actualite
L'Église est-elle encore influente ?
Si peu, à mon avis; bien sûr je parle de l'Eglise -insitution romaine ... Je crois que je ne le regrette pas.
Par contre, je souhaiterais que les catholiques, chacun avec son originalité, le soient.
Je ne regrette pas que cette institution ne soit pas plus influente, en matière de morale, de politique. Je ne regrette, en rien, le temps où l'Eglise
représentait un ' pouvoir '. Je trouve salutaire que des chrétiens se fasse entendre sur l'avortement, ou sur la bioéthique ou sur n'importe quelle question de société; mais je souhaiterais que
cette voix ne soit pas nécessairement uniforme, en tout cas courageuse et à contre-courant s'il est nécessaire ...
Un article récent paru dans " Témoignage
Chrétien "
me semble bien analyser la situation actuelle de l'Eglise de
France...
L'Église est-elle encore influente ? par Olivier Bobineau
Les chrétiens, et singulièrement les catholiques, pèsent-ils encore sur les consciences ou les politiques publiques ? Intellectuels, religieux et responsables associatifs, croyants ou non, répondent à la question posée par TC. Quatrième intervention : Olivier Bobineau, sociologue, chercheur au CNRS, maître de conférence à l'Institut catholique de Paris et à l'Institut d'études politiques de Paris.
En premier lieu, tentons de définir ce qu’est l’Église catholique en France (et ailleurs). Sociologiquement et quantitativement, il est possible d’analyser les
chiffres sur la pratique dominicale, d’apprécier l’administration des sacrements, les ordinations, les paroisses en recomposition, l’économie monastique… Que nous disent ces données ? La réponse
tient en un mot : les chiffres sont tous à la baisse sauf… les déficits.
En second lieu, anthropologiquement et historiquement, il est possible de considérer l’Église catholique en France, comme ailleurs, d’une toute autre manière. L’Église comme une conviction
spirituelle et une organisation matérielle ; un sentiment en l’invisible et un appareil politique en quête de visibilité ; l’ agapè, la grâce et
l’Église catholique romaine centralisatrice ; l’abandon invisible à l’invisible et le contrôle social administré hiérarchisé ; la dépossession par l’altérité et la prétention à la possession du
monde par la structure romaine. Bref, la figure de Jean conjointe à celle de Pierre.
Conjonction d’ailleurs unique dans l’histoire qui donne naissance au schisme orthodoxe et à la réforme protestante. Conjonction unique qui développe une échelle de la sainteté et inspire dans le
même temps, le droit des États modernes. Conjonction unique du pardon de l’ennemi, de l’abandon (eucharistie), du don (« lavement des pieds » : Jean, 13, 1-15) et de la domination des
esprits (inquisition), du contrôle moral (« lavage de cerveaux ») qui résulte historiquement de l’association d’un terreau sémite (l’Église est d’abord une secte juive jusqu’en 70 après
Jésus-Christ), réinterprétée par la culture grecque (langue des textes sacrés et influence de la philosophie sur la théologie chrétienne naissante) et déployée par la civilisation latine (le
christianisme devient la vraie « religio » avec Tertullien, influence du droit romain sur la papauté, juridicisation des valeurs,
institutionnalisation politique du religieux depuis Rome).
Une fois définie, quelle est donc son influence actuelle en France ?
La réponse tombe d’elle-même : de plus en plus faible et déclinante tant qu’elle ne fera pas une révolution interne. Pourquoi ? Parce que l’Église se fonde sur une conjonction
sentiment–institution que la société moderne a méticuleusement… disjointe.
En effet, comment caractériser la société française ? En un mot : moderne. Ou libérale. Qu’est-ce que le libéralisme ? Jean-Marie Donegani et Marc Sadoun, dans leur maître ouvrage
Qu’est-ce que la politique ? (2007), considèrent le libéralisme comme séparation des instances, séparation de l’Église et de l’État, séparation de la
sphère privée et de la sphère publique. Cette « culture de séparation » (Alain Touraine) repose sur le fondement du libéralisme : la séparation des sentiments et des institutions. Or,
cette anthropologie libérale séparatrice est l’exact opposé de la conjonction anthropologique catholique telle que nous l’avons définie.
Par conséquent, l’Église perd de plus en plus d’influence au fil de la modernisation libérale. D’où l’alternative qui lui reste : soit elle s’adapte d’un point de vue organisationnel - mais
peut-elle le faire au point de nier ce qui l’a constitué durant près de 2 000 ans ? Soit la modernisation libérale est contrebalancée par un retour de l’identitaire qui fusionne (res)sentiment,
institution (communautaire) et revendication laissant ainsi à l’Église catholique des interstices identitaires…
L’Église catholique semble en France s’engager dans cette dernière voie, mais combien de temps cela va-t-il durer ? En effet, la globalisation n’accélère-t-elle pas l’individualisation des
croyances et la désinstitutionnalisation des pratiques ? Par ailleurs, à force de confondre identité et identitaire, à force d’imposition des valeurs, que deviennent la posture évangélique
(humilité de Jésus-Dieu qui demande à la Samaritaine-paria de lui donner à boire, Jean, 4, 7), les 550 questions (et non les dogmes) du Jésus de l’évangile appelant à la libération par la
conversion et les paraboles (et non les bulles) invitant les personnes à l’incarnation de l’amour ?
27 mars 2010
Albert Rouet: diagnostic d'une institution ...
A l'occasion de Pâques, Mgr Rouet, Archevêque de Poitiers, livre ses réflexions sur l'actualité et son diagnostic sur l’Eglise, son institution, dans le quotidien " Le Monde ":
« Je voudrais d'abord préciser une chose : pour qu'il y ait pédophilie, il faut deux conditions, une perversion profonde et un pouvoir. Cela signifie que tout système clos, idéalisé, sacralisé est un danger. Dès lors qu'une institution, y compris l'Eglise, s'érige en position de droit privé, s'estime en position de force, les dérives financières et sexuelles deviennent possibles. C'est ce que révèle cette crise, et cela nous oblige à revenir à l'Evangile ; la faiblesse du Christ est constitutive de la manière d'être de l'Eglise.
Aujourd'hui, on y constate un certain gel de la parole. Désormais, le moindre questionnement sur l'exégèse ou la morale est jugé blasphématoire. Questionner ne va plus de soi, et c'est dommage. Parallèlement, règne dans l'Eglise un climat de suspicion malsain. L'institution fait face à un centralisme romain, qui s'appuie sur tout un réseau de dénonciations. Certains courants passent leur temps à dénoncer les positions de tel ou tel évêque, à faire des dossiers contre l'un, à garder des fiches contre l'autre. Ces comportements s'intensifient avec Internet.
Prenez mon diocèse : il y a soixante-dix ans, il comptait 800 prêtres. Aujourd'hui il en a 200, mais il compte aussi 45 diacres et 10 000 personnes impliquées dans les 320 communautés locales que nous avons créées il y a quinze ans. C'est mieux.
L'Eglise doit-elle s'appuyer sur ses clercs ou sur ses baptisés ? Pour ma part, je pense qu'il faut faire confiance aux laïques et arrêter de fonctionner sur la base d'un quadrillage médiéval.
… imaginez que demain je puisse ordonner dix hommes mariés, j'en connais, ce n'est pas ça qui manque. Je ne pourrais pas les payer. Ils devraient donc travailler et ne seraient disponibles que les week-ends pour les sacrements. On reviendrait alors à une image cultuelle du prêtre. Ce serait une fausse modernité.
Par contre, si on change la manière d'exercer le ministère, si son positionnement dans la communauté est autre, alors oui, on peut envisager l'ordination d'hommes mariés. Le prêtre ne doit plus être le patron de sa paroisse ; il doit soutenir les baptisés pour qu'ils deviennent des adultes dans la foi, les former, les empêcher de se replier sur eux-mêmes.
C'est souvent notre manière de parler qui ne fonctionne pas. Il faut descendre de la montagne et descendre dans la plaine, humblement. Pour cela il faut un énorme travail de formation. Car la foi était devenue ce dont on ne parlait pas entre chrétiens.
Aujourd'hui, le risque est que les chrétiens se durcissent entre eux, tout simplement parce qu'ils ont l'impression d'être face à un monde d'incompréhension. Mais ce n'est pas en accusant la société de tous les maux qu'on éclaire les gens. … C'est à nous d'apprivoiser le monde et c'est à nous de nous rendre aimables. »
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/04/03/l-eglise-est-menacee-de-devenir-une-sous-culture_1328305_3224.html#xtor=EPR-32280229-[NL_Titresdujour]-20100403-[zonea]&ens_id=1314763
Benoît XVI, les prêtres pédophiles et l’antisémitisme…
A l’heure où l’opinion catholique est interpelée par le scandale de la pédophilie chez les prêtres, l’institution ne semble pas se résoudre à chercher les raisons d’un tel problème… Un peu comme si nous pourrions craindre ‘ la vérité ‘ ; ce qui est paradoxal pour des chrétiens, la ‘ Vérité ‘ étant au cœur du témoignage christique !
Sans doute, serait-il – enfin - le temps d’aborder franchement la place de la sexualité dans ce qui constitue l’humain et son lien avec la spiritualité du catholicisme. Bien sûr, la pédophilie est une perversion, et le célibat n’y est pour rien… Par contre, chaque homme ou chaque femme, se situe dans son être face à sa vie sexuelle ; rejeter cette réalité peut être une raison à cette perversion … ?
La doctrine de l’Eglise est très bavarde sur une vision idéale de la sexualité du couple, mais devient inopérante, pour tout ce qui est en dehors de cette relation privilégiée…
Notre pape et sa curie, semblent voguer sur une barque, dont le Maître est absent. Aujourd’hui, ils se comparent à des assiégés victimes d’un fléau qui serait équivalent à l’antisémitisme … ! Rien de moins .. ! On se demande ce qu’en pense les réelles victimes et les juifs… ! Vraiment, nos ‘ monseigneurs ‘ vivent dans un autre monde … !
La peur remplace l’espérance, et Benoît cherche le soutien des plus conservateurs. Les signes envoyés sont en contradiction avec l’attente d’un humanisme interreligieux qu’espère aujourd’hui ‘ les chercheurs en spiritualité ‘: main tendue à la minorité intégriste et intransigeance vers les progressistes…Ces derniers n’entendant plus l’appel à l’unité, quittent les bancs paroissiaux . Difficile d’y rester, avec là, un curé appartenant à l’Opus dei ( Toulouse ), et ailleurs des ‘ légionnaires ‘ du Christ ,ou de Marie qui recrutent les plus jeunes pour une ‘ nouvelle évangélisation ‘… !
Autre signe : la volonté de béatifier les papes… ! Là aussi, quelle contradiction avec l’attente évangélique actuelle qui à l’image de la ‘ faiblesse de Dieu ‘ ( Varillon, Zundel ..) attend autre chose qu’une gloire bien singulière … !
Face à tous ces ‘ signes ‘ ; difficile de ne pas comparer Benoît avec un de ses contemporains : le Dalaï-lama ; à son propos je vais simplement citer Frédéric Lenoir :
"J’ai été témoin , en 2001, en Inde, dans la résidence du dalaï-lama, d’une rencontre entre le leader tibétain et un Anglais, accompagné de son jeune fils , qui venait de perdre sa femme dans des conditions dramatiques. Lorsqu’il a entendu le récit de cet homme, le dalaï-lama s’est levé et l’a serré dans ses bras, ainsi que le fils, pleurant avec eux pendant de longues minutes. Puis, lorsque l’anglais lui a dit qu’il était de venu bouddhiste après avoir été trop longtemps déçu par le christianisme, le dalaï-lama a fait chercher une magnifique icône orthodoxe du Christ et de la vierge Marie qui était en sa possession. Il lui a remise en lui disant : « Bouddha est ma voie, Jésus est ta voie. » l’homme en a été si bouleversé qu’il m’a affirmé ensuite avoir retrouvé le chemin de la foi chrétienne. Cette rencontre a eu lieu sans photographe ni caméras. Le leader tibétain n’avait rien à gagner à passer deux heures avec ce père et son fils qui étaient de parfaits anonymes et qu’il ne devait initialement rencontrer que quelques minutes. Il n’a adopté aucune posture. Il était lui-même : un être humain sincère et bon qui a développé, la vertu de compassion universelle prônée par le Bouddha."
P 289 Fréderic Lenoir « Socrate Jésus Bouddha «
Les prêtres et la pédophilie.
Par comparaison : … Sur la violence dans le système éducatif ; les quelques faits divers, inacceptables, n’en sont pas moins limités et malheureusement classiques… La riposte populiste est d’en faire les gros titres par des effets d’annonce et promettre par exemple :‘ de ‘sanctuariser’ tous les lycées de France ‘ : portiques, tolérance zéro… pour aucun effet, et l’abattement des acteurs de l’éducation…
Pour ce qu’il
est de ces cas nauséeux de prêtres pédophiles ( quel contre témoignage ! ), je me méfie de tous ceux qui sont très loin de l’Eglise, mais profitent de ces faits divers pour calomnier Benoit
xvi ( il y a plus intelligent à faire, si on n’apprécie pas la fonction contemporaine …), et s’en prennent injustement à la plupart de ces hommes qui ont tout donné à un idéal. Cet engagement
mérite le respect… !
Je suis favorable au mariage des prêtres, et j’admets, aussi, que :
Par son mode de vie, le prêtre manifeste que Dieu est capable de combler pleinement quelqu’un, bien que l’homme soit naturellement fait pour vivre avec une femme. Symboliquement, il anticipe ainsi ce que nous serons dans « la vie éternelle » où il n’y aura plus ni mari ni femmes, mais la plénitude de l’union à Dieu.
Le prêtre se donne tellement pour les autres qu’il peut difficilement en même temps s’occuper d’une famille.
Enfin, le ‘ dogme ‘ admet que le célibat n’est pas un élément constitutif du sacerdoce….
Un ministère ordonné féminin.
Lundi 8 mars : journée de la femme.
Que dire de l’Eglise à ce propos. Sinon, que son organisation ( et non pas sa doctrine ) nous coupe depuis trop longtemps, de la féminité. Quelle que soit l’institution, la réelle mixité - offre
une panoplie d’effets positifs. Au contraire, de certains grands maîtres, Jésus était proche des femmes. Elles étaient là au plus près de la croix. Elles sont les messagères des grandes
intuitions de Jésus : de la samaritaine à Marie Madeleine.
Dans l’histoire de l’Eglise, ensuite, elles ne le sont restées que trop peu. Cantonnées au rôle de ‘ vierge ‘ pour espérer avoir droit au chapitre ! « La
femme est quelque chose de défectueux » écrit par ex. Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Ia, Q.92, a.1, s.1
Auparavant, la tradition des hébreux a reconnu le rôle maternel divin ; d’ailleurs, chaque fois
que Dieu est appelé " Shaddaï " dans la Bible, il est toujours question
de fécondité, de tendresse et de salut comme dans la bénédiction de Jacob : Voici l'œuvre du Dieu Shaddaï, il te bénira : Des bénédictions des cieux en haut, Des bénédictions des eaux en bas,
Des bénédictions des mamelles et du ventre maternel. (Gen 49 :25).
Jésus – le Vivant- Que ton Esprit (le mot « esprit » est féminin en hébreu : ruah) qui déjà appelle l’une ou l’autre à l’ordination, soit entendu par notre
communanuté pour définir rapidement le sens d’un ‘ministère féminin’…
D'autant, que la situation actuelle, dans l'Eglise de France n'est pas rassurante:
Je vous invite à consulter:La situation des femmes et des petites filles régresse en France dans l’Église Catholique
2010, la spiritualité à sa place, au musée!
2010 … La spiritualité serait-elle plus acceptable, derrière une vitrine, dans un musée ?
La comparaison est frappante. Ces messieurs, ne rayonnent-ils pas ?
De par leur position, ils nous montrent que la civilisation ne mélange pas les torchons et les serviettes. En 2010, la ‘ vraie vie ‘ n’a que faire du ‘ spirituel ‘…
Pasteur athée... Paradoxal...?
«Ce que j’entends par Dieu, c’est une expérience humaine», déclare Klaas Hendrikse, lors d'une interview accordée à la Radio Nederland Wereldomroep. «Dieu n'est pas pour moi un être, mais un mot désignant ce qui peut exister entre des personnes. Si, par exemple, une personne vous dit : ‘’Je ne t'abandonnerai pas’’ et qu'elle réalise cette affirmation, il serait tout à fait convenable d'appeler (cette relation) Dieu», explique-t-il encore.
Le pasteur Hendrikse s'est fait connaître par un livre publié en novembre 2007, dans lequel il prétend que pour croire en "Dieu", il n'est pas nécessaire de croire en l'existence de Dieu. Le titre en néerlandais de l'ouvrage se traduit par "Croire en un Dieu qui n'existe pas : manifeste d'un pasteur athée".Dans son ouvrage, le pasteur Hendrikse explique que sa conviction, selon laquelle Dieu n'existe pas, s'est renforcée. "L'inexistence de Dieu n'est pas pour moi un obstacle, mais une condition préalable pour croire en Dieu. Je suis un croyant athée", explique-t-il dans son livre.
Selon la commission de l’Eglise, les propos de Klaas Hendrikse «n’ont pas une portée suffisante pour porter préjudice aux fondations de l’Eglise», affirmant par ailleurs que la vision du pasteur ne différait pas fondamentalement de celle d’autres théologiens libéraux de l’Eglise protestante.
C'est ... paradoxal... donc, intéressant à suivre...
L'expérience de la limite - Christianisme et Ecologie -
Le texte ci-dessous, est composé d'extraits d'une conférence donnée par Eléna LASIDA: économiste, chargée de mission à Justice et Paix, chrétienne donc, qui relève la
problématique actuelle inscrite dans le développement durable pour questionner notre christianisme .... Lumineux !
"Le développement durable est une chance pour notre foi chrétienne d’abord parce qu’il renvoie à des questions essentielles de
la vie humaine. Les menaces qui pèsent aujourd’hui sur les conditions matérielles de la vie nous font prendre conscience d’autres dimensions de l’existence qui ont été
sous-évaluées dans nos sociétés très industrialisées : la dimension spirituelle de la vie, mais également sa dimension relationnelle....
C’est une chance aussi pour nous chrétiens, accusés d’avoir réagi tardivement face à cette menace majeure qui pèse aujourd’hui sur notre planète, et, plus encore, d’avoir soutenu et cautionné
l’exploitation de la nature en raison de l’appel à “ dominer la terre ” selon le Livre de la Genèse. Je pense en effet que cette accusation offre la chance de nous interroger sur notre
rapport à la vérité et sur notre manière d’être présents dans le monde. Comme chrétiens, nous nous sentons habités d’une Bonne Nouvelle que nous voudrions transmettre au monde. Mais nous
l’avons peut-être trop limitée à une déclaration de principes, ou à une liste de valeurs à défendre, en privilégiant la forme doctrinaire qu’elle a prise au cours de l’histoire. Nous avons
aujourd’hui la chance de retrouver le sens dynamique, relationnel, vital de la Bonne Nouvelle, définie plutôt que par une vérité connue d’avance, par une vérité toujours
à découvrir à travers et en dialogue avec le monde. Une Bonne Nouvelle qui ne nous appartient pas, que nous ne possédons pas, mais qui se révèle à travers toute parole capable de
susciter la vie là où la mort semble l’emporter....
Je crois que nous sommes ici renvoyés au fondement même de la foi chrétienne et de la vie humaine. Nous nous trouvons en effet aujourd’hui face à des limites
qui bloquent notre avenir. Or la limite est sans doute l’une des expériences les plus humaines qu’on puisse vivre. Nous sommes tout au long de la vie confrontés à des limites :
des difficultés pour réaliser nos projets, des échecs, des pertes de capacités. Face à la limite, nous avons deux attitudes possibles : soit une approche négative qui regarde surtout ce qu’elle
empêche, ce qu’elle entrave, ce qu’elle bloque ; soit une approche positive, qui essaye de voir ce qu’elle rend possible, ce qu’elle met en mouvement, ce qu’elle libère. Dans le
premier cas, nous vivons la limite par le moins ; dans le deuxième, la limite par le plus....
Face aux limites environnementales auxquelles nous
sommes aujourd’hui confrontés, de nombreuses voix s’élèvent en faveur du moins : moins de consommation, moins de production, moins de croissance, moins de mobilité. Mais s’agit-il d’abord de
freiner la marche pour pouvoir durer plus longtemps ? Ou ces limites nous donnent-elles aujourd’hui la possibilité de penser nos modes de développement d’une manière radicalement nouvelle ? Si
nous focalisons l’attention uniquement sur le moins, c’est-à-dire sur ce que nous avons à réduire et à perdre, cela signifie que nous croyons qu’il y a un seul modèle de développement possible et
qu’il s’agit de le ralentir pour le faire durer. Mettre l’accent uniquement sur le moins signifie qu’il n’y a pas d’avenir nouveau devant nous, juste du déjà connu qu’il faut faire
durer. Les limites auxquelles nous sommes confrontés nous permettent-elles d’imaginer un avenir différent ? Libèrent-elles des capacités nouvelles ? Nous permettent-elles de dire
autrement la vie et ce qui fait vivre ?
....
Je crois qu’il existe aujourd’hui une multiplicité d’initiatives liées au développement durable qui révèle les différents plus qu’on pourrait gagner avec un mode de
vie différent : moins de rapidité mais plus de relation ; moins de mobilité mais plus d’enracinement ; moins de productivité mais plus de proximité. Ces initiatives multiples disent la
vie autrement : à travers l’attente et la surprise plutôt qu’à travers l’immédiateté et le contrôle ; à travers la liberté conçue comme responsabilité partagée plutôt que comme
indépendance ; à travers la manière d’être présent et d’habiter l’espace plutôt qu’à travers la mobilité permanente.
Je crois que des mots comme frugalité, sobriété, ascèse ou sacrifice, que nous employons souvent dans le domaine religieux pour dire que l’essentiel de la vie n’est pas dans la consommation ou dans l’accès aux biens, disent encore le moins plutôt que le plus. Comment nommer le plus qui est en jeu, sans pour autant nier le moins ? Car la perte sera bien entendu inévitable : rien de nouveau ne peut naître si on ne lui fait pas de la place. Mais c’est le fait de croire qu’il y a un nouveau possible devant nous, même si nous ne connaissons pas lequel, qui inscrit la perte dans une dynamique positive et créative et fait de la traversée du désert une marche vers la terre promise.
Le développement durable nous invite donc à revisiter notre représentation de l’avenir : comment transformer la menace en promesse, la limite en nouveau
possible ? Il nous faut développer pour cela une éthique de la limite. Or l’éthique de la limite résonne très fortement avec l’un des principaux mystères de la foi
chrétienne : la résurrection. La résurrection n’est pas simplement la vie après la mort, ou la vie contre la mort, mais plutôt la vie qui traverse la mort, la vie qui se fraie un
passage et qui émerge là où l’on ne l’attend pas. Et en ce sens la résurrection renvoie à une expérience profondément humaine, voire la plus humaine qui puisse exister : celle de l’échec qui
ouvre au radicalement nouveau, celle de la limite qui libère une capacité nouvelle, celle du vide qui se met à désirer la vie.
....
Cette représentation de l’homme comme prédateur a souvent été associée au commandement du Livre de la Genèse de dominer la terre (Gn 1, 28), créant parfois une certaine culpabilité chez les chrétiens en raison des effets néfastes produits par une exploitation exacerbée de la nature. Pourtant, cet appel à dominer la terre s’inscrit bien dans un souci de désacralisation de la nature et de non-confusion entre Dieu et les phénomènes naturels. Il faut prendre ce texte dans son contexte et surtout en liaison avec le deuxième récit de la Création qui invite l’homme à cultiver et garder la terre (Gn 2, 15).
....
Mais dans le second récit de la Création, Dieu appelle l’homme pas seulement à garder, au sens de conserver, mais également à cultiver la terre. De ce fait l’homme n’est pas considéré seulement comme gardien mais également comme co-créateur. Il ne s’agit pas seulement de préserver ce qui a été créé, mais également de le faire fructifier. La création n’a pas été achevée, elle a été confiée à l’homme qui devient également responsable de la continuer.
Cette idée de l’homme co-créateur permet de penser une relation entre l’homme et la nature autre que la relation de domination, en l’inscrivant
à l’intérieur de l’alliance nouée entre le Créateur et sa création, avec en son centre l’humanité . La notion d’alliance résonne fortement avec la représentation de l’homme
co-créateur. L’alliance suppose en effet la co-responsabilité dans un projet commun, l’interdépendance des partenaires, la relation de confiance pour prendre des risques ensemble. La nature a été
donnée aux hommes pour devenir ensemble une source de vie
....
Troisième et dernière dimension interrogée par le développement durable : notre représentation de la transcendance. Nous vivons dans un monde où les catastrophes naturelles nous confrontent plus que jamais à l’emprise de l’imprévisible ; en même temps, nous disposons plus que jamais des moyens pour le maîtriser, le contrôler et nous sécuriser face aux imprévus. Comment dire Dieu, entre la représentation d’une transcendance qui fait peur et provoque la mort et le déni de toute transcendance ?
....
débat: – La co-création ne risque-t-elle pas de conduire à une absence de limite ? La co-création peut-elle autoriser les OGM, les manipulations génétiques ?
Non bien sûr, co-création ne veut pas dire faire n’importe quoi. Il y a des limites. Mais j’ai voulu différencier les notions de co-création et de sauvegarde. La
sauvegarde induit l’idée qu’il s’agit uniquement de préserver pour que cela dure. L’enjeu aujourd’hui est plutôt de créer autrement, c’est-à-dire en respectant les équilibres de la nature et les
équilibres humains. Il faut des limites, mais ces limites sont à décider ensemble, en concertation.
Agora, Hypatie et les chrétiens
Les chrétiens parlent peu du film « Agora ».. !
Sans doute, préfèrent-ils ne pas accorder de crédit à un ‘
péplum historique ‘ qui ne peut que caricaturer les chrétiens.. Hum, je suis sceptique… Je crains plutôt que ce ne soit la peur de se confronter à des opinions désagréables à entendre; à
moins que ce ne soit la paresse de se justifier, ou le peu d’intérêt pour l’histoire … ?
C’est l’histoire d’une femme ‘ Hypatie’ ( au IVème siècle à Alexandrie ) qui préfère à tout amour, celui de la philosophie…
Au fil de son récit, Agora pose deux questions fondamentales : d'abord celle de la place des sciences dans un espace religieux. Puis celle,
corrélative, de l'expansion du christianisme dans l'Empire romain comme obstacle au développement scientifique dans une cité profondément marquée par la culture hellénistique.
« Mais Agora ne tente pas de nous convaincre du contraire ; voilà un film qui, avec l'immense talent de conteur de son réalisateur, souligne ce fait indiscutable que l'expansion du
christianisme a pu être un frein pour les sciences astronomiques, du fait que la présence d'un dieu unique ne s'accorde nullement à la reconnaissance de modèles cosmiques inédits qui ne
mettraient pas le monde des humains au cœur de l'univers. » Eric Nuevo docteur à l’université de Picardie dans ‘ le Monde ‘
L'historien chrétien Socrate le Scolastique rapporte dans son Histoire ecclésiastique (vers 440) :
« Il y avait à Alexandrie une femme du nom d’Hypatie ; c’était la fille du philosophe Théon ; elle était parvenue à un tel degré de culture qu’elle surpassait sur
ce point les philosophes, qu’elle prit la succession de l’école platonicienne à la suite de Plotin, et qu’elle dispensait toutes les connaissances philosophiques à qui voulait ; c’est pourquoi
ceux qui, partout, voulaient faire de la philosophie, accouraient auprès d’elle. La fière franchise qu’elle avait en outre du fait de son éducation faisait qu’elle affrontait en face à face avec
sang-froid même les gouvernants. Et elle n’avait pas la moindre honte à se trouver au milieu des hommes ; car du fait de sa maîtrise supérieure, c’étaient plutôt eux qui étaient saisis de honte
et de crainte face à elle"
En mars 415, à 45 ans, elle meurt lapidée par des chrétiens fanatiques.
D'après Socrate le Scolastique:
« Contre elle alors s’arma la jalousie ; comme en effet elle commençait à rencontrer assez souvent Oreste, cela déclencha contre elle une calomnie chez le peuple
des chrétiens, selon laquelle elle était bien celle qui empêchait des relations amicales entre Oreste et l’évêque. Et donc des hommes excités, à la tête desquels se trouvait un certain Pierre le
lecteur, montent un complot contre elle et guettent Hypatie qui rentrait chez elle : la jetant hors de son siège, ils la traînent à l’église qu’on appelait le Césareum, et l’ayant dépouillée de
son vêtement, ils la frappèrent à coups de tessons ; l’ayant systématiquement mise en pièces, ils chargèrent ses membres jusqu’en haut du Cinarôn et les anéantirent par le feu. Ce qui ne fut pas
sans porter atteinte à l’image de Cyrille et de l’Église d’Alexandrie ; car c’était tout à fait gênant, de la part de ceux qui se réclamaient du Christ que des meurtres, des bagarres et autres
actes semblables soient cautionnés par le patriarche. Et cela eut lieu la quatrième année de l’épiscopat de Cyrille, la dixième année du règne d’Honorius, la sixième du règne de Théodose II, au
mois de mars, pendant le Carême »
D'après Jean de Nikiou (Nicée), au VIIème siècle :
« En ces temps apparut une femme philosophe, une païenne nommée Hypatie, et elle se consacrait à plein temps à la magie [théurgie, selon Michel Tardieu], aux
astrolabes et aux instruments de musique, et elle ensorcela beaucoup de gens par ses dons sataniques. Et le gouverneur de la cité l'honorait excessivement; en effet, elle l'avait ensorcelé par sa
magie. Et il cessa d'aller à l'église comme c'était son habitude.... Une multitude de croyants s'assembla guidée par Pierre le magistrat – lequel était sous tous aspects un parfait croyant en
Jésus-Christ – et ils entreprirent de trouver cette femme païenne qui avait ensorcelé le peuple de la cité et le préfet par ses sortilèges. Et quand ils apprirent où elle était, ils la trouvèrent
assise et l'ayant arrachée à son siège, ils la trainèrent jusqu'à la grande église appelée Césarion. On était dans les jours de jeûne. Et ils déchirèrent ses vêtements et la firent traîner
(derrière un char) dans les rues de la ville jusqu'à ce qu'elle mourût. Et ils la transportèrent à un endroit nommé Cinaron où ils brûlèrent son corps. Et tous les gens autour du patriarche
Cyrille l'appelèrent « le nouveau Théophile », car il avait détruit les derniers restes d'idolâtrie dans la cité. »
Bien sûr ce film, est au même titre, que n’importe quel roman historique, tissé de dialogues et de rencontres imaginaires, mais l’occasion est pour nous d’ouvrir un débat, autour d’une période qui fonde le canon et les rites de notre Eglise-institution, ce qui est loin d’être anodin … !
« Il faut dire que le héros de cette vaste fresque n'est pas un guerrier bas du front, mais une femme, la belle Hypatie, philosophe, astronome, mathématicienne, qui a vraiment existé. Alejandro Amenábar (Mar adentro, Les Autres) en fait le symbole d'une époque charnière. Celle où le christianisme dogmatique est en passe de dominer le monde occidental. Et où l'obscurantisme menace la science et la raison. Toute ressemblance ou similitude avec le monde d'aujourd'hui est évidemment volontaire et délibérée. Amenábar use du péplum comme d'un prétexte pour condamner avec virulence tous les fanatismes. Ces chrétiens, qui, en brûlant les livres, en saccageant la bibliothèque, commettent un véritable viol de la culture, rappellent des ravages plus contemporains, commis au nom de la religion. » Cecile Mury pour Télérama.
En conclusion, j’ai aimé ce film et l’interprétation de la comédienne. Je suis intéressé par les questions posées et j’espère pouvoir approfondir la connaissance de
cette période, et le rôle des chrétiens. Je ne crains pas de débattre, au contraire... Nous avons le devoir de savoir ce que les chrétiens ont fait de leur
religion, et dans quelles circonstances nous avons trahi le message de Jésus-Christ. Il est indéniable aujourd'hui de reconnaitre que 'le pouvoir' pervertit ' le spirituel '!
Haïti .... Malédiction... Dieu...
Nous risquons d’entendre , de la part de certains ‘ croyants ‘, des énormités :
- C’est Dieu qui punit ! ou,
- tel le télévangéliste américain Pat Robertson: « il y a très longtemps, les Haïtiens auraient conclu un pacte avec le diable pour se débarrasser des forces oppressantes qui occupaient le
pays. Et voilà qui expliquerait la catastrophe! »…! Certes, déjà au lendemain du 11 septembre, le télévangéliste était d'avis que les attentats tenaient au fait que « les Américains
approuvent l'avortement, l'homosexualité et la séparation de l'Église et de l'État ».
Dans l’observation d’une catastrophe naturelle, il n’y a ni sacrifice, ni épreuve … L’Humain, et donc le divin n’est que dans le cœur de ceux qui vivent un
« fait naturel ». Le chrétien n’est pas idolâtre et ne met dans le fait naturel, ni bien ni mal …
La notion de mal, ne se débusque pas si facilement, ainsi dans un Etat, ‘le bien et le mal’, sont souvent synonymes de ‘légal et d’illégal’… sans plus!
Dans une telle occasion, la religion est une aide, parce qu’elle soutient les ‘ cœurs ‘, elle nous rappelle que nous ne sommes ni maudits, ni responsables. Face au mal, si je peux choisir la suite, si je suis capable d’en faire mon épreuve; je peux retrouver appui sur ce qui échappe à l’impermanence du naturel.
Il faut lire ce que disait
l’ingénieur géologue Claude Prepetit, il y a un mois, lors d’une entrevue au Nouvelliste, un journal haïtien:
La région métropolitaine de Port-au-Prince a connu des séismes dévastateurs, de magnitude supérieure à 7 , en 1751 et 1770. Depuis lors, nous sommes entrés dans une période d’apparente quiétude pendant laquelle l’énergie continue de s’accumuler dans le sol. Le jour où les contraintes vont se relâcher avec fracas, les conséquences seront catastrophiques pour la région métropolitaine.
Dans un rapport publié quelques mois plus tôt pour le Laboratoire national du bâtiment et des travaux publics d’Haïti, le même M. Prepetit déplorait l’«impréparation» d’Haïti à un tel séisme,
l’attribuant à la «méconnaissance de la réalité de la menace sismique en Haïti» et aux croyances religieuses «instituant un ‘Bon Dieu bon’ préservant (Haïti) de tous les risques et
désastres naturels.»
Ne rejetons pas non plus notre responsabilité ( au-delà de ce séisme ), puisqu’aujourd’hui l’homme contrôle ou le plus souvent détraque son espace naturel, au risque des plus grandes catastrophes
… !
