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Les légendes du Graal

LA LÉGENDE DES CHEVALIERS DE LA TABLE RONDE – RÉSUMÉ – 7/9 – La Reine GUENIEVRE.

30 Août 2018 , Rédigé par Régis Vétillard Publié dans #Guenièvre, #Lancelot, #Roi Arthur, #Mordred

Guenièvre, figure emblématique de la légende arthurienne, incarne à la fois la reine idéale, la femme passionnée et la source de tragédies qui marquent la fin de l’âge d’or de la Table ronde. Son histoire, qui se dessine petit à petit dans les grands textes classiques – de Geoffroy de Monmouth à Chrétien de Troyes, en passant par la Vulgate et Thomas Malory – est complexe, nuancée et profondément humaine.

Origines et mariage royal

Guenièvre est généralement décrite comme la fille du roi Léodagan de Carmélide, bien que certaines versions la présentent comme issue d’une noble famille romaine ou la relient à la féerie celtique par son nom gallois, Gwenhwyfar, signifiant « esprit blanc » ou « fée blanche ». Sa beauté et sa noblesse en font l’épouse idéale pour Arthur, roi de Bretagne, qui la rencontre alors qu’il vient en aide à son père. Leur union symbolise l’alliance et la légitimité du pouvoir royal, et Guenièvre devient la reine de Camelot, partageant la gloire et la prospérité du royaume.

Une reine convoitée et vulnérable

Dès les premiers récits, Guenièvre apparaît comme une femme convoitée, souvent victime d’enlèvements. Dans la Vie de Gildas, elle est enlevée par Melwas (ou Méléagant), roi du Pays de l’Été, et retenue prisonnière à Glastonbury. Arthur, aidé de ses chevaliers, la recherche pendant un an avant de la récupérer grâce à la médiation pacifique du moine Gildas. Ce motif de l’enlèvement se retrouve dans de nombreuses versions, symbolisant la fragilité de la paix et la nécessité pour Arthur de défendre son honneur et son royaume.

Dans l’Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth, Guenièvre, appelée Guanhumara, est laissée à la garde de Mordred lorsque Arthur part combattre sur le continent. Mordred la séduit ou l’enlève, usurpe le trône et tente de l’épouser, précipitant la chute du royaume.

L’amour interdit avec Lancelot

Lancelot au chevet de Guenièvre

C’est avec Chrétien de Troyes, dans Lancelot ou le Chevalier de la Charrette (vers 1177), que Guenièvre acquiert une dimension nouvelle : elle devient la femme aimée de Lancelot du Lac, le plus fidèle des chevaliers d’Arthur. Leur passion adultère, longtemps cachée, est révélée lors d’un festin par l’absence simultanée des deux amants. Ce scandale ébranle l’unité de la Table ronde et marque le début de la fin pour Camelot.

L’amour de Guenièvre et Lancelot, d’abord idéalisé comme l’exemple de la courtoisie, se transforme en tragédie. Découverte, Guenièvre est condamnée au bûcher pour adultère, mais Lancelot la sauve in extremis, provoquant la mort de plusieurs chevaliers et une guerre fratricide entre Arthur et Lancelot. Cette rupture irréparable entre le roi et son meilleur chevalier fragilise le royaume, ouvrant la voie à la trahison de Mordred.

La chute de Camelot et la fin de Guenièvre

Profitant de l’absence d’Arthur, parti poursuivre Lancelot en France, Mordred s’empare du trône et tente d’épouser Guenièvre. Selon les versions, elle feint d’accepter ou s’enfuit, se réfugiant dans la tour de Londres puis dans un couvent. Arthur revient précipitamment, affronte Mordred lors de la bataille de Camlann, où il est mortellement blessé. Mordred périt également, et la Table ronde disparaît à jamais.

Après la mort d’Arthur, Guenièvre, rongée par la culpabilité et le remords, refuse de rejoindre Lancelot et choisit de se retirer dans un couvent à Amesbury, où elle finit ses jours dans la pénitence et la prière. Certains récits évoquent une dernière rencontre entre les deux amants, marquée par le renoncement et la tristesse. Guenièvre meurt peu après, parfois enterrée à Glastonbury, près de la tombe d’Arthur.

Un personnage aux multiples facettes

Guenièvre a souvent été comparée à Hélène de Troie, figure dont la beauté provoque la guerre et la ruine d’une civilisation. Elle est à la fois victime de son destin, femme de pouvoir, symbole de la tentation et de la fragilité humaine. Son rôle oscille entre celui de reine loyale, d’amante passionnée et de femme coupable, mais aussi de femme libre, capable de choisir sa voie, même dans la douleur.

Dans les textes classiques, Guenièvre reste un personnage ambivalent : elle inspire l’amour, la jalousie et la discorde, mais incarne aussi la complexité des sentiments humains et la difficulté de concilier devoir et passion. Son histoire, au cœur de la légende arthurienne, continue de fasciner et d’inspirer, tant elle révèle la part d’ombre et de lumière de la condition humaine.

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