoir d’achat, nous préconisons une économie circulaire où les communautés locales valorisent leurs propres ressources pour réduire la précarité. Sur le plan technologique, il s'agit de promouvoir des outils appropriables et décentralisés (logiciels libres, réseaux citoyens) et d'inventer des « techniques du lien » mettant l'intelligence humaine-machine au service de la coopération plutôt que de l'exploitation.
Les « techniques du lien » : L'objectif est de dépasser une technologie monoforme exploitant les individus pour inventer des « techniques du lien », où l’intelligence humaine-machine se met au service de la coopération sociale. La technique devient une composante à part entière des assemblées citoyennes, et chaque salarié redevient un « actant » de son réseau de production, où la valeur est créée pour le collectif.
La Géopolitique, l'Immigration, la Guerre, le Terrorisme
Favoriser une diplomatie interconnectée plutôt que l'opposition en blocs rivaux, en créant des institutions transnationales où tous les pays co-construisent les règles à l’échelle du “système Terre”.
Priorité à la survie de l'écosystème planétaire : L'accent est mis sur les interdépendances (climat, santé collective, prospérité partagée) pour lier les politiques de défense aux missions de vie commune, en visant un horizon politique centré sur la survie de l’écosystème planétaire plutôt que sur la compétition.
Émergence d'« alliances écologiques » : Dépasser les logiques de puissance classiques par de nouvelles « alliances écologiques », comme la coopération entre nations riveraines de mêmes écosystèmes ou le partage d’infrastructures écologiques.
La sécurité, à côté d'une défense armée, doit évoluer vers la protection des réseaux vitaux (eau, air, alimentation), valoriser une diplomatie centrée sur la gestion des conflits et des risques, intégrant la préservation de l’environnement et la coopération internationale.
Gestion des flux migratoires et lutte contre le terrorisme : Créer des médiations hybrides (États, entreprises, associations) pour réguler les flux migratoires, avec des accueils et formations communautaires multi-acteurs. Dans la lutte contre le terrorisme, renforcer les réseaux de confiance communautaires (éducation interculturelle, soutien psycho-social) comme alternative à la militarisation.
La Politique du Réel Relationnel et les Enjeux Énergie-Intelligence Artificielle
Technologie et IA : Contre une IA qui pétrifie le futur en répétant le passé, une technologie relationnelle propose :- Une IA de visibilité du Nexus : Utiliser les algorithmes non pour remplacer la décision humaine, mais pour rendre visibles les milliards de liens invisibles (écologiques, climatiques) que nos choix impactent.
Développer des logiciels libres et des réseaux de télécommunications décentralisés qui servent à l'« empowerment » des acteurs locaux plutôt qu'au contrôle centralisé.
L'élargissement de notre action au « réel relationnel » est une nécessité de survie face au poids de l'Anthropocène. Dans le domaine de l'énergie, nous devons passer d'une économie de « stocks » (fossiles) à une économie de « flux » (renouvelables), en utilisant la sobriété énergétique comme levier de réencastrement dans les limites de la biosphère.
Les services publics, tels qu'EDF, doivent devenir des hubs d'innovation durable (smart grids, stockage) gérés par une intelligence humaine-machine éco-responsable.
En fin de compte, la politique du réel relationnel exige des institutions « ouvertes » (budgets participatifs connectés, tribunaux écologiques) capables d'ajuster notre trajectoire temporelle vers une habitabilité partagée
Énergie et Intelligence
Détaillons cette réflexion, parce ce que : Énergie et Intelligence, seront sans-doute deux nœuds critiques du réseau.
Notre rapport au monde en termes de processus et de réseaux, sont liés sans-aucun dote à la problématique énergétique et à l’avènement de l’Intelligence Artificielle.
Aujourd’hui, nos choix énergétiques et technologiques influent sur ces processus à l’échelle planétaire. D’un côté, la demande énergétique mondiale ne cesse de croître – la consommation finale a crû de 52 % depuis 1990. La consommation d’électricité mondiale a bondi de +4,3 % en 2024, dopée par des vagues de chaleur, l’électrification des transports et l’explosion des centres de données et de l’IA. L’Agence Internationale de l’Énergie note que près de 80 % de cette croissance a été couverte par des énergies bas carbone (renouvelables et nucléaire), mais que les fossiles dominent toujours le mix mondial (58,6 % de la production électrique en 2024). Parallèlement, le numérique – avec l’intelligence artificielle en particulier - envahit tous les secteurs et soulève de nouveaux défis démocratiques et énergétiques.
Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation électrique mondiale des centres de données – alimentés massivement par l’IA – pourrait doubler d’ici 2030 pour atteindre environ 945 TWh, soit près de 3 % de la demande globale. Ces chiffres traduisent une augmentation annuelle de la demande des data centers d’environ 15 %, quatre fois plus rapide que celle de tous les autres secteurs combinés.
Les centrales électriques, les gouvernements, les entreprises pétrolières, les algorithmes d’IA et les citoyens forment une '' collectivité '' hétérogène où règnent des associations fluctuantes.
Dans cette optique, une analyse systémique de l’énergie et de l’IA implique de tracer les flux matériels (électricité, carburant, ressources naturelles) et immatériels (données, décisions politiques, consensus social). L’interconnexion globale signifie qu’une décision (par exemple, lancer un nouveau serveur IA) résonne dans tout le réseau (impact sur la demande de charbon ou de renouvelables, sur les besoins de refroidissement, etc.). Cette approche relationnelle inspire la réflexion sur les transformations nécessaires : elle valorise la diversité des acteurs (des PME innovantes aux institutions publiques) et la coopération multi-niveaux plutôt que la simple concurrence.
Notre défi est celui de notre contexte social qui souhaite rester libéral, valorisant l’initiative individuelle et les marchés. Un libéralisme qui s’accompagne, en France et ailleurs, d’infrastructures publiques fortes. Notre modèle illustre la tension entre libéralisme et maintien d’un service public stratégique.
Dans cette société mixte :
- Les initiatives privées (startups énergétiques, géants du numérique) innovent rapidement, motivées par la concurrence et le profit.
- Les acteurs publics (services d’État, opérateurs historiques) garantissent la continuité, la sécurité et l’équité d’approvisionnement énergétique.
Les institutions cherchent à concilier ces logiques. Par exemple, la loi française sur l’énergie/climat fixe pour EDF une réduction de sa part nucléaire (de 65 % aujourd’hui à 50 % d’ici 2035), ouvrant la voie à plus de renouvelables tout en reconnaissant le rôle pivot d’EDF dans la transition. Ce modèle libéral-associatif requiert un équilibre : encourager l’esprit d’entreprise et les innovations « bottom-up », tout en maintenant un cadre réglementaire robuste et des services publics forts pour absorber les externalités (pannes, gaspillages, pollution, etc.).
Les géants pétroliers se retrouvent dans une position paradoxale :
D’un côté, ils possèdent le réseau logistique, le capital et l’expertise (pétroliers, raffineries, sites offshore) capables de distribuer des énergies carbonées à grande échelle.
De l’autre, ils doivent désormais répondre à une demande croissante de « sobriété énergétique » et d’énergie propre, poussée par les consommateurs et les gouvernements.
Le dilemme est aigu : continuer à extraire tant que la demande existe, ou accélérer la transition (ce qui peut aliéner une part de leur modèle d’affaires).
Dans une lecture systémique, on voit que ces entreprises ne sont pas seulement productrices de pétrole, elles sont au cœur de réseaux énergétiques mondiaux (investisseurs, fournisseurs, clients, gouvernements). Leur stratégie impacte tout le système. Si elles se repliaient, ce serait un choc brutal pour l’économie ; si elles ralentissent trop la transition, la crise climatique s’aggrave. D’où l’importance de mesures publiques incitatives et répressives (taxes carbone, quotas, financements des renouvelables) pour guider le changement, même en économie libérale.
Les services publics centralisés, comme EDF pour l’électricité, jouent un rôle structurant dans le paysage énergétique. Au sein d’une société favorisant l’initiative individuelle, les services publics comme EDF incarnent la continuité collective. Ils assurent un approvisionnement stable « au coût réel » et régulé (via l’ARENH, tarif réglementé, etc.) pour tous les citoyens, quelles que soient leurs ressources. Dans notre récit prospectif, on peut imaginer qu’EDF et entités similaires deviennent des hubs d’innovation durable : en tirant parti de leur expertise, elles investissent massivement dans le stockage d’énergie, les réseaux intelligents, la récupération de chaleur fatale, et le couplage des infrastructures (eau, chauffage urbain, bornes de recharge).
En parallèle, la démarche systémique invite à repenser la gouvernance de ces services publics. Plutôt que d’opposer “état versus marché”, il s’agit d’envisager des collaborations hybride (public-privé, coopérations européennes). Par exemple, l’État pourrait fixer un cap ambitieux – comme la neutralité carbone – et mettre EDF en mission pour électrifier massivement les usages (chauffage, transports) tout en augmentant la production renouvelable. Cette vision orientée systèmes voit le réseau électrique non plus comme simple tuyau, mais comme un collectif fluide où chaque composant (centrale, consommateur, centrale de recharge de voiture, IA de régulation) fait partie d’un même processus.
La sobriété énergétique – réduite à sa mesure la plus simple, c’est la réduction volontaire de la consommation – apparaît comme un levier indispensable. Dans notre cadre libéral, la sobriété peut sembler contre-intuitive (car elle freine la croissance économique classique). Pourtant, les limites planétaires imposent cette remise en question fondamentale : notre mode de vie « énergivore » est devenu incompatible avec la préservation de l’écosystème. Des organismes tels que Transition Énergétique Citoyenne soulignent que, sans un virage rapide vers la sobriété, la transition écologique échouera.
La sobriété se décline sur plusieurs niveaux : elle commence par le ''haut'' :
- Collectif et politique : les gouvernements peuvent mettre en œuvre des incitations (taxes sur la consommation numérique extrême, soutien aux innovations sobres, quotas d’efficacité) et des règles pour éviter le gaspillage (normes élevées pour les datacenters, promotion de l’économie circulaire, etc.).
- Technologique : les ingénieurs et concepteurs d’IA peuvent optimiser les algorithmes pour qu’ils consomment moins d’électricité (modèles plus compacts, réutilisation de calculs, veille automatique des datacenters). L’idée est de ne pas multiplier indéfiniment la puissance machine : toute efficacité compte, car chaque modèle d’IA s’appuie sur un gigantesque « sac de calcul » déjà payé en énergie.
- Individuel : chaque citoyen ou entreprise peut adopter des pratiques d’économie d’énergie (isolation, mobilité douce, déconnexion numérique raisonnée, etc.). Par exemple, limiter le streaming vidéo en haute définition ou revoir la puissance de ses serveurs locaux sont des gestes concrets qui réduisent l’empreinte numérique.
Une approche relationnelle du problème insiste aussi sur l’économie d’effets plutôt que la recherche infinie de performance. Par exemple, il ne s’agit pas seulement de développer le modèle d’IA le plus puissant, mais de questionner pourquoi chaque service numérique existe. Peut-être qu’une simple automatisation intelligente, sans surdimensionner les capacités, suffit dans de nombreux cas. En d’autres termes, la sobriété peut aussi se traduire par une réflexion systémique : on évalue la véritable plus-value d’un usage de l’énergie avant de le généraliser.
Dans ce récit spéculatif d’un futur proche, la société libérale prospère grâce à l’initiative individuelle, mais elle s’enracine aussi dans des services publics puissants pour les enjeux collectifs. On pourrait imaginer une décennie 2030 où :
- Les entreprises (y compris pétrolières) diversifient leurs portefeuilles d’énergies : les géants du pétrole développent massivement les biocarburants avancés, l’hydrogène vert, l’extraction de CO₂ (« carboneutralisation »), et utilisent l’IA pour optimiser leurs chaînes. Tout en cela, ils vendent encore des hydrocarbures dans les régions où la transition est plus lente.
- EDF, SNCF, GRDF et autres opérateurs publics intègrent l’IA dans la gestion des réseaux (« smart grid »). Les compteurs et capteurs intelligents permettent un ajustement en temps réel de la production (parc nucléaire ancien régulé par IA, parcs renouvelables modulés selon la demande, etc.). En parallèle, les services publics installent des stations de recharge rapide pour véhicules électriques, alimentées par la surveillance prédictive d’une IA éco-responsable.
- Les citoyens adaptent leur usage numérique (par exemple, en programmant la veille automatique de leurs appareils et en boycottant les émissions vidéo inutiles), encouragés par des campagnes de sensibilisation et par des applications d’IA qui mesurent leur empreinte carbone digitale. Des plateformes collaboratives émergent pour partager l’électricité produite localement (panneaux solaires sur toits, petit stockage domestique), diminuant ainsi la dépendance aux centrales lointaines.
L'IA doit être sobre non par éthique, mais parce qu'elle est une composante physique du réseau qui, si elle sature le système, détruit sa propre condition d'existence. Les algorithmes apprennent à se réguler en fonction des ressources : une IA de trafic routier peut décider de ne lancer certains calculs qu’aux heures creuses énergétiques. Les développeurs d’IA grand public publient des bilans carbone et optimisent leurs centres de données. Les métaphores whiteheadiennes se vérifient : l’intelligence artificielle « considère » l’énergie comme un acteur parmi d’autres, et ajuste ses choix en fonction de l’interconnexion globale du système.
Pour réussir ce scénario, plusieurs actions clés se dessinent (sans hiérarchiser) :
- Intensifier la recherche en efficacité énergétique de l’IA (par ex. architectures neuromorphiques ou algorithmes quantiques moins gourmands).
- Développer massivement les renouvelables et le stockage (l’éolien, le solaire, le stockage sur batteries et hydrogène, la récupération de chaleur) pour répondre aux besoins croissants.
- Renforcer la régulation publique (tarifs progressifs, normes d’obsolescence, quotas de production carbone) pour orienter les logiques du marché vers la sobriété.
- Favoriser la redistribution et l’équité (tarifs sociaux de l’énergie, subventions aux rénovations écologiques, formations numériques responsables) afin que la transition ne soit pas qu’une variable d’ajustement pour les plus riches.
- Encourager l’innovation décentralisée (co-entreprises locales d’énergie, coopératives de consommation électrique, laboratoires citoyens) tout en assurant une cohérence nationale par un pilier central robuste (par ex. gestion unifiée du réseau).
Chaque acteur – du producteur de pétrole à la start-up d’IA, du gouvernement à l’utilisateur final – doit être reconnu comme partie intégrante d’un grand tout. L'action de l’un est toujours la condition de la survenue de l’autre. Dans ce récit, c’est l’association de ces initiatives diverses, dans un cadre processuel, qui permet de transformer la contrainte énergétique en opportunité systémique.
Au cœur de notre analyse, le principe relationniste est constant : il n’y a pas de solution isolée. Les enjeux énergétiques et numériques forment un tout indissociable où les décisions politiques, les avancées technologiques et les comportements individuels s’imbriquent.
Inspirée de Whitehead, la vision processuelle nous rappelle que la réalité est fluide, faite d’« occasions d’être » co-créées; elle exige de ne pas traiter séparément l’« humain » et le « technique » mais de comprendre leur assemblage. Restons alertés sur les limites intrinsèques de l’IA sans conscience – soulignant l’impératif de la sobriété mentale et énergétique (car l’IA, sans conscience, ne peut être qu’une machine très puissante, pas une intelligence totale)
La Suite, en-dessous: Aujourd'hui nos enjeux, et ma vision pour demain ...
Ci-dessous, voici le cheminement qui m'a amené à ces propositions :
1970-80 - Les enjeux du monde de demain (2025).
Nous sommes en 2025, et je m'inscris dans la Lignée de Roger de Laron ( Vers 1300), de Jean-Léonard de la Bermondie ( vers 1760-1790), de Charles-Louis de Chateauneuf ( vers 1840-1850), d'Anne-Laure de Sallembier ( vers 1920), de son fils Lancelot ( vers 1940...), et de sa petite fille Elaine (1970-90).
Leur Quête s'égrène tout au long d'articles de ce blog ( ou des 8 tomes...).
Riche de leurs recherches et de leur histoire, je formule mes propres questions, et cherche les réponses en m'appuyant sur cette tradition culturelle et spirituelle qu'ils me lèguent.
Après m'être appuyé sur leur personnalité, j'écris à présent, sous l'étiquette de mon propre blason.
Je commence cet article avec ces années 1970-1980, sur lesquelles je me reposais sur les épaules, de Lancelot, d'Elaine et Yvain ; pour faire le lien avec 2025.
Voici les grands enjeux du monde de demain tels qu’ils pouvaient être perçus en 1970
L’environnement commence tout juste à entrer dans les préoccupations mondiales. Le rapport du Club de Rome (1972) s’apprête à tirer la sonnette d’alarme : croissance infinie et ressources limitées ne font pas bon ménage. On assiste à une prise de conscience naissante face à la pollution, la surconsommation, et l’épuisement des ressources. Le mot "écologie" devient politique, et des mouvements verts émergent.
Nous nous interrogeons sur : comment concilier développement industriel et respect de la planète ?
Comment imaginions-nous 2025 ?
- En 2025, grâce au progrès scientifique, nous aurons dompté la pollution. Des usines propres, des voitures électriques volantes, et des villes-jardins abriteront des citoyens respirant un air pur. L’énergie nucléaire, sûre et bon marché, aura remplacé les énergies fossiles.
L'idée d'un dérèglement climatique mondial était encore peu connue, et le rôle du CO₂ dans le réchauffement n'était pas pleinement saisi.
Nous vivons le début de l’informatisation : les premiers ordinateurs personnels sont à l’horizon, Arpanet (précurseur d’Internet) vient d’être créé. L’homme a marché sur la Lune un an plus tôt (1969), ce qui nourrit un fort imaginaire technologique et spatial.
Nous nous interrogeons sur : quelles frontières l’humanité franchira-t-elle grâce à la science ( fusées, avions, robots...), et jusqu’où ira l’automatisation ?
Comment imaginions-nous 2025 ?
- Nous aurons des ordinateurs dans chaque foyer (peut-être même sur chaque bureau !), les humains voyageront régulièrement sur la Lune, et les robots feront les tâches ménagères. Les communications se feront en visiophonie, et les voitures seront presque toutes autonomes.
Beaucoup voyaient 2025 comme un monde très automatisé, beaucoup plus qu'il ne l'est.
C’est une période d’expansion économique. Le modèle du salariat à vie, des grandes entreprises et des syndicats puissants, structure la société. On assiste aussi à l’entrée progressive des femmes sur le marché du travail. La productivité augmente, mais on commence à se demander si le travail rend vraiment libre...
Nous nous interrogeons sur comment répartir les fruits de la croissance, réduire le chômage, et améliorer les conditions de travail sans casser le modèle social ?
Comment imaginions-nous 2025 ?
- Grâce à l’automatisation, nous travaillerons moins : 20 heures par semaine suffiront. Le travail deviendra une activité choisie, presque ludique. Les femmes auront conquis l’égalité salariale, et les syndicats géreront le partage équitable des gains de productivité.
On s’attendait à une société de loisirs, avec du temps libre accru. On voyait le progrès technique comme libérateur… sans forcément anticiper la précarisation de l’emploi ou les effets d’un monde hyperconnecté.
C’est l’époque de la guerre froide entre les États-Unis et l’URSS. La menace nucléaire est bien réelle, les conflits idéologiques structurent le monde. En parallèle, de nombreux pays d’Afrique et d’Asie fraîchement décolonisés cherchent leur voie. On parle de Tiers Monde et de non-alignement.
Nous nous interrogeons sur : comment éviter une guerre totale ( nucléaire), tout en repensant les rapports Nord-Sud et les équilibres planétaires.
Comment imaginions-nous 2025 ?
- Le monde sera devenu multipolaire. Après la fin de la guerre froide, une gouvernance mondiale plus unifiée garantira la paix. Peut-être que l’ONU deviendra un véritable gouvernement planétaire. L’Europe sera fédérale, l’Afrique riche et pacifiée, et les conflits obsolètes.
Il existait un fort espoir dans l’universalisation de la paix après les horreurs du XXe siècle. On imaginait que les progrès diplomatiques et économiques mèneraient à un monde post-conflit… Nous n'imaginions pas les fractures nouvelles (terrorisme, cyberconflits, populismes).
Comprendre les enjeux du monde d'aujourd'hui : 2025
Comprendre les enjeux du monde d'aujourd'hui, se serait aujourd'hui : poser un diagnostic. Et, pour demain : développer une vision.
Sur le Climat, par exemple, les experts prévoient , la montée du niveau des mers. Si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites, les scientifiques estiment que le niveau des océans pourrait s’élever de plus d’un mètre d’ici 2100. Cela menacerait des villes côtières comme Jakarta, Miami ou même Bordeaux, avec des migrations massives à prévoir et des coûts colossaux d’adaptation pour les infrastructures.
Et alors, comment imaginer 2080 ?
Les digues de Djakarta et de Lagos ont cédé. La montée des eaux a rendu inhabitables de vastes zones côtières. En Europe, on accueille des réfugiés climatiques venus d’Asie et d’Afrique, déclenchant tensions politiques et élans de solidarité. Des “mégaprojets” voient le jour pour créer des villes flottantes autonomes, fonctionnant grâce aux énergies renouvelables. La question n’est plus de “sauver la planète”, mais de réapprendre à y vivre autrement.
2080- L’ère de la régénération ?
En 2080, nous aurons réussi à stabiliser le climat. Grâce aux technologies de captation de carbone, à la sobriété mondiale et à la reforestation massive, la température moyenne se sera stabilisée. La biodiversité aura retrouvé son équilibre, et les écosystèmes urbains seront fusionnés avec la nature.
Réaliste ? Cela suppose une coopération mondiale continue, ce qui reste incertain.
Exemple : L’intelligence artificielle générative : D’ici quelques années, l’IA sera capable de rédiger des romans, produire des films ou concevoir des médicaments. Cela promet des avancées fulgurantes, mais soulève aussi des questions éthiques : à qui revient la responsabilité en cas d’abus ou de manipulation ? Que devient la place de la créativité humaine ?
Et alors, comment imaginer 2080 ?
Les IA sont devenues co-auteures d’œuvres littéraires, juges assistants dans les tribunaux, et même confidents personnels. Une génération de jeunes adultes réclame le droit à l’erreur, à l’imperfection, à la lenteur : on parle alors de “sobriété numérique émotionnelle”. Des lois sont votées pour garantir une zone non-automatisée dans chaque ville, des espaces où les décisions ne sont prises que par des humains. L’humanité redécouvre la joie du non-algorithme.
2080 - L’intimité artificielle
Nous vivrons en cohabitation constante avec des intelligences artificielles personnalisées, sensibles à nos émotions, capables d’évoluer avec nous au fil de la vie. Certaines personnes préféreront vivre et aimer dans le virtuel. Le transhumanisme sera devenu une pratique courante, avec des implants neurologiques donnant accès direct à Internet. »
Réaliste ?
Exemple : L’automatisation accrue des emplois De nombreux métiers risquent d’être largement transformés, voire remplacés, par des machines : comptables, chauffeurs, employés de bureau… Il faudra repenser la formation, le sens du travail, et peut-être imaginer de nouveaux modèles économiques comme le revenu universel pour faire face à ces bouleversements.
Et alors, comment imaginer 2080 ?
Le salariat classique a largement disparu. À la place, les citoyens se voient confier des “missions” rémunérées et choisies, selon leurs compétences et les besoins de la société : reforestation, médiation sociale, mentorat d’enfants, archivage numérique… Le revenu de base universel garantit la stabilité, mais chacun est invité à contribuer selon ses talents. L’utilité sociale prime sur la rentabilité.
2080 - L’après-travail ?
Le concept même de “travail” aura été redéfini. La majorité des tâches répétitives seront accomplies par des systèmes automatisés. Les humains auront des rôles de supervision, de création, ou de soin. Le revenu de base mondial assurera l’accès aux biens essentiels, et le statut social ne sera plus lié à l’emploi mais à la contribution citoyenne ou créative. »
Réaliste ? Très spéculatif, car il remet en cause les fondements économiques et culturels actuels. Mais la robotisation pourrait y mener.
Exemple : La lutte pour la domination technologique, militaire et économique entre les États-Unis et la Chine structure déjà l’équilibre mondial. Demain, cela pourrait redessiner les alliances, fragiliser des régions comme l’Asie-Pacifique, et mettre à l’épreuve la gouvernance internationale.
Et alors, comment imaginer 2080 ?
Le monde s’est fragmenté en quatre grandes sphères d’influence : la technosphère sino-asiatique, la sphère euro-africaine écologiste, l’Amérique néolibérale, et une alliance des pays du Sud. Les tensions sont gérées via un Conseil des Intelligences Artificielles Diplomatiques, chargé de modérer les échanges stratégiques. Paradoxalement, ce sont les machines qui préservent la paix fragile entre des humains toujours prompts au conflit.
Les États-nations auront perdu en influence au profit de grandes alliances régionales, de villes globales et de collectifs numériques transfrontaliers. Les décisions majeures seront prises à l’échelle planétaire via des plateformes d’intelligence collective. La guerre physique sera rare, remplacée par des conflits informationnels et systémiques.
Réaliste ? Le retour des nationalismes pourraient freiner cette évolution.
On continue : En :
Santé – Vers une médecine préventive et personnalisée
En 2080, grâce aux progrès de la génomique, des nanotechnologies et de l’IA, chacun aura un jumeau numérique médical permettant de détecter la moindre anomalie bien avant l’apparition des symptômes. Les maladies chroniques seront gérées de façon automatique, et l’espérance de vie dépassera les 110 ans dans certains pays.
Réaliste ? Et la question de l’accès équitable, de la vieillesse, et des assurances … ?
Sécurité – La surveillance intelligente ou liberticide ?
En 2080, des systèmes d’analyse comportementale prédiront les infractions avant qu’elles ne se produisent. Les drones assureront la sécurité des villes et des frontières. Les cyberattaques seront les guerres du futur, et chaque citoyen disposera d’une “identité numérique sécurisée” inviolable.
Réaliste ? Sur le plan technologique, oui. Mais les tensions entre liberté et sécurité seront plus vives que jamais. Et puis… qui contrôlera les algorithmes ?
Éducation – Apprendre tout au long de la vie connectée
L’école de 2080 ne sera plus un lieu fixe, mais un écosystème d’apprentissages en réalité mixte, adaptés au profil cognitif de chaque élève. L’IA jouera le rôle de tuteur personnalisé, et les enfants apprendront avec des camarades du monde entier, en temps réel. Les diplômes seront remplacés par des “portefeuilles de compétences”.
Réaliste ? Très crédible technologiquement. Mais le rôle du professeur, la socialisation, l’inégalité d’accès au numérique, Et, ne pas oublier : apprendre à vivre ensemble.
Analyse des enjeux et des solutions divergentes pour demain
Nous sommes pris dans un nœud de crises simultanées, et tout pousse à répondre à l’immédiat.
Mais une formation politique ne peut se limiter à des réactions successives. Car derrière le bruit des urgences, un autre défi se dessine : celui de l’anticipation.
Prenons trois séries d'enjeux ( en France)
Ce sont les piliers d’une société viable. Aujourd’hui, ils sont fragilisés. Demain, ils pourraient être transformés.
Ce sont les fondations du contrat social moderne. Ils conditionnent notre modèle économique, notre cohésion et notre dignité collective.
Ce sont les lignes de tension du monde. Elles menacent, elles déplacent, elles recomposent.
Chacun de ces blocs soulève des divergences profondes — politiques, économiques, culturelles — mais tous pointent vers une évidence :
On ne peut pas construire une politique sérieuse sans articuler présent et futur.
Nos concitoyens le sentent : les réponses sont trop courtes, les visions trop petites. La politique semble manquer de souffle. On répond à l’inflation, mais on ne parle pas du modèle de consommation. On réforme l’école, mais sans repenser ce que veut dire apprendre au XXIe siècle.
Et, surtout... Nous restons coincés entre les Enjeux et nos divergences.
Je rappelle rapidement quelques unes des divergences entre la gauche et la droite sur les grands enjeux :
Série 1
-
Climat : La gauche privilégie restrictions et décroissance, la droite mise sur innovation et souveraineté énergétique.
-
Santé : La gauche défend le service public, la droite insiste sur modernisation et efficacité.
-
Sécurité : La droite prône répression et moyens accrus, la gauche favorise prévention et lien social.
-
Éducation : La gauche lutte contre les inégalités et revalorise les enseignants, la droite met en avant le mérite et l’autorité.
Série 2
-
Travail : La gauche protège les salariés et réduit le temps de travail, la droite valorise flexibilité et allègement des contraintes.
-
Technologie : La gauche est prudente sur les dérives, la droite est techno-optimiste.
-
Pouvoir d’achat : La gauche défend hausse des salaires et encadrement des prix, la droite préfère baisse des charges et compétitivité.
Série 3
-
Géopolitique : La gauche mise sur coopération et diplomatie, la droite insiste sur souveraineté et puissance.
-
Immigration : L’extrême droite la voit comme une menace, la droite plaide pour limitation et assimilation, la gauche favorise accueil et régularisation.
-
Guerre : La gauche est pacifiste, la droite est interventionniste.
-
Terrorisme : La droite veut renforcer la sécurité, la gauche veille à protéger les libertés publiques.
Comment sortir de la logique du blocage et du rapport de force pour créer une dynamique progressive et adaptative, capable d’intégrer les divergences sans les transformer en impasses.
A propos de la ''Série 1'', je me demande si les divergences ne sont pas d'ordre anthropologique. Faut-il considérer l’être humain comme perfectible, adaptable, interdépendant, capable de changement à travers l’éducation, l’expérience, la culture ? Ou au contraire, faut-il partir du principe que l’homme est un être imparfait, toujours tenté par la violence, l’égoïsme, et que seule la contrainte des règles peut civiliser sa nature ?
Selon notre tendance, nos visons du monde se cristallisent. Pour les uns, le monde est une maison commune, la Terre et les humains sont liés par un destin écologique et éthique. Pour les autres, le monde est un champ de lutte, où la priorité revient à protéger ses proches, son identité, son héritage. La première vision appelle à une éthique de la solidarité planétaire ; la seconde à une spiritualité de la défense du foyer.
On touche avec la ''Série2'', à la question du sens : la technique est-elle neutre ? L’individu doit-il se réaliser par la consommation, la réussite personnelle, ou par le lien, le service, l’équilibre collectif ? Faut-il résister à la logique du marché, ou l’assumer comme forme d’émancipation ?
Certains voient dans le travail un moyen de réalisation personnelle, une activité transitoire, appelant à être repensée au profit de la liberté, de l’art, de la contemplation. D’autres y voient une vocation morale, un devoir social et spirituel, une participation à l’ordre du monde, souvent justifiée par des traditions religieuses ou des éthiques de l’effort.
''Série 3 '' : c'est encore deux visions qui s’affrontent . L’une défend la coopération internationale, les traités, les alliances multilatérales ; l’autre revendique la souveraineté nationale, le refus des ingérences, le primat de l’intérêt propre.
C’est ici que se joue l’idée de l’autre. Pour les uns, tout humain est mon égal en dignité, quelles que soient ses origines ; l’étranger est un autre moi. Pour les autres, le monde est composé de cultures irréconciliables, et l’essentiel est de préserver sa communauté.
La première logique porte une spiritualité de la fraternité universelle : l’humanité est une seule famille, les frontières sont contingentes. La seconde valorise l’élection, l’héritage, le destin collectif : un peuple, une langue, une culture sont des trésors à défendre, parfois au nom de Dieu, parfois au nom de l’histoire.
En Conclusion, ce qui se joue dans chacune de ces séries ne peut être isolé. Le dérèglement climatique accentue les conflits. Le sentiment d’insécurité modifie le regard sur l’immigration. La robotisation transforme le travail et donc le sens de l’éducation. Tout est lié.
C’est pourquoi il faut sortir des réponses techniques pour oser une approche systémique et sensible. Nos choix collectifs ne sont pas que des arbitrages : ils expriment ce que nous croyons de l’homme, du monde, du futur. Nous avons besoin d’une métaphysique à la hauteur du siècle.
Recherche d'un nouveau Récit, en vue d'un compromis
Sur la plupart des enjeux : pour aujourd’hui on parle de transition ; pour demain, on parle de transformation ou de rupture.
Une proposition politique forte ne peut se limiter à des compromis techniques. Elle doit - reconnaître ces conflits de sens sans les caricaturer ; - offrir un récit qui dépasse les oppositions binaires, en révélant ce que chaque position a de juste et de fragile ; - relier les attentes sociales, les visions anthropologiques et les aspirations spirituelles de notre temps.
Dans un esprit synthétique, j'imagine dans la continuité des enseignements de notre tradition ; ce que nous pourrions proposer à partir des enjeux contemporains, selon les trois niveaux – social, philosophique et spirituel.
La crise sociale ne peut être une crise de systèmes, mais une crise de relations.
Nous cherchons à réfléchir sur les grands enjeux de notre époque : climat, technologie, guerre, pouvoir d’achat… Mais ce que nous appelons "enjeux", je les vois comme des points d’inflexion dans un réseau de relations qui s’est déséquilibré. Le monde social n’est pas un décor où se jouent des conflits : il est tissé par des relations dynamiques, entre humains, objets, idées, entités naturelles et invisibles.
Ce que nous appelons "progrès" a reposé sur une séparation illusoire : nature d’un côté, société de l’autre ; matière d’un côté, conscience de l’autre. Nous vivons aujourd’hui l’échec de cette séparation. Le climat n’est pas un problème "environnemental" extérieur, mais l’expression directe du désordre de notre métabolisme collectif.
Nos modèles économiques, nos institutions politiques, nos systèmes éducatifs et techniques sont construits sur des ontologies mortes, sur l’idée que les choses sont fixes, que la causalité est linéaire, que la matière est passive. Il est temps de reconfigurer notre société autour d’une vision relationnelle, dynamique, non-dualiste du réel.
Sortons du paradigme mécaniste, pour penser le monde comme un devenir.
Le cœur de cette discussion est ontologique. Il ne s’agit pas seulement de choix politiques, mais de ce que nous pensons être '' réel ''. Tant que nous concevrons le monde comme fait de substances fixes, de blocs identitaires, d’individus isolés ou d’objets figés, nous resterons dans une logique de conflit, de fermeture, de compétition.
La vérité du réel, c’est le devenir, non l’être. Le monde est un processus en perpétuelle co-création. Tout ce qui existe est le produit d’une interaction : un nexus d’expériences, comme je l’ai écrit. Il n’y a pas de fondement ultime séparé du monde, mais une multitude de niveaux de réalité enchevêtrés, qui co-évoluent.
En cela, notre philosophie politique doit intégrer le fait que la conscience, la matière, le temps et l’intention sont entremêlés. Ce que nous appelons "enjeux" sont des bifurcations dans le champ des possibles. Le libre arbitre existe, mais il ne réside pas dans l’individualisme, il réside dans notre capacité collective à choisir quelle version du futur actualiser.
Allons encore sur un plus haut niveau : restaurons la connexion entre conscience, temps et cosmos
Nous ne résoudrons pas les fractures contemporaines si nous refusons d’entrer dans la question du sens. Non pas un sens imposé, religieux ou dogmatique, mais un sens selon l'intelligence du vivant. Le monde n’est pas absurde. Il est intentionnel. Non pas selon un plan extérieur, mais selon un champ d’information auquel notre conscience est reliée.
Le temps lui-même n’est pas une ligne : il est souple, orienté, influencé par notre état intérieur. L’avenir n’est pas écrit, mais co-écrit. Ce que nous appelons "enjeux de demain" ne sont pas des problèmes à résoudre, mais des invitations à aligner nos trajectoires avec un futur déjà latent. Un futur cohérent, attracteur, vers lequel nous pouvons converger si nous retrouvons l’axe intérieur.
Notre action politique, si elle veut être transformatrice, doit donc s’ouvrir à la dimension spirituelle du réel : non pour fuir dans l’abstraction, mais pour réancrer chaque choix dans une écoute plus profonde. L’univers est relationnel, plastique, habité par des potentialités créatrices. À nous de décider si nous voulons servir ce vivant ou le réduire à des chiffres.
J'imagine une politique du processus, de la reliance et du possible.
Ce que nous vivez n’est pas une série de crises isolées, mais un changement d’ère. Nous sortons de la modernité industrielle, dualiste, matérialiste. Nous sommes au seuil d’un monde post-cartésien, post-anthropocentré, post-mécaniste.
Cela nous impose un devoir immense : non pas revenir à un passé perdu, ni fantasmer un progrès technique désincarné, mais inventer une politique de la reliance. Une politique qui assume que le monde est en train de se re-subjectiver : la Terre, les esprits, les écosystèmes, les cultures blessées, les futurs possibles — tous attendent d’être réintégrés dans le dialogue.
Le social est relation. Le politique est cosmique. Le spirituel est concret.
Et notre tâche, si nous l’acceptons, est de réconcilier ces trois dimensions.
Lorsque j'ai présenté mon projet à Elaine, elle a réagi dans un sens que je n'attendais pas. Voici ce que j'ai pu reconstitué de notre débat :
Régis :
« Nous faisons face à une rupture d’échelle. Le climat, la biodiversité, la santé des écosystèmes sont autant de signaux d’alerte. Il ne suffit plus d’“aménager” la nature, il faut la reconnaître comme un partenaire. C’est une révolution dans notre rapport au vivant. Il y a là une opportunité d’unir nos existences sous le signe de la reliance et du soin. »
Elaine :
« Je comprends la préoccupation, mais je questionne cette idée d’une “nature-sujet”. L’homme doit demeurer souverain. Notre civilisation a toujours été fondée sur l’idée que nous sommes responsables du monde, mais non dilués en lui. Je défends une écologie de l’équilibre et de la transmission : protéger les paysages, soutenir les agriculteurs enracinés, mais sans céder à une mystique finalement anti-humaniste. »
Régis :
« Ce n’est pas une mystique, c’est un appel à sortir d’un paradigme destructeur. L’homme n’est pas hors sol. Il est un être relationnel, fragile. Il doit s’inscrire dans une économie du vivant, pas seulement de la croissance. »
Elaine :
« D’accord pour parler de limites, mais encore faut-il qu’elles soient humaines, politiques, et réalistes. La décroissance imposée, la récusation du progrès, ça peut conduire à un affaiblissement de notre civilisation. »
Régis :
« Loin de moi, l'idée de refuser le progrès ….
Elaine:
« Tu évoques un “revenu d’existence”, un travail réinventé autour du soin et de la gratuité. Mais la France n’a pas besoin de cette utopie rousseauiste : elle a besoin de remettre à l’honneur le mérite, le courage, l’effort. Le travail est aussi une école de responsabilité, une source de dignité. Et ceux qui créent des emplois doivent être soutenus, pas suspectés. »
Régis:
« Je ne nie pas l’effort. Mais quand des millions de personnes souffrent d’un mal-être au travail, quand la finalité devient absurde, il faut avoir le courage de repenser les règles du jeu. Le travail doit se transformer en activité de contribution, orientée vers la vie, pas le profit. »
Elaine:
« Mais qui décide de cette “contribution” ? L’État ? Des comités d’éthique ? C’est dangereux. Le travail libre, c’est aussi le droit de créer, d’innover, de gagner sa vie. Un libéralisme équilibré le permet. Le retour à une économie régulée par des valeurs floues peut conduire à l’inefficacité ou au collectivisme. »
Régis :
« La crise migratoire n’est pas seulement un problème de frontières. C’est une question de justice mondiale, d’hospitalité. Il faut penser une société plurielle, où chacun peut trouver place sans avoir à renier son identité d’origine. »
Elaine :
« Mais c’est précisément là le danger. L’intégration ne fonctionne que s’il y a une culture commune. L’identité française ne peut pas être un patchwork de communautés juxtaposées. Elle s’enracine dans une langue, une histoire, une tradition chrétienne – même sécularisée. Nous devons pouvoir dire : ceci est chez nous. »
Régis :
« Mais “chez nous” peut aussi s’élargir. Il ne s’agit pas de renier l’histoire, mais de la faire évoluer. Le récit national doit inclure la diversité, sans nostalgie. »
Elaine :
« L’hospitalité exige un hôte. Et un hôte, c’est une culture forte, pas désincarnée. Il faut maîtriser les flux migratoires, poser des exigences d’intégration, et défendre sans complexe notre héritage. Sinon, nous allons vers un éclatement social. »
IV. Sur la spiritualité : transcendance ou reliance ?
Régis :
« Je parle de spiritualité au sens large. Pas d’un dogme, mais d’une conscience plus vaste de l’interdépendance. C’est une manière de répondre à la crise du sens. Ni technoscience froide, ni religion autoritaire, mais une exploration du lien. »
Elaine :
« Tu refuses le mot “religion”, mais tu en fais une sous une autre forme. Cette spiritualité de l’indistinction finit par affaiblir les repères. La France a besoin d’une transcendance claire : celle d’un héritage chrétien et humaniste, qui distingue le Bien du Mal, qui inscrit l’homme dans une verticalité. »
Régis :
« Mais ce “clair” dont tu parles devient vite excluant. Or nous avons besoin d’un espace commun plus accueillant, où chacun peut interpréter le mystère à sa manière. »
Elaine :
« L’accueil, oui. Mais sans renier le cadre. Il ne peut y avoir de liberté partagée sans fondement stable. Sans mémoire, il n’y a plus de liberté, seulement une succession d’opinions sans racines. »
Conclusion : Régis, défend une transformation culturelle et spirituelle. Elaine, plaide pour une fidélité à l’ordre, à la transmission, à la responsabilité.
Régis :
« Je crois en la possibilité d’un monde plus juste, plus vivant, qui dépasse les frontières mentales que nous avons construites. Cela demande une conversion de notre regard sur l’humain et la Terre. »
Elaine :
« Et moi je crois qu’on ne bâtit rien sans socle. Pour ouvrir, il faut d’abord tenir debout. Pour aimer l’autre, il faut savoir qui l’on est. Et pour transmettre, il faut affirmer des valeurs, pas les diluer. »
Ce débat est mal engagé, il est binaire et se positionne dans nos clichés habituels. Comment en sortir ?
Et, c'est ainsi que j'ai travaillé sur une nouvelle proposition: appelée ''
présenté en début de cette page....
/image%2F0551881%2F20250617%2Fob_6a65f7_frise-graal.jpg)
/image%2F0551881%2F20250617%2Fob_06c16a_frise-communication.jpg)