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Lancelot de Fléchigné -4- Cambridge - Russell

Publié le par Régis Vétillard

A Cambridge, Lancelot suit des cours pour approfondir la langue anglaise, comme de nombreux étrangers.

Bertrand Russell (1872-1970)

Il a tardé pour contacter Bertrand Russell, comme le lui avait recommandé sa mère ; étant donné la popularité du personnage, ici... Finalement, il ose se présenter, et s'en voit récompensé, devant l'empressement de Russell pour l'inviter chez lui...

Il est de notoriété, ici, que Russell sort de prison, pour son action pacifiste. Russell en est très satisfait, cela lui a permis de lire et d'écrire son livre '' Introduction à la philosophie mathématique ''.

Une jeune femme, Dora, a rejoint Russell. Elle est féministe et matérialiste. Russell lui raconte les passionnantes discussions qu'il eut avant guerre avec Anne-Laure et J.B, les parents de Lancelot... Il se rappelle bien : « un beau couple uni, une sorte d'identité double, et fait de distinction simplifiée bien française ».. ! Selon les mots mêmes de Russell ; qui s'en amuse fort.... Mais, il exprime avec tristesse et révolte sa haine de la guerre, quand il apprend la mort de J.B. ….

Russell n'est pas surpris de savoir les raisons du choix de sa mère de l'appeler Lancelot... Mais, il l'est de se rendre compte à quel point le jeune homme est attaché à ce qu'il nomme ''La Quête''... Il se souvient de l'attachement d'Anne-Laure au concept du divin....

- J'examine les raisons qui pourraient appuyer ce concept, et je n'en vois pas... ! Du moins aucune ne me semble logiquement valide...

- Et des raisons pratiques, psychologiques … ?

Discerner le vrai du faux...

- Il ne peut pas y avoir de raison pratique de croire en ce qui n'est pas vrai... ! Une chose est vrai, ou elle ne l'est pas !

- Mais, si on doute... ? Cette chose peut être, du moins, ''utile''... ?

- Oh...! On suspend son jugement... Croire en quelque chose, parce que c'est utile, me semble fondamentalement malhonnête... ! De plus, la plupart du temps, les règles dites utiles sont fausses, et font plus de mal que de bien … Ce qui nous est imposé, n'a aucune valeur... Et vous qu'en pensez-vous... ?

- Oui, si des règles, nous sont imposées, et que nous n'en voyons pas le sens ; elles sont peut-être fausses … Mais, à mon avis, une chose vraie, n'est pas une croyance ; elle est un savoir... Et, notre esprit ne peut pas se satisfaire seulement de connaissance qui ne seraient que des savoirs... Notre esprit nous appelle à imaginer, à expérimenter dans notre vie des intuitions, et même des raisonnements qui ne nous conduisent pas seulement qu'à des savoirs...

- Pourquoi... ?

- Mais parce que nous sommes limités aux conditions de notre existence... S'il y a un ''au-delà'', il ..

- La vie après la mort, n'a pas de sens... !

- '' L'au-delà'' ne fait pas partie de notre ''existence'', puisqu'il n'est pas créé... Il est ''tout-autre''... ?

- Bref.. ! Vous ne pouvez rien en dire !

- Non …. Pourtant les humains, n'ont jamais cessé de l'évoquer ….

- Et ce Graal, dont parlait votre mère... ?

- Nous n'imaginons en aucune façon trouver un graal... Pourtant, ma mère, mon grand-père, et beaucoup d'autres, ont pris et prennent le chemin de la Quête du Graal … !

Dora Russell

- Vous aviez, je crois, avant la Révolution déjà, un ancêtre franc-maçon... ? Dora a étudié sérieusement le XVIIIe siècle Français...

Et à présent elle et Russell rêvent d'aller visiter la Russie soviétique, se faire une idée de la révolution bolchevique... Peut-être rencontrer Lénine … ?

 

Présentement Dora invite Lancelot à suivre des conférences à la ''Société Hérétique'' fondée en 1909 à Cambridge... Plusieurs membres de Bloomsbury y ont participé. Cette société anticonformiste est ouverte aux femmes ; elle s'interroge en particulier sur l'avenir de la Religion, et les règles et restrictions qu'imposent les religions... Son président en est Charles Ogden (1889-1957) ; et ce philosophe, linguiste va tenter de convaincre Lancelot, d'une méthode d'apprentissage de l'anglais, qu'il met au point, et destinée à promouvoir un ''anglais de base'', «  un sous-ensemble simplifié de l’anglais ordinaire » qui deviendrait la langue internationale...

Si de nombreuses sociétés, et multiples associations prospèrent à Cambridge, il en est une à laquelle Lancelot aurait bien voulu adhérer: l' ''A.N.O.M.'' l'association de ceux qui n'ont pas de mission, en sont exclus tous ceux qui se croient indispensables. La fondatrice de cette société est une française : Maryse Choisy, une bien agréable personne, qui vient de Saint-Jean-de-Luz et a grandi dans le château de sa tante, la comtesse Anna de Brémont. Elle étudie la philosophie, et Bertrand Russell est l'un de ses professeurs.

 

Ramanujan, au centre

A Cambridge, tout le monde peut parler de Ramanujan (1887-1920), un mathématicien indien autodidacte. Découvert par Godfrey Harold Hardy (1877-1947) et associé avec le Groupe Bloomsbury et les Cambridge Apostles...

 

Les mathématiciens, ici, sont stupéfiés par l'originalité des formules qu'il présente, alors qu'il ne peut pas toutes les démontrer ; pourtant elles vont s'avérer exactes et démontrées plus tard … Il a beaucoup travaillé sur des constantes telles que π et e, les nombres premiers ou encore la fonction partition d'un entier... En 1918, il fut élu ''Fellow of Trinity College'' pour ses recherches sur les fonctions elliptiques et la théorie des nombres.

Il vient de passer cinq ans à Cambridge ; mais il est malade, et souhaite repartir en Inde...

Grâce à l'entremise de Russell, Lancelot peut approcher le génie...

Ramanujan, à l'opposé de son soutien et ami G.H. Hardy, est un mystique... pour lui, une équation qui a du sens, exprime une pensée de Dieu.

Il a appris seul, sans formation formelle. Sans papier, alors, il imaginait ''de tête'', et progressait en écrivant sur le sol...

Véritablement obsédé par les fractions, les séries divergentes, les intégrales elliptiques et les séries hypergéométriques, Ramanujan se désespéra de ne pas obtenir la reconnaissance de mathématiciens. En 1913, il envoie une lettre à G.H Hardy à Cambridge, et cela allait changer leur vie, à tous deux...

Quand on l'interroge sur sa manière d'arriver à établir une équation, il répond « C’était la déesse Namagiri, qui m'est apparu dans mon rêve et m’a aidé à résoudre ce problème... »

Hardy, dut apprendre à son protégé certaines connaissances bien établies en mathématiques, mais il reconnaît qu'il a appris beaucoup plus de lui ...

Ramanujan est timide et calme, et s'anime dès qu'il expose ses idées mathématiques ou philosophiques... Pour lui, toutes les religions sont dépositaires d'une part de la Vérité, même si certaines observances religieuses peuvent être discutables....

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Voyage en Angleterre -6- Russell - Bergson

Publié le par Perceval

Tout le monde est resté sonné par le réquisitoire de Russell, et il est bien difficile d'apporter dans cet environnement si fraternel la contradiction...

Cependant Jean-Baptiste tente avec beaucoup de finesse - c'est Anne-Laure qui le remarque - de présenter une philosophie moins analytique...

  • N'y aurait-il pas en l'humain, un point d'insertion entre l'esprit et la matière... ?

  • Qu'entendez-vous par esprit... ? Pourquoi, l'esprit ne serait-il pas un phénomène physique... ?

  • Restons dans le doute... La perception ne pourrait-elle pas être une sorte de matérialisation causée par l'esprit... ?

  • Vous pensez donc que la réalité n'est pas ''une''... ?

L'évolution-creatrice-Bergson - Fabienne Verdier, l’expérience du langage

On pourrait aussi débattre de la liberté de l'esprit et du déterminisme de la matière.... Russell considère que cette opposition est artificielle … De même entre intelligence et intuition ; entre instinct et subconscient....

Russell reconnaît la valeur de l'argumentation, mais elle est ''littéraire'', esthétique... Quant à Bergson, il a effectivement lu '' L’Évolution créatrice '' publié en  1907, et ses autres ouvrages.... Il « n’est pas meilleur que les précédents » car il n’y a pas « depuis le commencement jusqu’à la fin, un seul raisonnement (…) il ne contient qu’une peinture poétique qui fait appel à l’imagination » !

Pour Bergson on atteint la vérité par l’intuition et non par l’intelligence: elle n’est donc pas matière à raisonnement...

Russell s'en prend ensuite à la notion de ''durée'' telle qu'elle est proposée par Bergson... « de la littérature...!'' - (les deux s'y connaissent... Il seront tous deux prix Nobel de littérature..!!)

Jean-Baptiste de Vassy, qu'Anne-Laure nomme J.B., est un érudit fortuné - je le rappelle – passionné de mathématiques, il a souvent accompagné Henri Poincaré, qu'il vénère, dans des congrès, et même dans son travail... JB, va donc tenté ici, d'expliquer ce que ''durée'' pourrait signifier aussi bien en philosophie qu'en sciences...

Naturellement, nous étendons la durée, qui n'est qu'une donnée immédiate de la conscience, au monde matériel... L'Univers nous parait former un tout... La ''durée pure'' est qualité, changement, mobilité... Elle n'est pas une quantité, même si quand on essaie de la mesurer, on le signifie par de l'espace, comme une longueur sur la ligne du temps...

Henri Poincaré, a noté que le temps est relatif, qu'il dépend du point de vue sous lequel on le mesure.

Dans son ouvrage, publié en 1902 '' La science et l'hypothèse '' Poincaré affirme qu'il n'y a pas d'espace absolu, ni de temps absolu... Non seulement nous n'avons pas l'intuition directe de l'égalité de deux durées, mais nous n'avons même pas celle de la simultanéité de deux événements se produisant sur des théâtres différents.

En 1907, Minkowski reprend les travaux de Hendrik Lorentz et Einstein, réunit l'espace et le temps, que nous avons l'habitude de dissocier, pour finalement les réunir en un « continuum espace-temps » à 4 dimensions... Cela rejoint d'ailleurs l'intuition qu'en a Poincaré...

Vraiment, la ''raison physicienne'' - et peut-être, bien plus que la ''raison mathématicienne'' - est pleine de paradoxes...! Ne trouvez-vous pas...?

 

Ottoline et Anne-Laure s'interrogent sur la raison et l'amour...

Russell admet qu'il y a des cas où non seulement la raison n’est pas utile mais où elle peut même devenir nuisible.. Ces cas adviennent lors de la relation avec les autres...

Dame Ottoline Morrell 1909

L'amour a des formes multiples... Dans le sens courant, il est la relation que deux êtres qui se sont librement choisis vont nouer dans des liens à la fois ''spirituels'' et charnels. « La peur de l’amour (…) n’est que la peur de la vie. Et ceux qui craignent la vie sont déjà aux trois quarts morts »

  • Philosopher ne permet-il pas ''d'appendre à mourir''..?

  • Tout au plus, à vivre mieux...

Russell énumère trois causes au malheur des hommes: - le mal byronien, sorte de mélancolie où l'amour d'une femme et la misanthropie se rejoignent ; - le sentiment de culpabilité ; et – l'esprit de compétition imposé par la société... Aussi, en résultent de l'ennui et de l'envie, la peur de l'opinion d'autrui, de l'agitation et de la fatigue... qui sont autant d’entraves au bonheur.

  • Et donc, pour être heureux...?

  • Et bien, selon notre personnalité, nous serons plus disposé à chercher une forme raffinée à notre bonheur, comme l'art, la création ; ou plus intellectuelle comme la recherche scientifique, ou plus simple comme le jardinage … ou plus émotionnelle ou plus instinctive...

Et de grands éclats de rire closent la question...

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Voyage en Angleterre -5- B. Russell

Publié le par Perceval

B. Russell - Bertie

Bertrand Russell est né dans une famille riche de l'aristocratie britannique... Ses parents sont morts quand Russell était très jeune et il a été en grande partie élevé par sa grand-mère résolument victorienne (bien que très progressiste). Son adolescence a été très solitaire et il a souffert de crises de dépression... « Adolescent, j’ai haï la vie et j’étais continuellement sur le point de me suicider, ce dont j’étais empêché par mon désir de me perfectionner en mathématiques »

  • Les mathématiques sont la seule chose que nous connaissons qui soit capable de perfection .

« J'aime les mathématiques en grande partie parce qu'elles ne sont pas humaines et n'ont rien à voir avec cette planète ou avec tout l'univers... L'Univers, comme le Dieu de Spinoza, ne nous aime pas en retour de quelque action.» 

  • Oui, peut-être, mais vous... Vous ne désirez pas être aimé en retour...?

Russell est tenté de décrire son enthousiasme quasi-mystique pour les mathématiques et la logique comme s'ils pouvaient être la base d'une nouvelle religion laïque.

De plus, Russell se propose de reconstruire toutes les mathématiques sur des bases purement logiques...

Plus généralement, Russell explique que l'un des buts de sa vie pourrait être de découvrir si l’homme est capable d’affirmer quelque chose de vraiment irréfutable: « Existe-t-il au monde, une connaissance dont la certitude soit telle qu’aucun homme raisonnable ne puisse la mettre en doute ? »

En 1900, il avait vingt huit ans, il souhaitait reprendre à son compte le projet que le philosophe et mathématicien allemand Leibniz avait entrepris dès le XVII° siècle : créer une langue logique universelle qui permettrait de réduire tous les raisonnements à des calculs afin que l’erreur disparaisse. Ne plus se tromper en rationalisant tout...!

Aujourd'hui, Russell tempère déjà cet absolu.... En effet – et cela fit bien rire Anne-Laure - « Leibniz, dans sa vieillesse, écrivit à un de ses correspondants qu’une seule fois dans sa vie il a demandé à une femme de l’épouser, et alors il était âgé de cinquante ans. “Heureusement, ajouta-t-il, la dame demanda du temps pour réfléchir. Cela me donna également du temps pour réfléchir moi-même, et je retirai ma demande”. Il n’y a pas de doute que sa conduite n’ait été rationnelle, mais je ne dirai pas que je l’admire »

Bertrand Russell expliqua en quoi, et pourquoi, il est athée: ce qui le révolte au plus haut point, ce furent les crimes commis, surtout contre les femmes, au nom de la religion et des textes bibliques. Par exemple ce texte : « Tu ne laisseras point vivre la magicienne » (Exode XXII, 18)... Conséquence: le pape Innocent VIII publie, en 1494, une bulle contre la sorcellerie et nomme deux inquisiteurs chargés de la réprimer. Ces derniers font paraître, la même année, un livre intitulé : « Malheus Maleficarum » ou, en français : « Le Marteau des Malfaitrices », dans lequel ils soutiennent que la sorcellerie est plus naturelle aux femmes, en raison de la méchanceté foncière de leur coeur. Entre 1450 et 1550, on estime à plus de cent mille le nombre de femmes qui sont brûlées vives sur le bûcher, en Allemagne seulement !

« La religion chrétienne a été et est encore le plus grand ennemi du progrès moral dans le monde »

Russell assure appuyer son athéisme, sur les bases de la raison et non sur la passion...

Sur le plan intellectuel, il remarque: la foi en quelque chose est codifiée et impérative... Elle s’accompagne donc toujours de dogmes doctrinaux qui ne résistent pas à un examen rationnel, même si la philosophie, d’inspiration théologique, a tenté de les rationaliser. La théologie tente de transformer la foi en savoir... Et, comme il y a plusieurs religions, et tentent chacune d'imposer son ministère; elles se font la guerre...!

Russell dénonce et démonte quelques unes des pseudo-preuves de l’existence de Dieu – comme celle qui veut que le principe de causalité nous contraigne à poser une cause suprême (et sans cause !) ou encore celle qui affirme qu’il y aurait un plan de la providence assignant à l’univers une fin bonne et qui expliquerait sa perfection.

La religion qui entend, selon une étymologie, relier les hommes entre eux et donc prôner l’amour du prochain, ne relie qu’en interne : elles s’opposent entre elles en externe, elles se combattent et se sont combattues sous les pires formes et elles constituent donc un  ferment de haine entre les hommes – point qui est régulièrement et scandaleusement occulté par l’histoire officielle des religions que l’Ecole nous enseigne, alors que le spectacle du monde contemporain nous en offre encore de terribles exemples.

  • Mais, tout cela n'advient-il pas, du fait d'une mauvaise interprétation des textes fondateurs... ?

Les membres du Moral Science Club, Cambridge, 1913

Russell va plus loin... Et en vient aux textes... Ainsi de la dualité de l’âme et du corps. Il pointe le mépris du corps, au profit du spirituel et la conséquence sur la vie sociale de moindre importance par rapport à la vie future, jusqu'à accepter de souffrir pour gagner le ''salut''... Paradoxalement, la croyance en la survie de l'âme aboutit à un individualisme, centré sur son propre salut... !

Bien sûr, Russell évoque la morale religieuse, avec en particulier tous les interdits visant le corps et la sexualité. On oublie trop facilement tout le mal causé aux femmes, aux enfants et cette culpabilité aidée par cette croyance absurde dans le pêché originel... Cela ne sert qu'à rendre les hommes plus violents, malades...

Bref, la religion est pour Bertrand Russell le règne de l’obscurantisme : par ses dogmes et ses pratiques constitutives, mais aussi par son refus constant des découvertes scientifiques, de Galilée à Darwin...etc

Tout le monde reste sonné par ce réquisitoire, et il est bien difficile d'apporter dans cet environnement si fraternel la contradiction...

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Voyage en Angleterre -4- B. Russell

Publié le par Perceval

Hotel Bartlett, Cambridge

Cambridge est au nord de Londres à 60 miles. Anne-Laure et J.B. occupent chacun une chambre à l'hôtel Bartlett...

Pendant la semaine de leur séjour ; il vont avoir le privilège de rencontrer Bertrand Russell ( 1872-1970), dans une ambiance décontractée, et bénéficier de l'accompagnement d'Ottoline Morrell, qui par son originalité et sa générosité va les enchanter...

Bertrand Russell

Russell a fait des études de mathématiques au Trinity College de Cambridge. Entre 1893 et 1897, le jeune étudiant va se passionner par les questions philosophiques que suscitent les nouvelles géométries, aussi bien vis-à-vis du statut de la vérité en mathématiques que du point de vue des fondements de la connaissance.

- Les mathématiques correspondent-elles à une activité de l'esprit, ou représentent-elles une lecture des lois de la nature ?

Les mathématiques y apparaissent avant tout comme le langage de la raison. Elles constituent le paradigme même de la science abstraite, « indépendante de toute création et de tout système naturel, exception faite de la mémoire, de la pensée et du raisonnement »

Les algébristes anglais, s'appuyant sur la philosophie de Locke, tirent les mathématiques du côté des sciences de l'esprit en affirmant que c'est cette seule puissance du rationnel qui permet d'articuler logiquement l'expérience empirique...

En 1903, Russell publie The Principles of Mathematics, un ouvrage sur les fondements des mathématiques. Cet ouvrage avance la thèse selon laquelle les mathématiques et la logique sont une seule et même science.

Alys Whitall, Bertrand Russell 1907

En 1908, il est élu à la Royal Society. En 1910, paraît le premier volume de son œuvre maîtresse du point de vue de la logique, les Principia Mathematica, écrits en collaboration avec Alfred North Whitehead. Suivront deux autres volumes, en 1912 et 1913.

 

Bertrand Russell, rencontre à 17 ans, une Quaker de cinq ans plus âgée: Alys Pearsall Smith, puritaine et ''high-minded '', qu'il épouse le 13 décembre 1894.

Dans son Autobiography, il écrit : « I went out bicycling one afternoon, and suddenly, as I was riding along a country road, I realised that I no longer loved Alys. » Leur mariage commence donc à s'effondrer en 1901 quand il prend conscience, alors qu'il faisait du vélo, qu'il ne l'aimait plus.

Lady Ottoline Morrell 1912

A l'époque où Anne-Laure et J.B. rencontrent Bertrand Russell, il est l'amant de Lady Ottoline Morrell.

Ottoline Morrell restera gravée dans la mémoire de nos visiteurs. Si Virginia et Vanessa Stephen sont les reines de Bloomsbury ''images souveraines de Guenièvre''; Ottoline se rattache à l'image de Morgane, la muse et rebelle de cette société britannique aux valeurs étroites. Excentrique, elle s'entoure de nombreux illustres amis tels: Bertrand Russell, WB Yeats, DH Lawrence, TS Eliot , Virginia Woolf, Aldous Huxley, EM Forster ...

Ottoline raconte sa première véritable rencontre avec le brillant et passionné Bertrand Russell, que ses amis nomment Bertie. C'était un dimanche, le 19 mars 1911; elle donnait un petit dîner ( en petit comité) au ''44 Bedford Square'' où elle recevait à Blomsbury...

Ottoline était inquiète de sa capacité à converser avec un homme de son intellect qu'elle ne connaissait pas bien. Pourtant, après le départ des invités, Ottoline et Bertrand Russel vont parler pendant des heures... Elle se rendait compte qu'il était ''troublé'', et elle l'a encouragé à se confier... Il a alors, exprimé qu'il n'aimait plus sa femme Alys ( .. elle n'aimait pas lire Nietzsche...); mais, qu'il avait besoin d'amour et était fatigué de son "mode de vie puritain et aspirait à la beauté et à la passion". En quelques heures, il étaient tombé '' en affair '' ....

D.Brett, L. Strachey, Ottoline et B.Russell

 

Ottoline insiste pour que les invités français vienne la voir dans son cottage Peppard, près de Henley on Thames, modeste et qu'elle pense vendre pour acheter une plus belle demeure: Garsington Manor, près d'Oxford où elle recevra beaucoup. Bertie y aura sa chambre. Et quand il y avait foule à Garsington, ils se retrouvaient dans un hôtel londonien...

 

AN Whitehead (1861-1947) était devenu le tuteur de Russell au Trinity College de Cambridge dans les années 1890, l'année du mariage entre Whitehead et Evelyn Wade, une Irlandaise élevée en France...

À l'âge de 29 ans, en février 1901, alors qu'il est installé chez son ancien professeur, pour favoriser le travail sur un ouvrage commun ''Principia Mathematica.'', Russell reçoit - ce qu'il appelle - une « sorte d'illumination mystique », après avoir été témoin de la l'énorme souffrance de la femme de Whitehead - pour qui il éprouve un amour secret et impossible - lors d'une attaque d'angine de poitrine. « Je me suis retrouvé rempli de sentiments quasi-mystiques sur la beauté [...] et avec un désir presque aussi profond que celui du Bouddha de trouver une philosophie qui devrait rendre la vie humaine supportable » (...) « Au bout de ces cinq minutes, j'étais devenu une personne complètement différente..

Russell va en effet parler de la compassion, « Compatir, c’est souffrir de la souffrance de l’autre, la partager d’autant plus douloureusement qu’on ne peut l’en soulager. » (..) « dans les relations humaines, c’est au cœur même de la solitude, en chaque être, qu’il importe d’atteindre et de parler »...

  • Mais le langage logique et mathématique n’en a pas le pouvoir.?

  • Oui, mais sans renier, la pensée analytique... On peut développer un autre langage, celui de la philosophie pratique...
Lady Ottoline Morrell

Russell, beaucoup plus tard écrira: « Trois passions, simples mais irrésistiblement ancrées en moi, ont gouverné ma vie : le besoin d'amour, la soif de connaissance et une douloureuse communion - avec tous ceux qui souffrent. Trois passions, comme des grands vents, qui m'ont balayé de-ci de-là, dans une course capricieuse, sur un profond océan d'angoisse, . jusqu'à atteindre les bords mêmes du désespoir.» .

Les femmes - et Russell ne s'en cache pas - ont eu une énorme importance dans sa vie. Il s'est d'ailleurs marié quatre fois.

  • «Ceux qui n'ont jamais connu l'intimité profonde et l'intense compagnie de l'amour mutuel ont raté la meilleure chose que la vie ait à offrir.»

« Le mariage doit être essentiellement la pratique de ce respect mutuel de la personnalité, allié à une profonde intimité physique, intellectuelle et spirituelle qui fait de l’amour entre la femme et l’homme la plus féconde des expériences de la vie »

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Le Monde d'hier, avant la guerre. 4. H. Poincaré – B. Russell

Publié le par Perceval

Lancelot a commencé à aller à l'école. Il est élève au Petit Lycée Janson de Sailly. Il s'ennuie d'apprendre des listes de sous-préfectures. Il est externe et en l'absence de sa mère la vieille Françoise s'occupe certainement de lui avec diligence...

Petit-Lycée-Janson-de-Sailly

Régnier ne trouve plus semble t-il sa place au Mercure de France... Il collabore désormais régulièrement à la Revue des Deux mondes et surtout à la Revue de Paris ; anciennes elles défendent des valeurs traditionnelles, et rétribuent mieux...

 

En 1911, a lieu le premier de la série des ''congrès Solvay de physique''; depuis, sept ont été tenus, avant la Seconde Guerre mondiale. Ces congrès virent les plus grands physiciens du début du XXe siècle débattre sur la toute récente mécanique quantique.

La première conférence, sous la houlette de Hendrik Lorentz, qui eut pour thème « La Théorie de la radiation et des quanta », eut lieu du 30 octobre au 3 novembre 1911 à l'hôtel Métropole à Bruxelles. A ce premier congrès Solvay de physique, en 1911; on y voit: assis: Marie Curie et Henri Poincaré; et en particulier debout:  Max Planck, Maurice de Broglie, Ernest Rutherford, Albert Einstein,  Paul Langevin....etc

Pour Poincaré la recherche de la Vérité est l'unique but de la science. Il distingue cependant la vérité morale de la vérité scientifique; et l'une ne peut influencer l'autre ( cf: affaire Dreyfus...)

Mais, pour Poincaré, nous l'avons vu,  il n’existe pas de réalité tout à fait indépendante de l’esprit ( la polémique autour du pendule...). Les théories forgées pour comprendre le monde sont en constante évolution, toujours empreintes du passé...

 

Jean-Baptiste de Vassy, découvrit les travaux de Bertrand Russell grâce à Poincaré, et en particulier grâce au débat dans lequel ils sont engagés sur la nature du raisonnement mathématique

Dans la ligne des idées de Kant, Poincaré, affirme le caractère synthétique et intuitif du raisonnement mathématique. La conception logiciste de Russell, l'agace...

Bertrand Russell en 1907

Le raisonnement mathématique ne pourrait-il être qu'une succession d’étapes de même nature que celles du raisonnement logique...?

La science est à la fois rigoureuse et créative... D'accord... Si, elle est créative, elle n'est donc pas entièrement déductive et pas complètement rigoureuse … ! ?

Poincaré interroge : Le raisonnement mathématique n'est pas que déductif, et pourtant il est rigoureux... ? Et, oui... par exemple: le raisonnement par récurrence, fondé sur le principe d’induction. Selon ce raisonnement, « on établit d’abord un théorème pour n = 1 ; on montre ensuite que s’il est vrai de n – 1, il est vrai de n et on en conclut qu’il est vrai pour tous les nombres entiers. ». Poincaré, 1902

 

Poincaré reproche, notamment à Russell et Whitehead, et à leur '' logistique '' d’entraver le travail du mathématicien; leur ''rigueur'' serait stérilisante... Pour Poincaré la rigueur logistique qui décompose une démonstration en une succession de déductions logiques, ne donne pas de compréhension d’ensemble de cette démonstration. Et, ce manque de compréhension constitue un manque de...? et bien, précisément, de rigueur selon Poincaré...

Poincaré, défend un type d'intuition, qui permet « non seulement de démontrer, mais encore d’inventer », comme peut le faire le raisonnement par récurrence ( qui ne nécessite pas d'être justifié par des principes logiques ...)...

Henri Poincaré 1908

 

Malgré, son admiration pour Poincaré; J.B. sent bien chez beaucoup de jeunes mathématiciens une crise des fondements des mathématiques... Comme en philosophie, on reste dans son raisonnement sur des formules vagues, du type: «il existe», «on peut trouver», «il n'existe pas»... Et finalement, on relève de plus en plus – même en mathématiques - des paradoxes qui mettent en évidence le manque de rigueur...

Ainsi, parler avec Euclide de point, de droite, de plan, de cercle, etc, comme des objets naturels , ne leur donne pas pour autant une définition scientifique et mathématique...

Comme un jeu, les mathématiques nécessite des Règles ( et, on prend conscience qu'on pourrait en choisir d'autres...)

 

Ainsi, Russel introduit quelques paradoxes et démontre quelques premiers théorèmes d'apparence paradoxale. Par exemple, c'est Russell (1902) qui a démontré qu'il n'existe pas un ensemble de tous les ensembles....

Pour Poincaré, définir les objets géométriques à partir des phénomènes physiques ne présente pas d’intérêt. D’après certains commentateurs, l’influence que le point de vue conventionnaliste exerçait sur les mathématiciens était considérable, et on suppose même que le conventionnalisme de Poincaré lui aurait coûté la découverte de la théorie de la relativité générale...

Henri Poincaré considère l'axiome des parallèles comme une convention, qui ne peut être dite « vraie » ou « fausse ». Parmi toutes les conventions possibles, le choix est guidé par le critère de simplicité et par l'expérience des phénomènes physiques. "Si la géométrie était une science expérimentale, elle ne serait pas une science exacte [et] serait dès aujourd’hui convaincue d’erreur . . . » et il décide que la question de la géométrie de l’espace n’a « aucun sens ».

Pour Russell, nous percevons les corps comme constitués de parties plus ou moins contiguës, la matière est organisée, par la perception, en un ordre spatial qui diffère à coup sûr de certains ordres possibles . Ces choix nous sont imposés par l’expérience et ne peuvent selon Russell être conventionnels. Dans sa réponse, Poincaré voit dans l’utilisation par Russell du mot perception l’origine de leur désaccord.

 

Jean-Baptiste de Vassy, rêve de rencontre Russell et propose à Anne-Laure de l'accompagner en Angleterre....

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