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La Renaissance du XIIIe siècle.
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Elaine, tente de convaincre ses élèves et ses étudiants, du renouveau intellectuel qui se profile dès le XIIIᵉ siècle. Elle le désigne sous le terme de "renaissance ", caractérisé par une redécouverte et une réintégration des savoirs antiques, notamment grecs et latins, au sein d’un monde chrétien en plein essor.
L’Église est même devenue triomphante au point qu'Othon de Freysing reprenant la conception augustinienne des deux cités, déclare : « à partir du moment où non seulement tous les hommes, mais même les empereurs, à quelques exceptions près, furent catholiques, il me semble que j'ai écrit l'histoire non de deux cités, mais pour ainsi dire d'une seule, que je nomme l’Église. » '' ( cité par J Le Goff)
Cette renaissance intellectuelle s’est particulièrement manifestée par la naissance et le développement des premières universités, des institutions qui allaient jouer un rôle central dans la structuration du savoir et de la pensée occidentale.
Les traductions d’œuvres grecques et arabes, notamment celles des philosophes antiques comme Aristote, Platon, mais aussi des mathématiciens, astronomes et médecins arabes comme Al-Farabi, Avicenne et Averroès, apportèrent une nouvelle matière au débat intellectuel.
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La naissance des universités coïncide avec le développement de la scolastique, une méthode de pensée fondée sur l’analyse logique et la synthèse des savoirs.
Abélard, par exemple, affirmait que la raison et la foi pouvaient être conciliées, ce qui était une idée novatrice pour l’époque. Cette approche intellectuelle allait constituer la base de la scolastique médiévale, qui atteindra son apogée au XIIIe siècle avec des figures telles que Thomas d’Aquin.
Elaine ne manque pas d'illustrer son propos de la relation, d’abord fondée sur un échange intellectuel intense, entre Pierre Abélard, maître philosophe et théologien, et Héloïse, sa brillante élève qui s’est transformée en une passion amoureuse scandaleuse. Leur correspondance, riche de réflexions philosophiques, morales et théologiques, reste un témoignage poignant de la culture intellectuelle de l’époque.
L’université médiévale se découvrait, s'inventait… Elle pouvait être un espace autonome et dynamique, où l’enseignement devenait un véritable service intellectuel au sein d’une communauté vivante, comme à Bologne où les étudiants engageaient et licenciaient les professeurs. Ils formaient des "nations", sortes de syndicats étudiants avant l’heure, qui négociaient les salaires et contrôlaient la qualité de l’enseignement. A Tolède, ville espagnole où cohabitaient chrétiens, juifs et musulmans, eut lieu une grande entreprise de traduction des textes antiques et arabes en latin.
Jean de Salisbury (1160) cite son maître, pour exprimer son admiration pour les Anciens, tout en revendiquant sa capacité à aller plus loin grâce à eux. : « Bernard de Chartres disait que nous sommes comme des nains assis sur des épaules de géants. Si nous voyons plus de choses et plus lointaines qu’eux, ce n’est pas à cause de la perspicacité de notre vue, ni de notre grandeur, c’est parce que nous sommes élevés par eux. »
L'École de Chartres, célèbre pour sa cathédrale, était un centre intellectuel brillant. Les maîtres y enseignaient non seulement la théologie, mais aussi les sciences naturelles, l’astronomie et la musique, dans l’esprit de l’harmonie du monde.
Dans certaines abbayes comme Cluny ou Saint-Victor, les moines organisaient des disputatio, sortes de joutes oratoires où deux moines débattaient d’une question théologique ou philosophique devant toute la communauté.
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Au XIIIᵉ siècle, à Paris, les rues bruissent de débats. Dans la rue du Fouarre, on discute d'Aristote comme on commenterait aujourd’hui les philosophes modernes. Des maîtres comme Pierre Abélard ont osé dire que la foi a besoin de la raison pour être vraiment comprise. Il a écrit Sic et Non — oui et non — car il savait que toute vérité mérite d’être interrogée. Il a été critiqué, condamné, mais ses idées ont nourri une génération entière.
Et voilà qu’un jeune homme, Thomas d’Aquin, silencieux, corpulent, surnommé "le bœuf muet" par ses camarades, entre dans l’arène intellectuelle. Ils rient de lui, jusqu’à ce que l’un de ses maîtres, Albert le Grand, déclare : "Vous vous moquez de ce bœuf, mais son mugissement fera trembler le monde." Et il avait raison.
Thomas n’est pas un simple théologien. Il est l’héritier de tout ce que cette Renaissance a semé depuis un siècle : les traductions d’Aristote à Tolède, les disputes de Chartres, les écoles de Bologne, les dialogues entre chrétiens, juifs et musulmans. Il ose faire ce que peu ont fait avant lui : réconcilier la raison grecque avec la foi chrétienne. Dans sa Somme théologique, il bâtit un édifice intellectuel où chaque question est posée, analysée, discutée. Il ne fuit pas le doute. Il le traverse.
Ne croyez pas ceux qui parlent de Moyen Âge comme d’un long sommeil, répète Elaine. Nos ancêtres sont des éveillés ; ils lisent Platon sous la lumière d’une chandelle, ils disputent de l’âme et des étoiles, ils organisent leur raisonnement, leur pensée comme jamais auparavant. Le XIIe siècle a allumé l’étincelle. Le XIIIe la fait flamber. Et nous, ici, aujourd’hui, nous sommes les héritiers de cette flamme.
Un mot revient sans cesse dans les couloirs de l’Université, dit-elle dans les manuscrits, dans les disputes : '' scolastique ''. Un mot un peu rude, un peu sec, mais derrière lui se cache un trésor.
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Plus qu’une méthode d’enseignement. La scolastique est une révolution de la pensée, née dans les écoles cathédrales et portée par cette nouvelle institution qu’est l’Université. La scolastique, c’est l’art d’apprendre à penser en confrontant des idées, en organisant le savoir, en le rendant cohérent. C’est le mariage – parfois conflictuel, toujours ambitieux – de la foi et de la raison.
Voici comment cela fonctionne : Un maître pose une question. Disons : « Dieu peut-il être connu par la raison ? » Il y répond d’abord par la négative, en citant ceux qui pensent que non. Puis, il répond par l’affirmative, en invoquant Aristote, saint Augustin, Boèce, peut-être même Averroès. Enfin, il conclut en synthétisant les arguments, en nuançant, en hiérarchisant. Cette méthode s’appelle la disputatio.
Et c’est un changement colossal. Avant, l’autorité primait : on répétait les Pères de l’Église, on ne discutait pas. Avec la scolastique, on apprend à argumenter, à penser dans la complexité, à dialoguer avec les grands esprits du passé au lieu de les vénérer passivement.
Ensuite ; '' penser '', relève de lois : d'abord celles du langage. Rappelons-nous les fameuses controverses entre réalistes et nominalistes ; c'est qu'il faut se préoccuper de définir les mots. Il est essentiel pour nos intellectuels médiévaux de savoir quel rapport existe entre le mot, le concept, l'être. Ils veulent savoir et s'accorder sur ce dont ils parlent.
Encore, une étape nécessaire : la dialectique : définir l'objet du savoir, exposer le problème, le défendre, dénouer les contradictions, et convaincre. Et surtout ne pas oublier, ce que Jean de Salisbury appelait, « le fruit de pensée » pour que la logique ne demeure pas seule, exsangue et stérile.
Enfin, la scolastique se nourrit de textes . Elle est méthode d'autorité, avec les matériaux elle construit son œuvre.
Gilbert de Tournai - (né vers 1200, mort en 1284) , moine franciscain - nous assure que « Jamais nous ne trouverons la vérité, si nous nous contentons de ce qui est déjà trouvé... Ceux qui écrivirent avant nous ne sont pas pour nous des seigneurs mais des guides. La Vérité est ouverte à tous, elle n'a pas encore été possédée toute entière. » ( rapporté par Jacques Le Goff)
Grâce à la scolastique, des disciplines se structurent :
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La théologie devient une science systématique, non un simple commentaire biblique.
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Le droit se codifie, se théorise à Bologne, à Paris ;
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La logique renaît, nourrie par Aristote et Boèce ;
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Même la médecine et l’astronomie gagnent en méthode et en précision.
Grâce à cette méthode, la pensée médiévale n’est pas figée, elle est en marche. Elle cherche, elle classe, elle analyse. Et surtout, elle dialogue avec le réel.
Et c’est là l’énorme progrès : la scolastique ne tue pas la foi, elle la pousse à se justifier, à s’approfondir, à dialoguer avec le monde. Elle montre que la raison est un chemin vers Dieu, et que chercher à comprendre n’est pas trahir la foi, mais l’honorer.
Au XIIIe siècle, l'un des débats majeurs autour du thomisme concernait l'intégration de la pensée aristotélicienne dans la théologie chrétienne. Thomas d'Aquin lui-même fut au cœur de ces discussions, notamment avec son œuvre Somme théologique, où il cherchait à concilier foi et raison. Cette approche fut critiquée par certains théologiens plus conservateurs, comme Étienne Tempier, évêque de Paris, qui condamna plusieurs thèses aristotéliciennes en 1277, craignant qu'elles ne remettent en cause certains dogmes chrétiens.
Dans les années 1980, un débat similaire se déroule autour de l'adaptation du thomisme aux courants philosophiques contemporains. Des penseurs comme Jean-Luc Marion et Roger Pouivet ont tenté de rapprocher le thomisme de la phénoménologie, en intégrant des éléments de la pensée de Husserl et Heidegger dans une réflexion inspirée par saint Thomas d'Aquin. D'autres, plus attachés à la tradition, défendent une lecture plus stricte du thomisme, refusant toute concession aux courants modernes...