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union sacree

1914 Comment justifier la Guerre ? 1

Publié le par Régis Vétillard

Au Moyen-âge, la mort fait partie de la vie... 1914, en ce temps de guerre, la mort semble réservée au ''front'' ( et là, elle est totale, civils et soldats...); à l'arrière - pour la famille - elle prend forme par la visite d'un officiel ou du facteur avec un courrier qui annonce une mauvaise nouvelle... La guerre, c'est la mort, continuellement présente dans nos pensées, et redoutée...

A Moyen-âge, la religion maintient la méditation autour des notions de périssable, d'éphémère... La mort touche toute personne, tout âge, toute condition... Que reste-t-il de la beauté et de la gloire humaines ? Alors on se plaint de la brièveté des choses terrestres et on espère dans le salut de l'âme..

 

Le maréchal Lyautey se serait exclamé le 3 août 1914, en apprenant la déclaration de guerre allemande : « Mais ils sont fous ! Une guerre entre Européens, c'est une guerre civile... C'est la plus énorme ânerie que le monde ait jamais faite ! » Il aurait repris cette phrase des carnets de Victor Hugo...

Nous savions que la guerre était imminente, mais nous n'y croyions pas ; et nous n'étions pas prêts...

Comment la justifiaient-ils … ? Pour résumer : « Nous combattons pour le droit et la civilisation. »

 

« C’est l’Allemagne qui porte, devant la conscience des peuples et la justice de Dieu, la responsabilité de cette lutte gigantesque. » Mgr Quillet (évêque de Limoges)

Commençons par le sacré ; en effet, il y a un mythe de la guerre, elle serait chargée de sens et de sacré ; et c'est dans cette ''mystique'' de la guerre la raison profonde du consentement au conflit, puis à la violence extrême... Ensuite, cela se décline en une perspective de victoire rapide, une sanctification du soldat ''héroïque'' et une diabolisation de l'ennemi par les atrocités qu'il commet...

Dans le temps, la propagande et la censure seront nécessaires ; même les combattants obéiront plus aux ordres par contrainte que par consentement...

Le clergé, plutôt hostile à la République, se porte présent au front, d'ailleurs les poilus réclament des prêtres pour se réconcilier avec Dieu... L'antisémitisme, lui-même semble être une page qui se tourne...

Fin juillet, La Croix, écrit que la France est « admirable » par son sang-froid, son « patriotisme indomptable et accepte la guerre sans la moindre faiblesse ». Le 1er août, La Croix écrit : « Notre unique pensée est pour la France […] C’est sur la France, malgré le gouvernement athée et persécuteur qui la défigure, que nous appelons les bénédictions du Très Haut. »

Le 6 août, La Croix, salue la formule de Raymond Poincaré : « l'Union sacrée » ; et le 19 août affirme avec satisfaction qu’en « redevenant tout à fait française, l’âme nationale se retrouve catholique ».

Face à l'avancée allemande vers Paris, Dans La Croix, Mgr Baudrillart explique que la crise actuelle est une crise philosophique, morale et religieuse ; l’alcoolisme, la stérilité volontaire, l’amour du plaisir, le matérialisme pratique, l’individualisme sont les causes de nos malheurs.

L’évêque d’Orléans, Mgr Touchet présente  le 2 février 1915 : Un catéchisme bref sur la guerre, composé de huit propositions fondamentales : 1° Dieu aime les soldats ; 2° Dieu qui aime les soldats n’aime pas cependant la guerre ; 3° Dieu n’aime pas la guerre mais la permet ; 4° Dieu permet la guerre parfois, mais l’interdit parfois ; 5° Dieu ne veut pas que la guerre soit conduite avec barbarie et dans l’oubli des principes de la loi morale ; 6° Aux nations qui violent la loi morale, Dieu inflige dès ici-bas un châtiment ; 7° La guerre doit aboutir à la paix, solide, durable ; 8° Tout le monde doit contribuer à la guerre dans les limites de ses moyens.

 

Le ''Grand Monde'' , généralement se caractérise par ses réseaux transnationaux. Il les ignore à présent, comme d'ailleurs la gauche internationaliste qui, intériorisant l’idée de nation, rallie elle aussi l’Union sacrée... Les grandes familles nobles, vont payer un lourd tribu à la guerre. L'aristocratie s'engage massivement dans la guerre à tous les échelons de la hiérarchie militaire, elle est très largement majoritaire parmi les officiers subalternes... Les jeunes officiers nobles sont fidèles à la cavalerie, mais qui s'avère peu efficace dans une guerre de position ; aussi, beaucoup vont se tourner vers l'aviation pour valoriser l'aspect glorieux de l'engagement... Georges de Morant a estimé qu’en 1916, 23% des nobles mobilisés ont été tués au front.

 

Cependant, les théâtres parisiens ont rouvert leurs portes dès la fin de 1914... S'agit-il de montrer aux ennemis que Paris ne s'inquiète pas... ? A moins que la haute société ne se libère de sa culpabilité à jouir de la vie pendant que d’autres meurent dans la boue... ? Même les soirées philanthropiques données à l’arrière par les femmes du monde tentent de prolonger un mode de vie d'un autre temps... Les femmes du monde continuent de se retrouver dans les stations à la mode, dans les grands hôtels et les villas.

A partir de 1914, la pression fiscale sur les hauts revenus du capital, va apparaître avec l'idée de redistribution des richesses...

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