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scout

1940 – Vichy. 1

Publié le par Régis Vétillard

Le gouvernement quitte Bordeaux le 29 juin, et laisse la place aux allemands. Avec lui, Lancelot arrive à Vichy, le 1er juillet 1940. L’armistice signée le 22 juin, laissait la possibilité de rétablir son siège à Paris, mais Pétain ne le souhaite pas, sans en négocier les conditions. Vichy et ses curistes, est investie - brusquement - par les autorités de l'Etat, ses hauts fonctionnaires, et très vite par par une nuée de journalistes, de quémandeurs, d’ambitieux et d’aventuriers.

Depuis Bordeaux, le désordre règne, mais l'optimisme est de rigueur. Cela va s'arranger... et tout est encore possible, parait-il.

Quel est l'état d'esprit de Lancelot en ce début juillet 1940 ? Il rejoint l'impression commune d'avoir échappé au pire... En ces premiers jours à Vichy, on ressent même une certaine euphorie. Cette défaite ( que l'on voyait venir...) permet d'en finir avec cette situation politique qui nous a mené au chaos. Pétain apparaît comme le chef et le bouclier qui manquaient. La seule crainte est qu'il ne soit pas assez rusé pour contourner ceux qui, déjà, voient dans l'hitlérisme, non pas un ennemi, mais un allié.

Lancelot pense qu'un régime d'exception avec Pétain, ne pourrait être que transitoire. Il est dans l'attente d'un retour à la souveraineté complète de la France après que l’Empire français se soit ressaisi avec l'aide ou pas de l'empire britannique, et peut-être même des Etats-Unis...

Lancelot perçoit - en particulier dans l'entourage de Laval - une autre perspective : celle d'une restructuration européenne sous l'égide d'une révolution nationale-socialiste, en collaboration avec les nazis. Cette possibilité ne peut pas être envisagée, selon Weygand ; ce serait, dit-il, de l’intelligence avec l'ennemi !

Vichy - théâtre du Grand Casino

 

Le gouvernement à peine installé, un communiqué diffusé le 2 juillet convoque pour le 9 les députés et les sénateurs à Vichy, en vue d’une réunion de l’Assemblée nationale.

Le 3 juillet, le désastre de Mers el-Kébir ; est au désavantage de l'idée que l'on se fait d'une possible entente avec la Grande-Bretagne. Dans quel camp sommes-nous ?

Très vite, chacun comprend qu'un homme - Pierre Laval – s'attache à tout prix d'achever un combat qu'il mène depuis Bordeaux : défaire la République. Il a une semaine pour convaincre les présents, à les aider d'imaginer favorablement leur prochaine carrière dans un nouveau régime. Promesse est faite du maintien de leur indemnité et du respect qui leur est du... Laval répète à l'envie : « Je vais avoir besoin de vous ... ». Laval est un bon avocat, les yeux rusés, l'esprit vif, la voix grave. Il vous assure de lui faire confiance, comme Pétain le fait.

L'objectif premier est de réunir '' l'Assemblée Nationale ''- c'est à dire les deux chambres - pour accorder au gouvernement les pleins pouvoirs constitutionnels...

10 juillet 1940

 

Le Grand Casino de Vichy ( style rococo 1901), accueille les séances ; la scène est occupé par le Président de l'assemblée et les secrétaires sur deux tables de brasserie ; devant la niche obstruée du souffleur, une table destinée aux orateurs ; et la salle sert d'hémicycle.

Il s'agit d'abord de présenter un projet et demander à l'Assemblée d'approuver le principe de la révision de la Constitution. Le 9 juillet, sur 666, seuls 3 députés (Biondi, Margaine et Roche) et 1 sénateur (le marquis Pierre de Chambrun) le refusent...

Lancelot assiste à la séance publique de l'après-midi du 10 juillet : l'Assemblée Nationale vote les « Pleins pouvoirs constitutionnels » au maréchal Pétain. Le texte est mis au vote et adopté par 569 voix contre 80 et 17 abstentions. Il est 17h30, on crie « Vive la France ! » ; on vient de déclarer la fin de la IIIe République.

Le 11 juillet, trois « actes constitutionnels » fondent l'État français ; et Pétain s'adresse aux français. Le 12, le quatrième acte désigne Laval comme successeur de Pétain.

Le « chef de l'État français » et le premier gouvernement du régime de Vichy, photo probablement prise en juillet 1940 sur la terrasse du pavillon Sévigné à Vichy. De gauche à droite : Pierre Caziot, François Darlan, Paul Baudouin, Raphaël Alibert, Pierre Laval, Adrien Marquet, Yves Bouthillier, Philippe Pétain, Émile Mireaux, Maxime Weygand, Jean Ybarnégaray, Henry Lémery, François Piétri, Louis Colson.

A Vichy, Lancelot fait le choix de louer un appartement dans un pavillon, au 10 rue du Maréchal Joffre. Une dame et son petit garçon, habitent le rez-de-chaussée, et louent les appartements des étages aux fonctionnaires nouvellement arrivés. Sur le même pallier, emménage également un personnage bien plus jeune, et très ambitieux, Pierre G. …

Le mari de la propriétaire, madame Forge, est retenu prisonnier en Allemagne. Capitaine, il a été envoyé à l'Oflag XB en Allemagne du Nord. Me Forge fait confiance au Maréchal qui assure chacun ici du souci qu'il a du sort des prisonniers.

Son fils Michel, 11 ans, est scout-louveteau, et sa mère est elle-même engagée dans ce mouvement. Lancelot se montre d'autant plus intéressé que le jeune garçon est attiré par l'univers de la chevalerie lié au scoutisme. La loi scoute, comme dit Me Forge, est « comme un rempart infranchissable contre les compromissions, la médiocrité, le mal. ».

Entrée du ministère de la jeunesse gardé par des scouts à Vichy, France en avril 1941.

Henry Dhavernas, commissaire national des Scouts de France est nommé au Secrétariat d’État à la Famille et à la Jeunesse. Le prêtre jésuite Paul Doncoeur devient aumônier national de la route SDF ; il est un correspondant de Mauriac et de Gide, en particulier ; mais sa référence littéraire c'est Péguy. Pour lui, la cause spirituelle de la défaite est à chercher dans l'incapacité à « tenir tout ensemble une religion, une culture et une '' mystique '' tenant lieu de politique. » ; et ce programme, le père Doncoeur en est persuadé, le Maréchal Pétain peut le réaliser.

 

Me Forge est une fervente littéraire et place François Mauriac en tête de ses écrivains préférés ; en effet il consacre plusieurs œuvres à la foi et il excelle dans l'expression des débats intérieurs à propos de l'amour, du mariage, de la jeunesse... Elle nomme ''l'Adieu à l'adolescence'' et également Génitrix, Destins et Le fleuve de feu... Elle lit, en ce moment ''Le nœud de vipères''.

François Mauriac, n'a pas craint de s'opposer à son milieu intellectuel et politique d'origine quand il s'est positionné en faveur des républicains espagnols et des chrétiens de gauche. Actuellement, à l'arrivée du gouvernement de Vichy, il est plutôt séduit par le nouveau régime... Cependant, en 1941, son roman ''La Pharisienne'' opérera une critique implicite de Vichy.

Une autre fois, Me Forge, confie que son livre de chevet, est ''L'Imitation de Jésus-Christ'' : il s'agit d'une œuvre anonyme écrite entre la fin du XIVe et le début du XVe siècles. Cet ouvrage de piété chrétienne, invite le lecteur à se conformer au modèle du Christ pour vivre en bon chrétien, et ne pas vivre « dans le monde », sous peine de s'y perdre. Cette lecture l'aide dans l'actualité présente : La souffrance et la douleur y sont abordées, pour signifier qu'elles sont inévitables, mais qu'elles ne peuvent être vécues de façon chrétienne que si elles sont « offertes » à Dieu.

 

Lancelot offre à Michel, le premier tome des aventures du Prince Eric : Le bracelet de Vermeil ; livre qu'il s'est empressé de lire avant de l'offrir. Michel est alors devenu un lecteur passionné de la suite romanesque écrite par Yves de Verdilhac ( alias Serge Dalens). Ce roman publié en 1937, va lancer la collection '' Signe de Piste ''. Le roman scout met en valeur le rôle du chef, et les valeurs du scoutisme : l’action juste, le comportement franc, la vivacité d’esprit, « par définition, un scout est débrouillard », « pour nous un blessé cesse d’être un adversaire ». ; il n'est pas étonnant que les comparaisons entre les scouts et les chevaliers soient courantes.

« L'époque médiévale offre un décorum fait de châteaux forts avec souterrains, oubliettes, fantômes, bannières, armures et blasons, de commanderie de Templiers et d’églises romanes, les jeunes héros traversent des aventures pleines de mystères, truffées de serments, pardons, sacrifices et initiations. Plusieurs hauts lieux du Moyen-âge, Montségur, l’Alsace des burgs germaniques, ponctuent les moments forts de ces aventures romanesques »

L'occupation allemande va interdire les mouvements de scoutisme en zone nord (ordonnance du 28 août 1940).

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