guenievre
Qui est vraiment Guenièvre ? -1/3-
Guinevere (Lord Alfred Tennyson)
Une chose est certaine, Guenièvre est fille du seigneur Léodagan, roi de Carmélide. Sa mère (elle pourrait être la Reine Seli ...( Kaamelot) ) serait morte à sa naissance. Très vite son père, décide de l’envoyer en Gwynedd, là où vit la soeur de sa mère : un pays de forêts et de montagnes, où l'ombre de la terrible prophétie prononcée à sa naissance semble s'éloigner. Epouse de roi, qu'elle trahira; elle sera la cause de la chute du Royaume …
Selon Nancy McKenzie, qui a visité sa biographie, Guenièvre y vit avec sa cousine, Elaine, sa tante, la Reine Alise et son oncle, le Roi Pellinor. En grandissant, les deux jeunes cousines s'enflamment pour les exploits d'Arthur, le fils d'Uther Pendragon, mais le roi n'est encore qu'une figure lointaine... Elle adore monter à cheval, et prend peu de plaisir à parfaire ses points de broderie, petits et serrés... Païenne, elle se convertit au christianisme, mais elle reste toujours et avant tout fille de Galles et de Bretagne.
Léodagan était un serviteur d’Uther Pendragon, père d'Arthur et futur roi de Grande Bretagne, et gardien de la Table Ronde. Pour devenir légitime sur le trône, le roi Arthur cherche à créer des alliances avec les seigneurs. Son salut provient de Léodagan, qui livre bataille avec une troupe romaine du duc des Alémans et de Claudas de la Terre Déserte depuis plus de sept ans.
Le roi Arthur lui vient alors en aide, accompagné de quelques chevaliers mais suivant le conseil de Merlin, il ne divulgue pas son identité et met en défaite la coalition ennemie. Léodagan invite alors les chevaliers dans son château en guise de remerciement autour d’un banquet.

Queen Guinevere’s Maying, by John Collier, 1900
C'est à ce moment qu’Arthur rencontre Guenièvre et tombe immédiatement amoureux d’elle. Léodagan découvre que son sauveur n’est autre que le roi Arthur, il lui offre alors la main de sa fille et la Table Ronde et ses chevaliers. /http%3A%2F%2Fwww.quetedugraal.com%2Fwp-content%2Fuploads%2F2014%2F11%2FCeltic-Art-Autumn-Queen-by-Cristina-McAllister-150x150.jpg)
Guenièvre apparaît dans Historia Regum Britanniae, l'Histoire des rois de Bretagne, rédigée vers 1136 par Geoffroy de Monmouth. À la suite de cette première mention, le personnage et l'histoire de Guenièvre se sont développés et ont évolué, pas nécessairement de façon cohérente, au gré des adaptations des différents auteurs, qui se concentraient sur tel ou tel attribut pour ignorer tel ou tel autre.
Dans l'Histoire de Geoffroy, par exemple, Guenièvre s'appelle Guenhumare. Elle est noble, d'origine romaine, elle n'est pas élevée par ses parents mais devient pupille de Cador de Cornouailles, son cousin dans le Roman de Brut ; elle est célèbre pour sa grande beauté. En revanche, dans la tradition galloise, elle est la fille du roi Ogrfan Gawr, et son nom, Gwenhwyfar en gallois, peut se traduire par « le fantôme blanc » ou « la fée blanche ». Dans les Triades galloises, les trois grandes reines d'Arthur s'appellent Gwenhwyfar, et il est dit que Gwenhwyfar est plus infidèle que les Trois Femmes Infidèles de l'île de Grande-Bretagne. Par ce nom, "Gwenhwyfar", la reine inspire la féérie, la magie, un monde mystérieux…Ce qui sous-entend, sa beauté, son éloquence, et son prestige auprès de tous... Aucun texte ne mentionne le nom de sa mère et on ne lui connaît pas d’enfant.
Guenièvre, la femme convoitée, - 3/3 -
Les chevaliers sont censés assurer aux dames, aux veuves et aux orphelins, leur « protection », non sans ambivalence … En effet, les femmes convoitées ne peuvent pas se garder de ceux qu'elles ne désirent pas, sauf si un homme ailleurs les désire... mais, pendant combien de temps ?
“La jeune-fille que vous emmenez n’est pas à vous, vous l’avez enlevée; il est donc tout à fait légitime qu’elle ne partage pas votre couche. Il y a dehors un chevalier qui vous suit pour reconquérir cette jeune-fille; il affirme son intention de vous livrer bataille, et de soutenir que vous vous en êtes saisi sans aucun droit. S’il a une possibilité de le prouver, il serait bien injuste que vous profitiez d’elle. C’est à grand tort que vous obtiendriez d’elle joie et plaisir de son amie, s’il peut ainsi défendre ses prétentions sur elle.” Tiré de L'Âtre périlleux : roman anonyme en vers, du XIIIe s., ayant Gauvain ( neveu du roi Arthur) pour héros.
“Arrangez donc un tournoi avec mon père, si vous voulez avoir mon amour car je veux savoir en toute certitude si mon amour serait bien placé une fois que je l’aurais mis en vous.” Ch. de Troyes 1180, Le conte du Graal p. 247
Même si l'homme qui la sollicite lui plaît ( noble, riche, beau, vigoureux ..), la « noble » femme féodale se doit d’exiger des épreuves de l’homme qui la requiert d’amour. Si elle n'écoutait que son cœur, et pire son corps, elle déchoirait ainsi de ne répondre que selon son désir... ! Son prétendant pourrait ensuite la mépriser...
“Les dames ne dédaignaient pas d’accorder leur amour aux chevaliers à condition que ceux-ci eussent fait leurs preuves par trois fois au combat.” G. de Monmouth ,1138, Histoire des rois de Bretagne p. 287
Si les premières déclarations d'amour ont la forme du rapt et du viol ; L'Amour courtois va formaliser une manière douce d'arriver à ses fins.
Le mariage, en subsistant malgré le désaveux notoire des “cours d’amour” présidées par Aliénor d’Aquitaine et ses compagnes, continue d’être imposé, aux hommes comme aux femmes.
L’Amour Courtois crée entre le soupirant et la dame une hiérarchie inverse de celle du mariage : la dame domine; elle reçoit l’hommage, écoute la demande et répond à son gré.
“Chaque jour je deviens homme meilleur et plus pur, car je sers la plus noble dame du monde, et je l’adore et je vous le dis sans me cacher.” Arnaut Daniel (v.1150-v.1200), troubadour.
Guenièvre, la femme convoitée - 2/3 -
Elle est la femme convoitée : par Méléagant, Lancelot et, dans une moindre mesure par Gauvain...
La reine fait l’objet de toutes les attentions. Guenièvre est belle et intelligente : c’est la dame de l’amour courtois, pour qui les chevaliers accomplissent toutes les prouesses...
Elle représente même, véritablement, pour Lancelot son Graal ... A l'heure de l'amour courtois, les trouvères chantent un amour qui ne peut s'épanouir que dans le secret, et l'adultère ( le plus souvent...). Le chevalier dans la littérature courtoise est au service de sa dame tel un vassal obéissant à son suzerain Guenièvre est à l'image de la dame autoritaire et exigeante en face d’un chevalier soumis, elle pourra s'apparenter à "l’Orgueilleuse d’amour" ou à la "Belle Dame sans merci".
C’est dans cet esprit que Chrétien de Troyes raconte l’aventure de Guenièvre et de Lancelot, n’hésitant pas à faire sourire des excès et des maladresses de Lancelot tout à sa passion pour la reine.

La-reine-Guenièvre-interroge-Lancelot-sur-son-amour-pour-elle
La reine prend le chevalier par la main, tandis qu’il est à genoux, l’assied devant elle, lui fait un très bon visage et lui dit en riant : Seigneur, nous vous avons tellement désiré que, par la grâce de Dieu et de Galehaut ici présent, nous vous voyons enfin. Cependant je ne sais pas encore si vous êtes le chevalier que je recherche. Galehaut me l’a dit ; mais je voudrais bien encore entendre de votre bouche qui vous êtes,
Suit l’interrogatoire de la reine, qui lui permet d’identifier son chevalier comme étant Lancelot du Lac.
Celui-ci lui confesse timidement son amour.
Galehaut vient à la rescousse pour suggérer à Guenièvre d’embrasser Lancelot. « Alors ils s’éloignent tous les trois et font semblant de converser. La reine voit que le chevalier n’ose en faire plus. Elle le prend par le menton et, devant Galehaut, l’embrasse très longuement, de telle sorte que la dame de Malehaut comprit qu’elle l’embrassait. Puis elle commence à parler, comme la très sage et vaillante dame qu’elle était : Beau doux ami, dit-elle au chevalier, vous avez tant fait que je suis à vous, et j’en ai beaucoup de joie. mais prenez garde que la chose demeure secrète, comme il se doit. » (Lancelot du lac, Livre de Poche, « Lettres gothiques », éd. F. Mozès, pp. 877sq.)
Guenièvre: la femme convoitée - 1/3 -
L'origine du nom Guenièvre se réfère à un mot gallois « Gwenhwyfar » qui signifie « blanc-fantôme ».
Fille du roi de Carmélide, Léodagan, Guenièvre est l’épouse du roi Arthur. Elle est enlevée par Méléagant qui la désire. Arthur reste passif, et laisse Gauvain se charger de ramener la reine à la cour. Rencontre avec Lancelot, coup de foudre … Il la sauvera du bûcher, alors qu'elle est condamnée pour adultère. Guenièvre se fera nonne à Amesbury, où elle finira ses jours.
* Comme Hélène de Troie, elle est à l'origine de la guerre et de la mort du roi. Comme Mélusine, Guenièvre passe un contrat avec Lancelot, semblable à celui de Mélusine avec son amant. Comme elle, peut-être est-elle une figure de l’Autre-monde, indice qui donne à la saga arthurienne une connotation spirituelle...
La reine prend dans les récits une posture féerique ou du moins magique de la femme. Elle est la résurgence du « blanc fantôme » des sagas nordiques
* Guenièvre, comme les fées apprécie la proximité des lieux aquatiques. Lancelot retrouve le peigne de la reine avec quelques-uns de ses cheveux sur le rebord d’une fontaine. L'homme est un personnage en quête... Genièvre, Mélusine répondent en créatures de l'Autre-monde …. Dans le conte, la fée-alors - jette son dévolu sur l'homme et lui promet son amour total à une seule condition qui, … ne se réalisera pas !
* Elle est la Reine, et c'est même elle, qui tient les rênes du pouvoir ( et non plus ...Arthur), elle représente au yeux de tous la représentation du pouvoir politique dérobé à Arthur. Également, c'est elle qui gouverne, véritablement le chevalier Lancelot...
Lancelot, dans Le Chevalier de la Charrette (1176-1181), apparaît comme son amant soumis à ses volontés, au risque de se voir humilié et bafoué dans son honneur.

« Sur le moment, le chevalier a poursuivi sa route sans y monter ; il a eu tort, tort d’avoir honte et de ne pas aussitôt sauter dans la charrette car il le regrettera un jour. Mais Raison, qui s’oppose à Amour, lui dit de ne pas monter, le retenant de ne pas monter, le retenant et lui enseignant de ne rien faire ni entreprendre qui puisse lui apporter honte ou reproche. Ce n’est pas du cœur mais de la bouche que vient ce discours, que Raison ose lui tenir. Mais Amour, enfermé dans le cœur, l’exhorte et l’invite à monter tout de suite dans la charrette. Amour le veut alors il y saute ; il n’a plus peur de la honte, puisque c’est l’ordre et la volonté d’amour. » Cr de Troyes: (N° des vers: 329-380)
Illustration à la une: détail d'une gravure de Xavier de Langlais: Guenèvre
/http%3A%2F%2Fwww.quetedugraal.com%2Fwp-content%2Fuploads%2F2014%2F11%2FArthur-et-L%C3%A9odagan-237x300.jpg)
/http%3A%2F%2Fwww.quetedugraal.com%2Fwp-content%2Fuploads%2F2014%2F11%2F5c292eee2827f6807e0022d98270ccc8-168x300.jpg)
/http%3A%2F%2Fwww.quetedugraal.com%2Fwp-content%2Fuploads%2F2014%2F02%2FLeighton-God-217x300.jpg)

/http%3A%2F%2Fwww.quetedugraal.com%2Fwp-content%2Fuploads%2F2014%2F01%2Fch06_53_10-300x226.jpg)