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Les légendes du Graal

Le Mystère de l'Identité – 3

7 Août 2026 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Conscience, #Marion

Je tente d'écrire ce texte, en laissant résonner en moi, les voix de ceux qui m'ont précédé dans ma Lignée, tout en acceptant que mon identité ne soit pas un monument de pierre, mais une synthèse vivante en perpétuel devenir.

Pour aborder le paradoxe de l'identité — ce fameux bateau de Thésée dont on remplace chaque planche —, je ne peux m'empêcher d'évoquer Lancelot de Sallembier. Je le revois dans son atelier, manipulant ses vieux postes de radio TSF avec une précision de chirurgien. Il aurait pu me dire que si l’on remplaçait une à une les lampes, les condensateurs et les résistances d'un récepteur, la musique, elle, conservait sa texture propre. L'identité n'était pas dans le cuivre ou le verre, mais dans la fidélité de la fréquence captée.

La Conscience au XVIIe siècle

J’imagine alors le remplacement progressif, neurone après neurone, de ma propre structure cérébrale. Si je ne voyais dans ce processus que des « briques » ou une « organisation » statique, je manquerais l'essentiel. Je sens aujourd'hui que mon identité n'est pas une architecture de composants, mais une Vibration. Comme le poste de radio de Lancelot, mon cerveau ne produit pas ma conscience ; il est une interface, une « tête de lecture » qui focalise un flux d'expériences.

Cependant, je me méfie désormais du piège du dualisme. Dire que ma conscience est une « reconstruction narrative » risquerait de laisser croire qu'elle plane au-dessus du monde. Par la voix d'Elaine, je me souviens de l'importance de l'Embodiment. Ce terme désigne l'unité indissociable entre le corps, l'âme et le milieu. L’esprit n'est pas un spectateur désincarné ; il est « engagé corps et âme » dans l'étoffe du monde. La conscience n'est pas une histoire que le cerveau se raconte à lui-même dans le vide, mais une participation active à l'ordre vivant. Nous sommes « extraits » de la chair du monde, et c'est par notre corps que le Réel nous impacte.

Je vois dans l'éveil de l'identité de Perceval le miroir de ma propre quête. Sa métamorphose au château du Graal n'est pas le passage d'une ignorance à un savoir — ce qui serait encore traiter la vérité comme une substance que l'on possède — mais une transformation radicale de sa préhension du monde.

Au début, Perceval est dans la « nescience » ; il regarde le Graal passer comme un objet inerte, une « semblance » sans « senefiance ». Il regarde mais n'accueille pas. Sa conversion ontologique survient lorsqu'il brise le silence par une question née de la compassion : « Quel est ton tourment ? ». À cet instant, son identité bascule du « moi » clos à la Vibration relationnelle. Il ne possède pas la vérité, il devient le vase qui la reçoit.

J'ai longtemps défini le sujet comme le faisceau d'une lampe de poche, ce pouvoir souverain qui choisit où porter son regard dans le noir. Jean-Luc Marion m'oblige aujourd'hui à reconnaître là une rechute dans l'idéalisme. Le sujet n'est pas le pilote de la lumière. Il est celui qui est impacté par elle.

Le faisceau ne part pas de moi ; il vient du Réel — de la Donation — et il m'atteint, me blesse et me suscite. Je dois cesser de me voir comme un constituant souverain. Je suis l'Adonné : celui qui se reçoit entièrement de ce qu'il reçoit. Ma « fêlure » (selon l'expression de Jullien) n'est pas un défaut biologique ou une marque de prématurité, mais l'ouverture métaphysique nécessaire, le lieu de réception où l'excès du Réel peut enfin s'inscrire. Le sujet n'est plus le maître de la manifestation, il en est le témoin constitué.

En conclusion, l'identité, cette Synthèse vivante, ne s'éteint pas avec la dissolution biologique. Une fois sa « satisfaction » atteinte, elle accède à une immortalité objective, devenant une donnée vibrante que l'univers futur doit intégrer.

Marion nous rappelle que le devenir n'est pensable qu'à partir de ce qui se manifeste. Le « je » n'est ni le propriétaire du réel, ni un étranger jeté dans un mécanisme absurde. Il est cette étrange région du monde où le Réel, sous une forme encore énigmatique et surabondante, devient apparition. Il est, par-dessus tout, le lieu d'accueil de la conscience, le point où la Donation devient enfin Parole vivante.

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