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weygand

1940 – Vichy. 5

Publié le par Régis Vétillard

Weygand sort des réunions du Conseil de plus en plus énervé ; ses coups de gueule contre Laval, alimentent les discussions... Sa ligne de force est d’interdire aux allemands, l'utilisation de nos bases aériennes, navales, et matériels en Afrique du nord.

Il se méfie de l'Angleterre ; souhaite renforcer l'armée française d'Afrique et l'attaque de Mers-El-Kébir ( 3 au 6 juillet 1940 ), le conforte dans son idée que c'est l'Empire français qui sauvera la métropole... Il est persuadé que la revanche contre les ''boches'' se présentera ; il faut la rendre possible par un ''double jeu'' qu'il prête à Pétain. Lui-même soutient la dissimulation d'armements,

Maxime Weygand (1867-1965)

Weygand adore parler histoire et généalogie avec Lancelot ; mi-sérieux ne lui assure t-il pas qu'il est le fils de la princesse Charlotte de Belgique... Bref ! Lui qui était attentif aux ''signes'' ; qu'a t-il pu bien imaginé concernant ses deux accidents d'avion qui ont entouré son séjour à Vichy ? En effet, le 18 mai 1940, suite à un télégramme de Reynaud qui le nommait à la tête de l'armée française, à la place de Gamelin ; son bi-moteur un Glenn Martin, s'accidente à l’atterrissage à Etampes. Weygand s'extraie de la carlingue sans mal … Le 5 septembre 1940, alors qu'il vient d’être nommé délégué général du gouvernement en Afrique française, Weygand effectue à Limoges sa dernière inspection qu'il joint avec un Amiot 143. L'avion rate la piste et va buter contre le bois à proximité. Il est blessé mais le bilan est miraculeux...

 

Lancelot ne souhaite pas rester à Vichy, ni partir vers l'Afrique du nord... Son idée serait d'allier le travail dans les services de renseignements et la radio. Weygand lui propose une mission camouflée dans une branche clandestine des SR nommée Entreprise de Travaux Ruraux, bien que visible ( en faible partie, bien-sûr) en même temps par les allemands dans le Service des Menées Antinationales ( service MA). Cette double casquette lui permettrait de passer de la zone libre à la zone occupée ; et de promouvoir les liaisons radio pour une communication, clandestine, à visée anti-allemande... «  La guerre continue... » répète à l'envie Weygand.

Alors que Weygand est écarté officiellement de son poste de ministre de la Défense nationale ; ce même jour dans l'après-midi, commence le ''Blitz'' ( bombardement allemand massif sur Londres).

 

Raphaël Alibert - ministre de la Justice - proche de l'Action Française, se déclare catholique. Il prend à coeur de mettre en forme les bases du droit antisémite du nouveau régime.

L'époque est aux préjugés anti-juifs ; et l'Eglise, dit-on, les craint depuis le Golgotha. L'Eglise, également, s'inscrit dans la lutte contre la franc-maçonnerie. Les adhérents de la ligue france-catholique, sont disciples de Mrg Ernest Jouin, créateur du terme '' judéo-maçonnique''. C'est l'époque où on évoque la ''question juive '' ; et un bon catholique fait plus référence aux mesures prises par la papauté contre les juifs tout au long de son histoire, qu'aux théories racistes d'outre-Rhin. On craignait, que les allemands s'en prennent aux fortunes juives, avant les français eux-mêmes ! Alibert souhaite, dit-il, imposer une législation autochtone, avant celles des allemands. Il s'agit pour lui, de différencier les bons et les mauvais juifs ; les bons relevant de vieilles familles, dont les aïeux ont servi la France... Cependant, Maurras, ne croyait que l'on pût être juif et français...

Lancelot est presque étonné, et réconforté d'entendre une parole différente, en particulier sur les juifs... Un prêtre René de Naurois (1909-2006) ne craint pas de la porter ; passionné de culture allemande, aumônier lors d'un séjour en Allemagne, de la paroisse française de Berlin, il révèle - à qui veut - la nature réelle et profonde du nazisme ; l'organisation policière, le système de délation; et l'enfermement des juifs dans des camps de concentration.... ; mais... pour en faire quoi ?

L'abbé de Naurois, connaît bien Emmanuel Mounier, et la revue ''Esprit''. Alors qu'il étudiait et passait deux licences, en mathématique et en Lettres, il imaginait avec le groupe de Mounier, une hypothétique « troisième voie » entre capitalisme et marxisme.

 

Le 22 juillet 1940, une loi porte sur la révision des naturalisations obtenues depuis 1927.

Le 25 août 1940, est abrogé, le décret d'avril 39, qui prévoyait des poursuites « lorsque la diffamation ou l'injure, commise envers un groupe de personnes appartenant, par leur origine, à une race ou à une religion déterminée, aura eu pour but d'exciter à la haine entre les citoyens ou les habitants »

Texte du statut des Juifs, annoté de la main de Pétain.

Le 3 octobre 1940, la loi porte sur ''le statut des juifs''. Elle exclut les Français identifiés comme Juifs de la plupart des fonctions publiques et de nombreuses autres professions. Le projet du texte ( daté du 2 octobre), de l’initiative de Vichy, est annoté personnellement par le Maréchal Pétain.

Le 4 octobre, la loi organise l'internement des juifs étrangers... qui fait suite d'ailleurs à des textes de 1938 et 39, de Daladier. Le IIIe Reich, réclamait le transfert des internés, dans la convention d’armistice.

Le 7 octobre 1940, le gouvernement de Vichy abroge le décret Crémieux : les Juifs d'Algérie redeviennent des indigènes ...

Lancelot note que les fonctionnaires qui commentent les nouveaux textes, n'adhèrent pas aux thèses nazies ; pourtant chacun s'empresse de servir, selon ces actes de l'exécutif, ou loi d'exception, puisque le parlement n'est plus en fonction... - Il ne nous incombe pas de nous prononcer sur le contenu de ces mesures, disent-ils...

Pierre G., ( colocataire de Lancelot), quant à lui, exprime nettement qu'il est de son devoir de s’opposer au bolchevisme et au judaïsme pour défendre son pays et sa civilisation. Il s'étonne, s'attriste même, que Lancelot ne semble pas aussi enthousiaste qu'il serait nécessaire.

à Montoire, le 24 octobre 1940

 

Laval avait réussi à imposer à Pétain l'entrevue de Montoire avec Hitler le 24 octobre 1940. Le 15 décembre, un siècle jour pour jour après le transfert des cendres de Napoléon 1er aux Invalides ; Hitler a souhaité faire un présent amical aux français, et Laval imaginait une belle cérémonie, symbole de la fraternisation avec l'Allemagne nazie, pour recevoir les cendres de l'Aiglon. Le Maréchal a refusé, il aurait déclaré à du Moulin de Labarthète : « Si les Allemands croient que je vais m'afficher à Paris, en prisonnier, auprès d'Hitler, ils me connaissent bien mal ! ».. C'est de nuit et par un froid glacial, qu'eut lieu la cérémonie.

 

Seulement, quelques jours avant la cérémonie - à Vichy - les rumeurs, les mouvements entre le Parc et le Pavillon Sévigné signifiaient que quelque chose se préparait. En effet, le 13 décembre 1940, Pierre Laval est congédié par le Maréchal Pétain, et arrêté à la sortie du conseil des ministres.

Le lendemain, discours du Maréchal ; avant que ne réapparaisse, le 17 décembre, Laval libre et reconnaissant envers Abetz et Achenbach, qu'il amène dîner au Chantecler.

 

Lancelot quitte Vichy avec soulagement, et sans-doute le regret de quitter Me Forge et son fils Michel. Il leur dit sa reconnaissance d'avoir pu partager cet enthousiasme scout pour l'aventure, et le souci de garder des valeurs dans une époque où règne la confusion.

C'est dans cet état d'esprit que Lancelot se rend près de Grenoble, à l'école des cadres d'Uriage.

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1940 – Vichy. 4

Publié le par Régis Vétillard

Le 18 juillet, Lancelot croise à l'hôtel du Parc, Jean Luchaire qui reçoit un ordre de mission de la part de Laval : sonder les intentions de l'occupant et renseigner le gouvernement français. Luchaire se voit faire le lien entre Laval et Abetz qu'il connaît bien et depuis longtemps. Son idée est de défendre l'intégrité du territoire français sur la base d'une collaboration franco-allemande ; et isoler la Grande-Bretagne.

Jean Luchaire (au milieu)

- Franchement, vous encouragez le gouvernement de Vichy à suivre la voie du national-socialisme ?

- Les Allemands attendent de notre part, « un "Esprit nouveau" » Ils ne se contenteront pas de « l'application d'une politique de coopération », ils voudraient voir la France « dans un état psychologique de national-socialisme »..

 

Pratiquement, à Paris, Luchaire va se mettre au service des exigences allemandes en matière de presse, jusqu'à s'il le faut, appliquer la politique antisémite hitlérienne en France.

Jean Luchaire, est nommé rédacteur en chef du Matin au retour du journal en zone occupée, le 17 juin 1940 ; et en novembre 40, Luchaire fonde le journal collaborationniste Les Nouveaux Temps. Entre temps il prend la tête le 25 septembre 1940, du Groupement corporatif de la presse parisienne … I

 

13 août : Interdiction légale de la franc-maçonnerie.

Léon Brillouin

Lancelot eut la chance d'être invité à un concert organisé par Léon Brilloin et sa femme Stepha ( juive polonaise). Léon Brillouin (1889-1969) est sous-secrétaire d'Etat à la Radiodiffusion nationale depuis sa nomination par Daladier en juillet 1939, et aussi un savant, physicien au Collège de France, spécialiste de la propagation des ondes et de mécanique quantique. Étaient présents de nombreux diplomates, pour écouter en particulier Henri Sczering au violon jouer une sonate de César Frank, puis des morceaux de Brahms et de Bartok. Lancelot revient en ville, dans la Vivaquatre officielle des Brilloin. Dans la conversation, on se félicite – au contraire de Paris - de ne voir à Vichy aucun drapeau nazi, et de ce que les allemands restent discrets.

Léon Brillouin invite à Lancelot, à venir le voir à l'hôtel du Parc pour parler radio...

Le lendemain Lancelot se rend devant le siège du nouveau régime. La personne à l'accueil après vérification de l'identité, lui indique l'ascenseur où l'attend un liftier, le N° de la chambre et de l'étage ( 4ème). Accueilli par Stepha, la femme de Léon, avec du ''vrai'' café, Brillouin rassure Lancelot, ils peuvent parler, ils sont en sécurité....

Brillouin a fait détruire plusieurs émetteurs lors de l'avancée des allemands. La Radiodiffusion nationale dut cesser provisoirement d'émettre sur le territoire le 25 juin 1940, suite à la convention d'armistice. Elle fonctionne à nouveau en zone libre  depuis le 6 juillet.

On a aménagé des studios de fortune, notamment au Grand Casino, et on travaille avec des radios privées ( soumise au contrôle de l'Etat). Il s'agit de promouvoir l'idéologie du régime de Vichy, et l'image du Maréchal Pétain. Il faut rivaliser avec Radio-Paris ( contrôlé par l'occupant allemand) , et surtout avec la BBC à partir de septembre; et sa ritournelle : « Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand ».

On dit qu'il y aurait 5 millions de postes de TSF en France. On y a pu suivre la bataille de France, jusqu'à la déclaration de Pétain : « C’est le cœur serré que je vous dis qu’il faut cesser le combat … ». Combien de français ont pleuré ?

A présent, il est difficile d'acheter un poste dans le commerce ; mais on peut le construire...

Brillouin prévoit l'importance que prendra l'écoute de Radio-Londres, pour faire connaître des informations censurées, soutenir les auditeurs dans la ''victoire finale'' ( on ne perd pas espoir...), et dénoncer la propagande allemande. Il serait nécessaire aussi d'équiper le plus possible les français d'appareils de réception clandestins ; peut-être même s'initier aux messages codés... Ces paroles exaltent chez Lancelot des idées de projets qu'il ne peut se permettre de partager.

Hôtel des Ambassadeurs

 

A Vichy, le spectacle se trouve dans les hôtels, les cafés. Rien de plus réjouissant que de se retrouver à quelques uns autour d'une table. A l'hôtel des Ambassadeurs dans un décor de serre , on est plongé au coeur du monde, chacun s'interpellant dans différentes langues, d'un coin territoire à un autre ; les hispanisants sont les plus bruyants, les monarchies hongroise et roumaine se toisent par l’intermédiaire du comte de Khuen Hedervary, ministre de Hongrie et pour la Roumanie, Dinn Hiott, ambassadeur ; soutenus par leur femme, la belle comtesse Edervary pour le premier et sa maîtresse, pour l'autre. Les diplomates sont les personnages les plus enviés, ici, ils ont le privilège de la ''valise diplomatique'' qui permet aux messages et marchandises de passer outre les règles drastiques imposées par la guerre et les frontières.

Wanda Vulliez

Lancelot a certainement remarqué Wanda Vulliez, correspondante d’une agence de presse suisse, jolie femme très entourée dans le milieu diplomatique qu'elle fréquentait.... Ou, peut-être aussi, une petite femme "mince", au visage "ovale" et au nez "légèrement retroussé". Elle tente – avec son amant le colonel Czerniawski - de mettre en place un réseau de renseignements polonais, bientôt baptisé Interallié, en liaison avec l'IS. En contact avec des responsables français du 2e bureau, elle apprend ses rudiments du métier d'espionne.

Le soir, vêtue d'un manteau de fourrure sombre et d'un chapeau rouge, elle a pour habitude de se lover dans un fauteuil du bar de l'hôtel des Ambassadeurs, où des journalistes, raconte-t-elle, la surnomment "le chat noir", puis ''La Chatte''.

Wanda Vulliez

Il y a aussi, l'élégant hôtel Majestic - où loge la Maréchale, et quelques hauts fonctionnaires - il reçoit autant les allemands de passage, que les invités de la presse américaine qui, un verre de whisky à la main, tranchent par leurs mœurs plus franches.

Les vichyssois ont leur souverain : ils assistent chaque dimanche matin à la relève de la garde devant l’hôtel du Parc, dans l’espoir d’apercevoir le « sauveur de la France ». Quand le Maréchal apparaît, de la rumeur monte des vivats, Pétain salue et embrasse les enfants qui lui tendent des bouquets de fleurs.

 

En cette fin d'après-midi de Juillet 1940, Lancelot profite de ces instants au Cintra, assis pour observer les personnages habituels, comme le ministre de Roumanie, Dinn Hiott, toujours entouré de jolies femmes ; et non loin de là le hongrois Kuhn Edervary, l'homme au monocle. Et, quelle surprise de voir entrer, et chercher du regard une place : Drieu la Rochelle et Emmanuel Berl.

Les revoir tous les deux, après s'être fâchés et insultés par livres interposés, ramène Lancelot une dizaine d'années en arrière, quand avec Elaine, Drieu leur avait présenté Berl. C'était aussi l'époque où Elaine pilotait Victoria Ocampo dans certains cercles littéraires, et où Drieu avait rencontré cette femme argentine qui fut sans-doute la seule femme qu'il ait aimée et admirée...

Drieu la Rochelle - 1929

Lancelot leur fait signe, et indique près de lui deux fauteuils qui feront leur affaire. Ils viennent tous deux de marcher et discuter deux heures sur les bords de l'Allier. Une discussion cordiale, même s'ils reconnaissent leur désaccord quant à la suite des événements. Berl, compte sur les États-Unis avec la Grande-Bretagne pour résister, les aider, et à terme renvoyer les allemands chez eux. Drieu voit bientôt les nazis à Londres, puis dans deux mois à Moscou, et pourquoi pas à New-York... !

Emmanuel Berl veut rejoindre, à présent sa femme Mireille à Cannes. Il pense abandonner son projet d'une ''Histoire de l'Europe'', faute de documentation. Que faire alors ? - Jouer à la belote, en attendant les jours meilleurs.

Drieu, motivé par sa revanche à prendre, contre un milieu littéraire qui l'a ostracisé, dit-il, veut rencontrer l'occupant pour lui exprimer son admiration et mettre à son service, la culture française...

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1940 - La guerre et l'énergie nucléaire ( l'eau lourde)

Publié le par Régis Vétillard

Je rappelle que Lancelot est chargé de la liaison entre les secteurs de la Défense et les ministres ou leur cabinet. Lancelot établit des rapports le plus souvent confidentiels, voire secrets sur des conclusions établies par nos Services de Renseignements et se doit de les annoter et les rendre abordables par des non-spécialistes.

Irene et Frederic Joliot-Curie vers 1935

C'est ainsi qu'il est devenu un temps l'interlocuteur administratif de Irène et Frédéric Joliot-Curie, physiciens ( Nobel 1935).

Et, je profite des documents et notes de Lancelot pour rappeler l'importance du travail de ce couple de physiciens.

Frédéric Joliot et sa femme, Irène Curie ont mis en évidence avec d'autres ( allemands en particulier) la fission de l'uranium, c'est-à-dire l'éclatement du noyau de l'atome sous l'impact d'un neutron, avec un dégagement d'énergie considérable. Ils sont allés jusqu'à constater un phénomène qui déclenche une réaction en chaîne et, par là, la production d'énergie atomique. Pour ralentir cette réaction en chaîne, Joliot opte pour l'eau lourde.

Le ministre de l'Armement Raoul Dautry soutient et approvisionne le laboratoire d'oxyde d'uranium ( UO2) et d'eau lourde.

En urgence, lors de l'invasion de la France, notre stock d'oxyde d'uranium, 8 tonnes dans les sous-sols du Collège de France, est envoyé en 130 caisses, à Clermont-Ferrand, villa Clair-Logis, 85 rue Etienne Dolet, où se sont repliés Irène et Fred. Joliot-Curie ; avec leur documentation et travaux de recherche. Le 18 juin minerai et papiers sont chargés à bord de trois camions Citroën P45 qui rejoignent, sur les routes de l'exode, Bordeaux. Le minerai est chargé le 20 juin sur le cargo Île de Brehat à destination de Casablanca. A noter que , l'uranium naturel est peu radioactif.

Précédemment, au mois de Février 1940, Joliot-Curie s'inquiète : L’eau lourde, élément indispensable à la recherche atomique, est produite exclusivement en Norvège. Impossible de la laisser aux mains des nazis.

Qu'est-ce que '' l'eau lourde '' ?

L'eau lourde ( D2O ou oxyde de deutérium) est une molécule d'eau composée d'oxygène et de deutérium (isotope de l'hydrogène, à la densité plus élevée.).

« Pour réduire la vitesse de tout ou partie des neutrons émis, on introduit au sein de la masse d’uranium, des éléments très légers tels que l’hydrogène ».

Pourquoi n'utilise t-on pas de l'eau ordinaire ?

Effectivement, l’eau légère nous offre de l’hydrogène et de l’oxygène facilement accessible, et à profusion.

« De plus, la masse du neutron étant (presque) égale à celle du proton, le ralentissement est idéal avec l’hydrogène (constitué seulement d’un proton). Ainsi, l’eau légère ralentit mieux les neutrons que l’eau lourde... Mais, si l’eau légère ralentit mieux les neutrons, elle les absorbe trop pour obtenir une réaction en chaîne avec de l’uranium naturel. »

Aussi, on remplace l'hydrogène par du deutérium.

Pour obtenir de l'eau lourde, un procédé d’électrolyse permet d’isoler l’eau lourde présente en quantité infinitésimale dans l’eau légère (une molécule D2O pour 41 millions de molécules H2O).

L’usine de Vemork ( à 120 kilomètres d'Oslo.) de la société Norsk Hydro en Norvège est la seule au Monde à en produire en quantité industrielle

Le danger, est que nous avons que l’Allemagne nazie mène un programme nucléaire depuis avril 1939 (Uranprojekt) et souhaite également mettre la main sur ce stock.

 

Lancelot contacte Jacques Allier fondé de pouvoirs à la Banque de Paris et des Pays-Bas (devenue Paribas) et chargé des relations avec la société Norsk Hydro dont la banque est actionnaire majoritaire

Le 20 février 1940, le ministre de l'armement Dautry – en présence de Lancelot - a convoqué Frédéric Joliot, et Jacques Allier, mobilisé à la direction des poudres . Il confie au Deuxième Bureau la très délicate mission de prendre les Allemands de vitesse et de rapatrier ce stock norvégien.

 

Le 4 mars, Allier rencontre le directeur de la Norsk Hydro favorable aux alliés, et conscient de la menace nazie ( et alors qu'il a refusé de le vendre à IG Farben une société allemande ) ; il accepte un ''prêt avec option d’achat'' de la totalité du stock d’eau lourde, soit environ 185 kg.

L’eau lourde est répartie en 26 petits bidons, et transportée à Oslo ( 10 mars) dans la légation française ; puis envoyée à Amsterdam - mais cela est une fausse information diffusée - en réalité elle voyage pour Perth en Ecosse le 12 mars; puis Edimbourg, Londres et arrive à Paris le 16 mars.

Daladier démissionne après un vote de défiance du parlement, considérant le soutien, de la France à la Finlande, insuffisant. Reynaud est nommé, le 22 mars 1940, président du Conseil, ministre des Affaires étrangères et ministre de la Défense.

Le 9 avril 1940, l'Allemagne envahit la Norvège puis le Danemark.

Le 10 mai, c'est autour de la Belgique, des Pays-Bas et de la France.

Le 15 mai, Reynaud est persuadé de la déroute, « nous sommes battus, nous avons perdu la bataille ! »

Joliot confie à son collaborateur Henri Moureu le soin de transporter l’eau lourde vers Clermont-Ferrand.

Le 16 mai, les bidons d'eau lourde sont à Clermont-Ferrand, et enfin à l'abri de la prison de Riom.

Maxime Weygand est nommé le 17 mai 1940, par le président du Conseil Paul Reynaud, commandant en chef de l'armée française en remplacement du général Gamelin.

A Paris, le 3 juin, la Luftwaffe bombarde les usines Renault et Citroën. Il y a près de 200 morts.

Le 6 juin, Reynaud cumule la présidence du Conseil, la Défense ( avec De Gaulle comme secrétaire d'état), les affaires étrangères. Le 10 juin, le gouvernement se replie sur Tours et les environs.

Des tonnes d'archives, ont déjà été déplacées. Lancelot et les responsables de cabinet de Reynaud ont rejoint à la porte d'Orléans le cortège de voitures officielles. Elle profitent de leur statut pour doubler le flux de gens ordinaires. Lancelot ressent une certaine honte de se dire que les ''responsables'' profitent de leur autorité pour rejoindre l'arrière, plus vite que ceux dont ils ont la charge...

Le 12 juin, Joliot rejoint Clermont-Ferrand avec le stock français de radium ☢ (1,5 grammes)

Pourquoi le radium ? : « Afin d’amorcer une réaction en chaîne, des sources de neutrons, appelées “source de démarrage”, sont parfois nécessaires. Des émetteurs α comme le radium peuvent être utilisés comme sources de neutrons. »

 

Weygand est à Briare, où se tient le 13 juin, un conseil de guerre Interallié, avec Winston Churchill. Weygand évoque la possibilité de l'armistice. Reynaud et le conseil s'y refusent : il faut continuer le combat, jusqu'au bout, éventuellement à partir de l'Afrique du Nord.

Le 14 juin, les troupes allemandes entrent à Paris.

Ce même jour le président du conseil et ses ministres prennent la route en direction de Bordeaux.

Lancelot est chargé de transmettre un ordre oral du ministre Dautry, qui propose à l’équipe Joliot la mission de se rendre à Londres avec les 26 bidons d’eau lourde, dans le but de poursuivre au Royaume-Uni les travaux menés jusque-là en France.

Joliot hésite, mais ne peut se résoudre à quitter la France. En France, il a le Collège, son matériel ; et surtout Irène ne veut pas partir, ses enfants sont en Bretagne. Langevin a rejoint Toulouse.

Weygand, Baudoin, Reynaud, et Pétain

A Bordeaux : Le 15 juin, Weygand rencontre Reynaud, Lancelot est présent, le président du conseil lui fait part de son choix, d'amener le gouvernement en Afrique du Nord pour y poursuivre la lutte; pendant que le commandant en chef capitulerait. Weygand exprime son opposition, au nom de l'honneur des drapeaux dont il est le garant. Il veut sauvegarder le prestige de l’armée française qui n'a pas démérité... Lancelot, rappelle la proposition de son ministre de ''couvrir'' la capitulation d’un ordre écrit ; Weygand maintient que la cessation des hostilités comme l'entrée en guerre sont l'affaire du gouvernement ; il laisse entendre que si les ministres pensent '' jouer les héros à bon compte en quittant la métropole'' ; ils risquent davantage d'être qualifiés de fuyards...

A Bordeaux règne une cohue indescriptible. Sa population a triplé, et plus de mille fonctionnaires cherchent à s'organiser. Lancelot, profite des locaux qui hébergent l'entourage de Reynaud, rue Vital-carles.

Devant l'avancée allemande, Bichelonne directeur de cabinet du ministre Dautry, signe le 16 juin, l'ordre de mission qui permet  à Hans von Halban et Lew Kowarski de gagner la Grande-Bretagne avec le stock d'eau lourde français ; et le remet à Lancelot. L'eau lourde est chargée dans des camions à destination de Bordeaux.

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