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L'Abacus : Walter Scott et les Templiers :

Publié le par Perceval

Retrouvons le roman d' Elie Berthet (1815-1891) : ''Les Catacombes de Paris ''.

« Alors le grand-maître use de son autorité en lui faisant prêter le serment sur son bâton de commandement, l’Abacus ». (…)

« Alors le grand-maître abaissa vers lui son bâton de commandement, ce célèbre ''Abacus '', insigne de sa dignité » (...)

« Le vieillard baisa la croix gravée sur l’Abacus et sortit. »

 

A t-on déjà rencontré un ''Abacus '' ? En existe-il ?

 

Charles-Louis de Chateauneuf et Elie Berthet s'étaient interrogés à propos de ce fameux bâton de Maître - l'Abacus - et, tous les deux avaient lu de Walter Scott, le roman ''Ivanhoé'', traduit de l’anglais par Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret (1767-1843), et paru en 1820... Ils en avaient été enthousiasmés...

Un personnage du roman de Walter Scott est un templier, peu recommandable : Brian de Bois-Guilbert, un fier chevalier templier, revenu de Terre Sainte, tout comme Ivanohé.

Front-de-Bœuf et Bois-Guibert réussissent à s'emparer d'Ivanhoé blessé, de ses compagnons et de la belle juive Rebecca, emprisonnés au château de Torquilstone... Isaac, le père de Rebecca, se précipite dans la communauté des Templiers de Templestowe pour tenter de négocier la libération de sa fille. Il y rencontre Lucas Beaumanoir, le maître des Templiers... :

 

« Le grand maître était un homme d’un âge avancé, comme le prouvaient sa longue barbe blanche et ses sourcils déjà grisonnants. Ces sourcils, néanmoins, ombrageaient des yeux dont les années n’avaient pu éteindre le feu. Guerrier redoutable, bigot ascétique, ses traits maigres et sévères conservaient l’expression farouche du soldat, et ils étaient également remarquables par la maigreur, fruit de l’abstinence, et par l’orgueil religieux du dévot satisfait de lui-même. Cependant, malgré toute la sévérité de son aspect, on découvrait en Lucas de Beaumanoir quelque chose d’imposant et de noble, qui, sans doute, était dû aux fonctions que sa haute dignité l’appelait à remplir auprès des monarques et des princes, et à l’exercice habituel de l’autorité suprême sur les chevaliers vaillants et aristocratiques rangés sous la règle de l’ordre. Sa taille était élevée, et sa prestance, que l’âge et la fatigue avaient respectée, était droite et majestueuse. Son manteau blanc était d’un modèle régulier et sévère, et coupé selon la règle même de saint Bernard. Il était fait de ce qu’on appelait alors drap de bure, et collait exactement sur sa taille, laissant voir, cousue sur l’épaule gauche, la croix à huit branches en drap rouge, particulière à cet ordre. Ni vair ni hermine n’ornaient ce vêtement ; mais, en raison de son âge, le grand maître portait un pourpoint doublé et bordé de peau douce d’agneau, la laine en dehors, ainsi que la règle le permettait ; et c’était tout ce qu’elle autorisait en fait de fourrure, qui, à cette époque, était un objet de toilette du plus grand luxe. Il tenait à la main ce singulier abacus, ou bâton de commandement, avec lequel on représente souvent les templiers. Ce bâton avait à son extrémité supérieure une plaque circulaire sur laquelle était gravée la croix de l’ordre entourée d’un cercle ou orle, comme disaient les hérauts. » - Walter Scott, Ivanhoé

Dans ces années de 1830... Qui peut parler des sources de Walter Scott ?

Charles-Louis de Chateauneuf réussit à rencontrer Amédée Pichot, (1795- 1877) : romancier, historien et traducteur français. Il a traduit des œuvres de Scott, en particulier ses poèmes, tel La Dame du lac de Scott qui paraît en 1821, il ramène d'Écosse La Légende de Saint-Oran ( Saint Oran est l'ami et disciple de saint Columba ) et la publie en 1825. Pichot est un ami de Charles Nodier qui accueille - dans le salon de la bibliothèque de l'Arsenal - chaque dimanche soir, durant les dernières années de la Restauration et les premières années de la Monarchie de Juillet, toute l'élite littéraire et artistique.

Charles Nodier

Le "salon de l'Arsenal" est un des hauts lieux du romantisme, une "institution littéraire" ouverte à toutes les spécialités (littérature, théâtre, histoire, critique, peinture, musique, sculpture). Le Tout-Paris littéraire et mondain franchit au moins une fois son seuil, de Victor Hugo à Alfred de Musset en passant par Dumas, Balzac, Gautier, Nerval, Delacroix, Liszt... Mais surtout, là se rassemble, tous les acteurs de la chaîne du Livre ( poète, traducteur, illustrateur, graveur, éditeur, imprimeur, relieur, journaliste, directeur de revue) et devient aussi occasionnellement une fabrique de la littérature à travers la mise en œuvre de projets de collaboration.

 

 

Amédée Pichot a voyagé en Ecosse, il a rencontré Walter Scott et a cheminé sur les terres de Rob Roy (1). Il publie en 1825 son Voyage historique et littéraire en Angleterre et en Écosse où il nous fait revivre sa rencontre avec Scott et sa découverte de la poésie de Burns.

(1) Robert Roy Mac Gregor ( roy signifie roux) est un ''robin des bois'' écossais, un brigand des Highlands, mort en 1734. Il a inspiré W. Scott pour un roman.

 

« Il était trois heures de l’après-midi lorsque je partis de l’auberge de Georges , à Melrose , pour me rendre à Abbotsford. L’horizon avait été pur depuis le matin, et l’air doux, comme au mois de mai en France, quoique éclairé par le soleil du mois d’août. Depuis midi, un vent léger soufflait par intervalles, poursuivant quelques nuages diaphanes dans l’azur du ciel. Les montagnes du Roxburghshire, élégamment découpées, étaient dorées par une vive lumière, depuis leurs extrêmes sommets jusqu’à la plaine; puis, tout à coup, de grandes ombres en descendaient rapidement , et semblaient aller se perdre dans les eaux de la Tweed. » A Pichot - Voyage en Ecosse

 

Et, pour en revenir à l'Abacus, décrit dans Ivanhoé de W. Scott... A. Pichot pense se rappeler d'avoir vu dans les immenses collections de l'écrivain écossais, à côté de plusieurs objets, des armes en particulier ayant appartenu à Rob-Roy (1) , l'épée du marquis de Montrose…etc il pense avoir vu un bâton de Maître templier … W. Scott possède une mèche de cheveux du Prince Charles Edward Stewart (1766-1788), (Bonnie Prince Charlie) héritier de la dynastie des Stuart et grand maître écossais templier qui défendit la cause des Stuarts...

 

Ce serait peu étonnant, insiste t-il ; que le maître templier possède un emblème particulier, à la fois bâton de commandement spirituel et temporel, proche de la crosse pastorale de l'évêque... '' abactio '' en latin signifie l'action d'éloigner, tenir à distance ..

D'autres personnes, bien renseignées, affirment que devant ce symbole, tous les Templiers doivent se tenir à trois pas et s'incliner, et ils ne doivent jamais le toucher. Il s'apparente au sceptre, bâton ou canne que les rois, prêtres, juges et chefs militaires de l'Antiquité portaient comme symbole de leur autorité et de leur puissance.

On peut citer d'autres exemples : chez le prince des Druides, les guerriers Francs, et même l'enchanteur Merlin...

Charles-Louis de Chateauneuf se dit que chercher cet '' abacus '' ne pourrait être qu'une raison supplémentaire de se rendre en Ecosse, et visiter le maître ( et le fr :.) Walter Scott..

 

A suivre ...

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Elie Berthet, à Paris : les Catacombes et les templiers

Publié le par Perceval

Caricature Elie Berthet

Le narrateur du roman « Les Catacombes de Paris », par Elie Berthet (1815-1891), nous a fait part d'une catastrophe :

« Un jour du mois d'avril 1774, le quartier du Luxembourg était dans la consternation. Une maison de la rue d'Enfer venait de s'écrouler avec fracas, écrasant sous ses débris tous ses habitants. » A cette occasion « Les dames de la foire Saint-Germain soutenaient sérieusement qu'un esprit malfaisant, un antéchrist, peut-être le diable Vauvert, que les chartreux de la rue d'Enfer étaient parvenus à exorciser plusieurs siècles auparavant et qui s'était déchaîné de nouveau, jouait ces mauvais tours à la population parisienne. »

 

Cela fait référence à une légende populaire qui disait du château de Vauvert qu'il était habité par le diable. Les bruits provenaient en fait de brigands qui avaient élu domicile dans ces vieilles pierres. Mais les gens croyaient ferme au maléfice de ces souterrains.

Thérèse de Villeneuve a été enlevé par un habitué des carrières. Les galeries deviennent alors le théâtre de rencontres inattendues (faux monnayeurs, messes souterraines, bandits...) et d'événements multiples (éboulements, cloches de Fontis). L'accident de la rue d'Enfer du 17 décembre 1774 est présenté comme ayant été provoqué intentionnellement. La découverte par les protagonistes de traces de poudre dans les carrières est alors prétexte à un rebondissement de l'intrigue...

Elie Berthet nous conduit des faussaires des Catacombes, réfugiés dans une cave, où ils fondent leur monnaie à l'abri du regard de la police ; à un atelier de presse. Chavigny y voit le lieu idéal « pour y cacher notre presse, parbleu ! Pour y établir notre atelier, et pour y installer notre prote, nos ouvriers. Nous pourrons alors imprimer tous les pamphlets, tous les libelles, toutes les épigrammes qui nous passeront par la cervelle. ».

J'en viens particulièrement à une scène qui m'intéresse :

L’abbé Chavigny et Philippe de Lussan atteignent ce qui est le lieu de réunion de Templiers... !

« - Et cet Ordre, quel est-il? demanda Philippe.

- Quoi ! mon fils, ne le savez-vous pas? reprit l'abbé d'un air surpris; ce costume historique dont nous sommes revêtus, cette croix à huit pointes, ces symboles si connus ne vous l'ont-ils pas révélé?Vous voyez les descendants et héritiers de ces illustres chevaliers du Temple qui, après avoir versé leur sang pour la foi en guerroyant contre les infidèles, furent martyrisés et mis au ban des nations par un pape avide de leurs trésors et un roi sanguinaire.

Ces hommes vêtus de noir sont les écuyers ou servants qui aspirent au grade de chevalier ; ces personnages en manteau blanc sont les chevaliers-compagnons; les dignitaires qui siégeaient tout à l'heure au-dessous de moi, sous le dais, sont les précepteurs ou chefs des différentes loges que nous possédons chez toutes les nations de l'Europe; et moi, quoique serviteur indigne du saint Temple de Sion, je suis le chef de ce noble troupeau, je suis le grand maître de l'Ordre !

B.-R. Fabré-Palaprat en 1804 et l'Ordre du Temple

- Ah çà, il existe donc encore des templiers? Demanda Chavigny, qui s'était approché avec sa hardiesse ordinaire ; je l'avais entendu dire, mais je ne pouvais y croire. Je m'imaginais, comme le vulgaire, que Jacques de Molay, brûlé vif il y a cinq cents ans, au temps de Philippe le Bel, avait été le dernier grand maître du Temple, et que l'Ordre avait été aboli par une bulle du pape à la même époque.

- Monsieur l'abbé de Chavigny a dû longtemps étudier l'histoire et la théologie pour savoir cela, dit le grand maître avec ironie ; mais Jacques de Molay, avant de subir son martyre, avait transmis la grande maîtrise à Marc Larménius de Jérusalem, qui rallia les débris proscrits et dispersés de notre sainte compagnie. Depuis Larménius, le Temple compte une suite non interrompue de grands maîtres, parmi lesquels figurent des noms illustres en Europe, et notamment celui de Philippe d'Orléans, régent de France. (...) »

 

« Et se tournant vers un groupe de templiers qui se tenaient à quelque distance de l'estrade. « Qu'on dise à Salomon Hartmann de venir sur-le-champ, » commanda-t-il. Aussitôt ceux à qui il s'adressait se dispersèrent pour exécuter cet ordre. « Salomon Hartmann, dit le grand maître à Philippe, est un Allemand du cercle de Wesphalie. Il vint dans sa jeunesse s'établir en France, et exerça long temps la profession de carrier aux environs de Paris. Il paraît qu'il menait, à cette époque, une vie fort irrégulière, s'adonnant à l'intempérance... »

 

«  (...) Je vous demande si vous pouvez, oui ou non, nous servir de guide jusqu'au Val de- Grâce?

- Si notre révérend grand maître l'ordonne....

- Je vous l'ordonne, Salomon Hartmann ; mais cela ne suffit pas. Vous allez encore me promettre d'aider ces jeunes gens de tout votre pouvoir dans leur entreprise. » Et le chef des templiers apprit en deux mots à Hartmann de quoi il s'agissait. Cette fois l'Allemand manifesta une véritable terreur. « Ne me demandez pas cela, vénérable père, dit-il avec véhémence ; si cette jeune fille est tombée au pou voir de celui que j'imagine, je vous en conjure, ne vous mêlez pas de cette affaire. Vous ne savez pas com bien il est dangereux d'irriter cet « être, » combien il est implacable dans ses vengeances! Depuis plusieurs années il est venu sans doute bien des fois au seuil de ce temple, et il n'a jamais troublé nos saintes cérémonies; il ne s'est manifesté à nous par aucun acte d'agression. Si vous l'offensez, les plus grands malheurs nous menacent; je vous en supplie donc, sur la gloire de notre Ordre, sur votre précieuse vie, sur la vie de nos révérends frères du Temple, n'exigez pas que je mette en colère celui dont nous parlons ! »

« Pour un cheveu qui tomberait de cette noble tête, vous auriez à verser des larmes de sang, et s'il lui arrivait malheur par votre faute, vous seriez maudit et anathème septante fois sept fois.... A genoux, Salomon Hartmann ! »

Le vieillard se prosterna pieusement. Alors le grand maître abaissa vers lui son bâton de commandement, ce célèbre abacus, insigne de sa dignité ; il lui mit la boule d'or dans les mains, tandis qu'il tenait l'Abacus par l'autre extrémité. « Salomon Hartmann, reprit-il d'une voix vibrante, vous jurez par la loi du Dieu vivant, par votre salut éternel, par votre baptême, par notre Ordre auguste, de ramener ce jeune homme sain et sauf, fût-ce au péril de votre propre vie.

- Je le jure, répliqua le templier.

- Gloire à Dieu!... Allez en paix, Salomon Hartmann. » Le vieillard baisa la croix gravée sur l'abacus et sortit.

Notre vie est entre les mains des esprits.

- De quels esprits parlez-vous, l'ami ?

- Dans mon pays d'Allemagne, nous en connais sons de deux sortes : les esprits du bien ou de lumière, qui sont les anges ; les esprits du mal ou des ténèbres, qui sont les démons, les gnomes, les sylphes, les fardadets et les revenants.

Ici le grand maître de l'ordre du Temple s'arrêta pour juger de l'effet de ses paroles. Philippe l'avait écouté attentivement. «C'est là, dit-il d'un air de réflexion, de la politique un peu aventureuse. Mais ne vous exagérez -vous pas l'influence possible des sociétés secrètes, dans le cas où ces grands événements viendraient à se réaliser?

- Je n'exagère rien, mon fils. Vous ignorez sans doute quel accroissement considérable ont pris depuis quelques années les associations maçonniques sur le sol français. Pas de ville, grande ou petite, pas de modeste bourgade qui n'ait une loge, et souvent plusieurs, de francs-maçons, de rose -croix ou de templiers. Par tout existent des centres d'action qui communiquent entre eux, et vous verrez de quel poids pèsera, en temps et lieu, cette organisation redoutable. Le pouvoir ne s'en inquiète pas, car il croit nous tenir dans sa main. Il envoie ses espions dans nos assemblées, et il nous suppose uniquement occupés de cérémonies théâtrales et vides, bonnes tout au plus pour amuser les imaginations puériles. L'idée mère, le principe secret qui donne l'impulsion et la vie à ce grand corps, lui échappe, et il s'endort dans sa sécurité. Il y a pourtant un prince du sang royal qui voudrait bien jouer le rôle de ce roi de l'avenir dont je vous parlais tout à l'heure : c'est le duc d'Orléans qui vient de se faire nommer grand maître de toutes les loges maçonniques de France. Mais malgré ses caresses et ses protestations, il ne nous inspire aucune confiance, et bien peu parmi nous voudront appuyer ses projets ambitieux.

- Mais alors, mon père, demanda Philippe avec étonnement, où trouverez-vous un prince qui remplisse toutes les conditions bizarres que vous exigez?

- Il est trouvé! *> répliqua le grand maître d'une voix sourde. Il se leva pour aller s'assurer encore que personne ne pouvait écouter; puis, revenant à Philippe, il dit avec un accent de respect : » Et c'est vous, monseigneur ! » Philippe eut comme un éblouissement; puis un éclair de colère brilla dans ses yeux. « Monsieur, dit-il avec énergie, je croyais ce sujet de conversation assez sérieux pour rendre inexcusables de pareilles plaisanteries

- Regardez-moi, répliqua le grand maître avec douceur; voyez ces rides creusées sur mon front par les méditations et l'insomnie, voyez ces cheveux blancs, ce costume austère ; ai-je donc l'air d'un bouffon ? Je vous le répète, monseigneur, vous êtes de sang royal, car vous êtes authentiquement le fils du feu roi Louis XV.

- Louis XV ! mon » Tout à coup il s'élança vers l'abbé de la Croix et lui saisit le bras avec une force surhumaine. »

Pour résumer :

Arrivés en pleine réunion des templiers, les jeunes gens sont identifiés par le grand-maître, qui se porte garant de leur discrétion et leur fait prêter serment de soutenir l’ordre. Puis il fait venir un vieux templier allemand, carrier de son état, pour les conduire dans d’autres parties des catacombes, où est peut-être enfermée la jeune fille. Le vieux carrier nommé Salomon Hartmann, est réticent : un être méchant et dangereux réside dans ces lieux de ténèbres… Alors le grand-maître use de son autorité en lui faisant prêter le serment sur son bâton de commandement, l’abacus ...

 

Le diable, ce génie, habile possesseur de la connaissance universelle, à qui nuls secrets ne lui résistent, pas même les murs.... Ce diable est le jeune Médard, sauvage et nyctalope qui hante les Catacombes de Paris ; il a le don surnaturel de pouvoir se déplacer dans la nuit, celui d'apparaître et de disparaître tout aussi rapidement, et celui de ne jamais se perdre. Autant d'atouts qui ont quelque chose de diabolique. L'abbé de Chavigny ne peut réprimer cette exclamation : « Mais cette homme est possédé du démon ! »... Médard - nous dit E. Berthet - est un « loup affamé », « avec la légèreté d'un chat » et doué du « rugissement d'un lion ». Mais surtout, « ses yeux, fauves et ronds comme ceux d'un oiseau de nuit, paraissaient avoir aussi la faculté de voir dans les ténèbres, et la faible clarté de la lampe suffisait pour les offenser d'une manière sensible. ».

«  Le Val-de-Grâce allait sauter, et, selon toute apparence, la plupart des grands édifices publics construits sur les vides auraient prochainement le même sort que le magnifique couvent d'Anne d'Autriche. ». Le lecteur, après avoir suivi les déambulations du sauvage dans les souterrains minés « Les mines étaient multipliées en cet endroit d'une manière effrayante. « Le Luxembourg » murmura Médard », comprend clairement, si ce n'était déjà fait, ses intentions : « Quelques secondes plus tard et un immense désastre allait désoler Paris. ».

 

Philippe de Lussan, assisté de son ami l'abbé de Chavigny, tue Médard et, libère par la même occasion la belle Thérèse...

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Elie Berthet, à Paris : les Catacombes au XIXe s... -2/-

Publié le par Perceval

Elie Berthet, à Paris : les Catacombes au XIXe s... -2/-

Le roman « Les Catacombes de Paris », par Elie Berthet (1815-1891), après sa parution, paraît également en feuilleton dans des hebdomadaires, comme « Le Voleur ».

Les souterrains de Paris sont à la mode …

Sous Louis XV, Philibert Aspairt, était carrier ( Payés à la pièce, les carriers sont des ouvriers spécialisés dans l'extraction de la pierre à bâtir.  ). A la Révolution il est portier du couvent du Val-de-Grâce. Le dimanche 3 novembre 1793, il décide de visiter les carrières, poussé dit-on par l’espoir de trouver du vin ou des liqueurs dans la cave du couvent des Chartreux.

Il accède aux soubassements du couvent par un escalier construit au dix-septième siècle dans l’intérieur du Val -de-Grâce. Il descend seul, sans prévenir personne et ne remonte jamais !

Onze ans plus tard le lundi trente avril 1804, des ouvriers découvrent un squelette décharné dans une galerie de la rue d’ Enfer,  près de l’actuelle rue de l’Abbé-de-l’Epée, à quelques mètres des souterrains des Chartreux.

Quelques débris de vêtements, une ceinture en cuir et un trousseau de clés trouvés près de lui, permettent d’identifier l’ancien portier du Val-de-Grâce. On fait inhumer ses restes à cet endroit même et on élève même une tombe, encore visible aujourd’hui. 


 

Cette histoire – dont la lecture a passionné Charles-Louis de Chateauneuf ( et qui lui rappelait bien de discussions...) nous ramène au Roman d'Elie Berthet :

L'histoire se passe sous Louis XV. Nous faisons connaissance de deux jeunes gens, l’abbé Chavigny, neveu de l'évêque de Bayeux et Philippe de Lussan avocat au Châtelet.

Le jeune abbé, s'est réfugié chez son ami à Paris. Chavigny fréquente de galantes jeunes femmes : « Abbé in minoribus! ( ordres mineurs) note bien ceci, in minoribus, ce qui change diablement la thèse et m'autorise à mener une vie fort indépendante.. » (…) « comme M. de Retz, « j'ai l'âme la moins ecclésiastique de l'univers. » ...

« Philippe avait plusieurs années de plus que Chavigny, mais celui-ci, malgré son étourderie et sa gaieté, se montrait si bon, si franc, si affectueux, son âme était si aimante,si généreuse, que Philippe avait peu à peu conçu pour lui une tendresse toute fraternelle. De son côté, le jeune Chavigny éprouvait pour Lussan une admiration sans bornes : à ses yeux rien n'était beau, sage, parfait en tous points comme son cher Philippe. »

 

Nous rencontrons Thérèse de Villeneuve « d'une beauté ravissante » , une jeune fille qu'aime Philippe de Lussan... Thérèse est obligée par ses parents d'épouser le duc de Beausset.

 

« Mais aujourd'hui des événements nouveaux se sont produits; on a reconnu que ce M. de Lussan était un ennemi du roi et de la cour, un abominable libelliste, un infâme gazetier, et on l'a enfermé à la Bastille, d'où, selon toute apparence, il ne sortira plus. Il n'épousera donc personne, et les engagements pris à son égard sont nuls de plein droit. D'un autre côté, ces faveurs royales dont M. de Lussan père, on ne sait par quels moyens, honteux peut-être, avait extorqué la promesse, peuvent encore se réaliser par le crédit de la famille de Beausset.

Tout à l'heure l'abbesse du Val-de-Grâce nous en donnait l'assurance. Vous n'avez plus aucune raison pour vous refuser à ce mariage qui doit élever votre famille au comble des honneurs, vous assurer à vous-même un haut rang dans le monde. Les deux jours que vous venez de passer dans une solitude absolue ont dû suffire à vos réflexions , aussi vous allez nous donner une réponse catégorique à l'instant même; et si vous vous obstiniez dans vos refus déraisonnables... »

Et alors qu'elle est couvent du Val-de-Grâce sous la surveillance de l'abbesse Mme de Mérignac; et alors que l'abbé de Chavigy a conçu un plan pour enlever Thérèse …

Thérèse de Villeneuve disparaît, dans les souterrains ......

« Ma soeur, courez bien vite annoncer à notre révérente mère qu'un grand scandale vient d'arriver... On ne peut trouver nulle pari le sacristain , et Mlle de Villeneuve a disparu de sa cellule. »

Chavigny et de Lussan partent - dans les souterrains de Paris - à la recherche de Mlle de Villeneuve.

Nous y sommes.. !

« A droite et à gauche s'alignaient, dans un bel ordre symétrique, des assises d'ossements humains dont la teinte noirâtre annonçait la vétusté. Cette lugubre décoration se laissait voir encore à l'extrême lueur de la lampe, par des carrefours infernaux, sous des voûtes de galeries, qui paraissaient devoir prolonger à l'infini le double soubassement de la mort. »

« Au fond de l'entonnoir, de grandes spirales prouvaient la violence des courants et des tourbillons ; les roches elles-mêmes témoignaient par leur désordre et leurs formes bizarres de la puissances du choc qu'elles avaient dû supporter dans ce cataclysme mystérieux, accompli loin du regard des hommes. »

Le souterrain apparaît comme un espace maudit, où dieu absent, est remplacé par le diable...  L'abbé de Chavigny récite les fleuves des enfers mythiques : « Je te suivrais à travers les sept fleuves de l'enfer, qui sont : Le Styx, le Léthé, le Ténare, l'Averne, le Cocyte, le Phlégéton  et... et... ma foi ! j'ai oublié le septième. »

Philippe de Lussan, affrontant les dangers des catacombes à la recherche de sa Thérèse fait penser à Orphée affrontant les enfers pour venir y chercher son Eurydice...

L'abbé se décide à suivre Philippe, et il dit : « Je n'oublie rien. Mais quand Thésée descendit aux enfers, Pirithoüs était inexcusable de ne pas l'y suivre pour l'aider à frotter Pluton et à enlever Proserpine. C'est décidé : si le diable nous tord le cou, il nous le tordra de compagnie... » 

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De Limoges à Paris : les Catacombes au XIXe s... -1/2-

Publié le par Perceval

Au Collège Royal de Limoges, Charles-Louis de Chateauneuf a rencontré un camarade de son âge avec qui il peut partager l'une des ses passions: la découverte du Moyen-âge, et de plus :sur la trace de l'un de ses ancêtres : Roger de Laron, chevalier templier... Il se nomme Elie Berthet. Le jeune Elie a, de plus, le goût de l'écriture et tous deux notent sur des cahiers, des récits qui serviront de thèmes au futur romancier...

Elie Berthet

Et c'est précisément le cas, pour ce qui est des Catacombes...

En effet, à 16 ans, Elie Berthet monte à Paris soi-disant pour étudier le droit, mais en réalité pour se vouer à l'écriture. En 1835 il trouve un éditeur:''le Siècle'' qui publie ses premiers récits ''La Veilleuse'', sous le pseudonyme Élie Raymond.

Et précisément, il publie très tôt, un texte écrit au Collège de Limoges : c'est la première version de « Les Catacombes de Paris », un roman d’Élie Berthet, dans une première version de 1832 (in folio imp. L. Grimaux) qui ne comprend que 20 pages. (1)

 

Les souterrains urbains sont fascinants, et les histoires s'y rapportant, légion.

La cathédrale de Limoges, vue prise du clos Sainte-Marie, vue d'ensemble. XIXe s

Revenons à Limoges, avant 1832... Chaque maison de centre ville est reliée par des souterrains, même s'y certains s'en sont appropriés une partie en les cloisonnant; tous les jeunes gens y ont connu diverses aventures ou des soirées ''endiablées'' … !

On dit qu'ils existent depuis l'époque gallo-romaine. Caves creusées ou caves bâties ( façonnées) … Caves à plusieurs niveaux, puits, aqueducs, silos ont été construits au cours des siècles... Dès le Moyen Age, en ville, on recherche à étendre son domaine (commerces, stockage...) En tout, on estime entre 40 et 80 kilomètres la superficie des galeries qui parcourent le sous-sol de la ville.

A l'époque, le grand défi était de trouver le circuit qui permettait par les souterrains de traverser la Vienne ; ou selon Elie Berthet lui-même de joindre Limoges au château de Chalucet …

Elie Berthet et Charles-Louis de Chateauneuf racontent, qu'un moine aurait été enterré vivant et qu'il aurait réussi à traverser la ville par les souterrains. Avec ce moine errant dans les galeries, certains assurent avoir aussi reconnu le fantôme de Sainte Valérie - portant sa tête coupée - qui hanteraient encore les souterrains de Limoges...

Souterrains de Limoges

 

 

Lorsque ce sous-sol est voûté d'ogive, la croyance populaire y voit des lieux de culte : chapelles, églises ou même restes d'abbaye... ou encore Temple maçonnique.

Pour ce qui est du Temple : voici une autre histoire bien étrange...

Le grand-père de Charles-Louis de Chateauneuf, était sans-doute franc-maçon à l'Orient de Limoges... C'est lui qui avait remis à son petit-fils un ensemble de documents ( médiévaux précisait-il ! ) qu'il disait avoir reçu de Jean-Léonard de la Bermondie. Ces documents étaient composés de dossiers sur la philosophie, l'alchimie..., et divers témoignages ; et également quelques objets dont une croix métallique et une bague templière … ! Et il lui avait fait comprendre qu'à partir de ce ''trésor'' ; il devait accomplir sa propre quête et transmettre le ''Tout'' à un descendant qu'il aurait choisi …

Aussi, tout ce qui pouvait avoir un lien avec la Chevalerie, intéressait au plus haut point Charles-Louis...

Initiation maçonnique. XIXe

Précisément, au Collège Royal de Limoges un jeune garçon, dont il s'est fait un ami, lui a laissé entendre que son grand-père est franc-maçon... Il se nomme Félix-Joseph de Verneilh (1820-1864), lui aussi, né au château de Puyraseau près de Nontron, fera carrière à Paris. Il deviendra historien et archéologue. Son grand-père – âgé à présent, ami de Maine de Biran, a rencontré des personnages comme le pape Pie VII, Napoléon... Il a raconté tout cela dans ses mémoires. Pour l'heure, il échange beaucoup avec son petit-fils... Et Félix de Verneilh assure Charles-Louis, qu'il existe dans les souterrains de Limoges, un Temple maçonnique là-même où existait au Moyen-age un sanctuaire templier. !

Temple dans souterrain à Limoges ( Le Populaire)

Bien sûr, Charles Louis et Elie vont se passionner pour toutes ces histoires autour des souterrains de Limoges ; et s'ils n'ont rien découvert de plus …. Sachez que :

En 2016, on vient de mettre à jour, une sorte de cathédrale cachée dans les sous-sols de l'ancienne bibliothèque municipale de Limoges. Ce serait le premier véritable temple maçonnique de la ville. Je lis dans le quotidien ''le Populaire du Centre'' une explication...

Les francs-maçons se seraient réunis à partir de 1750, rue Pisse-Vache dans le centre-ville de Limoges au sein de la loge Harmonie. Leur nombre grandissant, ils auraient déménagé en 1806 dans cet endroit en prenant le nom des ''Amis réunis''....

Effectivement, des embryons de loges sont connus dès 1750. Puis se constitue la loge « Harmonie » dont le vénérable maître est un fonctionnaire de préfecture nommé Jacquet. Les frères se réunissaient à la tour Pisse-Vache, au carrefour du boulevard Gambetta, de la rue Vigne-de-Fer et de la rue Dupuytren. Peu importante, placée sous la juridiction de la Grande Loge du Royaume de France, cette loge prend de l’ampleur à partir de 1767 sous un autre nom : elle est rebaptisée '' Les Frères unis ''. La loge reprend force et vigueur en 1806, et prend le nom d'Amis réunis.

 

Régulièrement, ces galeries se rappellent à nous, quand par exemple : en novembre 1649, l'écroulement de quatre maisons rue ''Elie Berthet'' (2) fit deux morts. En août 1860, l'effondrement de trois immeubles place du Poids Public provoqua le décès d'une femme de 55 ans.

 

L'intérêt d'Elie Berthet pour les souterrains, s'est déplacé sur Paris (3). Leur vogue dans la capitale, au XIXe siècle, crée des abus au point d'entraîner une fermeture de la visite publique en 1830... Si certains s'y égarent, d'autres y font la noce...

 

 

Note (1) : puis existent une édition en 4 volumes in 8° (éditions L. de Potter) en 1854, une édition in 8° de 140 pages (aux Bureaux du siècle) et une édition en 2 volumes in 16 (chez Hachette) en 1863. L’édition de 1856 va connaître 22 réimpressions entre sa première parution et 1877 !

Note (2) : … Oui, il s'agit du nom actuel de la rue … Bizarre.. ! précisément elle se nomme bien à propos... Dans les années 60, les fêtards se donnent rendez-vous dans des boîtes de nuit en sous-sol, rue Elie-Berthet, rue Rafilhoux ou sinon à la « Cave des templiers » rue du Temple. En 1996, la bijouterie Philipparie est victime d'un vol de bijoux. Les auteurs ont utilisé les cavités souterraines pour s'emparer de 2 millions de francs.

Note (3) : A lire chez les Ardents Editeurs : Les Souterrains de Limoges de Aug. M. ( roman ''gothique'' écrit sans doute par Auguste Maquet ( (1813-1888) et nègre d'Alex. Dumas)

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Au XIXe siècle, le retour du Moyen-âge. -2/.-

Publié le par Perceval

La bataille de Courtras, par Paul Lehugeur, XIX° siècle. détail

La bataille de Courtras, par Paul Lehugeur, XIX° siècle. détail

Dans les années 1820-1830, l'auteur romanesque le plus populaire en France est indubitablement Walter Scott (1776-1832). Ses romans font partie des livres les plus lus dans les cabinets de lecture...

On lit dans la revue '' Le Globe '', datée du 23 juillet 1825, cette constatation: « on n'écrit plus aujourd'hui que des romans historiques. »

« On a peine à se figurer aujourd'hui l'effet que produisirent en France les romans de W. Scott. Ce fut comme une révélation : un Moyen Age inconnu sortait du tombeau, armé de pied en cap. » (Louis Maigron (1866-1954) )


 

Walter Scott bouleverse radicalement les codes établis du XVIIIe s. en mettant à l'avant-scène des héros fictifs issus de toutes les couches sociales et en prônant dans l'écriture la redécouverte d'un authentique passé national. Avec la Révolution, l'Histoire entre dans la vie de chacun... Et si chacun peut en devenir acteur, il y a la volonté de la comprendre, de lui donner un sens...

L'Histoire ne prend plus pour seuls héros, des grandes figures monarchiques ou des personnages mythiques de l'Antiquité gréco-latine (référence historique obligée depuis le XVIIe siècle).

 

W Scott a le souci de faire revivre le passé des nations, avec le désir de retrouver ses racines.. L’itinéraire des héros est fonction de l’Histoire... L'éclairage est romanesque, et vrai : avec des descriptions très développées...

Victor Hugo – dans ''Quentin Durward'' loue l’œuvre d’un écrivain qui « a senti [ce] qu’il fallait [...] à une génération qui vient d’écrire de son sang et de ses larmes la page la plus extraordinaire de toutes les histoires humaines ». Victor Hugo, ' Quentin Durward ou l’Écossais à la cour de Louis XI, par sir Walter Scott ', La Muse française, n° 1, juillet 1823.

 

1819-1820 : - Le jeune homme Balzac s’oriente alors vers le roman historique dans la veine de Walter Scott,... ''Les Chouans'', 1826 est un roman ''scottien'' ...

- Victor Hugo à 17 ans, s'est pris de passion pour Scott : « Walter Scott est un homme de génie ». Avant le drame romantique Hernani ; Hugo lorsqu'il écrit '' Cromwell '' (1827), se place sous les figures tutélaires de Shakespeare et de Walter Scott. '' Notre-Dame de Paris '' (1831). décrit le passage d’une civilisation à l’autre. Une vision pessimiste, puisque l’imprimé a tué le livre de pierre ; et l'Histoire écrase les Grands comme le peuple...

- Alfred de Vigny  - ''Cinq-Mars'' - en 1825, est souvent considéré comme le Walter Scott français...

Cinq-Mars donne l'image d'une noblesse contre un pouvoir centralisateur, et conte la disparition de l’ancienne société féodale.

Vigny publie d’ailleurs sa théorie du roman historique dans la troisième édition de Cinq-Mars en 1827, dans une préface intitulée « Réflexions sur la vérité dans l’art ». Il défend l’idée d’un récit qui « perfectionne l’événement pour lui donner une grande signification morale ». Il affirme que la liberté qu’il prend avec l’histoire est « la liberté que les Anciens portaient dans l’histoire même », car « à leurs yeux l’histoire était aussi une œuvre d’art ».

- Alexandre Dumas, ''pilote'' la rédaction entre 1842-1848 de 11 grands romans historiques. Infidèle à l'Histoire, il s'en sert comme d’un prétexte.

Peu de romans du XIXème siècle échappent à l’Histoire jusqu’au dernier roman historique romantique (Quatre-vingt treize, Hugo)

 

L'historien Augustin Thierry (1795-1856) s'est nourri aussi des romans de Walter Scott. 

Il lui rend un vibrant hommage, et particulièrement à '' Ivanhoé '', un livre dont Thierry prend connaissance alors qu'il travaille depuis quelques années déjà à son opus magnum : « II a fallu qu'un romancier, homme de génie, vint, dans ces derniers temps révéler au peuple anglais que ses aïeux n'avaient pas tous été vaincus dans un même combat. » Plus tard, il devait reparler de l'influence exercée sur lui par l'illustre écrivain écossais : « Simple romancier, il a porté sur l'histoire de son pays un coup d' œil plus ferme et plus pénétrant que ceux des historiens eux-mêmes. »

 

Enfin, je rappelle parmi les acteurs même de notre Histoire : ..- Rêvant elle-même d'aventures, la duchesse de Berry dévorait les romans médiévaux de chevalerie, comme la légende des chevaliers de la Table Ronde, la tête farcie disait-on des œuvres de Walter Scott.

F. de Fauveau, bénitier de Saint Louis - 1840

Souvenez-vous de Félicie de Fauveau qui délaisse sa carrière prometteuse de sculptrice pour s’opposer à Louis-Philippe Ier, après l’abdication de Charles X en 1830. Elle entre en résistance au côté de la comtesse de La Rochejaquelein qui mène l’insurrection royaliste pour la duchesse de Berry depuis son château de Landebaudière, en Vendée.

 

« Dans son âme, il y avait quelque chose de plus inspirateur qu’une impulsion politique, écrira l’historien Jacques Crétineau-Joly. C’était un rêve de Moyen Âge qui se réalisait pour elle, une sorte de chevalerie en gros sabots et en veste de bure qu’elle évoquait du fond de son cœur. » Le soulèvement tourne au fiasco du 3 au 7 juin 1832. La duchesse de Berry est arrêtée. Condamnée à la déportation, Félicie de Fauveau gagne clandestinement Paris et se réfugie à Florence au printemps 1833, où elle demeurera. « Faites pendre Walter Scott, car c’est lui le vrai coupable », s’exclamera Chateaubriand pour résumer cette aventure.

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Au XIXe siècle, le retour du Moyen-âge. -1/.-

Publié le par Perceval

Rent-day-wilderness - par Sir Edwin Landseer

Rent-day-wilderness - par Sir Edwin Landseer

Entre 1826 et 1830, pour un tirage moyen d'un livre, à l'époque, de 1 000 exemplaires.. Il se vend 20 800 exemplaires d’Ivanhoé et de L'Antiquaire, et 20 000 de Quentin Durward... !

de Walter Scott (1771-1832), - "Ivanhoé" 1819
de Walter Scott (1771-1832), - "Ivanhoé" 1819
de Walter Scott (1771-1832), - "Ivanhoé" 1819
de Walter Scott (1771-1832), - "Ivanhoé" 1819
de Walter Scott (1771-1832), - "Ivanhoé" 1819
de Walter Scott (1771-1832), - "Ivanhoé" 1819
de Walter Scott (1771-1832), - "Ivanhoé" 1819
de Walter Scott (1771-1832), - "Ivanhoé" 1819
de Walter Scott (1771-1832), - "Ivanhoé" 1819
de Walter Scott (1771-1832), - "Ivanhoé" 1819
de Walter Scott (1771-1832), - "Ivanhoé" 1819
de Walter Scott (1771-1832), - "Ivanhoé" 1819
de Walter Scott (1771-1832), - "Ivanhoé" 1819
de Walter Scott (1771-1832), - "Ivanhoé" 1819
de Walter Scott (1771-1832), - "Ivanhoé" 1819
de Walter Scott (1771-1832), - "Ivanhoé" 1819

de Walter Scott (1771-1832), - "Ivanhoé" 1819

Il s'agit de Walter Scott (1776-1832), né à Edimbourg, en Ecosse.

Abbotsford: Demeure de W. Scott

On l'a vu précédemment, en France, Mme de Staël se libère des points de vue esthétiques des classiques et, en 1800, reconsidère la littérature médiévale … La revalorisation de la littérature et de l'architecture médiévales se précise depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle... Elle est reprise par Chateaubriand dans ses premières œuvres (1802, 1809).

Walter Scott et beaucoup de romantiques font entrer le lecteur dans le monde du passé. Ils vont donner au Moyen âge et aux temps anciens ( de France, ou d'Angleterre …) , la même position que les philosophes attribuaient alors à l'antiquité.

Ainsi, le XIXe siècle suscite un regain d’intérêt pour l’Histoire, comme en témoigne le succès des cours de Fr. Guizot (1787-1848)( le Moyen Âge fut l'un de ses centres d’intérêt essentiels tout au long de sa carrière.) et de Michelet (1798-1874) , en même temps qu’elle encourage le goût déjà prononcé du public pour les grands récits. S’installe dès lors un engouement durable pour les romans historiques, dont Walter Scott se fait le chef de file, et qui font resurgir de grandes figures héroïques cristallisant les fantasmes d’une époque. Le XIXe siècle est également propice à l’apparition d’une forte tendance médiévaliste... Il s'agit d'une ''fabrique'' d'un Moyen-Âge et une fascination pour les ''folles croyances '' des siècles passés .. Les écrivains de l’époque se partagent en effet entre indignation devant des convictions considérées comme contraires à la raison et nostalgie pour de belles illusions perdues. Ainsi, Ivanhoé, best-seller européen de Walter Scott, hésite entre la critique véhémente de l'obscurantisme d'un Moyen Âge pétri de violence et de superstitions, et l'admiration pour des vertus morales et guerrières disparues au XIXe siècle.

Pourquoi le Moyen-âge ?

Depuis la Révolution Française, l'Histoire est devenue un vaste champ de batailles intellectuelles. La signification politique et sociale de la Révolution domine le débat idéologique: on interroge les faits et les personnages susceptibles de parler d'un passé trop récent.

Le Moyen Age est une période ''blanche'' qui va cristalliser les passions: pour la noblesse restaurée il s'agit ( retour aux origines …) de montrer les vertus de l'ordre féodal ; cependant que la bourgeoisie libérale met l'accent sur les progrès de la liberté et le mouvement communal. Pour les royalistes le Moyen Age est, en plus d'une admirable source de poésie, un temps qui crée une Europe chrétienne merveilleuse de grandeur, de force, de vertus héroïques... J. Michelet préfère mettre l'accent sur la misère et la crasse. Réaliste, Fustel de Coulanges (1830-1889) résume bien la situation de l'historiographie médiévale: « chacun se façonne un Moyen Age imaginaire et chacun se fait sa foi et son credo politique suivant l'erreur à laquelle il donne sa préférence. »

Strawberry Hill - construit par Horace Walpole

Enfin, n'oublions pas : ce goût du XIXe siècle pour, pour l’étrange, le mystère. et le Moyen Âge se rattachent aux romans gothiques d’Ann Radcliffe (1764-1823) et d’Horace Walpole (1717-1797), avant même les romans historiques de Walter Scott... Déjà, James MacPherson (1736-1796), avait imaginé une supercherie littéraire, et réussit à faire passer ses Poèmes d’Ossian, pour des chants épiques attribués à un barde du IIIe siècle...

Le XIXe siècle va aimer cultiver les expressions de la peur et de l’inconnu pour répliquer aux « certitudes » rationnelles et scientifiques de l'époque et renouer avec l’irrésistible plaisir associé à la transgression des lois de la Raison. Le goût de l’étrange et du surnaturel, inséparable de l’évocation d’un « ailleurs » (l’époque médiévale aussi bien qu’une contrée lointaine), caractérise ainsi les œuvres de S. T. Coleridge (1772-1834).

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4 - Les légitimistes … Félicie de Fauveau.

Publié le par Perceval

4 - Les légitimistes … Félicie de Fauveau.
Ary Scheffer, Portrait de Félicie de Fauveau (1829)

Félicie de Fauveau (sculptrice  française (1801-1886), s'est faite, les armes à la main, l’écuyer de la Comtesse de La Rochejacquelein, pour qui elle nourrit une passion folle et impossible... Artiste et mystique, elle brûle d’agir, elle monte à cheval et tire au pistolet.

Félicie met son art au service de la cause. Elle imagine des hausse-cols flamboyants (pièces métalliques décorées que portaient les officiers), se lance à corps perdu dans la fabrication d’étendards, de bannières, de poignards et de dagues de ralliement, toutes sortes de bracelets et de brassards.

Saint Michel, saint Georges et sainte Geneviève y participent....

Revendiquant l’héritage glorieux des chevaliers croisés, c'est un rêve de Moyen Âge qui se réalise pour elle...

A droite, de Félicie de Fauveau, Col de la duchesse de Berry 1831

 

Le soulèvement tourne au fiasco ; la duchesse de Berry est arrêtée. Condamnée à la déportation, Félicie de Fauveau gagne clandestinement Paris et se réfugie à Florence au printemps 1833, où elle demeurera. .

Echouée dans un ancien couvent de Clarisses, elle va contenir la folie qui la guette...

Celle qui a été l’élève de Louis Hersent, remarquée par Stendhal, Dumas et Balzac, s’adonnera désormais à ses premières amours artistiques. De la restauration des statues anciennes, elle passe à la sculpture proprement dite, discipline qui deviendra bientôt son langage de prédilection.

Si l’arme a changé, le combat éperdu ne flanche pas, le discours passionné reste le même, le personnage intransigeant s’accuse et s’accomplit.

Félicie de Fauveau (1801- 1886)
Félicie de Fauveau (1801- 1886)
Félicie de Fauveau (1801- 1886)
Félicie de Fauveau (1801- 1886)
Félicie de Fauveau (1801- 1886)
Félicie de Fauveau (1801- 1886)
Félicie de Fauveau (1801- 1886)

Félicie de Fauveau (1801- 1886)

Pour Charles-Louis de Chateauneuf, cette histoire fut une véritable épopée... Pour les ''chevaliers du Roi'', ce mouvement d'insurrection, avait le soutien du Tsar, du pape et nombre de nobles …

Ce 29 avril 1932, venant d'Italie Marie-Caroline – duchesse de Berry - débarquait dans la crique du Petit Palouton, cet endroit près de Marseille où débarquent les premiers chrétiens et où commence justement le chemin de Joseph d'Arimathie et du Graal... !

On dit que c'est elle, qui souhaitait poser le pied à l'endroit précis où les premiers chrétiens touchèrent, en venant de Palestine, la Provence...

 

On dit que la duchesse rêvait d'aventures ; elle dévorait les romans médiévaux de chevalerie, comme la légende des chevaliers de la Table Ronde, la tête farcie disait-on des œuvres de Walter Scott.

 

Le mari qu'elle s'est trouvé, en la personne du Comte Lucchesi-Palli, serait un descendant d'un compagnon du Roi Tancrède de Sicile, à qui Richard Cœur-de-Lion avait remis Excalibur, l'épée du Roi Arthur !

 

Félicie de Fauveau, bénitier de Saint Louis - 1840 ->

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3 - Les légitimistes préparent l'insurrection – 1832 -

Publié le par Perceval

J.-B. Guérin - Marie-Caroline, Duchesse de Berry

Mais, Marseille, ne bouge pas … Le sud de la France n’ayant pas répondu à l’appel, ce fiasco devrait alerter la duchesse, l’inciter à la prudence, il n’en est rien. … Puisque le sud ne vibre pas pour Henri V, la Vendée catholique relèverait l’affront.

Dans les premiers jours du mois de mai, elle séjourne chez le marquis de Dampierre au château de  Plassac. C’est de là qu’elle fixe au 24 mai la date de la prise d’armes en rédigeant cette lettre :

«  D’après les rapports qui m’ont été adressés sur les provinces de l’ouest et du midi, mes intentions sont qu’on prenne les armes le 24 de ce mois. J’ai fait connaître mes intentions à cet égard et je les transmets aujourd’hui à mes provinces de l’ouest. »

« Vendéens, Bretons, vous tous habitants des fidèles provinces de l’ouest. Ayant paru dans le midi, je n’ai pas craint de traverser la France au milieu des dangers pour accomplir une promesse sacrée, celle de venir parmi mes braves amis partager leurs périls et leurs travaux. Je suis enfin parmi ce peuple de héros : ouvrez à la fortune de la France. Henri V vous appelle ; sa mère régente de France se voue à votre bonheur .

Un jour, Henri V sera votre frère d’armes si l’ennemi menaçait nos fidèles pays. Répétons notre ancien et nouveau cri : Vive le roi ! »

 

Cependant, une majorité de chefs vendéens renonce alors à se soulever, considérant que, sans l’aide de troupes de ligne françaises ou étrangères, l’échec est assuré. De plus, le gouvernement de Louis-Philippe a suivi les mouvements de la duchesse et envoyé des renforts militaires dans la région.

 

De Paris, le comité légitimiste envoie près de la duchesse, l'avocat Berryer, pour la dissuader... « Ne m’avez-vous pas écrit vous-même à Massa » lui dit-elle « que si je ne me hâtais pas d’arriver en France, le soulèvement aurait lieu sans moi ? » Elle rappelle à son interlocuteur « les erreurs » de Charles X qui avait gagné l’île d’Yeu au lieu de rejoindre la Vendée et s’était refusé à combattre à Rambouillet quand il disposait encore des moyens de mâter la rébellion des parisiens.

Marie-Caroline ne renonce pas....

L’insurrection est déclenchée dans la nuit du 3 au 4 juin 1832: le tocsin sonne dans les villages de la Vendée, mais seulement une centaines d'hommes répondent à l'appel …

Ce n’est qu’un sanglant baroud d’honneur. L’insurrection est rapidement matée, les conjurés dispersés, mais la duchesse de Berry reste introuvable.

Marie-Caroline ne participe pas aux combats, mais elle partage la vie des Vendéens. Déguisée en jeune paysan, sous le nom de « Petit Pierre », elle passe de fermes en châteaux accompagnée de son écuyer le comte de Mesnard, d’Athanase de Charette ou encore d’Eulalie de Kersabiec.

Arrestation de la duchesse de Berry à Nantes

Après la défaite, malgré les arguments de sa famille et de ses partisans, elle refuse de s’enfuir, espérant qu’une autre chance se présentera. Le 9 juin, elle arrive à Nantes et se cache chez les demoiselles de Guiny avec Stylite de Kersabiec, Mesnard, et l’avocat Achille Guibourg.

Grâce à la trahison d’un des agents de la duchesse, Simon Deutz, sa cachette finit par être découverte. Le 7 novembre, les gendarmes perquisitionnent la maison des demoiselles de Guiny. Marie-Caroline, Guibourg, Mesnard et Kersabiec ont juste le temps de se cacher derrière la cheminée. L’endroit est étroit et les gendarmes font du feu. Au bout d’un moment, la duchesse, manquant d’étouffer, décide de se rendre, mettant fin ainsi à la dernière guerre de Vendée.

Marie-Caroline à Blaye

 

Le gouvernement fait interner la princesse dans la citadelle de Blaye, sur l’estuaire de la Gironde.

En janvier 1833, le bruit court que la duchesse de Berry est enceinte.

Le 26 février 1833, coup de théâtre. Dans « Le Moniteur », organe officiel du gouvernement, on lit, signé de la duchesse de Berry : « Pressée par les circonstances [...] je crois devoir à moi-même, ainsi qu’à mes enfants, de déclarer m’être mariée secrètement pendant mon séjour en Italie. » Dans son entourage, la colère succède à la stupéfaction. « Elle a fait son parti cocu », dit-on dans les salons. Personne ne croit en ce mariage secret. Le nom de l’élu n’est d’ailleurs pas révélé. « Comment voulez-vous qu’on le dise, elle-même ne le sait pas », aurait lâché le légitimiste Chateaubriand déboussolé.

Pour Louis-Philippe la déclaration est tombée à pic : celle qui se voulait régente de France ne sera donc qu’une aventurière. 

ECOLE FRANCAISE DU XIXe - élégante cavalière en amazone


 

Le 10 mai 1833, la duchesse de Berry donne naissance à une fille, qu’elle déclare née de son époux secret, le comte Lucchesi-Palli, second fils du prince de Campo-Franco, vice-roi de Sicile, que toute la France ne tarde pas à appeler ironiquement « saint Joseph ».

Le 8 juin, la princesse, complètement déconsidérée, est embarquée sur l’Agathe et transportée à Palerme. Elle se voit alors tenue à l'écart de la famille royale, qui lui refuse la direction de l'éducation de son fils qui est confiée à sa belle-sœur, la dauphine.


 

Lorsque le passage à l'action est décidé, dans la nuit du 3 au 4 juin 1832 ; Félicie de La Rochejaquelein fait de Landebaudière, son quartier général et passe, dans les bois, ses troupes en revue. Elle mène les combats pendant les deux jours de l'insurrection.

Le 5 juin en raison du manque de coordination des insurgés et de l'insuffisante mobilisation des paysans vendéens , l'insurrection échoue... Mais Félicie refuse de capituler... Mme de La Rochejaquelein et son aide de camp, Mlle Félicie de Fauveau, passent leurs nuits dans les champs, enveloppées dans un manteau militaire; toujours déguisées en hommes, elles courent d'une ferme à l'autre, prodiguant leur argent sans le moindre résultat, s'exposant, elles et les leurs, au danger d'être pris et assassinés par les paysans ou les gardes nationaux qui s’exaspèrent contre les chouans.

Messe_du_soir_dans_un_couvent - peinture faite par la duchesse de Berry

Après l'arrestation de la duchesse de Berry, à Nantes, le 8 novembre 1832, Félicie, et Auguste enfin arrivés en Vendée, se cachent. Jugés par contumace (peine de mort pour Auguste, peine de déportation pour Félicie) au début de l'année 1833, ils parviennent à gagner l'étranger. Ils séjournent à Lausanne et à Genève, en Suisse, et à Annecy, en Savoie (qui alors appartient au Piémont), sous le nom de Laremont, jusqu'à leur acquittement en 1835 et 1836 par les cours d'assises de Versailles et d'Orléans.

A suivre … avec Félicie de Fauveau

 

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2 - Les légitimistes préparent l'insurrection – 1832 -

Publié le par Perceval

1832

C'est une femme : Félicie de La Rochejaquelein (1798-1883) qui revendique un rôle de premier plan dans la préparation du soulèvement. Convaincue de la force de la fidélité royaliste dans les campagnes de l'Ouest, fière de renouer avec l'épopée militaire de la Vendée catholique et royale, elle organise elle-même la résistance.

Félicie est âgée de trente-deux ans, ardente, intrépide, infatigable, toujours accompagnée d'une amie, Félicie de Fauveau (1799-1886) - sculpteur romantique, proche d'Ary Scheffer, passionnée pour le Moyen Âge, ayant exposé au Salon de 1827 des groupes inspirés de Walter Scott -

elle « va partout annonçant l'aurore des temps nouveaux », n'hésitant pas à s'associer à des réunions d'hommes.

Dès 1831, elle parcourt en amazone toute la rive gauche de la Loire ; elle excite ceux qui hésitent, rassemble des fonds et des munitions, collecte des informations, tandis que Mlle de Fauveau dessine «des modèles d'uniformes pittoresques pour les troupes». Elle envoie des lettres, écrites au citron et en partie chiffrées à son mari - qu'elle désigne sous le nom de code de « Godefroy » M, symbole du rôle chevaleresque dont elle rêve pour lui -, au maréchal de Bourmont, ancien chef chouan, qui devient en 1831 chef suprême des insurgés auxquels il apporte son expérience et son prestige de la récente victoire d'Alger, et surtout à la duchesse de Berry.

 

A Limoges:

Pendant ce temps, Charles-Louis de Chateauneuf, s'émeut du sort du jeune duc de Bordeaux... En effet, avec lui, un petit groupe de ''chevaliers du Roi'' rêve de gloire et d'honneur. En effet, ce groupe de jeunes hommes a été très tôt sensibilisé à cette mélancolie d'une époque qui, avec la Restauration, ployait sous l'ennui... Quelques-uns se font royalistes ultras, (en attendant de devenir républicain..!) comme si l'utopie d'un retour à une féodalité romanesque et à une foi violente pouvait leur remplacer leurs ambitions de gloire militaire ( disparue depuis la chute de l'Empire...) ou autre: littéraire par exemple ...

Madame la Comtesse de La ROCHEJAQUELEIN ♧ Le Complot de LANDEBAUDIERE

A partir de 1831, et à l'initiative de la comtesse de La Rochejaquelein, chez elle, des nobles organisent des réunions afin de préparer une nouvelle insurrection contre le gouvernement de Louis-Philippe.

« Le 9 novembre 1831, après une perquisition dans une métairie dépendante de Landebaudière, au cours de laquelle ont été découverts de la poudre, une presse lithographique et 20000 pierres à fusil, Félicie et sa fidèle amie, cachées dans un four, tombent aux mains de la police.

Toutes deux sont astreintes à résidence à Landebaudière, cerné par un bataillon d'infanterie. Déguisée en fille de cuisine, Félicie parvient à s'échapper.

 

Pendant quinze mois, à partir de novembre 1831, elle réussit à se cacher sans jamais être capturée. Rejointe quelque temps plus tard par Mlle de Fauveau qui a été libérée, elle poursuit la lutte et devient le véritable chef politique du bocage vendéen. Toutes deux assurent la coordination des mouvements entre les départements de la Vendée et des Deux-Sèvres, intensifient la propagande, excitent les défaitistes et recrutent toute « une compagnie d'amazones » : Chacune de ces dames avait son casque, sa petite cuirasse, ses armes défensives et offensives. La plupart avait choisi un chevalier, lequel portait un bracelet de fer rivé et avait juré de ne le quitter qu'au retour d'Henri V. » (*)

 

(*) Sources : Mension-Rigau Éric. L'aventure au féminin : le destin de Félicie de Duras, comtesse Auguste de La Rochejaquelein (1798-1883). In: Histoire, économie et société, 1999,

 

Cette année d'étude 1832, de Charles-Louis de Chateauneuf, est fortement perturbée... Si on ne sait ce qu'il fait ; il se pourrait bien qu'il soit parti en Vendée soutenir la rébellion légitimiste. On l'imagine bien se faire chevalier de l'une de ces ''amazones'' après lui avoir promis allégeance dans une déclaration d'amour courtois ...

L.-E._Vigée-Lebrun_-_La_duchesse_de_Berry

 

Félicie de La Rochejaquelein (1798-1883), presse la duchesse de Berry de venir en France : «Voilà, Madame, ce qui est digne de vous, dussiez-vous succomber» lui écrit-elle...

La duchesse de Berry (1798-1870) est la veuve du Duc de Berry (1778-1820) : deuxième fils de Charles X. Il est le seul prince royal susceptible de perpétuer la dynastie des Bourbons. Il émigra dès les débuts de la Révolution et servit dans l’armée de Condé, puis passa en Angleterre. De retour en France au moment de la Première Restauration, il suivit son oncle, Louis XVIII, à Gand pendant les Cent-Jours et il épousera, en 1816, la princesse Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, originaire de Palerme.. Mais le duc est assassiné par Louvel, en février 1820. Cependant, sa veuve, la duchesse de Berry, donne naissance sept mois après à un fils. Le jeune enfant : Henri, Duc de Bordeaux, perpétuait donc la lignée des Bourbons et sera considéré comme « l'enfant du miracle » par les royalistes car il devient le successeur potentiel de la lignée (sous le nom de Henri V).

Le 10 Avril 1832, le gouvernement de Louis-Philippe va voter une loi qui condamne au "bannissement perpétuel" les membres de la famille de Charles X (Bourbon).

 

Les Trois Glorieuses (27-28-29 juillet 1830) ont pris de court la duchesse... Elle serait prête à emmener elle-même le duc de Bordeaux, âgé d’à peine 10 ans, à l’Hôtel de ville pour le faire acclamer par la foule parisienne... Mais elle comprend que Paris est perdue... Alors, elle pense à animer la résistance depuis la Vendée ; mais pour l'heure, elle suit la famille royale dans sa piteuse retraite...

Départ de la famille royale de France

Charles X finit par donner l'autorisation à Marie-Caroline de Bourbon-Siciles (devenue en 1816 duchesse de Berry), avec le comte de Bourmont, maréchal de France et ancien chouan, de diriger l’insurrection destinée à renverser Louis-Philippe.

Elle traverse l’Allemagne du sud, se rend à Gênes, puis à Turin, à Rome et à Naples. Le banquier Ouvrard, les rois de Sardaigne et de Hollande, le duc de Brunswick et des grands propriétaires terriens l’assurent de leur aide financière.

Depuis, les États du duc de Modène, seul souverain à n’avoir pas reconnu Louis-Philippe, elle parvient à prendre - elle-même- la tête de la mouvance légitimiste en congédiant le duc de Blacas ( qui devait contrôler le conseil de régence), ce qui consomme la rupture avec le reste de la famille royale.

La duchesse de Berry, considère, que la régence lui revient de droit. Elle décide de passer à l’action. 

 

Mr. De Ferrari, de l'une des plus puissantes familles de Gènes, met à la disposition de la duchesse un navire à vapeur le «Carlo Alberto» pour son expédition hasardeuse. Le 24 avril 1832, le départ de Livourne a lieu à onze heures du soir et la duchesse s'embarque avec une poignée de fidèles. Elle est déguisée en bourgeois et est accompagnée du Maréchal de Bourmont..

La Duchesse de Berry, à bord

Pendant le voyage, elle rédige une proclamation – qui devait être diffusée dans Marseille... afin d'exalter les cœurs :

«  Soldats, une funeste révolution a violemment séparé la France de la famille de ses rois ; cette révolution s’est faites sans vous ; elle s’est faite contre vous. La petite fille de Henri IV vient vous demander votre appui. (…) C’est à votre amour, à celui de tous les bons français, des français seuls, que Henri V veut devoir sa couronne. Française et mère, je vous confie l’avenir de la France et les droits de mon fils. »

Elle débarque à l’aube du 29 avril 1832, dans une calanque proche de Marseille, à Séon-St-Henri. Le «Carlo Alberto» retourne ensuite en rade de La Ciotat, le 3 mai 1832, en plein jour, afin de donner le change et de permettre à la duchesse de fuir. Elle attend les résultats du soulèvement provençal prévu le lendemain.

A suivre ….

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1 - Les légitimistes et les Trois glorieuses – 1830 -

Publié le par Perceval

1830, comme 1827 et 1828 avant elle, est une année de médiocres récoltes impliquant des prix élevés pour les denrées et un report du pouvoir d'achat sur le pain. L'économie est morose.

La période est à l'agitation ministérielle, parlementaire et journalistique...

Le roi Charles X (1757-1836), menace l’opposition de gouverner par ordonnances en cas de blocage des institutions …

''On'' suggère que le « parti prêtre » pourrait pousser le roi à légiférer par ordonnances sur le fondement de l’article 14 de la Charte pour imposer des « élections jésuitiques »... !

Le 16 mai 1830, Charles X dissout la Chambre des députés... Des élections sont une déroute pour le roi : l’opposition passe de 221 à 270 députés...

Le 25 juillet, le roi Charles X tente par un coup de force constitutionnel de freiner les ardeurs des députés libéraux par ses ordonnances de Saint-Cloud... qui, en particulier, suppriment la liberté de la presse et enlèvent le droit de vote aux commerçants et aux industriels.

A Paris, éclate alors une insurrection de trois jours, les 27, 28 et 29 juillet 1830 (les Trois Glorieuses), qui s’achève par le départ du roi pour l’exil.

Le 30 juillet, les députés, les journalistes veulent éviter à la révolution d'aller plus loin … Ils récupèrent la révolution populaire au profit de la bourgeoisie. Après quelques jours d’hésitation entre république et solution orléaniste, la monarchie de Juillet est finalement instituée. La bourgeoisie parisienne dame le pion aux républicains désorganisés.

Charles X présente son abdication - Rambouillet 2 Août 1830

Charles X passe la nuit du 30 au 31 juillet 1830 au château de Saint-Cloud... Il fuit Paris... le lendemain, à Rambouillet, on lui dit qu'il courre le risque de se faire arrêter par La Fayette et ses troupes qui veulent s'emparer de lui dès le lendemain. Ses proches lui conseillent de résister … Mais Charles X prend tout le monde à contre-pied en annonçant qu'il décide de nommer le duc d'Orléans ( le prochain Roi Louis-Philippe...!), lieutenant général du royaume...

Le duc d'Orléans préfère prendre cette charge directement des députés ; et organise l'exil de Charles X.

Embarquement de Charles X et de sa famille.

Le 2 août 1830, le roi tente une dernière manœuvre en abdiquant au profit de son petit-fils – le duc de Bordeaux, fils de la duchesse de Berry - pour essayer de sauver la dynastie.

 

Les légitimistes considèrent que Charles X est toujours roi et que son abdication est nulle, Louis-Philippe, son cousin, étant considéré comme un usurpateur.

Dans la monarchie traditionnelle, le roi tient son autorité de Dieu et l’exerce pour le bien commun, l’usurpateur Louis-Philippe ne peut invoquer cette transcendance, aussi se réclame-t-il de la Révolution dont il revendique l’héritage...

Ils n'oublient pas, non plus, que Louis-Philippe est le fils de ''Philippe-Egalité'' qui a voté la mort de Louis XVI.

Louis-Philippe prend le pouvoir, La religion catholique n'est plus religion d'État, la censure de la presse est abolie, le drapeau tricolore rétabli.

 

Alors que les légitimistes reconnaissent Charles X ( de 1824 à 1836) et son fils - Louis-Antoine d’Artois - comte de Marnes, appelé Louis XIX ( de 1836-1844), puis le roi Henri V ( Comte de Chambord, petit-fils de Charles X) ( 1844-1883)...

Un mot sur ''Louis XIX'' : Louis Antoine de Bourbon, duc d'Angoulême est le fils aîné de Charles X. Le 2 août 1830, à la suite de la Révolution de Juillet, le duc d'Angoulême a renoncé au trône de France en faveur de son neveu, le jeune duc Henri de Bordeaux, futur comte de Chambord.. Louis XIX aura été Roi 20 minutes : le temps de renoncer .... Cependant, à la mort de son père Charles X (nov 1936) , il prend provisoirement le nom symbolique de "Louis XIX". « Je prends le titre de roi, bien résolu à ne faire usage du pouvoir qu'il me donne que pendant la durée des malheurs de la France, et à remettre à mon neveu, le duc de Bordeaux, la couronne le jour où, par la grâce de Dieu, la monarchie légitime sera rétablie », a-t-il écrit aux royalistes légitimistes... Le duc d'Angoulême veille à l'éducation du duc de Bordeaux, fils posthume de son frère cadet, le duc Charles Ferdinand de Berry, qu'il considère et aime comme l'enfant qu'il n'a pas eu de son mariage avec la duchesse Marie Thérèse.

Le 9 août 1830, la Chambre des députés proclame la monarchie de Juillet. Louis-Philippe devient roi des Français.

Revenons au moment où, la révolution gronde à Paris, Louis-Philippe accepte le trône que lui présentent Laffitte, Perier et Thiers. D’abord lieutenant-général du royaume, il devient roi des Français le 7 août ; et commence une nouvelle dynastie (la monarchie orléaniste) : '' bien que Bourbon, et parce que Bourbon...'' !

Monarchie de Juillet

Au début de la monarchie de Juillet, on assiste à une vague de démissions ( 53 députés, 83 préfets …). Le pouvoir est ouvertement anti-légitimistes et même anticléricale, ce qui crée chez les légitimistes un sentiment de persécution, qui atteint un pic en 1831, avec le lancement d'un mandat par le préfet de police Baude contre l'archevêque de Paris, Mgr de Quelen, suivi de toute une série de brutales perquisitions policières dans toute la France.

 

Les légitimistes considèrent que la monarchie de juillet va promouvoir les persécutions contre l’Église et tous les fidèles de la France traditionnelle. Subversion, conscription, assassinats, barbaries, viols des sépultures et autres crimes planifiés par le nouveau pouvoir politique placent alors la population en état de légitime défense et suscitent l’insurrection contre-révolutionnaire de 1832.

A suivre …. avec ''Les légitimistes préparent l'insurrection''

 

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