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xviiie siecle

La ''malédiction'' de l'Ordre de Grandmont -1/2 -

Publié le par Perceval

J.L. De la Bermondie, quittant la Marche pour rejoindre Limoges, passe par le bourg d'Ambazac.

Dans les années 1780, la grande affaire des paroissiens des alentours serait la fermeture ( voire la disparition...) de l'abbaye de Grandmont à Saint-Sylvestre; abbaye "chef d'ordre", c'est-à-dire qu'elle fonde un ordre monastique dont les préceptes vont ensuite être repris par d'autres moines, qui vont ainsi fonder plus d'une centaine d'abbayes sur toute la France... On parle donc de la destruction – même – de l'ordre de Grandmont... !

Pour certains, ici, ce serait inimaginable … ! Pensez-donc : Le roi d'Angleterre, lui-même, Henri II Plantagenêt y séjourne, et fait reconstruire le monastère.

Grâce aux dons d'Henri II Plantagenêt, duc d'Aquitaine, la première église fut construite et consacrée en 1166 à Grandmont.

Pourquoi ici, ce monastère ? - L'Ordre de Grandmont, fut fondé ( vers 1076) par Saint Etienne de Muret, qui s'était retiré de la vie publique dans les Monts d'Ambazac pour vivre avec ses disciples. Les rois d'Angleterre Henri I, Henri II puis Richard Cœur de Lion, se déclarent protecteurs de l'Ordre de Grandmont, et auraient construit des palais aux abords de l'Église.

 

Une date marquante est la canonisation d’Etienne de Muret en 1189 : évêque, abbés et barons se pressent à Grandmont. Les fils du Roi d'Angleterre : Henri le Jeune, Richard Cœur de Lion, et leurs sénéchaux s’y rendent. Parallèlement Grandmont fonde près de 160 dépendances (de la Champagne à la Navarre, de la Normandie, à l’Aquitaine et l’Angleterre) et en 1317 devient abbaye.

Plaque de l'autel majeur de l'abbaye de Grandmont Œuvre originale  Vers 1189-1190 - Saint Etienne de Muret apparait à son disciple Hugues de Lacerta

 

Puis vers le XVe siècle, le monastère est placé sous le régime de '' la commende''. Ses abbés commendataires profitent alors d'une bonne part de ses revenus ; même si pour certains, ils n'y viennent jamais, et préfèrent le séjour à la Cour... Les frères ne disposent plus alors que du tiers des revenus du domaine.

Eté 1306, la troupe nombreuse qui s'avance vers Grandmont, a à sa tête le pape Clément V. Il y reste une semaine avec messes solennelles et grandes dépenses de toutes sortes...

Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, est devenu Clément V par la grâce de Philippe le Bel.

Tous deux mettent en place l'abolition de l'Ordre du Temple. Cela commence le 13 Octobre 1307, avec l'arrestation des Templiers dans tout le Royaume, et la condamnation à mort le 18 mars 1314... Avec cette fameuse et incertaine malédiction lancée par Jacques de Molay, au Pape et au Roi de France ...

Prieuré grandmontain Saint-Michel de Grandmont

Ici, il en est une autre malédiction que l'on se répète, historiquement avérée : celle de Maître Charles Cadumpnat, chante du monastère en l'an 1576... sa prédiction n'est-elle pas à la veille de se réaliser... ?

 

J.L. De la Bermondie et ses compagnons s'approchent de l'abbaye ; plus qu'une lieue et demie à parcourir par un mauvais chemin tracé dans les monts d'Ambazac.

Au bas du village de Grandmont, il font connaître leur arrivée ; et c'est avec des religieux venus à leur rencontre qu'ils traversent le village et pénètrent dans la cour de l'abbaye. Avant de rencontrer l'abbé général de l'Ordre, il leur est proposé un temps de prière dans l'église abbatiale.

 

Les visiteurs rencontrent ensuite l'abbé de Grandmont, François-Xavier Mondain de la Maison Rouge (1706- ), dans son appartement privé...

A cette époque, l'affaire est près de se terminer... Il ne reste plus que quelques religieux avec l'abbé, et l'évêque de Limoges, n'attend plus que la mort de l'abbé de Grandmont, pour dépouiller l'abbaye... Et, l'abbé souffre de plus en plus d'infirmité diverses, qui l'empêche de se déplacer...

 

J.L. De La Bermondie va alors comprendre ce qui se passe …

 

A suivre :

 

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Conte : Le monstre aristocrate '' Iscariotte''

Publié le par Perceval

Face au conte précédent populaire et rural; il est intéressant d'y adjoindre un conte parisien et orléaniste : ''Le Dernier cri du monstre'' (1789). Il exalte les exploits du preux Sanelor (duc d’Orléans) face aux intrigues de la Cour et aux manœuvres de la fée Cangilope (Polignac)...

C'est l'histoire d'un monstre : le géant aristocrate '' Iscariotte''.

Ce monstre est d'abord une gravure : « Ses couleurs vives impressionnent, le corps fait d'écaillés vertes recouvertes en partie par un « Corselet brassard » et un « Cuissard » de fer, une chevelure mêlant des serpents verts et leur gueule rouge sang, du même rouge que la pointe du poignard ou que les taches de « rousseur » qui troublent le visage rose pâle. Des parements d'or sur le corselet, or que l'on retrouve sur la « couronne de piques », l'épée et les griffes. » On voit ( et on comprend) également : Une Bastille en arrière-plan; les emblèmes de la tyrannie dans la main de la créature, sur sa tête et à son côté. Voici le « monstre du despotisme », rôdant autour de la forteresse qu'il veut défendre..

Le géant Iscariotte, aristocrate, slnd, BN : Cabinet des estampes, coll. de Vinck 3659. (Cette gravure est commentée dans A. de Baecque, La caricature révolutionnaire, Paris, Presses du CNRS, 1988, pp. 138-139)

Le géant Iscariotte, aristocrate, slnd, BN : Cabinet des estampes, coll. de Vinck 3659. (Cette gravure est commentée dans A. de Baecque, La caricature révolutionnaire, Paris, Presses du CNRS, 1988, pp. 138-139)

La gravure est commentée ainsi :

« Ce monstre représente la Figure d'un Enfant furieux ayant une chevelure de Serpents surmontée d'une Couronne de piques. Il tient un poignard prêt à frapper ceux qui s'opposent à sa tirannie. Il est vêtu d'un Corselet brassard et Cuissard de Fer. Il a les pieds et les mains Armés de Griffes de Tigre. »

 

Ce conte se passe dans un royaume imaginaire, la ''Gallie '' ( la France en juillet 1789). Les Gallins, gouvernés par un sultan pourtant sans reproche, ''Civis-King '' ( Louis XVI), sont divisés : les uns sont orgueilleux, « grandissant démesurément », les autres sont des goinfres paillards dont « le ventre s'enfle et se tend comme un tambour » et les derniers, trop timorés « restent noués et rachitiques »...

Le sultan appelle « Kernec » (Necker) pour résoudre ces problèmes. Celui-ci trouve la source du mal : un « arbre d'airain » qui fait ombrage au royaume, arbre maléfique, protégé par un monstre redoutable, « Iscariotte » ( aristocrate) , habité par des magiciens, la fée « Cangilop » (Polignac), l'enchanteur « Umaïr » (Maury) et le sorcier « Vadul » (Duval d'Epréménil).

La Grande Peur 1789

Une expédition se monte, animée par Kernec et « Sanelor » (le duc d'Orléans), dont le but est de chasser ces êtres de l'ombre, de déraciner l'arbre d'airain, pour permettre aux «  1 200 constructeurs » de bâtir un nouveau temple sur l'emplacement de l'arbre maléfique.

Finalement, au sommet du récit, c'est le combat entre le chevalier Sanelor et le monstre Iscariotte : « Le prince se précipite sur le monstre qui, de son côté, défend sa vie et son asyle avec une fureur égale à la vigueur de l'attaque. [...] Trois fois, le héros ramasse ses forces pour frapper un coup décisif, et trois fois l'écaillé qui enveloppe le monstre repousse le terrible acier. Il le force enfin de quitter son obscur repaire. Alors, jetant au loin ses armes, il le saisit et l'étouffé comme Hercule étouffa Antée. Le monstre en expirant poussa un cri formidable, et le souffle de son esprit démoniaque s'échappa de son fondement, vautour noir s'en allant rejoindre ses compères dans l'antre de Lucifer. L'arbre d'airain tombant de lui-même fit retentir les échos du bruit de sa chute. La horde impure des fées, des enchanteurs et des magiciens courut cacher dans l'ombre la honte de sa défaite; et le grand Civis-King, le valeureux Sanelor et le sage Kernec, s'empressèrent avec les bons architectes de jeter les premiers fondements du temple de la félicité publique. »

Iscariotte est l'incarnation « terrifiante » mais complaisante (donc rassurante) du despotisme que terrassent les patriotes et leurs héros.

C'est la prise de la Bastille, qui s’effondre avec le despotisme, et la fuite des aristocrates ; peut s'élever la nouvelle Assemblée, dont les députés, sous l'égide du bon roi, sous la protection du prince et sous la conduite de ministre éclairé, vont enfin donner une constitution à la France.

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Conte : Le temps des loups

Publié le par Perceval

Autour de cette ancienne seigneurie, il ne reste qu'une forêt que l'on appelle les bois de Bouery. Si ce lieu reste sauvegardé, c'est peut-être du fait de toutes ces histoires que l'on se raconte... Elles évoluent selon le contexte politique, historique...

Ainsi, quelques années après la Révolution, il y a cette histoire, qu'au cours de veillées limousines, on se raconte :

Je joins quelques notes pour nous rappeler une actualité d'alors, qui est en tête de chaque adulte …

 

Ces bois de Bouery ont servi de cachette à des ''contre-révolutionnaires'' ; plutôt rares en nos régions, ils étaient d'autant plus facilement pourchassés... Bien sûr, depuis toujours la forêt était un lieu dangereux, et infesté de loups et de brigands...

Ensuite, on a parlé d'une ''meneuse de loups'', alors on a fait le rapport avec cette histoire là :

 

Il était une fois, en ville, un mariage peu ordinaire, puisqu’il s'agissait d'une alliance contractée entre deux familles, l'une aristocratique et l'autre roturière.

Elle, est la fille d'un seigneur, dont la lignée aristocratique remonte bien avant les XVe siècle dit-on et doit épouser ce jour, le fils d'un riche bourgeois influent dans l'Union des Sociétés populaires ( note 1)..

C'est un mariage arrangé ( l'ordinaire....). Ce sont les familles qui ont imaginé un pacte entre deux lignées que tout oppose ; seuls les intérêts familiaux y trouvent leur compte...

 

Les deux chefs de famille, se connaissent bien : tous deux sont libéraux ont l'habitude de se retrouver dans un espace dégagé de ''tous métaux'', c'est à dire en loge.

Seulement, c'était sans compter sur l'extrémisme royaliste d'une nouvelle génération que l'on avait pas consulté... En particulier la jeune fille et son frère, tous deux monarchistes radicaux qui n'acceptaient pas le rapprochement avec la roture... ( note 2). Tous deux avaient imaginé un plan qui leur permettrait de déclarer une guerre sans merci aux ennemis du Roi.

Le soir du mariage... Au moment où les deux mariés se rejoignent dans la chambre pour une courte nuit de noces ; et alors que les deux famille continuent de joyeuses agapes ... Le jeune marié – dans la chambre nuptiale, se trouve pris dans un piège fatal. S'imaginant seul avec sa jolie épouse ; il est transpercé et tué par l'épée du jeune frère noble. Ses cris et sa défense obligent plusieurs personnes à entrer dans la pièce, et constater le drame... L’alerte donnée, on aperçoit le couple meurtrier, s'enfuir, chacun à cheval...Ils sont poursuivis... Puis, lui est blessé à mort, et elle réussit à s'enfuir... Plusieurs témoignages ont contribué à penser qu'elle s'est réfugiée dans la forêt mystérieuse et interdite de Bouéry.

Cette vaste et gaste forêt est réputée abriter des hordes de loups...

 

Le pacte étant rompu, des châteaux ( plutôt des petits manoirs) sont saccagés. En représailles, des paysans sont pendus...

Nous sommes au temps de la '' Grande peur'' ( Note 3)

 

 

Note 1 : Plusieurs communes, sous l'impulsion de députés de la Convention nationale, ont fondé chacune leur ''Société Populaire'' ( sorte de club calqué sur celui des jacobins de Paris) ; en d'autres lieux, on les nomme aussi ''Société des amis de la Constitution''

Ici, plusieurs Sociétés ont fusionné et ont même commencé à organiser leur propre Garde Nationale.

Ces sociétés, diffusent les idées révolutionnaires et contribuent à '' l'agitation des esprits''. Parmi eux, on trouve en notre région de nombreux prêtres constitutionnels. Ici, également on admet toutes '' les femmes et filles dont le civisme et le patriotisme est reconnu...''

 

Note 2: Dans la société française de 1789, on ne confond pas le sang noble et le sang roturier. Pour entrer avec un grade dans l'armée, il faut prouver sur cinq générations au moins, ses quatre quartiers de noblesse... On peut même parler de races, quand les nobles se considèrent comme des ''francs'' et les roturiers comme des ''celtes'' … ! ( Voir, cette thèse défendue par Boulainvilliers, Fénelon, le duc de Chaulnes ...)

 

Note 3 : ''La Grande peur '', ou le ''complot aristocratique'' : Le curé de Champniers ( Limousin), a pris note des descriptions que lui ont faites ses voisins : « Les uns disent que ce sont les Anglais ( émigrés) , d’autres que ce sont des Pandours ( pillards) , des échappés des galères, des voleurs, ou des brigands ». Les brigands sont à la solde des aristocrates ...

On craint l'alliance entre les grands aristocrates et les puissances étrangères. Une rumeur parle de « 10 000 Piémontais, conduits par le comte d'Artois, qui pillent et brûlent tout sur leur passage ». Le « complot de famine », constitue, régulièrement, un thème répandu de la mentalité collective citadine, et les pénuries de grain du printemps 1789 ne font qu'intensifier considérablement ces anxiétés.

 

Pour retrouver une histoire de ''meneuse de loups'' ( La louba) : c'est ICI : http://queteperceval.blogspot.com/2017/02/histoire-de-sorciere-la-loba-de-laron-12.html

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Le Limousin au XVIIIe s – Histoire et Légendes -3 Les Places

Publié le par Perceval

Château des Places aujourd'hui ( Creuse, près de Crozant)

Le comte de la Marche, invite ses hôtes au Château des Places.

Il faut suivre le chemin de Saint-Sébastien, après être passé au pont du diable ( dont on va parler un peu plus tard...).

 

Une première construction date du XVe siècle, elle est transformée à la fin du 17e ou au début du 18e siècle par l’adjonction de deux tours circulaires coiffées d’un petit dôme à lanternon.

Après son père, Gabriel Foucault – capitaine des armées royales – s'y retira avec sa noble épouse Marie Desprez.

 

Quand Sylvain de la Marche, devient propriétaire de la seigneurie en 1786, il élabore un projet de château neuf : corps de bâtiment d’un étage carré et un demi-étage en attique, flanqué de deux avant-corps en pavillons. ( Les pierres préparées pour ces travaux seront dérobées au cours des années mouvementées de la Révolution : restituées, elles seront employées pour la construction de la petite habitation moderne.)

Ce serait peut-être Gabriel Foucault qui fit élever la chapelle dédiée à Notre-Dame de Pitié, en 1686, à la suite d'un vœu fait par lui en un jour de douloureuse mémoire...

Voici ce que Sylvain Attale de La Marche en dit, à ses invités :

 

Non loin du château, au hameau de Sainte-Foy, existait une chapelle à côté d'une '' bonne fontaine''. Au-dessus de l'autel de cet oratoire était placée une statue de l'Auguste Mère de Dieu, tenant sur ses genoux le corps inanimé de son divin fils et connue sous le nom de Notre-Dame de pitié...

En 1573, une bande de huguenots dévastaient les églises. Au premier signal d'alarme, la statue fut enlevée et cachée au vieux château des Places... La Chapelle fut détruite …

Un siècle plus tard, on retrouve par miracle, la statue intacte, dans des décombres du vieux manoir... La nouvelle se répand, et c'est alors une explosion de piété... autour de la statue...

Vers la fin du XVIIe siècle, un jour, une jeune fille d'un des hameaux de la paroisse vient ici en pèlerinage... Blanche, c'est son nom, se hâte ensuite de reprendre le chemin de la maison paternelle...

Le châtelain ( donc, sans-doute, un Foucaud de Saint-Gerrnain-Beaupré), revient de la chasse, et aperçoit la jeune fille … Poussé par une passion brutale, il a le malheur, d'exposer, par son insistance, la vertueuse bergère à se noyer dans la Sedelle...

La mort tragique de cette pauvre enfant inspire un repentir salutaire au libertin qui, pour expier sa faute, fait bâtir en l’honneur de la Reine des vierges la chapelle des Places, tout près du manoir...

 

Le 8 septembre 1689, la Chapelle des Places est consacrée à Marie...

Depuis ce triste événement, racontent encore les anciens de la localité, appuyés sur les témoignages de leurs pères, Blanche apparaît régulièrement chaque année à la même fête du 8 septembre.

Dès que les premiers rayons du soleil...font étinceler de mille feux les vitraux de la chapelle, on la voit se dégager des nuages et se fixer sur la pierre de la fontaine.

Enveloppée dans les plis d'une manteline qui ressemble à un linceul, les cheveux en désordre, comme le jour où elle gisait sans vie sur la rive, elle agite dans les airs un voile d'une éblouissante blancheur...

Cet inconcevable miracle...ne se renouvellera plus après 1793, quand la chapelle fut interdite au public.

Cependant en 1862, l'abbé Paul Ratier, écrit que la chapelle existe encore, qu'elle est entretenue avec soin, et toujours fréquentée, à toutes les fêtes de la bonne Dame, par de fervents pèlerins.

On raconte alors, que pendant la Révolution, la statue de la Vierge a été menacée de profanation, et sauvée par le courage d'une femme.

« Déjà les émissaires de la Convention avaient pénétré dans la chapelle, les échelles étaient dressées et leurs mains sacrilèges allaient saisir la sainte image, lorsqu'une femme de service au château s'élance au-devant d'eux... une hache à la main : « Malheureux ! s'écrie-t-elle, que voulez-vous faire ? si vous touchez à la Bonne Dame, je vous coupe les jarrets. » A ces mots, ces fanatiques saisis d'un indicible et mystérieux effroi, furent comme frappés de vertige.

Le lendemain, la Vierge était portée en lieu sûr pour être soustraite à la fureur de quelques nouveaux vandales de la révolution... » ( Abbé Rouzier, 1897)

 

Il me reste encore à vous conter la légende qui entoure le Pont Charraud, surnommé le Pont du Diable ...

Pont-Charraud.

Tout le monde, ici, connaît la légende de ce pont, surnommé le Pont du Diable :

C'était en 1602,les seigneurs de Crozant et des Places, voulant entretenir des relations amicales et suivies, résolurent de faire jeter un pont sur la Sédelle.

On choisit l'endroit le plus favorable à ce projet, et l'entreprise fut donnée à un ouvrier d'un hameau voisin. Le marché conclu, le bonhomme ne tarda pas à se repentir de son engagement.

A l'inspection plus attentive des lieux et des accidents de terrain, il s'aperçoit qu'il y a pour lui des difficultés inattendues, et que pour exécuter ce travail il lui faudrait le double du prix convenu.

Trois jours durant, il vint promener ses ennuis sur les bords de la rivière, en proie à la plus vive anxiété....

Le dernier jour, comme il approchait de ces Thermopyles d'un nouveau genre, l'esprit assiégé de mille pensées confuses, il aperçoit un étranger, debout, au milieu de flammes qui semblent sortir de terre.

(Je note que les Thermopyles sont dans l'antiquité grecque associées à une bataille, ce sont un étroit défilé d’une dizaine de mètres de large et un piège … )

L'honnête homme s'arrête, tremblant, un frisson glacial lui parcourt tous les membres :

«Tu parais triste, lui dit la voix troublante de l'inconnu. Je sais la cause de ton ennui, en lui montrant la rivière : tu voudrais bâtir ici un pont sur ce torrent, et tu comprends la difficulté de ton entreprise.

Cette construction, aux conditions que tu as acceptées, c'est la ruine pour ta maison...

Écoute moi, je peux bâtir le pont en un seul jour, ou une seule nuit : veux-tu accepter mes conditions ? »

Stupéfait, ahuri devant une telle proposition, le brave villageois répond avec une sorte d'inconscience, provoquée par un étonnement qui n'était surpassé que par la crainte'. « Parlez, seigneur, je vous écoute.» «Eh bien,reprend l'étranger, tu me donneras le premier fagot que tu lieras demain. » « Je vous le promets, répondit-il en tremblant ».

Il avait à peine achevé sa réponse, que le mystérieux personnage disparaît au milieu d'un tourbillon de fumée épaisse et pénétrante. Un peu revenu de sa frayeur, le bonhomme regagne à pas pressés son humble chaumière, comme soulagé d'un poids énorme.

Il se hâte de raconter à sa femme cette singulière aventure et la promesse qu'il a faite.

Intelligente et rusée, la jeune paysanne s'écrie, levant les bras vers le ciel :

« Qu'est-ce donc que tu m'as dit ? Malheureux ! Mais c'est le diable que tu as vu et qui t'as parlé ; il n'y a que 1'esprit malin, pour faire de semblables propositions et arracher à un sot une telle promesse. Mais tu n'as donc pas compris que le fagot fatal que tu dois livrer, c'est toi. Oui, c'est toi !...N'es-tu pas le premier fagot que tu lies le matin, attachant tes vêtements à ta ceinture ? »

Ces paroles si sensées de sa femme sont pour lui toute une révélation : il a compris le piège de l'ennemi du genre humain, un éclair de raison lui a traversé l'esprit, il sait le moyen de déjouer la ruse de son adversaire.

Le lendemain, à l'aube, le voyageur qui se serait égaré dans ces parages, aurait aperçu, non sans surprise, un homme dans un costume un peu primitif, la cognée à la main, coupant d'énormes branches d'arbres.

Il fait un fagot, le plus fourni et le plus beau des fagots, et le chargeant sur ses épaules, prend le chemin de la rivière.

O surprise ! O merveille ! un pont superbe, baigne coquettement ses pieds dans le torrent rapide.

A l'extrémité, apparaît soudain l'étranger de la veille, qui semble attendre sa proie avec une vive impatience.

Lentement, le brave paysan s'approche :

« Tu m'as demandé le premier fagot que je lierais ce matin, le voilà, dit-il en jetant le bois sur le pont. »

« Misérable, s'écrie le diable en fureur, tu m'as trompé ! » et dans sa rage de damné, il emporte et jette au loin la clef de voûte du pont merveilleux, qui ne fut remplacée que longtemps après, en 1695.

Ce pont est le seul bâti en pierre sur la Sédelle. »

Extrait de l' Abbé L. Rouzier, ''Histoire illustrée des châteaux de Crozant et des Places'', Limoges, 1897, pages 71, 72

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Le Limousin au XVIIIe s – Histoire et Légendes -2 George Sand

Publié le par Perceval

George Sand, se promenait en Creuse, on peut aujourd'hui visiter sa chambre au château de Boussac... Un site, comme '' les Pierres Jaumâtres '' l'a inspiré, pour son roman Jeanne .

Ma visite de Crozant, escorté par Mme G. Sand

George Sand ( 1804-1876) organise pour ses enfants et Chopin, des expéditions, comme celle ( vers 1830) où ils partent à dos d'âne, voir les ruines de Crozant , dormir sur la paille à la belle étoile, et se tremper dans la rivière. Le défrichement des coteaux sur ces espaces pentus non cultivés est assuré par le pâturage des moutons. A la place des taillis et futaies d'aujourd'hui, s’étendent des landes et des bruyères, dont les teintes de rose se retrouvent dans les peintures de l’époque. La construction du barrage d’Eguzon, en aval, a modifié le paysage en provoquant la montée des eaux de la Creuse et de la Sédelle. Il faut s’imaginer leur niveau beaucoup plus bas. Elles ressemblent alors à des torrents...

George Sand publie en 1845 : ''Le péché de M. Antoine'', roman ''socialiste'' qui paraît en feuilleton dans '' L’Époque'' … Le cadre romantique de la Forteresse de Crozant, va correspondre la souffrance d’Émile qui s'y réfugie, tiraillé dans son histoire d'amour avec Gilberte

« Il leva les yeux, et vit devant lui, au-delà de précipices et de ravins profonds, les ruines de Crozant s’élever en flèche aiguë sur des cimes étrangement déchiquetées, et parsemées sur un espace qu’on peut à peine embrasser d’un seul coup d’œil.
Émile était déjà venu visiter cette curieuse forteresse, mais par un chemin plus direct, et sa préoccupation l’ayant empêché cette fois de s’orienter, il resta un instant avant de se reconnaître. Rien ne convenait mieux à l’état de son âme que ce site sauvage et ces ruines désolées. Il laissa son cheval dans une chaumière et descendit à pied le sentier étroit qui, par des gradins de rochers, conduit au lit du torrent. Puis il en remonta un semblable, et s’enfonça dans les décombres où il resta plusieurs heures en proie à une douleur que l’aspect d’un lieu si horrible, et si sublime en même temps, portait par instant jusqu’au délire.
 »

Et, plus tard, quand il la rencontre à nouveau, et qu'elle l'aime toujours … «   jamais il n'avait vu un plus beau jour que cette pâle journée de septembre, un site plus riant et plus enchanté que cette sombre forteresse de Crozant ! Et justement Gilberte avait ce jour-là sa robe lilas, qu'il ne lui avait pas vue depuis longtemps, et qui lui rappelait le jour et l'heure où il était devenu éperdument amoureux ! »

 

Alfred Smith, CrozantAlfred Smith, Crozant

Alfred Smith, Crozant

 

la Roche des Fileuses

Roche des Fileuses – légende -

En face apparaît, surplombant la Creuse, la roche gigantesque connue sous le nom suggestif de Roche des Fileuses, dont voici la légende :

« Lorsqu'aux jours ensoleillés du printemps, les bergerettes paissaient leurs moutons sur la montagne verdoyante, une sorte de joyeux tournoi s'établissait entre elles, ajoutant cet innocent plaisir aux charmes de leurs jeux champêtres.

Au signal donné, on voyait les intrépides jeunes filles, la quenouille au côté, le fuseau dans la main, debout toutes ensemble, sur le faite de la roche, qui s'élève à pic sur le torrent, à l'heure où le soleil descend lentement à l'horizon, et où la rivière miroitait, comme une immense lame d'argent diaprée d'efflorescences d'or pâle et d'azur.

Fileuse

Quelle sera la main assez habile pour laisser glisser jusqu'en bas son fuseau et le ramener à elle, enlacé de ses mille fils de lin ?...

Assis au haut de la vieille tour, le seigneur, entouré de sa noble épouse et des servants d'armes, les yeux fixés attentivement sur le groupe sémillant des fileuses, attendait avec émotion l'issue de cet intéressant tournoi.

La bergerette qui avait été assez heureuse pour triompher de cette périlleuse épreuve était acclamée par ses compagnes, qui la conduisaient bruyamment à la demeure seigneuriale où le vieux châtelain, après avoir effleuré son front virginal d'un baiser paternel, lui plaçait sur la tête une couronne de fleurs et lui offrait la main de l'un de ses plus jeunes varlets...

La reine de ce jour était la jeune bergère dotée comme une rosière de nos jours.

A ce moment le barde chantait sur la harpe sonore, le triomphe de la douce héroïne du Fuseau.
"Au loin des cris guerriers ont rompu le silence 
Allons ! Preux chevaliers armez-vous de la lance !
Est-ce l’ennemi qui s’avance ? 
Non, c'est la fleur d’amour,
Preux chevaliers, abaissez votre lance ! 
Saluez ! Saluez la reine de ce jour !
Chantez, chantez, l'hymne d'amour !"

Extrait de '' Histoire illustrée du château de Crozant '' Abbé L. Rouzier 1897.

Eugene Alluaud

Au XVIIIe s. Les coteaux qui entourent le bourg de Crozant, peuvent présenter une certaine désolation, tantôt arides et dénudés, tantôt couverts de vigoureux châtaigniers... Le village, face à la forteresse, domine la vallée sauvage... On trouve ici des juges, un notaire royal, un monastère de l'ordre de Saint-benoît, un clergé séculier et régulier...

 

Hugues-Thibault de Lusignan, et Jean-Léonard de La Bermondie, seront attendus par Sylvain Attale de La Marche comte de Crozant et de Puyguillon, et officier au régiment de Rouergue...

Les ruines de Crozant, viennent de lui être vendues - comme un banal domaine de paysans – par Nicolas Doublet de Persan. Ainsi, Sylvain de la Marche, dernier héritier des Comtes de la Marche ; peut récupérer les plus beaux fiefs de sa famille afin d'en reconstituer la patrimoine...

A suivre...

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Le Voyage de La Fontaine, en 1663, en Limousin... 2(suite)

Publié le par Perceval

Le voyage vers le Limousin se fait relativement paisiblement, et les petites mésaventures de la route sont davantage l’occasion de passages parodiques que de grandes déplorations lyriques. Dans la forêt de Tréfou, l’équipage de La Fontaine ne rencontre pas les effroyables brigands censés la peupler: La Fontaine se contente de déplorer ironiquement que ces voleurs de grand chemin ne soient pas plus occupés à servir de chair à canon lors de guerres bienvenues...

« Tant que le chemin dura, je ne parlai d’autre chose que des commodités de la guerre : en effet, si elle produit des voleurs, elle les occupe ; ce qui est un grand bien pour tout le monde, et particulièrement pour moi, qui crains naturellement de les rencontrer », 

 

La Fontaine reprend le motif picaresque de la mauvaise auberge...

« Comme Saint-Dié n'est qu'un bourg, et que les hôtelleries y sont mal meublées, notre comtesse n'étant pas satisfaite de sa chambre, M. Châteauneuf voulant toujours que votre oncle fût le mieux logé, nous pensâmes tomber dans le différend de Potrot et de la dame de Nouaillé. (…) Potrot dit : «- Je coucherai dans ce lit-là. - Je ne dis pas que vous n'y couchiez, repartit la dame de Nouaillé, mais j'y coucherai aussi. » Par point d'honneur, et pour ne se pas céder, ils y couchèrent tous deux.
La chose se passa d'une autre manière ; la comtesse se plaignit fort, le lendemain, de puces »

La Fontaine avait lu ''Les aventures du Baron de Faeneste'' de Théodore Agrippa-d'Aubigné (1552-1630) où se trouve cette anecdote. Il cite même très-exactement les paroles que le conteur prête à ses personnages et s'amuse que finalement – dans l'histoire - les deux couchèrent ensemble, mais pas ici ...

 

A Chatellerault, La Fontaine trouve chez son hôte un siuer 'Pidoux' qui dit se rattacher à la famille de sa mère et qui avait un nez de famille. « Tous les Pidoux ont du nez et abondamment »

Fragonard - Le Savetier
« On nous asseura de plus qu’ils vivoient longtemps, et que la mort, qui est un accident si commun chez les autres hommes, passoit pour prodige parmi ceux de cette lignée. Je serois merveilleusement curieux que la chose fust véritable. Quoy que c’en soit, mon parent de Châtellerault demeure onze heures à cheval sans s’incommoder, bien qu’il passe quatre-vingts ans. Ce qu’il a de particulier et que ses parents de ChasteauThierry n’ont pas, il ayme la chasse et la paume, sait l’Escriture, et compose des livres de controverse : au reste, l’homme le plus gay que vous ayez veu, et qui songe le moins aux affaires, excepté celles de son plaisir. Je crois qu’il s’est marié plus d’une fois ; la femme qu’il a maintenant est bien faite, et a certainement du mérite. Je luy sçais bon gré d’une chose, c’est qu’elle cajeole son mari, et vit avec luy comme si c’estoit son galant ; et je sçais bon gré d’une chose à son mari, c’est qu’il luy fait encore des enfans. Il y a ainsi d’heureuses vieillesses, à qui les plaisirs, l’amour et les grâces tiennent compagnie jusqu’au bout : il n’y en a guère, mais il y en a, et celle-cy en est une. De vous dire quelle est la famille de ce parent, et quel nombre d’enfans il a, c’est ce que je n’ay pas remarqué, mon humeur n’estant nullement de m’arrester à ce petit peuple. »

 

La femme de La Fontaine, qui dit-on n'est pas une sotte... apprécie sans doute les allusions de son mari …

 

Dans une quatrième lettre écrite à Châtelleraut, La Fontaine raconte qu’il est au château d’ Amboise où fut enfermé Fouquet au cours de son transfert vers Paris après son arrestation à Angers. Il veut voir la chambre où a été enfermé Fouquet :

« on avoit bouché toutes les fenêtres de sa chambre, et on n’y avoit laissé qu’un trou par le haut. Je demandai de la voir : triste plaisir, je vous le confesse, mais enfin je le demandai. Le soldat qui nous conduisoit n’avoit pas la clef : au défaut, je fus long-temps à considérer la porte, et me fis conter volontiers la description ; mais ce souvenir est trop affligeant. » 

La Fontaine ne passe pas par Poitiers, il craint une « Ville mal pavée, pleine d’écoliers, abondante en prêtre et en moines. » S’il regrette de ne pas la connaître, c’est qu’« il y a nombre de belles », que « l’on y fait l’amour aussi volontiers qu’en lieu de la terre », et il ne doute pas que sa femme ne comprenne la cause de ses regrets !

Illustration de « La mouche et le coche »

 

Arrivé à Chauvigny, il décrit la ville comme celle « où commencent les mauvais chemins et l’odeur des aulx, deux propriétés qui distinguent le Limousin des autres provinces du monde ».

A Bellac le 19 septembre 1663, la Fontaine descend à l'ancienne hostellerie de la Pyramide - devenue aujourd'hui un magasin à l'enseigne de la " Farandole du jouet "… Là, Jean de La Fontaine écrit '' le Coche et la Mouche''.

« Autant que l’abord de cette ville est fâcheux, autant est-elle désagréable, ses rues vilaines, ses maisons mal accommodées et mal prises. Dispensez-moi, vous qui êtes propre, de vous en rien dire. On place en ce pays-là la cuisine au second étage. Qui a une fois vu ces cuisines n’a pas grande curiosité pour les sauces qu’on y apprête. Ce sont gens capables de faire un très méchant mets d’un très bon morceau. Quoique nous eussions choisi la meilleure hôtellerie, nous y bûmes du vin à teindre les nappes, et qu’on appelle communément « la tromperie de Bellac » : ce proverbe a cela de bon que Louis XIII en est l’auteur. 
Rien ne m’aurait plu sans la fille du logis, jeune personne et assez jolie. Je la cajolai sur sa coiffure : c’était une espèce de cale à oreilles, des plus mignonnes, et bordée d’un galon d’or large de trois doigts. La pauvre fille, croyant bien faire, alla quérir aussitôt sa cale de cérémonie pour me la montrer. Passé Chauvigny, l’on ne parle quasi plus français ; cependant cette personne m’entendit sans beaucoup de peine : les fleurettes s’entendent par tout pays, et ont cela de commode qu’elles portent avec elles leur truchement. Tout méchant qu’était notre gîte, je ne laissai pas d’y avoir une nuit fort douce. Mon sommeil ne fut nullement bigarré de songes comme il a coutume de l’être : si pourtant Morphée m’eût amené la fille de l’hôte, je pense bien que je ne l’aurais pas renvoyée ; il ne le fit point, et je m’en passai. »
Henri Grenaud_1883 - Limoges

Enfin, à Limoges, son opinion sur les habitants est mitigée :

« En attendant, si vous désirez savoir comme je m’y trouve, je vous dirai : assez bien ; et votre oncle s’y doit trouver encore mieux, vu les témoignages d’estime et de bienveillance que chacun lui rend, l’évêque principalement : c’est un prélat qui a toutes les belles qualités que vous sauriez vous imaginer ; splendide surtout, et qui tient la meilleure table du Limousin. Il vit en grand seigneur, et l’est en effet. N’allez pas vous figurer que le reste du diocèse soit malheureux et disgracié du Ciel, comme on se le figure dans nos provinces. Je vous donne les gens de Limoges pour aussi fins et aussi polis que peuple de France : les hommes ont de l’esprit en ce pays-là, et les femmes de la blancheur ; mais leurs coutumes, façon de vivre, occupations, compliments surtout, ne me plaisent point. »

Lettre-manuscrite-de-la-fontaine-a-sa-femme

- A Limoges ...

Jean-de-la-Fontaine-et-Madame de-la-Sabliere

Après cinq mois d'une paisible villégiature et sentant le danger écarté, Jean de La Fontaine quitte Limoges en janvier 1664.

Le galant homme avoue qu'il ne trouva aucune compagnie en Limousin… en terminant par ces vers : 

« J'y trouve aux mystères d'amour / Peu de savants, force profanes; / Peu de Phillis, beaucoup de Jeannes ; / Peu de muscat de Saint-Mesmin, /  Force boisson peu salutaire; /  Beaucoup d'ail et peu de jasmin: /  Jugez si c'est là mon affaire. »

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Voyager en France au XVIIIe siècle

Publié le par Perceval

La Turgotine

La Turgotine

En ce début de ''vacances'' … Nous quittons Paris, vers le Limousin...

Nous quittons – en ces temps anciens – avec J. L. de la Bermondie, les salons, les ''Lumières'' sur la philosophie, etc … Mais, nous ne quitterons sans-doute pas les grandes questions du moment... ( la ''Révolution'' se prépare …)

Quitter Paris, pour Limoges, en ce XVIIIe siècle, demande du temps à consacrer au voyage

En 1676, Mme de Montespan gagne Vichy dans une calèche attelée à 6 chevaux, et plus modeste, Mme de Sévigné, pour l’y rejoindre, se contente d’un simple carrosse à 4 chevaux et ne met que 9 jours parce qu’elle a de bons chevaux ! Au XVIIe siècle, quelques carrosses publics qui se rendaient de Paris à Lyon en cinq jours en été, six jours en hiver, étonnèrent tellement le public par leur rapidité qu'on leur donna le nom de 'carrosses de diligence', ou plus brièvement, de diligences. 

Vers 1680, Mme de Sévigné mettait dix jours pour se rendre de Paris à Rennes et un mois de Paris à Grignan.

 

L’Ecole des Ponts et Chaussées est créée en 1747. En 1761, un ingénieur limousin, Pierre Trésaguier, reprend la technique romaine en utilisant le principe des deux couches inversées. Les routes se développent mais sont mal entretenues. Toutefois de nombreuses entreprises assurent un service de diligence.

La voiture (le coche) était généralement traînée, comme dans la fable de La Fontaine, par six forts chevaux conduits par deux cochers montés en postillons. L'adjonction de chevaux de renfort était souvent nécessaire. Dans certains passages difficiles, les chevaux étaient même quelquefois remplacés par des bœufs... Il y eut cependant des progrès sensibles réalisés sur certaines routes, au point de vue de la vitesse, au cours du XVIIe siècle...

Vers 1760 les diligences sont des voitures énormes, pouvant transporter 16 voyageurs, compartimentées : à l’avant le coupé (3 places de luxe), l’intérieur où l’on trouve 2 banquettes de 3 places chacune, en vis-à-vis, et à l’arrière, la rotonde comprenant 2 places. L’impériale comporte 3 places, les moins chères, donc exposées aux intempéries. 5 chevaux tirent difficilement cet attelage de 5000 kg et dans les montées difficiles, tout le monde descend pour permettre aux pauvres bêtes de les franchir ! ! Quand il ne faut pas pousser au derrière de la voiture ! ! Au mieux, au XVIIIe siècle, on fait du 7km/heure …

Créée par Roubo vers 1770, cette diligence, qui effectuait le trajet de Paris à Lyon en cinq jours l'été et six jours l'hiver

En 1782, d'après la Liste générale des Postes, la durée du voyage de Paris à Marseille était de 13 jours ; à Toulouse, de 8 jours ; à Bordeaux, de 6 jours ; à Lyon, de 5 jours ; à Strasbourg, de 4 jours ½ ; à Calais, de 3 jours; à Lille, de 2 jours. 

Cependant, on voyageait toujours beaucoup à cheval et cet usage ne disparut pas au XVIIIe siècle, même en présence du développement intense de la circulation en voiture. Ceux qui ne possédaient pas leur monture personnelle trouvaient facilement à louer des chevaux et cheminaient flanqués d'un compagnon chargé de ramener la bête à son écurie. Lorsque le service de la poste aux chevaux fut complètement organisé, les relais fournirent des bidets aux cavaliers qui couraient la poste. 

Les voyageurs à cheval désireux de s'affranchir de tout souci et de s'assurer des compagnons, avaient coutume de s'entendre avec les Messagers à cheval, qui avaient joint au transport des dépêches et des paquets le rôle de conducteurs de caravanes et de véritables entrepreneurs de voyages à forfait. 

L'auteur des Délices de France, dans son édition de 1728, vantait fort les charmes, de ce type de voyage : « Le Coche est la plus agréable voiture, quand on veut avoir l'entretien des femmes, rire, jouer et se divertir en compagnie; mais le Messager est encore plus divertissant quand on veut être avec des gens de qualité, d'esprit et de mérite, et si en veut faire des connaissances dans toutes les provinces du Royaume. Au reste, on est sans soin de sa vie ni de son cheval ; on fait toujours bonne chère, et on rit à ventre déboutonné, parce qu'il y a toujours des esprits divertissants, ou quelque niais, qui font rire toute la troupe ( Les Délices de la France, ou description des provinces, villes. 1728, ). 

En 1770, un messager circulait encore entre Paris et Toulouse, et, d'une ville à l'autre, prenait 280 francs à ses voyageurs « montés et nourris». 

d'après une peinture à l'huile de Sauerveld (1783-1844) - avec Turgotine

A la fin du XVIIIème siècle, il existait en France 1200 relais de poste, au long des 9500 km de routes alors desservies par les voitures publiques.

On peut aussi, comme Jean-Jacques Rousseau voyager à pied :

« Combien de plaisirs différents on rassemble dans cette agréable manière de voyager, sans compter la santé qui s affermit, l'humeur qui s'égaie. J' ai toujours vu ceux qui voyageaient dans de bonnes voitures bien douces, rêveurs, tristes, grondants ou souffrants ; et les piétons toujours gais et contents de tout. Combien le cœur rit quand on approche du gîte ! Combien un repas grossier paraît savoureux ! Avec quel plaisir on se repose à table ! Quel bon sommeil on fait dans un mauvais lit ! Quand on ne veut qu'arriver on peut courir la poste ; mais quand on veut voyager, il faut aller à pied. » ( L’Émile)

Encore un détail caractéristique du voyageur, sur la question du ''coucher''... : La conquête des lits était une des préoccupations en voyage, et l'on a coutume de citer à cet égard la plaisante aventure contée, par La Fontaine, et dont il avait été témoin au cours d'un voyage en Limousin, au mois de septembre 1663 : Celle concernant le sieur Potrot, et la dame de Nouaillé... ( à lire plus loin ...)

Cette contestation devait se renouveler souvent, car, dans les anciennes hôtelleries, les chambres à un seul lit étaient rares. On devait, la plupart du temps, accepter de loger dans des chambres à lits multiples et souvent même de partager son lit avec des inconnus. Ce fait se reproduisait assez souvent pour être prévu dans les manuels de savoir-vivre, et un Traité de la Civilité, publié en 1702, indiquait les règles de la bienséance à observer en pareil cas. On retrouvait même encore, au XVIIe siècle, dans certaines auberges, quelques-uns de ces vieux et vastes lits de pèlerins, où, jusqu'à ce qu'ils fussent complètement remplis, on entassait, tête-bêche, six ou huit dormeurs se connaissant à peine ou ne se connaissant pas du tout, promiscuité à laquelle Madame de Chevreuse, lors de sa fuite en Espagne en 1637, sous un déguisement masculin, préférait le lit de foin d'une grange. 

Fin du XVIIIe siècle, à La Bourboule, Monnet – inspecteur général des mines - descend à la seule auberge de l'endroit, tenue par deux accortes demoiselles, personnes « assez présentables, s'exprimant noblement et lisant Rousseau ». Il n'y avait là qu'une seule chambre autour de laquelle se trouvaient quatre lits. Le temps étant fort laid, les jeunes hôtesses s'efforcent de retenir le voyageur pour la nuit : « J'aurais, écrit-il, couché là comme au bon vieux temps. J'aurais conversé de mon lit avec mes belles, comme c'était encore l'usage dans le pays. Je les aurais régalées de quelques contes. Mais je ne pouvais manquer de parole à ma fille Marguerite et la laisser coucher seule (au Mont Dore) dans une chambre où étaient logés plusieurs étrangers ». ( Voyage en Auvergne, de Monnet)

A Pont-de-Lunel, J.- J. Rousseau trouvait dans une auberge isolée au milieu de la campagne, « une table fournie en poisson de mer et d'eau douce, en gibier excellent et en vins fins ; tout cela pour 35 sols ». 

Sources: En particulier des Extraits de : Le Voyage en France... de L. Bonnard, 1927

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Ce que nous devons aux '' Lumières '' -2/.-

Publié le par Perceval

« Sapere aude » ! Ose penser par toi-même – telle est la maxime de Kant

« Sapere aude » ! Ose penser par toi-même – telle est la maxime de Kant

L'article précédent situant l'enjeu, énonce des des considérations générales, et subjectives … J'étudie de plus près ce que m'apporte les Lumières de ce XVIIIe siècle, et je fais le choix de choisir un point de vue plus convainquant – à mon avis – celles des penseurs allemands.

Même s'il ne s'agit pas de se passer des dogmes de la religion ( c'est mon avis …); les ''Lumières'' nous font passer de la tradition dogmatique à celle de la Raison.

« Les Lumières se définissent comme la sortie de l'homme hors de l'état de minorité, où il se maintient par sa propre faute. La minorité est l'incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre. Elle est due à notre propre faute quand elle résulte non pas d'un manque d'entendement, mais d'un manque de résolution et de courage pour s'en servir sans être dirigé par un autre. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des lumières. » Kant (1724-1804)  - Éléments métaphysiques de la doctrine du droit - 1784

 

La révolution de Kant, c'est de mettre hors de propos les preuves de l'existence de Dieu...

Cependant Kant reconnaît les besoins de la raison « d'admettre, pour l'existence en général, quelque chose de nécessaire : un ''idéal de la raison pure''. » La connaissance rationnelle de Dieu nous est impossible, pourtant il est l'objet d'un besoin universellement ressenti : l'idée du souverain Bien... Comme on ne peut démontrer cette reconnaissance ( plutôt que cette existence), on va l'admettre, à la manière d'un postulat.

 

J'apprécie cette porte ouverte, même si pour Kant, elle permet avant tout d'y adosser sa morale...

Emmanuel-Kant et ses invités

Fichte (1762-1814 ) est un disciple de Kant. Il critique l'idéologie religieuse de l'institution ; et souhaite revenir à un ''christianisme originaire'' allié à l'oeuvre de la Liberté ( avec la révolution Française...). La Liberté étant, elle aussi, érigée en postulat. Finalement, avec le temps Fichte – d'ailleurs accusé d'athéisme – dit qu'il n'a plus besoin de religion, privilégiant la conscience du devoir moral, ce qui lui suffit … Il quitte également la franc-maçonnerie, considérant qu'elle est trop prise dans le particularisme de ses symboles... Fichte serait le dernier représentant de  l'Aufklärung...

 

L'Aufklärung est le synonyme de ''Lumières'', comme courant de pensée. « Elles revalorisent l’homme, le rendent conscient de ses potentialités et constituent un appel à l’émancipation. L’homme doit se libérer de toute tutelle, notamment celle des autres hommes, surtout celle d’un guide spirituel, ou d’un directeur de conscience comme c’était la mode à l’époque. Il ne doit pas compter sur un Dieu intervenant dans les actions humaines et auquel il faut s’en remettre pour toute décision. »  Aline Le Berre, Aufklärung 

Cette proclamation sera le point de départ de différents courants de pensée...

 

Plusieurs philosophes, vont à la suite de Kant, développer des pistes que Kant n'approuvera pas … Tous reçoivent de Kant, l'impulsion première de leur pensée...

Prendre acte, pour le philosophe Friedrich Heinrich Jacobi ( 1743-1819) , de l'innovation kantienne, c'est de désigner par raison, la source immédiate des connaissances.... la raison devenant ainsi, non pas ce qui nous fait comprendre le réel, mais ce qui signale notre adhésion à l'absolu. Elle devient l'intuition suprasensible de l'absolu.

«  J'exposai que,en soi, il était impossible de découvrir l'infini à partir du fini se présentant à nous, de concevoir leur rapport réciproque et de l'exprimer par une formule quelconque ; si donc on voulait en dire quelques chose, il fallait en parler à partir de la révélation. » Jacobi, Lettres à Moses Mendelssohn.

« la croyance n'est qu'une représentation plus forte, plus vivante, plus puissante, plus ferme, plus soutenue d'un objet, que celle que la seule imagination est capable d'atteindre. »

«  la croyance est quelque chose de senti par l'âme par quoi les affirmations du réel et sa représentation se distinguent des fictions de l'imagination. » Jacobi, David Hume et la croyance.

1750 Francois Boucher Le sommeil interrompu

 

* Exemple-argument du rêve et de l'éveil : Si le rêveur ne sait pas qu'il rêve, et donc peut croire percevoir en vérité.... l'homme éveillé sait toujours – d'un savoir immédiat et certain – qu'il ne rêve pas, et donc ne peut jamais croire, qu'éveillé il rêverait. La vie n'est pas un songe …

 

Pour Jacobi, encore : la croyance dans le réel, relève d'un « savoir de première main », alors que vérification et démonstration relèvent « d'une certitude de seconde main ».. « Si nous croyons ce que nous voyons, c'est avant toute vérification... »

 

Ce sens précieux de ''révélation '' Jacobi le tient de D. Hume : les objets se révèlent à nous par les sens … Sachant que nos sens peuvent nous tromper, et pourtant ( quel miracle!) nous n'avons communément pas d'autres preuves de l'existence …

«  Les représentations ne peuvent jamais refléter le réel comme tel. Elles renferment seulement des aspects des choses réelles et non le réel lui-même. » Jacobi, David Hume et la croyance.

«  L'élément de toute connaissance et de toute activité humaines est la foi » Jacobi, Lettres à Moses Mendelssohn.

Croire au réel, c'est avoir foi en Dieu... « Et la raison est une faculté supérieure qui révèle positivement à l'homme le vrai, le bon, le beau en soi » Jacobi, David Hume et la croyance

Kant fait partie de ces penseurs qui nous ouvre des portes. Avant lui, il y eut déjà le génial Descartes : '' Je pense, je suis, j'existe...'' Il nous permettait ainsi de continuer ; penser est légitime... ! ( je veux dire « penser seul » et non pas déléguer...)

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Ce que nous devons aux '' Lumières '' -1/.-

Publié le par Perceval

Ce que nous devons aux '' Lumières '' -1/.-

Nous allons revenir au Mythe du Graal ; mais avant nous chercherons des ''Lumières'' en philosophie...

L'enjeu de ma réflexion, résumée dans ces articles, c'est que nous puissions valider divers moyens de connaître le Monde.. Et avec la légitimité de la raison, puisque nous sommes là au ''siècle des Lumières''.

Tentons de montrer que le mythe, la religion, peuvent être des supports de connaissance aux mêmes titres que d'autres sciences … La raison, reste notre outil privilégié, et permet la ''dispute'', la ''conversation'', l'argumentation ; en fait les échanges pour affiner notre réflexion...

Au XXIe siècle, nous en sommes à retrouver le scepticisme de Hume : nous avons un doute sur l'objectivité même des sciences...

Rappel du XVIIIe siècle, - le point de vue de David Hume (1711-1776)  : toute connaissance est une accumulation d’expériences sensibles, de sensations, de passions et d’émotions. De là nous fondons des idées, associations de connaissances à base de mémoire et d’imagination. Autant dire que rien n’est objectif dans tout cela : pour Hume, la connaissance est équivalente à la croyance. Elle peut avoir une utilité pour l’action, mais ne dit rien du réel. La vérité nous échappe en tout.

 

Pour Kant (1724-1804):  nous n’avons accès qu’aux phénomènes, pas aux noumènes ; seulement aux choses telles qu’elles s’offrent à nous (et dans la limite de notre entendement), pas aux choses en soi.

Ne peut-on pas dire avec Kant, que l'homme est prisonnier de sa subjectivité et ne peut donc atteindre à la vérité ?

 

Cependant, si la science n'est pas plus légitime que la philosophie pour dire la Vérité ; il nous faut quand même, avancer avec notre raison ; et faire confiance... Nous continuons à prendre l'avion, et utiliser notre GPS... Et d'autre part, être totalement relativiste, nous amènerait à mettre sur le même plan toute théories : complotistes, négationnistes, populistes ...etc

Hume, l'avait déjà remarqué : au plan strictement logique le relativisme absolu est intenable : si je conclus qu’on ne peut rien savoir de façon certaine, alors je ne sais pas si cette conclusion est certaine !

 

La science, elle, ne peut parler que de ce qu'elle peut appréhender : ce qui est objectivable... Elle ne peut pas affirmer que ''seule la matière existe '', car ce n'est pas vérifiable … La science est agnostique ( et non athée)!

 

Alors... Comment peut-on connaître '' Le Monde'' … ?

Par l'intelligence, l'intuition, l'imagination … ?

J'admets que la voie scientifique, ne peut être le seul chemin... Ce serait faire comme ce personnage qui a perdu ses clefs, et, qui ne les cherche qu'en un seul endroit - sous le lampadaire -  : là où il y a de la lumière ( la science)...

Je peux également affirmer : qu'un médecin ( et sa science) seul, ne peut me connaître...

 

Par expérience, dans la vie quotidienne je sais aussi que « dans la vie d’un homme, les vérités simplement crues demeurent beaucoup plus nombreuses que celles qu’il acquiert par sa vérification personnelle » ( J.P. II, Fides et Ratio)... Nous croyons - souvent - par délégation...

Bref ! La science n'a pas le monopole de la connaissance du réel ….

Allégorie de la Logique

 

Kant, nous propose de faire usage de la raison théorique, et pratique … Je peux ( je dois...) réfléchir au Juste, au Beau, au Bien, et au Vrai .. Donc, sans faire uniquement de la science, et en utilisant ma raison ...

 

La religion (idéale...) admet l'usage de la raison ; à la différence de la superstition...

 

La science n'a pas la possibilité de parler d'un univers fini ou infini, de parler d'avant le premier instant... Et croire en Dieu, c'est refuser l'irrationnel dans l'apparition d'un chat noir, ou la conjonction du vendredi et du nombre 13... La superstition est bien souvent une sorte de matérialisme irrationnel... Comme dans la magie, il y a dans la superstition une sorte de ''toute-puissance'' de l'humain...

 

La religion s'inscrit dans la communauté humaine, elle exprime une culture. Les religions sont diverses, chacune a une histoire. Aucun peuple, aucune religion n'est supérieure à un(e) autre.. La religion tente d'apporter des réponses aux questions métaphysiques.

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Le XVIIIe s. : La nature humaine, la conversation et David Hume. -3/.-

Publié le par Perceval

David Hume (1711-1776) par Louis Carrogis

David Hume désire construire une " science de la nature humaine ", sur le modèle de la philosophie naturelle de Newton, et ne peut se passer de prendre en compte la différence qui partage cette nature en deux, hommes et femmes.

Cette science nouvelle, est définie par une critique intégrale du doute et du dogmatisme, avant même d'établir les bases d'une vraie métaphysique sur la nature humaine.

 

Que nous dit Hume ?

A l'origine de nos connaissances, sont nos perceptions. Hume appelle perception « tout ce qui peut être présent à l’esprit, que nous utilisions nos sens, que nous soyons mus par la passion ou que nous exercions notre pensée et notre réflexion » .Cette perception par les sens, donne des impressions et des idées ...

Que valent ces connaissances ?

Nous avons tendance à qualifier de ''lois'' ce que nous observons, par exemple :

- Nous constatons par ''expérience'' certaines répétitions constantes. Et bien l'importante loi de causalité dérive de l'expérience de successions répétées. Est-ce légitime … ?

« une boule de billard touche une autre boule de billard, celle-ci se met en mouvement, et la première arrête son mouvement. » Une fois, dix fois, cent fois … Oui, mais … Pourquoi cela serait-il toujours ainsi … ?

Hume - ''le sceptique'' - questionne cette '' relation de cause à effet '' qui fonde notre vision du monde...

Il nous semble que la véritable cause est toujours contiguë à l'effet. Mais contiguïté n'est pas causalité.. ! Un fait peut précéder un autre sans que nous le tenions pour sa cause.

La poule, constate, chaque matin, quand elle voit le fermière venir vers elle, que c'est pour lui donner à manger … La poule pourrait ainsi en établir une loi, et même se faire un jugement de bienveillance envers la fermière... Et, un jour, le seul... La fermière vient, non pour la nourrir, mais pour lui tordre le cou ...

 

Notre raison, attribue une nécessité logique, à des phénomènes qui se reproduisent … Il en ainsi est de sa nature, (ou de son éducation?): nous pouvons seulement dire qu'il s'agit d'une croyance..

Un chat qui voit passer devant lui une balle aura tendance à lui courir après ; un humain aura tendance à chercher d'où et comment vient-elle … ?

La raison, ne nous délivre pas de la croyance...

L'imagination est aussi une opération de l'esprit sur les objets de l'expérience ; même si nous parlons alors de fiction...

Le sentiment religieux se fonde aussi sur l'expérience humaine. La crainte et l'espérance, la joie et la douleur, le sublime...etc

En ce siècle, où tant de nouvelles questions émergent ; certains trouveront les biais pour valoriser la raison, d'autres ne craindront plus d'imaginer et de poser de nouvelles règles pour penser … Bien sûr, nous savons que la Raison s'imposera... Que se serait-il passé si tel n'avait pas été le cas .. ?

C'est la lecture de David Hume, qui permet à Kant de sortir de « son sommeil dogmatique » et de poser les bases de la philosophie contemporaine. :

Les lois qui régissent les choses et leurs événements, les causes et leurs effets, d'une réalité qui semble s'imposer à nous : la nature de l’espace et du temps. 

L'espace et le temps sont des formes à priori de notre sensibilité . L’espace et le temps n’existent pas réellement. Espace et temps ne relèvent pas des choses elles-mêmes, mais de l’esprit.

On ne peut connaître les choses en soi : on connaît seulement les phénomènes...

 

Quand nous nous demandons si le monde est fini ou infini, nous nous interrogeons sur un Tout dont nous ne formons qu'une infime partie.. Nous ne pouvons faire l'expérience de la totalité …

De même nous pouvons tout autant affirmer que ''l'univers'' a commencé un jour ou qu'il a toujours existé …

 

La foi est tout aussi légitime que la Raison ...

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