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xviiie siecle

Le XVIIIe siècle, et quelques lectures médiévales...

Publié le par Perceval

Je ne vais pas manquer, de regarder un peu plus près, certains de ces ouvrages lus au XVIIIe siècle, et en particulier par J.-L. De la Bermondie.

L'Amadis de Gaule, est un roman de chevalerie espagnol, publié en 1508 ( et en 1540 en français) . On ne connaît pas bien, l'origine et l'attribution de cette histoire.

Amadis est dit le le « Chevalier de la Verte Épée ». Il est le fils de Périon, roi fabuleux de France, et d'Élisène de Bretagne (c'est-à-dire d'Angleterre). Ses parents l'abandonnent à la naissance en le plaçant dans une barque avec une bague et une épée comme objets de reconnaissance. Les flots poussent la nacelle jusqu'en Angleterre. Le bébé est recueilli par le chevalier Gandales, qui l'appelle le Damoysel de la Mer, l'amène en Écosse et l'élève avec amour. L'enfant est en butte aux méfaits du sorcier Arcalaus, mais la magicienne Urgande veille sur lui.

A la cour du Roi d'Ecosse, il fait la connaissance de la princesse Oriane, fille de Lisvart : les deux gens tombent instantanément amoureux l'un de l'autre et se jurent une fidélité éternelle. Amadis est armé chevalier et part aussitôt à l'aventure.

Amadís_de_Gaula_(Zaragoza)

Amadis est le type de l'amant constant et respectueux aussi bien que du chevalier errant. Accompagné de son frère Galaor et protégé par l'enchanteur Alquif et la fée Urgande, il doit affronter des épreuves innombrables afin de conquérir la belle Oriane.

Ce texte est l'un des plus populaires roman de chevalerie, en Espagne... Il fut l'un des romans favoris de Charles-Quint, et d' Ignace de Loyola...


 

« Si elles n’avaient jamais vu de chevaliers, elles en entendaient parler à leurs nourrices, et ce sujet intarissable de conversation n’était pas celui qui leur plaisait le moins. Souvent même elles le provoquaient par leurs questions. De tout temps les nourrices ont aimé à raconter. Élise et Marie avaient l’esprit très orné d’histoires de chevalerie, seule littérature qu’on connût de leurs jours, et elles ne se faisaient pas presser pour en amuser leurs élèves, à défaut d’autres plaisirs. Les chevaliers de la Table Ronde avaient tour à tour fait la conquête des belles captives. La douce Aloyse se passionnait pour Amadis ; la vive Berthe pour Galaor. Lancelot était si brave, Tristan si tendre, Esplandian si beau, qu’on s’intéressait vivement à leur sort ; mais à présent, ils avaient tous cédé le pas au chevalier de la romance. » Extrait des '' Châteaux suisses '' d'Isabelle, baronne de Montolieu (1751-1832 ) auteure de romans de chevalerie

Les romans de la Table Ronde sont bien toujours lus... D'ailleurs … Au XVIIIe siècle, on découvre une œuvre médiévale : ''Aucassin et Nicolette'' - roman d'amour et de chevalerie provençal-picard – qui semble être de la fin du XII e siècle.

Cette œuvre a été imitée dés la fin du XIII e siècle et a inspiré des compositions dramatiques du XVIII e … C'est Jean Baptiste de Lacurne de Saint-Palaye (1697-1781), qui l'exhume, ainsi que bien d'autres manuscrits, des poussières où il gisait depuis quatre siècles. Il en propose deux traductions, encore qu'incomplètes, en 1752 et 1756.

Le petit livre a dû connaître un certain succès puisque Sedaine l'adapte pour le théâtre et André-Ernest-Modeste Grétry (1741 -1813 ) compose la musique ; la pièce est présentée à la cour en 1779 . C'est probablement cette année-là que Marie-Antoinette en chante des extraits avec Élisabeth Vigée-Lebrun Duette...

Lacurne de Sainte-Palaye écrit Ses Mémoires sur l'ancienne chevalerie, ce qui lui ouvrent les portes de l’Académie française en 1758.

 

L’Histoire du Chevalier du Soleil (1749) ou - '' L'Admirable Histoire du chevalier du Soleil ou sont racontées les immortelles proüesses de cest invincible Guerrier, & de son frère, Rosiclair, enfans du grand Empereur de Constantinople. Avec les exploicts genereux, & les adventures Amoureuses de la belle & vaillante Princesse Glaridiane, & autres grands Seigneurs. ''- est la version française de ce roman de chevalerie espagnol composé par Diego Ortunez de Calahorra en 1562 et qui fut augmenté d'interminables suites...

Antoine-René de Voyer de Paulmy

Le Marquis de Paulmy, bibliophile et médiéviste de l'époque, affirme que le cycle des Amadis est une suite du chevalier du soleil...

Antoine-René de Voyer d’Argenson, marquis de Paulmy (1722-1787), est bibliophile – avec une collection qui, en 1785, comprenait 52 000 volumes - et franc-maçon... Il se passionne pour la littérature médiévale. La fille unique du marquis de Paulmy épouse en 1771 le duc de Luxembourg, qui va devenir la même année administrateur du Grand Orient.

Quand J. L. de La Bermondie rencontre le Marquis de Paulmy ( ils sont du même atelier maçonnique ; l'Etoile Polaire ), le Marquis de Paulmy s'est retiré de la vie publique. Il n'a accepté l'office de chancelier de la Reine Marie-Antoinette en mai 1764, que pour des raisons financières ( traitement annuel de 7000 livres ..). On le dit avoir un esprit assez acerbe, caustique, ayant peu d'amis et aigri par se mauvaise santé. Pourtant, on peut le trouvé assez enjoué, quand il fréquente le salon de Madame Du Deffand dont il est l'un des familiers ; ou quand un lui parle de romans médiévaux, tel Perceval le Gallois...

Antoine René se lancera dans une entreprise commerciale la '' Bibliothèque Universelle des Romans'' qui veut répondre à l'engouement du public pour les fictions ; mais cette publication n'en souffre pas moins dans un certain milieu d'un préjugé défavorable de légèreté et de facilité... Aussi, le marquis de Paulmy se doit de trouver un prête-nom qui sera Bastide, La B.U.R. paraîtra chez Lacombe ( libraire du Mercure de France, ami de Voltaire...) )

Outre un appareil critique très intéressant (introductions, commentaire et analyses), la bibliothèque s'organise dans chaque volume selon un plan établi définissant les différents types de romans, en 8 classes : Traduction des romans grecs et latins, les romans de chevalerie, le roman historique, romans d'amour, romans de spiritualités, romans satiriques et comiques, Nouvelles historiques et contes, romans merveilleux. Le premier volume réunit l'âne d'or d'Appulée, Le roman de Merlin, Le triomphe des neuf preux, l'Astrée, Les aventures étranges de Lycidas et de Cléorithe de Basire, Le Satyricon, Le roman de Mélusine de Jean d'Arras, Le Dauphin par d'Aulnoy, La bonne femme par Mademoiselle de la Force... On y trouve donc des romans rares et les plus connus comme Don Quichotte.

Par la suite : Le prince Erastus, les contes de Perraut, Perceval le Gallois, la Cyropédie, Histoire de Zarine par Nicolas de Damas, Perceforest, roi de Grande-Bretagne, Romans de M. Camus, L'Utopie de More, Théagène et Chariclée, Histoire du chevalier Tristan, Argénis et Polliarque, Histoire de Jean Fauste, et nombre de contes et nouvelles historiques oubliés... On notera que les romans médiévaux sont bien représentés. Il ne se trouve que des extraits des longs romans, la bibliothèque universelle les intégrant dans la collection dont la vocation est d'être encyclopédique sur son sujet, elle tend donc chronologiquement à intégrer tous les romans écrits depuis l'origine jusqu'à l'époque contemporaine.

Cependant J. L. de La Bermondie, après lecture de cette publication, reprochera au Marquis de Paulmy de censurer les passages qui accentueraient trop ce que l'on nomme '' la merveille '' et de faire disparaître ce que l'époque nomme '' toute superstition rattachée au merveilleux médiéval'', certes au profit de la dimension courtoise, mais au détriment du mystère, et conformément à ce que nous dit la raison et la philosophie ..

Armes de Gauvain - Pentangle


Je reviens au '' Chevalier du Soleil '' qui pour les amateurs de La Légende Arthurienne, n'est autre que le Chevalier Gauvain

Petit-fils d’Uther, fils du roi Loth d’Orcanie, sa mère – Morgause - est la demi-sœur d’Arthur. Neveu d'Arthur, il lui restera fidèle … jusqu'à s'opposer à son ami, Lancelot...

Sa force croit et décroît avec le soleil comme le souligne Chrétien de Troyes :  «  le seigneur des chevaliers mérite bien d’être appelé soleil et c’est monseigneur Gauvain que j’appelle ainsi. Il illumine la chevalerie tout comme le soleil qui dispense ses premiers rayons du matin… ».

Le matin Gauvain a la force d’un homme, et plus le soleil monte dans le ciel, et plus il devient fort, jusqu’à ce que le soleil atteigne son zénith, puis sa force diminue jusqu’au soir où il redevient normal. Il est l'un des chevaliers le plus redouté de La Table Ronde … Galant et séduisant, Gauvain est paré de toutes les vertus de courtoises.

L'Aurora Consurgens de Thomas d'Equin

 Il tombe amoureux de la suivante de la Fée Laudine, Luned, qui montre un étrange savoir et une indépendance troublante. Luned séduit Gauvain par sa valeur et sa beauté, et le « Soleil de la chevalerie » s’unit à celle dont le nom célèbre l’astre de la nuit.

 Les travaux débutent lorsqu’il est minuit pour les profanes, alors que le soleil est au zénith pour les Chevaliers....

Dans la Franc-Maçonnerie du XVIIIe siècle, on retrouve au 18e degré, le grade de Chevalier du Soleil... Le Rite Ecossais Ancien et Accepté l'assimile en 1786, pour en faire le 28° degré du système ; considérant le Chevalier du Soleil comme suprême degré de philosophie du Rite, non pas comme une invention moderne, mais comme la survivance de degré supérieur des initiations anciennes.

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Comment J.L. De La Bermondie retrouve les Templiers, au XVIIIe siècle... -3/.-

Publié le par Perceval

Revenons en arrière, pour comprendre que dans l'idée de J.L. de La Bremontie, ce lien de la maçonnerie avec les templiers peut se justifier.

D'abord, il nous faut remonter jusqu'à Roger de Laron, ( bien connu sur ce site …), ancien templier et qui a laissé à ses descendants localisés à Saint-Julien le Petit ( château de Laron) un ''trésor'' contenant divers documents, dont les armoiries du seigneur de Laron, qui sont '' Une escarbouche à six raies pommetées ''. Un lettré du même bourg, le sieur Chaumény, expliqua à Jean-Léonard, la signification particulière de ce blason...

Jean-Léonard ( élève des jésuites …) sait déjà que le ''meuble héraldique'' qu'est l'escarboucle, vient du latin 'carbunculus' qui signifie ' petit charbon ', sous-entendu charbon ardent, rougeoyant.

Selon les légendes médiévales, l’escarboucle est la pierre que portent au milieu du front les dragons , les vouivres, et les Licornes ( sous leur corne).. Elle est aussi l'émeraude tombée du front de Lucifer. De cette Émeraude, on fit le vase du Graal ( voir Parzival de Wolfram von Eschenbach). La licorne ( avec sa pierre) attirée par les vierges, ou la vierge portant le Graal : c'est le même schéma … Avec l'escarboucle de couleur vermeille, rouge sang, déposée au fond du Graal, on a le but de la Quête …

En alchimie, l'escarboucle évoque la ''rubification'' alchimique, équivalent de la Pierre philosophale puisque doté de propriétés régénératrices.

Enfin, l'escarboucle est un symbole templier ; et il est intéressant de l'observer sur l'écu des Gémeaux ( à voir avec les 2 templiers sur un cheval …) sur la façade occidentale de la cathédrale de Chartres...

 

Le chevalier de Ramsay (1686-1743), né en Ecosse, se convertit au catholicisme en 1709, auprès de Fènelon et de Madame Guyon.. Ecrivain, philosophe, il est initié franc-maçon à la Horn Lodge le 16 mars 1730.

Le 26 décembre 1736 à la loge de Saint-Jean, Ramsay, comme « grand orateur de l'ordre », prononce un discours qui devient l’un des textes fondateurs de la franc-maçonnerie française.

Il y fait la maçonnerie héritière des ordres chevaleresques de l'époque des croisades.

Au coeur du siècle des Lumières, une fois arrimée à la franc-maçonnerie, l’idée templière va se déployer dans l’univers des loges. La plupart des Rites maçonniques font de l’ordre du Temple la clef de voûte de leur système symbolique.

Par ailleurs, beaucoup de frères des Loges maçonniques affirment que quelques chevaliers avaient échappé à la persécution et s’étaient réfugiés dans la lointaine Écosse..

Karl Gotthelf von Hund, un noble saxon, fondateur du mouvement de la « stricte observance » raconte qu'après l’exécution de Jacques de Molay, Pierre d’Aumont, commandeur d’Auvergne, et sept autres chevaliers déguisés en maçons auraient récupéré les cendres du grand maître en jurant de venger l’ordre. Aumont se serait ensuite réfugié sur l’île écossaise de Mull, avant d’être désigné comme grand maître le 24 juin 1315, de la loge Heredom qu'il aurait fondé..


Les Templiers auraient survécu jusqu’au XVIIIe siècle sous le voile de la franc-maçonnerie. Le mythe de la survivance secrète des Templiers est né. C’est ainsi que quelques siècles après sa disparition, l’ordre des Chevaliers du Temple va connaître un destin aussi légendaire que fabuleux, et le mythe de la survivance secrète des Templiers, d’origine exclusivement maçonnique, a connu en trois siècles une diffusion dépassant largement l’univers des Loges.

Ainsi, dès 1737, on peut lire dans un gazetin : « Il s’est établi à Paris un nouvel Ordre qui vient d’Angleterre et qu’on nomme […] Francs-Maçons. C’est un serment de fidélité que se font ceux de cet Ordre […] et qui est à peu près comme l’Ordre des Templiers ». En 1746, L’Examen de la Société des francs-maçons… explique que « Les francs-maçons ont, comme les Templiers, des points tellement essentiels et secrets parmi eux qu’ils aimeraient mieux perdre la vie que de les découvrir ».

Réception maçonnico-templière en 1775


 

En France, le Rite Ecossais Rectifié, est une version de la la Stricte Observance Templière, née en Allemagne..

Lors du Convent de Wilhelmsbad (16 juillet – 29 août 1782), la légende d'un ''conseil suprême de Supérieurs Inconnus'' des Rose-Croix, n'est pas retenue; mais, il se forme à la place d'un ordre du Temple reconstitué : le Régime Écossais Rectifié dont les prieurés sont calqués sur l’organisation médiévale, et son degré terminal Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (CBCS) est un grade plus chevaleresque que maçonnique.

Le « Discours inaugural » des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte commence ainsi : « Trois de nos ancêtres, possédant le grand secret, trouvèrent le moyen d’échapper aux recherches générales et particulières que l’on fit contre eux. Ils errèrent dans les bois et les montagnes, de royaume en royaume ; enfin ils se retirèrent dans des cavernes proches de Herdown en Écosse où ils vécurent, servis et secourus par les chevaliers de Saint-André du Chardon, les anciens amis et alliés des Templiers. Ces trois Templiers firent une nouvelle alliance avec les chevaliers de Saint-André… ».

 

Une reliure maçonnique du marquis de Paulmy de 1777

 

.Tout ceci est dans l'air du temps ; un air que respire J.L. De la Brémontie, dans sa bibliothèque – celle de l'honnête homme – avec des ouvrages comme l’Amadis de Gaule, l’Histoire du Chevalier du Soleil, l’Histoire de Bertrand du Guesquelin, mais aussi l’Histoire de Malte de l’abbé Vertot… Chacun se consacrant en grande partie aux Templiers … Nous en reparlerons ...

A suivre ...

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Comment J.L. De La Bermondie retrouve les Templiers, au XVIIIe siècle... -2/.-

Publié le par Perceval

Diplôme de Rose-Croix de Willermoz ( Bnf)

En 1766, Lusignan entraine J. L. De la Brémontie à une rencontre qui deviendra fondatrice pour J.L. et une partie de la Maçonnerie. Le grand maître de la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon, Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) rencontre, à Versailles même, Martinez de Pasqually (1727-1774) hébergé par les Frères Augustiniens au Quai de la Seine. .

Ce dernier vient fonder un temple Coën (ou Cohen) avec Bacon de la Chevalerie; Fauger d'Ignéacourt; le marquis de Lusignan; Henri de Loos (1725-1785), alchimiste; Grainville, etc.

Avec eux, Martinez de Pasqually fonde, le 21 mars 1767 (Equinoxe Vernale), le «Souverain Tribunal des Élus Cohen», avec Bacon de la Chevalerie pour Deputé-Maître.

 

Auparavant, en 1763, Willermoz a fondé en compagnie de son frère Pierre-Jacques, un atelier nommé « Souverain Chapitre des chevaliers de l'Aigle noir Rose-Croix » qui s'intéresse à la recherche alchimique; puis il fait ajouter dans sa Grande Loge un huitième ''haut grade '' dénommé « grand maître écossais, chevalier de l'épée et de Rose-Croix ».

Les Temples Cohen, sont reconnus par la Grande Loge de France... Leur nombre est d'une grosse douzaine pour la France. La liste des membres de l'Ordre se caractérise par la présence de femmes dont à Paris, Madame de Lusignan, mariée au Marquis de Lusignan.

 

Louis Alexandre de Monspey (1733-1822) commandeur de l'ordre de Malte et maçon de la même loge la Bienfaisance, transmet à Jean-Baptiste Willermoz, fondateur de cette loge, une série de cahiers, avec des textes écrits par un '' Agent Inconnu" dans un état médiumnique particulier... Saint-Martin consacra beaucoup de temps a réécrire les cahiers en interprétant certains termes propres à ''l'Agent Inconnu'' … Celui-ci, était la Chanoinesse de Remiremont, Marie Louise de Monspey (1733-1814), sœur de Louis Alexandre, appelée aussi Madame de Vallière.


 

Jean-Léonard de la Brémontie a le privilège, également de rencontrer pour la première fois Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803), qui par l’entremise d’un de ses amis du cercle des officiers, le capitaine de Grainville, est admis dès 1765 dans l'Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l’Univers,

 

Louis-Claude de Saint-Martin est appelé le ''philosophe inconnu ''. Cet homme, qui se passionne pour la mystique, est également très apprécié par de nobles dames comme les marquises de Lusignan, de Coislin, de Chahanais, de Clermont-Tonnerre, la maréchale de Noailles, la duchesse de Bourbon et beaucoup d’autres, soit françaises ou étrangères, qu’il serait trop long de passer en revue. Parmi ces néophytes, les unes se contentent de l’écouter en silence, les autres lui écrivent, d’autres, comme la maréchale de Noailles, viennent le consulter jusqu’au milieu de ses repas, sur les endroits difficiles de ses ouvrages ; enfin la duchesse de Bourbon, afin de jouir de ses entretiens aussi souvent que possible, le loge dans son palais et le mène avec elle à la campagne.


 

En 1772 Cazotte publie ''Le Diable amoureux'', qui peut être lu comme une charmante satire des prétentions des Lumières...

Cet ouvrage fait de lui un auteur à la mode. Dans ce texte qui n'est pas si léger ,Cazotte pose le problème du Mal dans la société contemporaine. Or c'est au triomphe des forces du Bien que voudrait tendre Claude de Saint Marin. La préoccupation de Cazotte ne pouvait que rencontrer celle du philosophe.

C’est à cette même date que Cazotte fait la connaissance de la marquise de Croaslin qui, après une jeunesse aventureuse, est devenue disciple de Saint Martin ; une femme exaltée avec laquelle il aura jusqu’à sa mort, une liaison mystique.

C'est vers 1775, que Cazotte, ses deux fils et sa fille deviennent membres de l'ordre martiniste...

 

Cazotte fréquente, lors de ses séjours à Paris, le salon de son amie, Fanny de Beauharnais (1737-1813)...

J.L. de La Bermontie y rencontre Cazotte ; attirés tous deux par les récits fantastiques médiévaux. D'ailleurs, Cazotte va s'inspirer de la légende locale limousine concernant son ancêtre parti en croisade et qui par la félonie de son sénéchal croit avoir perdu sa femme et son enfant, heureusement sauvés et réfugiés dans une grotte non loin du château de Laron …. cette histoire est reprise dans les '' Les prouesses inimitables d’Ollivier, marquis d'Édesse''...


On se rend bien compte que la Franc-Maçonnerie française est alors en pleine effervescence … au point qu'en 1766, le roi à donne ordre à la Grande Loge d’ajourner ses travaux sine die, les dissidences sont de plus en plus nombreuses, des hauts grades apparaissent sans cesse un peu partout.... La création du Grand Orient de France, en 1772-1773, met un terme à la crise … Le Grand Orient, alors, après contrôle des patentes, reconnaît 500 loges, ce qui par péréquation donne 30 000 maçons environ.

J.L. De la Brémontie partage ce point de vue avec Hugues-Thibault de Lusignan. Ils sont à la recherche d'une continuité avec l'Ordre du Temple. Ils sont soutenus par Willermoz, lui, en recherche d’une structure maçonnique pouvant ramener une certaine stabilité au sein de la maçonnerie française et c'est sa rencontre avec le baron de Hund, qui leur permettront de faire le lien …

En 1773, à la requête de Willermoz, l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem prend pied en France par l’intermédiaire du baron de Weiler, envoyé de Charles de Hund (fondateur de l’Ordre) , qui installe d’abord le Grand Chapitre Provincial de Bourgogne à Strasbourg, puis en 1774 celui d’Auvergne à Lyon et finalement celui d’Occitanie à Bordeaux.

A suivre...

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Comment J.L. De La Bermondie retrouve les Templiers, au XVIIIe siècle... -1/.-

Publié le par Perceval

Je reviens à la biographie de Jean Léonard de La Bermondie, selon nos connaissances et la tradition:

En 1754, Jean-Léonard (à 15 ans ) entre aux pages du Roi de la Petite écurie, à Versailles. Il passe du service du roi, à celui de gentilhomme ordinaire du duc d'Orléans...

C'est à cette période que Louis de Bourbon, comte de Clermont, grand maître, donne de nouveaux statuts à la Grande Loge de France (ex.-grande loge anglaise de France).

Au sortir des pages, pour ses services, le roi lui offre la cornette dans les mousquetaires du roi.

Il y rencontre le marquis de Lusignan, plus jeune que lui, et qui le parraine sur le chemin de la Franc-maçonnerie... Hugues Thiebaut Henry Jacques, marquis de Lusignan est mousquetaire de la garde ordinaire du Roy en sa seconde compagnie en 1763, sous-lieutenant au Régiment de Flandre-Infanterie le 1er mars 1763, puis aux Carabiniers en 1767, capitaine au Régiment de Conti-Cavalerie en 1770, rang de  mestre de camp en 1774 en quittant sa compagnie, mestre de camp en second au Régiment d’Orléans-Infanterie en 1776, chevalier dans l’Ordre Royal et Militaire de Saint Louis en 1782, mestre de camp commandant le régiment de Flandre-Infanterie du 1er janvier 1784 au 19 mai 1790 ...

J. L. De la Brémontie entre comme officier aux gardes françaises pour participer aux dernières campagnes de la guerre de sept ans (1756-1763). Le recrutement des officiers se fait plutôt dans des corps privilégiés, notamment les mousquetaires. Une partie des compagnies est stationnée à Paris pour assurer l'ordre public dans la capitale. Il reçoit le batême du feu lors de la bataille de Corbach (1760).

* Témoignage de Louis Gabriel de Planelli de Maubec ( 1744 à Lyon- 1832 ) Enseigne des gardes françaises en 1766, puis capitaine en 1778 et maître de camp en 1786. Il est député suppléant de la noblesse pour le bailliage de Rouen aux États généraux de 1789, admis à siéger le 21 avril 1790. Il siège à droite et soutient l'Ancien régime. Il est fait maréchal de camp en 1816.

Témoignage (1762) :

« Je ne fus pas longtemps sans être instruit du service que le régiment fait auprès du roi. Il est chargé de la garde extérieure de sa personne et toutes les avenues, grilles et portes sont gardées par des sentinelles françaises et suisses à qui l’on donne une consigne particulière, conformément à la tranquillité du château et à la sûreté du roi dans le commandement prend l’ordre tous les jours.
Quant à la troupe, elle n’a de service que quand le roi sort. Alors elle est obligée de se trouver dans la cour royale, rangée en bataille sur trois rangs ouverts, la gauche appuyée à la cour de marbre et la droite à la grille d’entrée. Elle est sous les armes quand le roi passe devant elle, les officiers à la tête, et on attend sans s’écarter son retour pour se remettre sous les armes, après quoi on rentre au corps de garde, sans avoir d’autre service à faire. Les gardes à Versailles ne durent que quatre jours pleins. On part de Paris à 6 heures du matin, ou plutôt de Vaugirard où les compagnies se rassemblent. On fait une petite halte à Meudon, pendant laquelle on déjeune, et on arrive communément à Versailles sur les 9 heures. On s’habille, et au coup sonnant de 11 heures, la garde montante et la garde descendante entrent dans la cour et se relèvent. La nouvelle reste trois jours entiers, non compris la moitié du premier, et est relevée le 5° ; elle retourne ensuite à Paris, en s’arrêtant encore à Meudon où on dîne, et on ne peut arriver que sur les 5 heures chez soi, les officiers étant obligés de reconduire leurs troupes au quartier. L’intervalle de ma première garde et la seconde fut de 28 jours, comme c’est d’ordinaire pendant lesquels nous restâmes fort tranquilles sans nous exercer, et sans avoir rien à faire. » ( BNF, Richelieu, manuscrits français 14 185, Planelli de Maubec, Campagnes d’Allemagne et de Flandres (1760 à 1762), p. 162.)


Il est initié dans la célèbre loge ''l'Etoile polaire'' de Paris, fondée par l'abbé Pingré; où se trouve déjà de nombreux militaires.

Lors de la bataille de Corbach, J. L. De la Brémontie est aux côtés du duc Victor-François de Broglie ( 1718 – 1804) , lui-même de la Loge '' La Candeur'', atelier où l'on peut cotoyer Choiseul, Custine, ou Lameth. Le Maréchal de Broglie emporte la victoire, mais n'ayant pu s'accorder avec le maréchal de Soubise, qui était venu se joindre à lui,  Il est disgracié à la suite de la défaite de Vellinghausen le 13 juillet 1761; et même exilé en 1762

Le jour où cette nouvelle fut reçue à Paris, on donna au Théâtre-Français Tancrède ; mademoiselle Clairon appuya avec affectation sur ces vers :

" On dépouille Tancrède, on l'exile, on l'outrage ;

C'est le sort des héros d'être persécutés."

Le public en fit aussitôt l'application au maréchal de Broglie, et l'actrice, aux acclamations des spectateurs, fut obligée de les répéter. (Voir Biographie universelle, de Michaud.)

Les militaires francs-maçons, tenaient leur Loges en tout lieu de fortune: arrière taverne, ou tente dans un campement. Avant l'épreuve du feu , la loge devenait alors un lieu intense de recueillement... Elle était fréquentée plutôt par les bas officiers et les officiers ( nobles ou non). On traçait à la craie ou au charbon le tableau de loge qui portait en lui tout les symboles, on l’entourait de trois flambeaux, on dressait un autel sommaire sur lequel étaient déployés la Bible, le compas et l’équerre....

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Cazotte et la réalité ''fantastique'' – 3/ Nodier et Marion Delorme

Publié le par Perceval

Cazotte et la réalité ''fantastique'' – 3/ Nodier et Marion Delorme

Voici le portrait qu’a donné Charles Nodier (1780-1844) de Cazotte, qu’il avait vu dans sa jeunesse :

« A une extrême bienveillance, qui se peignait dans sa belle et heureuse physionomie, à une douceur tendre que ses yeux bleus encore fort animés exprimaient de la manière la plus séduisante, M. Cazotte joignait le précieux talent de raconter mieux qu’homme du monde des histoires, tout à la fois étranges et naïves, qui tenaient de la réalité la plus commune par l’exactitude des circonstances et de la féerie par le merveilleux.

Il avait reçu de la nature un don particulier pour voir les choses sous leur aspect fantastique, et l’on sait si j’étais organisé de manière à jouir avec délices de ce genre d’illusion. Aussi, quand un pas grave se faisait entendre à intervalles égaux sur les dalles de l’autre chambre ; quand sa porte s’ouvrait avec une lenteur méthodique, et laissait percer la lumière d’un falot porté par un vieux domestique moins ingambe que le maître, et que M. Cazotte appelait gaiement son pays ; quand M. Cazotte paraissait lui-même avec son chapeau triangulaire, sa longue redingote de camelot vert brodé d’un petit galon, ses souliers à bouts carrés fermés très avant sur le pied par une forte agrafe d’argent, et sa haute canne à pomme d’or, je ne manquais jamais de courir à lui avec les témoignages d’une joie folle, qui était encore augmentée par ses caresses. »

Charles Nodier met ensuite dans sa bouche un de ces récits mystérieux qu’il se plaisait à faire dans le monde, et qu’on écoutait avidement.

Il raconta une histoire étrange, survenue cinquante ans plus tôt, en 1740, qui impliquait une mystérieuse vieille femme appelée Mme Lebrun. Pour lui, bien qu'elle aurait eu près de cent vingt-cinq ans, elle devait être l'ancienne courtisane Marion de Lorme.

Cette année-là, il avait vingt ans, et arrivait à Paris. Il était recommandé à un certain M. Labrousse qui avait trois filles et avait fait fortune dans le commerce avec l'Inde.... Il ne tarda pas à tomber amoureux de l'une d'elles, appelée Angélique.

Rien ne semblait pouvoir s'opposer à son bonheur, lorsque la jeune fille lui déclara mystérieusement que, malgré l'amour qu'elle lui portait, il lui serait impossible de l'épouser, …. « Nous reparlerons de cela un jour, si nous sommes ici tous alors... Nous en reparlerons trois mois après la mort de madame Lebrun. »

« Madame Lebrun était « une femme extrêmement âgée qui habitait le second étage de la maison, et chez laquelle madame Labrousse et ses filles passaient au moins une soirée par semaine ; Angélique y allait plus souvent seule, et je me souvenais de l’en avoir vue descendre avec une émotion que ses traits expressifs ne pouvaient déguiser; mais cette observation n’avait laissé alors aucune trace dans mon esprit ; elle me revint tout à coup. »

Angélique refusait de s'engager en évoquant une mystérieuse prédiction de Mme Lebrun, sa voisine. Elle ne se voyait pas survivre plus de trois mois à la mort de celle-ci. Cazotte demanda alors à voir cette Mme Lebrun, surnommée «la fée d'ivoire», à laquelle on prêtait des absences mystérieuses, des pouvoirs de magicienne, et des dons de voyance.

Elle lui aurait révélé une fin tragique, « une catastrophe de sang ». Pour Cazotte, Mme Lebrun aurait eu près de cent vingt-cinq ans, et elle devait être l'ancienne courtisane Marion de Lorme :

Mais, Cazotte - écrit Charles Nodier - n'acheva pas son récit... Il le remit à plus tard, et prit congé...

 

Marion Delorme née en 1613, maîtresse de Cinq-Mars ( Henri Coëffier de Ruzé d'Effiat, marquis de Cinq-Mars, né en 1620 et exécuté le 12 septembre 1642, était un favori du roi Louis XIII.  ), partageait avec Ninon de Lenclos les suffrages de tout ce que Paris et la cour avaient de plus spirituel et de plus aimable. Du temps de la Fronde, elle apprit qu'elle allait être arrêtée (1650)...

Le bruit de sa mort se répandit. Jean Loret en parle ainsi dans sa Muse historique (2 juillet 1650) : « La pauvre Marion Delorme,/ De si rare et plaisante forme,/ A laissé ravir au tombeau / Son corps si charmant et si beau. ».

On prétend alors que c'est elle-même qui fait courir le bruit de sa mort ; on raconte qu’elle vit de ses fenêtres passer son convoi. Ici commence sa nouvelle vie ; le jour même de son convoi, elle part pour l’Angleterre, y épouse un riche lord, devient veuve, et revient en France fortunée...

Elle se marie encore plusieurs fois : au librettiste et historien de la musique Jean-Benjamin de La Borde, à un procureur fiscal de Gy en Franche-Comté, nommé Lebrun...

Certaines personnes la font vivre jusqu’en 1741, à l’âge de cent trente-quatre ans...

C'est le cas de Jean-Benjamin de La Borde dans sa Lettre de Marion Delorme, aux auteurs du journal de Paris (1780), fait naître Marion Delorme à Balhéram en Franche-Comté, le 5 mars 1606, et l’appelle Marie-Anne Oudette Grappin. Il s’appuie sur un extrait mortuaire qu’il rapporte des registres de la paroisse Saint-Paul, de 1741, ils contiennent en effet l’extrait mortuaire d’Anne Oudette Grappin, veuve en troisièmes noces de Lebrun, et âgée de cent trente-quatre ans.

 

Durant ces années troublées qui précédent la révolution, Cazotte participe de l’angoisse générale.

Avec le secours céleste, il interroge les morts et les anges. La marquise de Sainte-Croix s'est installée chez lui. Madame Cazotte, si elle ne semble pas jalouse, s'en plaint tout de même... Elle écrit à une amie :

« Tout ici est bouleversé. Le matin on prédit ce qui doit arriver le soir. L’autre soir la marquise a reçu son mari mort. Elle a conversé une nuit avec mon père que j’ai perdu l’an dernier en Martinique.. ma femme de chambre est somnambule… »

 

Cazotte manifeste des talents de voyant, il a des prémonitions qui lui viennent sous forme de rêves qui se réalisent en général dans les jours ou les semaines qui suivent.

C’est en 1788 qu’il aurait fait la fameuse prophétie rapportée par le Chevalier Jean-François de la Harpe dans ses mémoires en 1802 qui a fait couler beaucoup d'encre....

« Vous, Monsieur Bailly, et vous, Monsieur de Malesherbes, vous mourrez sur l’échafaud... Vous, Madame, on vous conduira en charrette, les mains liées derrière le dos, à la place des exécutions.

- Mais, Monsieur le prophète, lui répondait en riant la duchesse de Grammont, ne me laisserez-vous pas au moins un confesseur ?

- Non, Madame, non, lui répondait Cazotte énigmatique, non, vous n’en aurez pas, et le dernier supplicié qui en aura un, ce sera le roi !... », rapporte Louis Blanc dans son Histoire de la Révolution française.

Jacques Cazotte fut condamné à mort en 1792...

Lors de son procès, il est interrogé par le président du tribunal ( rapporté par le Marquis Stanislas de Guaïta) :

Q-Quelle est la secte dans laquelle vous êtes rentré ? Est-celle des Iluminés ?


R- Toutes les sectes sont illuminées, mais celle dont je parle…. J’y suis resté attaché l’espace de trois ans ; … néanmoins j’en suis demeuré l’ami. La connaissance par les choses occultes est une mer orageuse dont on n’aperçoit pas le rivage.

 

La sentence du tribunal le privant de la vie, est ainsi :

« Ecoutes les dernières paroles de tes juges ! Puissent-elles en te déterminant à plaindre le sort de ceux qui viennent de te condamner. Tes pairs t’on entendu, tes pairs t’on condamné… envisage sans crainte le trépas, songe qu’il n’a pas le droit d’effrayer un homme tel que toi.

Encore un mot. Tu fus homme, chrétien, philosophe, initié, sache mourir en homme, sache mourir en chrétien ; c’est tout ce que ton pays puisse encore attendre de toi ! »

 

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Cazotte et le Diable Amoureux - Des Secrets d'Initié... - 2/,-

Publié le par Perceval

En 1772, la publication du Diable amoureux, fait de Jacques Cazotte ( 1719 -1792) un auteur à la mode.

Dans son roman, Cazotte s'amuse à faire étalage de pratiques magiques... Il décrit comment les forces du Bien, peuvent triompher du Mal.

C’est à cette même date qu’il fait la connaissance de la marquise de Coislin (1732-1817) qui, après avoir été maîtresse royale de Louis XV (1757), quitte alors la Cour poussée par Mme de Pompadour et entreprend un voyage à travers l'Europe, durant lequel elle devient, entre autres, la maîtresse du roi Gustave III de Suède (francophile, adepte de la philosophie des Lumières) , ainsi que du tsar Pierre III de Russie.

Marie-Anne de Mailly-Rubempré, marquise de Coislin

En 1771, elle perd son mari, le marquis de Coislin, maréchal de camp. Elle est devenue aussi une disciple de Louis-Claude de Saint Martin. Saint-Martin (1743-1803), appelé le '' Philosophe Inconnu '' est de petite noblesse, après un essai dans la magistrature, il choisit la carrière militaire pour avoir le temps de poursuivre ses études ésotériques...

Par l’entremise d’un de ses amis du cercle des officiers, le capitaine de Grainville, Saint-Martin est admis en Franc-maçonnerie et dès 1765 dans '' l'Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns ''…

Lors de son séjour à Strasbourg (1788-1791), il y fait la rencontre primordiale de Mme de Boecklin (ou Böcklin) qui lui révèle la philosophie de Jacob Boehme... On voit la place des femmes dans cette aventure théosophique … ! Entre eux naquit d’ailleurs une précieuse relation, où était constamment présente la pensée et les idées de Jacob Boehme. Pendant toute la durée de son séjour à Strasbourg, Saint-Martin ne passera quasiment pas une journée sans s'entretenir avec sa « chère B. » à propos des thèses théosophiques enseignées par leur maître.

C'est donc vers la fin des années 70, que Jacques Cazotte approfondit les idées de Saint-Martin, grâce à une femme encore : Madame de la Croix, jeune épouse du Marquis de La Croix, puis jeune veuve...

Madame la marquise de la Croix, née mlle de Jarente, 1768

 

Madame de la Croix ( Félicité-Geneviève-Elisabeth de Jarente ) a, comme il est coutume de le dire, un '' certain vécu ''. Elle possède une ''beauté romaine'', née en 1720 et fille du marquis de Sénas , et mariée très jeune au marquis de la Croix, en place à Madrid comme officier général qui la laisse, on ne sait pourquoi à Avignon, où elle devient la maîtresse de monseigneur Acquaviva, vice-légat, par lequel elle gouverne et est reconnue comme ''la despote d’Avignon'', alors enclave pontificale. Comme elle aime à gouverner, elle rejoint son mari, lorsqu’il est nommé Vice-roi en Gallice. Après la mort de son mari, elle vient s’établir à Lyon où elle tombe gravement malade. Elle est finalement sauvée – dit-elle, par les '' opérations magiques'' des disciples de Martinez de Pasqually. Après sa guérison, elle s’installe à Paris, place du Carrousel, où elle ne vit plus, désormais, qu’entourée de magiciens, d’alchimistes et d'aussi autres charlatans… Elle s’exerce également à pratiquer la magie l'occultisme, et des exorcismes....

Joachim Martinès de Pasqually (1727-1774)

Madame de la Croix accueille chez elle le Philosophe Inconnu, qui cependant lui refuse l'admission dans l'Ordre ; et lui présente Cazotte...

« Une femme âgée, grande et majestueuse, la marquise de la Croix, veuve d’un grand seigneur espagnol, faisait partie de la famille et y exerçait une influence due au rapport de ses idées et de ses convictions avec celles de Cazotte. C’était depuis de longues années l’une des adeptes de Saint-Martin, et l’illuminisme l’unissait aussi à Cazotte de ces liens tout intellectuels que la doctrine regardait comme une sorte d’anticipation de la vie future. Ce second mariage mystique, dont l’âge de ces deux personnes écartait toute idée d’inconvenance, était moins pour Mme Cazotte un sujet de chagrin, que d’inquiétude conçue au point de vue d’une raison tout humaine, touchant l’agitation de ces nobles esprits. Les trois enfants, au contraire, partageaient sincèrement les idées de leur père et de sa vieille amie. » de Gérard de Nerval '' les Illuminés'' 1852

 

Ce serait vers 1775, que Cazotte, ses deux fils et sa fille devinrent membres de l'ordre martiniste...

Au bout de trois ans, il donna sa démission et poursuivit sa recherche spirituelle personnelle ; plus soucieux de prières et de réflexions personnelles que de rites magiques, dit-on. De plus il ne partageait pas la sympathie de Claude de Saint-Martin pour le courant révolutionnaire.

A suivre ...

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Cazotte et le Diable Amoureux - Des Secrets d'Initié... -1/,-

Publié le par Perceval

A présent, sur 3 ou 4 article, je vais vous raconter une réalité du XVIIIe siècle, vécue au travers des expérience de Cazotte, écrivain. En effet, s'y mêlent, autobiographie, rêves, imaginaire... Le surnaturel traverse la vie de Cazotte, et de ceux dont il se rapproche... Il se trouve, que Jean-Léonard de la Bermondie, va croiser ces mêmes personnages et l'accompagner un temps dans sa Quête...

 

Jacques Cazotte ( 1719 -1792) fut entre autres fonctions: conseiller du roi en ses conseils, commissaire général de la marine (1760), membre de l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Dijon (1763) et l'auteur du '' Diable Amoureux '' (1772).

Le Diable Amoureux est un conte allégorique.

La tentation diabolique est celle prônée par la philosophie des Lumières : elle consiste à vouloir atteindre la vérité, non par la foi, mais par la raison.

A l'innocence de l'homme ( Rousseau), Cazotte croit lui, au ''péché originel''. Qu'en est-il du progrès dans les sciences, peut-il s'appliquer à l'art, à la morale, au gouvernement des hommes...?

 

Biondetta incarne la philosophie; Dona Mencia représente la Tradition, et la famille ; alors que pour les Lumières l'Espagne est le pays du fanatisme religieux, et de l'Inquisition...

Magnetisme- Le baquet de Mesmer - Selon Mesmer ( 1734-1815) et sa théorie du magnétisme, un fluide physique subtil emplit l'univers, servant d'intermédiaire entre l'homme, la terre et les corps célestes, et entre les hommes eux-mêmes ; la maladie résulte d'une mauvaise répartition de ce fluide dans le corps humain et la guérison revient à restaurer cet équilibre perdu; grâce à des techniques, ce fluide est susceptible d'être canalisé, emmagasiné et transmis à d'autres personnes, provoquant des « crises » chez les malades pour les guérir... Il introduit un moyen de traitement collectif , dit du baquet : les patients, reliés entre eux par des cordes, sont assis autour du baquet d’où sortent des baguettes de fer. Au fond du baquet, du verre pilé ou de la limaille de fer et des bouteilles disposées, les unes vers le centre, les autres vers l’extérieur. Mesmer et ses aides touchent avec les baguettes de fer les parties malades des patients, déclenchant hystérie, convulsions et... guérisons ...

En parallèle du rationalisme qui nourrit les Lumières, la fascination de l'irrationnel prend aussi de l’ampleur ( Le Comte de Saint-Germain, Cagliostro, Mesmer..etc.). Le problème du Mal, n'est pas résolu par les philosophes.

 

Et si le Mal, c'était ''Quelqu'un'' ? Cette question rejoint bien sûr la question sur Dieu ; mais aussi celle du Réel.

Si chaque homme possède sa propre lumière et ses propres ténèbres. Il existerait une correspondance entre le monde matériel et le monde spirituel. Le monde spirituel serait le seul réel, et le monde matériel serait privé d'existence propre, ou aux mains du Mal... !

D'autres diraient que ce monde matériel est impermanent, voire illusoire ; ce qui serait la caractéristique de la réalité du Diable … !!

 

Heureusement, l'homme trouve en soi la source divine qui lui permet de parvenir à la connaissance... Et pour parvenir à cette vision spirituelle, il lui faut la Lumière ( non celle des ''Lumières'', mais celle de l'Esprit...

Au XVIIIe siècle, ce raisonnement est élaboré dans des cercles ''ésotériques'' qui s'intéressent à l'alchimie spirituelle, et même à l'occultisme... On les appelle ''Illuministes'' et certains demeurent fidèles à l'enseignement des Eglises, mais d'autres s'en détachent …

 

Sociétés secrètes, loges et confréries vont se multiplier dans toute l'Europe, et en France en particulier. Elles vont précipiter certains lettrés dans la Révolution française, et vont inspirer de grand écrivains ( Schiller, Goethe, Nerval, Baudelaire, Balzac...) qui illustreront l’irruption de l'irrationnel dans un monde apparemment bien ordonné.

 

A l'époque de Jean-Léonard de la Bermontie, c'est Cazotte qui joue et convoque le Diable.

Jacques Cazotte par Jean-baptiste Perronneau

Jacques Cazotte est né en 1719, en Bourgogne : élèves chez les jésuites, il retient le ''merveilleux'' de la Bible... Il découvre la liberté d'expression dans les salons parisiens... Sans naissance, sans fortune, il entre au Ministère de la Marine et commence à écrire … Il ira jusqu'en Martinique, découvre les rites du Vaudou cherchant à dominer les forces bénéfiques et maléfiques … On dit qu'une vieille sorcière antillaise l'a conduit à révéler son don de clairvoyance...

Il épouse Elisabeth Roignan, fille du premier juge de la Martinique; il a 40 ans, elle en a 30. Ils auront trois enfants.

A Paris, il fait du négoce, exploite du vin de Champagne, continue à écrire, et s'en prend aux philosophes des Lumières...

En 1772, la publication du Diable amoureux, fait de lui un auteur à la mode. Son aventure ne fait que commencer ...

A suivre ...

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''Rose-Croix'' et ''théorie du complot'' au XVII et XVIIIe siècles

Publié le par Perceval

Les Effroyables Pactions Faictes entre le Diable et les pretendus invisibles...

 

Comment Jean-Léonard de la Bermondie s'est passionné pour une Connaissance qui lui était suggérée au travers de documents anciens, qui remontaient semble -t-il d'un ancêtre qui aurait été alchimiste et peut-être même Templier...

Cette histoire médiévale a été racontée ici-même, et fournissait à Jean-Léonard le désir d'aller plus avant …( voir aussi article précédent)

Comment à son époque, était-on préparé à s’intéresser, et à se frayer un chemin spirituel, avec une société comme '' La Rose-Croix'', puisque c'est d’elle que nous allons parler … ?

 

En préambule, il est nécessaire de prévenir le lecteur que ce n'est pas l'origine historique, objective d'un mouvement comme celui des Rose-Croix qui nous intéresse ici ; mais bien les effets prodigieux engendrés par le phénomène qui amène à ce qu'au début du XVIIIe siècle, le mouvement a déjà échappé à ceux qui l'avaient initié, et s'est trouvé être un véhicule fascinant pour tous ceux qui tentaient la Quête ...

Pour cette raison, et très tôt, les Rose-Croix, comme l'écrit le Le P. Jacques Gaultier en 1633, de la Compagnie de Jésus , sont perçus comme une hérésie « rejeton du Luthéranisme, mélangé par Satan d’empirisme et de magie. ». Le lien est également fait avec l'alchimie : Jean Roberti, jésuite et auteur d’un violent pamphlet contre l’alchimiste Goclenius (1618), assimile ceux qu’il appelle « les frerots de la Croix de Roses » à « une très pernicieuse compagnie de Sorciers & Magiciens » et à une « meschante conjuration de faquins prejudiciable à la Religion, aux Estats seculiers et à la doctrine des bonnes moeurs… ».

 

L'auteur inconnu de '' l'Examen sur l’inconnue et nouvelle caballe des frères de la Rozée-Croix '' (1624 ) fait une liste de transgressions commises contre les valeurs chrétiennes :

« [Leur] ABC et premier document – dit-il de cet « abominable collége » – c’est de renier Dieu createur de toutes choses, blasphemer contre la très simple et individuë Trinité, fouler aux pieds tous les mistères de la redemption, cracher au visage de la mère de Dieu et de tous les saints.

Le second, abhorrer le nom chretien, renoncer au baptesme, aux suffrages de l’Eglise et aux sacrements.

Tiercement, sacrifier au diable, faire pacte avec luy, l’adorer, lui rendre hommage de fidelité, adulterer avec luy, luy vouer ses enfants innocens et le recognoistre pour son bien faicteur.

Quartement, aller aux sabbats, garder les crapaux, faire des poudres venefiques, poisons, pastes de milet noir, gresles sorcières, dancer avec les demons, battre la gresle, exciter les orages, ravager les champs, perdre les fruits, meurtrir et martirer, son prochain de mil maladies. »

De même pour ''Les Effroyables Pactions Faictes entre le Diable et les pretendus invisibles'' qui reprennent maints faits diaboliques repris par les colporteurs et conteurs dans les campagnes jusque limousines ...

 

Voilà des attaques religieuses, qui laissent penser que le mouvement ''Rose-Croix'' délivre des propos qui ne devraient pas être anodins... et aussi résonnent avec des lectures romanesques ( '' romans de chevalerie'' ou ''romances'' en Angleterre...) prisées à l'époque. Par exemple :

L’Histoire prodigieuse et lamentable du Docteur Fauste traduite par Victor Palma-Cayet (1525-1610) : le pacte qui le lie au malin forme un thème structurant dans l’Examen.

On pense aussi à une autre légende allemande à propos du don d’ubiquité des ''Invisibles'' et de leur bourse merveilleuse, source d’une richesse inépuisable, qui plus est, capable de franchir les frontières, puisqu’elle jaillit en monnaie locale. Il s’agit évidemment de deux motifs empruntés aux Aventures de Fortunatus dont Vion d’Alibray avait donné au public une version française en 1615.

Fortunatus, héros cosmopolite, voyage à travers le monde grâce à un chapeau le conduisant instantanément au lieu désiré... il rencontra un jour la déesse de la Fortune dans une forêt qui lui remet une bourse qui a le pouvoir de se remplir à chaque fois que le besoin s’en faisait sentir - mêmes propriétés que celle dont sont gratifiés les Rose-Croix.... Une pièce de Thomas Dekker, contemporain de Shakespeare s’intitulait Old Fortunatus.

 

Également le Roman d’Anacrine en 1613 ou sont représentées plusieurs Combats, Histoires véritables & Amoureuses. Roman de chevalerie de François du Souhait (1570 – 1617)

Pour conter les exploits des vaillants chevaliers d'Anacrine, l'auteur utilise des grottes et forêts magiques, des temples ensorcelés et maints autres lieux féériques...

Dans cet univers aux dimensions immenses, au carrefour du rêve et de la réalité, évolue une foule de personnages. Dans la multitude des divers héros, retenons les principaux: Anacrine, fille du duc de Moravie, éprise d'Amédée, Richard d'Angleterre, Emmanuel d'Ecosse, six chevaliers Esclavons: Amaris le prudent, Aigolant l'accomply, Lintamar le constant, Mélidor sans repos, Apulin le jovial et surtout Amédée le courtois.

Plusieurs intrigues sont enchevêtrées les unes dans les autres : C'est d'abord l'histoire d'un tournoi proposé par le duc de Moravie. Cette histoire sous-tend l'ensemble du récit.

Le tournoi se déroule sur sept jours et s'achève sur la décision du duc de Moravie de donner sa fille à Floridor de Saxe. Mais le roman est aussi l'histoire des quêtes menées par le monde par divers chevaliers car "la coustume de Moravie estoit que ceux qui désiraient l'accolée du Prince, devaient amener avec eux une dame pour en prendre l'espée, ou du moins avoir le portrait de celle qui devait un jour authoriser leurs armes" . La quête de Richard d'Angleterre recherchant l'amour de Filinde, infante de Numidie, est l'un de ces fils conducteurs à côté de la quête d'Emmanuel d'Ecosse, "chevalier du Léopart", qui défend les couleurs de Luciane, sœur du duc de Moravie. Emmanuel d'Ecosse sera battu par un autre chevalier: Agrimante et se fera ermite, mais il finit par retrouver Luciane et l'un devient Sacrificateur, l'autre Prêtresse dans un temple enchanté . Aladin poursuit, lui aussi, sa propre quête.

Le "chevalier aux croix" est amoureux de Flavie, "chevalier aux cercueils", princesse de Braban. Aladin est un inconstant, l'issue de sa quête est malheureuse, Flavie devient une sorte de chevalier amazone. Nous pouvons lire également le déroulement de la quête d'Agrimante, cousin d'Aladin, "chevalier de la déesse" et épris d'Isidore, sœur d'Aladin. Econduit, il devient le "chevalier du désespoir". Ces quêtes constituent des fils d'intrigue dans Le roman d'Anacrine mais il en est d'autres:

 

Chacun des principaux protagonistes énumérés rencontre dans sa quête personnelle divers autres personnages qui, tous, font le récit de leurs propres aventures.

Ainsi, l'histoire du comte d'Aite, homme déjà instruit qui se laisse pourtant tenter pas le senor Aria. Celui ci l'initie à la pratique de la magie pour lui permettre d'obtenir la connaissance, sans devoir se plier aux efforts de l'étude. Le comte d'Aite choisit la damnation, pactise avec le diable et obtient, en échange de son âme, le don de rajeunir et celui de bâtir par magie des édifices, au gré de sa fantaisie....

Le Temple de la Rose-Croix, gravure du Speculum Sophicum Rhodostauroticum (Miroir de la sagesse des Rose-Croix) de Teophilus Schweighardt Constantiens (pseudonyme de Daniel Mögling), 1618

 

Ainsi, les prétendues enquêtes faites sur les ''Invisibles'' ( les Rose-Croix), sont puisées dans différentes fictions romanesques publiées en français quelques années ou décennies plus tôt.

Jean-Léonard de la Bermondie a la culture de ces lectures ; et il cherche à en faire le lien avec ce qu'il sait de la vie de Roger de Laron ( alchimiste et templier, je le rappelle ...)

C'est même un sujet de longues discussions avec un camarade d'école des pages, plus jeune que lui : le marquis de Lusignan...

Hugues-Thibault de Lusignan est lui-même porteur d'une légende et de l'histoire d'une lignée qui le dispose à s'interesser à cette Connaissance qui s'établit au cours des siècles ...

Ce qui a frappé Hugues-Thibault, c'est l'anneau que Jean-Léonard garde précieusement et qui remonte aux croisades ( ci-contre …).

 

Parmi les pièces du ''trésor'' légué par les seigneurs de Laron, dont le jeune noble limousin est dépositaire, se trouve également une croix métallique à branches égales du type de celle que présente le prophète Jérémie sur la statue du portail nord de la Cathédrale de Chartres ; et beaucoup d'autres documents qui relatent l'histoire de Roger de Laron...

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Le Page et l'Alchimiste

Publié le par Perceval

Le Page et l'Alchimiste

Un auteur voisin ( limousin et Marchois) :Tristan L'Hermite, en 1643 a écrit un ouvrage – '' Le page disgracié '' que Jean-Léonard a lu, et auquel il peut bien facilement s'identifier.

François L’Hermite, sieur du Soliers, ( Jean-Baptiste de Vauselle) dit Tristan L’Hermite, né à Janaillat (Creuse) au château de Soliers, dans la Marche. Descendant de Pierre l’Ermite, le prédicateur de la première croisade, sa famille est à l'époque ruinée …  Il est malgré tout placé comme page chez Henri de Bourbon-Verneuil, fils illégitime d’Henri IV et de la marquise de Verneuil, en 1604. Il a une vie errante ...

En 1620, il participe aux campagnes de Louis XIII contre les huguenots dans le Sud-Ouest. En 1621, il entre au service de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII et participe à la création de plusieurs ballets de cour.

Il est élu à l’Académie française en 1649. La vie de débauche qu’il mène dans l’entourage de Gaston d'Orléans et son goût immodéré pour le vin et le jeu finissent par avoir raison du peu de santé que lui laissait sa tuberculose.

 

Comme Jean-Léonard de la Bermondie, le « page disgracié » s’intéresse dès sa prime jeunesse aux sciences occultes :

Pere Borrell del Caso

« Un jour parmi d’autres livres d’histoires, j’ouvris par hasard un livre de Baptiste Porta intitulé ''Magie naturelle'', et trouvant là dedans des petits sujets qui me semblaient jolis, je l’achetai pour essayer d’en mettre quelques-uns en pratique. »

Le page réalise alors quelques expériences de chimie, et ce jeu acquiert pour lui à une dimension surnaturelle, de mise en relation avec l'au-delà... :

(…)  nous ne pouvions presque rien discerner en nos visages, tant la fumée était obscure ; il fallut nous mettre fort près de cette sombre lumière »

(…)

 

« J’avais lu force livres curieux, énigmes confus, que l’on estime des guides sacrés pour trouver la pierre philosophale.

Je savais tous les contes qu’ on fait de Jacques Cœur, Raimond Lule, Arnold De Villeneuve, Nicolas Flamel, et autres jusqu’ à Bragardin. »

(...)

« Là je m’étudiai à oublier tout à fait mon nom, et à me forger une fausse généalogie, et de fausses aventures, afin de n’être pas surpris quand on me ferait quelque interrogation. »

(...)

Entre en scène, le personnage de l'Alchimiste, dont le page fait un double d'Artéfius, philosophe hermétique du XIIe siècle. Le page est fasciné par ce personnage dont l'identité est un mystère... C'est un « galant homme », « un homme qui avait la pierre philosophale. »

 

« (…) et vis par cet artifice qu’il avait fait de l’or monnayé qu’il serra secrètement dans un papier, et puis après avoir remis toutes ses hardes dans son sac, il se coucha sans faire bruit.

Je crus donc que celui-ci en était quelque petite copie, et que cet homme-là seul était capable de me mettre mieux à son aise que tous les princes et les rois.

Je ne pensai plus qu’aux moyens de l’accoster et de le disposer à me recevoir en sa compagnie ; je passai toute la nuit à m’entretenir, tantôt du désir de pénétrer bien avant dans sa confidence, tantôt de la crainte qu’il ne s’épouvantât de mon abord, ou qu’il ne s’échappât de mes mains sans les avoir magnifiquement garnies. »

(…)

« Que ce bénéfice si précieux n’était pas produit seulement par le soin des hommes, qu’il y avait une particulière bénédiction dans l’accomplissement de ce grand œuvre, et que ce serait mériter une éternelle malédiction, si l’on n’usait de cette grâce avec grande considération. »

L'homme lui parle du ''grand-oeuvre'', évoque la nécessité d'une initiation et lui présente trois fioles censées contenir des poudres et remèdes miraculeux. Dans la première bouteille, l'huile de talc est pour le jeune garçon une promesse d'éternelle jeunesse ; dans la deuxième bouteille, la poudre de projection est une promesse de richesses, la troisième bouteille contient l'espoir de l'immortalité grâce à un mystérieux remède universel...

 

« C’ est ce qu’ on appelle huile de talc, et ce que les dames qui sont ambitieuses de beauté souhaitent avec tant d’ ardeur ; et en disant cela, il me montra la seconde bouteille, où était enfermée une poudre de couleur de feu si vive, et si lustrée, que j’ eusse bien passé deux heures à la contempler sans m’en ennuyer ; et selon la façon dont m’ en parla ce philosophe, qui n’ en faisait guère plus d’ estat que de l’huile de talc, c’ était cette poudre de projection si recherchée par les alchimistes. »

 

L'homme, l'Alchimiste semble libéré de tout ce qui pèse sur l'humanité... il est aussi celui qui ramène le page égaré sur le chemin de la religion...

« (…)  rien ne troublait la douceur de mes songes que l’importun désir que j’avais de revoir mon Philosophe Chimique, qui, ce me semble, était tel en effet que ces chimériques esprits, qu’on a surnommez Rose Croix -, se sont insolemment vantez d’être. » 

L'ordre des Rose-Croix propose de retrouver la paix dans le monde en rétablissant l'unité des religions et des savoirs, la véritable science ne devant pas conduire à une opposition jugée abusive entre connaissances rationnelles, théologie et magie.

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Le page passe ensuite ( comme nous l'avons déjà vu …) du charme magique au charme féminin, de la science alchimique à la science amoureuse : «  ce feu subtil ... »

« Je la trouvai dans son cabinet, plus belle mille fois qu’ elle ne m’avait jamais paru, et plus soigneusement ajustée ; elle avait un déshabillé de satin de couleur de roses à fonds d’ argent, avec lequel elle eut pu représenter une aurore ; ses beaux cheveux étaient bouclés avec autant d’art que si elle eut été coiffée de la main des grâces ; et j’aperçus sur son visage un aussi grand éclat de blancheur, que si l’on eut étendu dessus de cette huile de talc si recherchée ; et pour mon tourment je ne sais qui avait mis de nouveaux brillants dans ses yeux, qui me firent abaisser la vue. »

(…)

Il fait le parallèle entre l'alchimie et l'amour... le sentiment amoureux, qui maintient le page dans le domaine de l'imaginaire, du fantasme, permet la poursuite du rêve alchimique...

« Ce feu subtil et vivifiant éveille les âmes les plus assoupies, et subtilise facilement les sentiments les plus grossiers ; dès que l’ esprit en est embrasé, il prend une certaine activité qui n’ est naturelle qu’ à la flamme, mais dans cette délicatesse, que l’ âme acquiert pour tout ce qui concerne la chose aimée, si l’ on est sensible aux moindres faveurs, on n’ est insensible aux moindres injures, et ce commerce est un agréable champ, où les épines sont en plus grand nombre que les roses. »

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Versailles – Le temple de la galanterie. 3/3

Publié le par Perceval

« Je demandai un dernier rendez-vous, qu'on m'accorda sans difficulté. Madame d'Esparbès me parut d'une tranquillité qui me confondit. Vous avez voulu me voir, me dit-elle : en pareil cas, toute autre vous aurait refusé ; mais j'ai cru devoir quelques conseils à l'intérêt qu'inspire toujours une ancienne connaissance.

Une élégante à sa toilette par Michel Garnier

Vous êtes, en vérité, d'une enfance rare : vos principes, votre façon de voir, n'ont pas le sens commun. Croyez-moi, mon cousin, il ne réussit plus d'être romanesque ; cela rend ridicule, et voilà tout (Madame d'Esparbès avait quelques raisons de me faire ce reproche ; on m'avait laissé lire beaucoup de romans pendant toute mon enfance ... ). J'ai eu bien du goût pour vous, mon enfant ; ce n'est pas ma faute si vous l'avez pris pour une grande passion, et si vous vous êtes persuadé que cela ne devait jamais finir. Que vous importe, si ce goût est passé, que j'en aie pris pour un autre, ou que je reste sans amant ; vous avez beaucoup d'avantages pour plaire aux femmes : profitez-en pour leur plaire, et soyez convaincu que la perte d'une peut toujours être réparée par une autre : c'est le moyen d'être heureux et aimable.

Vous êtes trop honnête pour me faire des méchancetés ; elles tourneraient plus contre vous que contre moi. Vous n'avez point de preuves de ce qui s'est passé entre nous ; l'on ne vous croirait pas, et on vous croirait, jusqu'à quel point croyez-vous donc que cela intéresse le public ? S'il a su que je vous avais pris, il ne s'est pas attendu que je vous garderais éternellement. L'époque de notre rupture lui est parfaitement indifférente. D'ailleurs la mauvaise opinion et la défiance des autres femmes me vengeraient de vous, si vous étiez capable de mauvais procédés. Les avis que je vous donne doivent vous prouver que l'intérêt et l'amitié survivent aux sentiments que j'avais pour vous.

— J'étais embarrassé, et je faisais une assez sotte figure : des protestations , quelques compliments passablement gauches. . . Elle me tira d'embarras en sonnant ses femmes de chambre pour l'habiller. Je restai encore un moment, et je sortis.

mademoiselle Rosalie Duthe (1748–1830)

Je me consolai au bout de quelque temps de mon infortune, et restai sans occupation sérieuse. Ensuite je trouvai une très-jolie petite fille, chez une femme célèbre (La Gourdan, approvisionneuse, en effet bien connue de la cour, où on l'appelait la petite comtesse) par ses talents pour en procurer. Jeune, douce, novice encore, elle me prit. La médiocrité de mes propositions ne lui répugna pas ; elle se contenta d'un très-petit appartement au troisième étage, fort mincement meublé. Je n'eus qu'à m'en louer. Pendant quelques mois que dura notre liaison, elle ne parut jamais mécontente de son sort, ni désirer plus d'argent que je ne pouvais lui en donner. Au retour d'un voyage de huit jours à la campagne, j'arrivai chez elle le soir ; elle n'y était plus, et la servante me remit le billet ci-joint :

« Je ne vous quitte pas sans peine, mon bon ami, et je suis bien fâchée que vous ayez à vous plaindre de mes procédés; j'espère cependant que vous m'excuserez de n'avoir pas refusé un sort avantageux que vous n'êtes pas assez riche pour me faire. Je vous avoue que la certitude d'être dans la misère et l'ignominie, si je vous perdais, m'effraie. Adieu, mon bon ami, je vous assure que, malgré ce que je fais, je vous aime, je vous regrette de tout mon cœur, et que Rosalie ne vous oubliera jamais. » ( Mademoiselle Le Vasseur de l'Opéra était connue sous le nom de Rosalie. Depuis la comédie des Courtisanes de Palissot, dont l'une des héroïnes s'appelle Rosalie, elle reprit son nom de famille pour paraître n'avoir rien de commun avec celle-ci.)

 

Sources : Extraits des Mémoires du Duc de Lauzin ( 1747-1783)

Anne Thoynard de Jouy, Comtesse d'Esparbès de Lussan

Anne Thoynard de Jouy, comtesse d'Esparbès (1739-1825) épouse en 1758 le comte Jean-Jacques d'Esparbès de Lussan (1720-1810). Lointaine cousine de la marquise de Pompadour, elle est introduite à la cour en 1758. Mme d'Esparbès est admise dans l'intimité de Mme de Pompadour et fait partie de ces jolies parentes dont la favorite aime s'entourer pour permettre au roi de prendre parfois son plaisir sans s'éloigner d'elle. Libertine, on la surnomme «Madame Versailles»; poétesse, elle tient un salon réputé. Sa liaison avec le roi se situe entre 1763 et 1765.

Mme de Genlis évoque Mme d'Esparbès dans ses Mémoires : « Madame d’Amblimont et madame d’Esparbès étaient alors, à la Cour, les favorites de madame de Pompadour, qui leur donnait, dans son intérieur intime d’étranges petits noms d’amitié : elle les appelait mon torchon, et ma salope. »


 

Armand Louis de Gontaut, duc de Lauzun, est né à Paris en 1747. Grand séducteur et grand soldat, Lauzun fut rendu plus célèbre par ses aventures amoureuses que par ses faits d'armes. Dans ses mémoires, récit sincère et modeste des succès qu'il remporta à la guerre et auprès des femmes, il se livre avec délicatesse et sans vanité, faisant de lui-même le contraire d'un don juan nihiliste.

Lauzun a écrit ses Mémoires en 1782, lors de sa seconde mission militaire aux États-Unis. La destinataire de son récit était sa maîtresse du moment, la marquise de Coigny. A l'époque du duc, la liberté érotique pour les deux sexes était un trait distinctif des mœurs aristocratiques et la morale se réduisait à une question de style.

Lauzun passe son enfance à la cour.. A douze ans, il est admis dans le régiment des Gardes françaises.

Marie-Amélie de Boufflers

Forcé à se marier ; il ne réussit qu'à se faire accorder deux années, avant le mariage. Il épouse Amélie de Boufflers le 4 février 1764... Il s'est fait un point d'honneur de ne nourrir aucune attente sentimentale à l'égard de son épouse. Ce qui ne l’empêche pas de lui témoigner au début les attentions requises par les circonstances. Mais, peut-être par timidité, inexpérience ou fierté, la jeune fille donne preuve d'un « éloignement choquant » ; qu'il décide de se cantonner avec elle dans des rapports de courtoise indifférence. La si jolie Mme de Lauzin fut donc la seule femme destinée à n'exercer aucun attrait sur lui.

On demandait à M. de Lauzun ce qu'il répondrait à sa femme ( qu'il n'avait pas vue depuis dix ans )  si elle lui écrivait : " Je viens de découvrir que je suis grosse. "  Il réfléchit et répondit : " Je lui écrirais : je suis charmé d'apprendre que le Ciel ait enfin béni notre union . Soignez votre sante, j'irai vous faire ma cour ce soir . "( Chamfort, Caractères ) 

Favori de Marie-Antoinette, Armand Louis de Gontaut-Biron, duc de Lauzin est donné comme son amant.

Élu député aux États généraux de 1789 par la noblesse du Quercy, il se rallie à la Révolution, et entre dans le parti du duc d'Orléans. À partir de cette époque, il se fait appeler le général Biron. … Traduit devant le tribunal révolutionnaire, il est arrêté et guillotiné le 31 décembre 1793

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