royaliste
Maurice Clavel – 2 - La NAF
Je découvre qu'Elaine - à qui je parle de ma lecture de Maurice Clavel – est une lectrice de la 'revue de la NAF ( la Nouvelle Action Française). Elle me passe un article qui est une interview de Clavel.
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On l'y qualifie de « témoin de cette épiphanie de l'Esprit esquissée en mai 1968 et continuée par l'extraordinaire renouveau de l'intelligence française libérée des systèmes despotico-terroristes. », il serait même « un des accoucheurs pour le plus grand dommage des cléricalo-gauchards. comme des vieux clivages idéologico-politiciens. ». La revue considère que sa position sur le politique « ne se distingue guère de celle de la N.A.F. Cette N.A.F. qu'il aura aidé à retrouver une des traditions les plus profondes du royalisme. »
Voilà des mots, qui attisent furieusement ma curiosité.... Mais, je reviens à Clavel, avant de m’intéresser à la NAF...
Maurice Clavel est interrogé sur son livre « '' Dieu est Dieu nom de Dieu '', ce livre qui a provoqué tant de remous. »
Ce livre est un pamphlet, une charge contre les ''bons pères'' qui abandonnent leur foi au profit de la lutte des classes. « Vous n'êtes pas allé au monde, vous vous êtes rendus au monde », leur dit-il.
Clavel analyse également l'impact des médias et des idéologies planétaires sur la perception de Dieu, soulignant une désacralisation de la société et une déshumanisation de l'homme. Il fait un parallèle entre la révolte des apôtres et celle de mai 68, voyant dans cette révolte une lutte contre la sécularisation et l'injustice du capitalisme.
Clavel espère voir un retour à une compréhension authentique du sacré, où Dieu est reconnu comme central et où la vie humaine est vénérée comme une création divine.
Clavel relève dans la théologie médiévale, les trois libidos : libido sciendi. libido sentiendi. libido dominandi. Il ajoute « qu'il serait bon que les prêtres se marient car cela calmerait leur soif de pouvoir. ». Le « désir de pouvoir gangrène les hommes d'Eglise. ».
Sur le plan de la pensée politique, Clavel semble assez optimiste... « Foucault a enfoncé Marx en le noyant. Foucault, qu'il le veuille ou non, est le vainqueur de Marx et des Lumières. Et des gars comme Glucksmann, Le Bris, Lardreau, Jambet, Dollé, Sollers, bientôt peut-être Pierre Victor et Geismar - cela fait beaucoup - et moi même marchons sur des chemins qui. au départ, ont été pistés par Foucault. Et en face, les autres sont incapables de mener la moindre contre-offensive car il n'y a plus de pensée marxiste, plus de pensée « sciences humaines ».»
Maurice Clavel écrit , et je comprends que cela puisse plaire à Elaine: « Berdiaev, l'homme qui faisait la Révolution d'octobre et haranguait les foules dans les usines, a écrit en même temps '' Le Nouveau Moyen Age '' dont les premières lignes disaient en 1920: « Nous vivons les tous derniers jours de la Renaissance ». C'est effectivement toute la Renaissance qui est en question. »
Et encore: « Cette Révolution culturelle que nous voulons sera la délivrance de ce qui a été refoulé en nous depuis des siècles, probablement depuis la Renaissance. Et cette délivrance sera aussi une délivrance de la sensibilité. Le Moyen Age n'était peut-être pas libre politiquement. Encore que je n'en sois pas sûr et que le lien féodal, au moins relativement et pour l'époque, soit très libérant. Mais il était plus libre d'allure, plus vivace de sensibilité. Il était plus spontané - j'emploie ce terme à dessein - en pensant aux camarades spontanéistes. C'est vers cette spontanéité que nous allons et que des formes politiques peu à peu épouseront. Mais ces formes ne seront pas idéologiques. Et c'est vers elles qu'ira toute une génération. Je pense en gros à mes camarades, mes amis les anciens maos. non seulement les super agrégés de philo et les émeutiers-chefs mais aussi à bien d'autres. Ils doivent se préparer - c'est ce qu'ils font d'ailleurs - à la grande Révolution culturelle libératrice de l'Occident, pour l'accueillir et pour l'accoucher. »
Clavel apostrophe l’interviewer: « Je vous trouve d'ailleurs tristement courageux d'avoir assumé l'héritage de l'Action Française car vous valez mieux que ça. ». Il évoque Maurras « pour terminer de la façon navrante que l'on connaît. ». Arnaud Fabre de la NAF, lui répond: « Mais le meurtre du père, il est plus qu'à demi réalisé en nous ! Nous en appelons d'une théorie conservatrice et quasi hégélienne de la Monarchie à une Monarchie fondée sur le service et destinée à freiner les appétits de puissance, la course frénétique et individualiste au pouvoir... »
Elaine m'explique ce qui l'attire dans la proposition politique de la La Nouvelle Action Française (NAF), un mouvement politique français fondé en 1971 par des jeunes dissidents de l'Action française. Ses membres dénoncent un conservatisme excessif au sein de l'Action française traditionnelle, et continuent à défendre des idées monarchistes et orléanistes. Le mouvement tente de moderniser et de dynamiser le royalisme français, et se positionne à gauche du spectre politique tout en soutenant une monarchie constitutionnelle.
Pour ce qui est des idées orléanistes, Elaine reste fidèle à sa grand-mère Anne-Laure de Sallembier, ce qui est important pour elle... Des idées attachées à une monarchie modérée, intégrant les acquis de la Révolution française de 1789, mais souhaitant canaliser les poussées sociales dans le cadre d'une monarchie constitutionnelle.
Je lui demande l'intérêt politique d'avoir un Roi ?
- Le Roi représente une figure de stabilité et de continuité, Il joue un rôle de médiateur et de modérateur, et maintient l'unité nationale et la cohésion sociale.
Anne-Laure de Sallembier, légitimiste en 1920.
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Sur ce que contient l'idée de monarchie orléaniste chez Anne-Laure de Sallembier, après la Grande Guerre, et qui va sans-doute motiver l'engagement de son fils Lancelot dans l'Action-Française, du moins pour un temps...
Pour Anne-Laure, la révolution française ayant détruit l'édifice ancien, il ne s'agit pas de revenir en arrière... Après les échecs de Louis XVIII et Charles X, explicables par une malheureuse nostalgie d'un ordre ancien et périmé ; le royalisme semblait être devenu une cause perdue...
De plus, l'affaire Dreyfus, semblait avoir perdu le ''Parti du Roi'', dans le marasme réactionnaire des anti-dreyfusards ; tandis que les républicains consolidaient le régime en place...
La République conduit à la guerre...
L'Etat-nation est né de la révolution française, le nationalisme en est son exaltation. Le citoyen est subordonné « aux intérêts exclusifs de la nation, de l'Etat-nation, à sa force, à sa puissance, à sa grandeur. » ( Winock).
Les révolutionnaires de la première république de 1792, s'opposaient à l’Europe des dynasties ; et rêvaient d'exporter la révolution pour construire – disaient-il, l'Europe des nations …
La République française ( et même l'empire des deux napoléons) devient hégémonique : « Cette tradition, c'est celle qui fait de l'histoire de France celle de l 'humanité. » Michelet
La commune de Paris, jusqu’au-boutiste – lors de la guerre avec la Prusse - reproche au gouvernement « d'avoir failli à sa mission de défense nationale » ( Winock).
L'esprit de revanche sur l'Allemagne, va participer à fonder la IIIème République
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Ce nationalisme républicain, est pour la comtesse de Sallembier, une des causes des guerres de 1870, puis de 1914...
Mais, elle va regretter le syncrétisme de Maurice Barrès qui va intégrer sa vision nationale de la Révolution, au monarchisme sectaire de Maurras... !
Beaucoup de monarchistes, et en particulier dans la noblesse ancienne, ne vont jamais adhérer aux idées de Maurras...
Pour Maurras, les intérêts de la personne sont subordonnés à la nation, y compris la monarchie et L’Église... Pour cette raison, les amis de la comtesse- qui ne reconnaissent pas la Nation - se disent ''légitimistes'' pour se désolidariser des monarchistes maurassiens.
La dynastie royale se voue au royaume, et ce sont ses devoirs qui la rende légitime. Elle se doit humble, et reçoit sa vocation de Dieu. L'Eglise se porte garante ; de fait, elle ne peut être nationale ( gallicane).
Anne-Laure, condamne le colonialisme, conséquence de l’universalisme républicain...
L'individualisme relève des idées que portent la république, et qu'elle souhaite universelles...
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La comtesse de Sallembier n'aime pas le mot ''aristocratie'' qui se prête aux ''privilégiés'' du régime en place, et qui possède la richesse... Il y a bien sûr, aussi, une aristocratie de la République …
Elle préfère le mot de '' noblesse '' qui évoque le devoir et l'honneur... La noblesse s'acquiert par la famille, et le mérite....
Pour les légitimistes, la Grande-Guerre est une guerre civile.
L'Europe des peuples existe. Elle s'est construite au travers de grands faits culturels qui ont traversé cette entité : les pierres levées ; les grands textes fondateurs grecs, germains, celtes qui ont nourri tout l'espace carolingien ; les grandes légendes de la Table Ronde ou des Nibelungen, le monachisme chrétien, la révolution gothique, la Renaissance, etc...
Le XXe siècle, commence avec l'emprise de cette idée ''nationaliste', et l'effondrement de trois empires. Se préparent alors l'avènement de régimes nouveaux, et l'éminence d'une nouvelle guerre que Bainville prévoit...
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Chaque personne s'inscrit dans une lignée, une langue, une religion. La Tradition porte cette identité avec ses coutumes, son histoire ; elle s'inscrit dans un temps et un espace particuliers. La Tradition définit un peuple. Chaque peuple est singulier, aucun n'est supérieur à un autre...
Pour tout dire, Anne-Laure de Sallembier, regrette l'engagement de son fils dans l'Action Française...
«Mieux qu’à restaurer la Monarchie, l’Action Française cherchait en fait à instaurer sa propre monarchie... » Colette Capitain, historienne - L’idéologie de l’Action Française.