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rose-croix

Cazotte et le Diable Amoureux - Des Secrets d'Initié... - 2/,-

Publié le par Perceval

En 1772, la publication du Diable amoureux, fait de Jacques Cazotte ( 1719 -1792) un auteur à la mode.

Dans son roman, Cazotte s'amuse à faire étalage de pratiques magiques... Il décrit comment les forces du Bien, peuvent triompher du Mal.

C’est à cette même date qu’il fait la connaissance de la marquise de Coislin (1732-1817) qui, après avoir été maîtresse royale de Louis XV (1757), quitte alors la Cour poussée par Mme de Pompadour et entreprend un voyage à travers l'Europe, durant lequel elle devient, entre autres, la maîtresse du roi Gustave III de Suède (francophile, adepte de la philosophie des Lumières) , ainsi que du tsar Pierre III de Russie.

Marie-Anne de Mailly-Rubempré, marquise de Coislin

En 1771, elle perd son mari, le marquis de Coislin, maréchal de camp. Elle est devenue aussi une disciple de Louis-Claude de Saint Martin. Saint-Martin (1743-1803), appelé le '' Philosophe Inconnu '' est de petite noblesse, après un essai dans la magistrature, il choisit la carrière militaire pour avoir le temps de poursuivre ses études ésotériques...

Par l’entremise d’un de ses amis du cercle des officiers, le capitaine de Grainville, Saint-Martin est admis en Franc-maçonnerie et dès 1765 dans '' l'Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns ''…

Lors de son séjour à Strasbourg (1788-1791), il y fait la rencontre primordiale de Mme de Boecklin (ou Böcklin) qui lui révèle la philosophie de Jacob Boehme... On voit la place des femmes dans cette aventure théosophique … ! Entre eux naquit d’ailleurs une précieuse relation, où était constamment présente la pensée et les idées de Jacob Boehme. Pendant toute la durée de son séjour à Strasbourg, Saint-Martin ne passera quasiment pas une journée sans s'entretenir avec sa « chère B. » à propos des thèses théosophiques enseignées par leur maître.

C'est donc vers la fin des années 70, que Jacques Cazotte approfondit les idées de Saint-Martin, grâce à une femme encore : Madame de la Croix, jeune épouse du Marquis de La Croix, puis jeune veuve...

Madame la marquise de la Croix, née mlle de Jarente, 1768

 

Madame de la Croix ( Félicité-Geneviève-Elisabeth de Jarente ) a, comme il est coutume de le dire, un '' certain vécu ''. Elle possède une ''beauté romaine'', née en 1720 et fille du marquis de Sénas , et mariée très jeune au marquis de la Croix, en place à Madrid comme officier général qui la laisse, on ne sait pourquoi à Avignon, où elle devient la maîtresse de monseigneur Acquaviva, vice-légat, par lequel elle gouverne et est reconnue comme ''la despote d’Avignon'', alors enclave pontificale. Comme elle aime à gouverner, elle rejoint son mari, lorsqu’il est nommé Vice-roi en Gallice. Après la mort de son mari, elle vient s’établir à Lyon où elle tombe gravement malade. Elle est finalement sauvée – dit-elle, par les '' opérations magiques'' des disciples de Martinez de Pasqually. Après sa guérison, elle s’installe à Paris, place du Carrousel, où elle ne vit plus, désormais, qu’entourée de magiciens, d’alchimistes et d'aussi autres charlatans… Elle s’exerce également à pratiquer la magie l'occultisme, et des exorcismes....

Joachim Martinès de Pasqually (1727-1774)

Madame de la Croix accueille chez elle le Philosophe Inconnu, qui cependant lui refuse l'admission dans l'Ordre ; et lui présente Cazotte...

« Une femme âgée, grande et majestueuse, la marquise de la Croix, veuve d’un grand seigneur espagnol, faisait partie de la famille et y exerçait une influence due au rapport de ses idées et de ses convictions avec celles de Cazotte. C’était depuis de longues années l’une des adeptes de Saint-Martin, et l’illuminisme l’unissait aussi à Cazotte de ces liens tout intellectuels que la doctrine regardait comme une sorte d’anticipation de la vie future. Ce second mariage mystique, dont l’âge de ces deux personnes écartait toute idée d’inconvenance, était moins pour Mme Cazotte un sujet de chagrin, que d’inquiétude conçue au point de vue d’une raison tout humaine, touchant l’agitation de ces nobles esprits. Les trois enfants, au contraire, partageaient sincèrement les idées de leur père et de sa vieille amie. » de Gérard de Nerval '' les Illuminés'' 1852

 

Ce serait vers 1775, que Cazotte, ses deux fils et sa fille devinrent membres de l'ordre martiniste...

Au bout de trois ans, il donna sa démission et poursuivit sa recherche spirituelle personnelle ; plus soucieux de prières et de réflexions personnelles que de rites magiques, dit-on. De plus il ne partageait pas la sympathie de Claude de Saint-Martin pour le courant révolutionnaire.

A suivre ...

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''Rose-Croix'' et ''théorie du complot'' au XVII et XVIIIe siècles

Publié le par Perceval

Les Effroyables Pactions Faictes entre le Diable et les pretendus invisibles...

 

Comment Jean-Léonard de la Bermondie s'est passionné pour une Connaissance qui lui était suggérée au travers de documents anciens, qui remontaient semble -t-il d'un ancêtre qui aurait été alchimiste et peut-être même Templier...

Cette histoire médiévale a été racontée ici-même, et fournissait à Jean-Léonard le désir d'aller plus avant …( voir aussi article précédent)

Comment à son époque, était-on préparé à s’intéresser, et à se frayer un chemin spirituel, avec une société comme '' La Rose-Croix'', puisque c'est d’elle que nous allons parler … ?

 

En préambule, il est nécessaire de prévenir le lecteur que ce n'est pas l'origine historique, objective d'un mouvement comme celui des Rose-Croix qui nous intéresse ici ; mais bien les effets prodigieux engendrés par le phénomène qui amène à ce qu'au début du XVIIIe siècle, le mouvement a déjà échappé à ceux qui l'avaient initié, et s'est trouvé être un véhicule fascinant pour tous ceux qui tentaient la Quête ...

Pour cette raison, et très tôt, les Rose-Croix, comme l'écrit le Le P. Jacques Gaultier en 1633, de la Compagnie de Jésus , sont perçus comme une hérésie « rejeton du Luthéranisme, mélangé par Satan d’empirisme et de magie. ». Le lien est également fait avec l'alchimie : Jean Roberti, jésuite et auteur d’un violent pamphlet contre l’alchimiste Goclenius (1618), assimile ceux qu’il appelle « les frerots de la Croix de Roses » à « une très pernicieuse compagnie de Sorciers & Magiciens » et à une « meschante conjuration de faquins prejudiciable à la Religion, aux Estats seculiers et à la doctrine des bonnes moeurs… ».

 

L'auteur inconnu de '' l'Examen sur l’inconnue et nouvelle caballe des frères de la Rozée-Croix '' (1624 ) fait une liste de transgressions commises contre les valeurs chrétiennes :

« [Leur] ABC et premier document – dit-il de cet « abominable collége » – c’est de renier Dieu createur de toutes choses, blasphemer contre la très simple et individuë Trinité, fouler aux pieds tous les mistères de la redemption, cracher au visage de la mère de Dieu et de tous les saints.

Le second, abhorrer le nom chretien, renoncer au baptesme, aux suffrages de l’Eglise et aux sacrements.

Tiercement, sacrifier au diable, faire pacte avec luy, l’adorer, lui rendre hommage de fidelité, adulterer avec luy, luy vouer ses enfants innocens et le recognoistre pour son bien faicteur.

Quartement, aller aux sabbats, garder les crapaux, faire des poudres venefiques, poisons, pastes de milet noir, gresles sorcières, dancer avec les demons, battre la gresle, exciter les orages, ravager les champs, perdre les fruits, meurtrir et martirer, son prochain de mil maladies. »

De même pour ''Les Effroyables Pactions Faictes entre le Diable et les pretendus invisibles'' qui reprennent maints faits diaboliques repris par les colporteurs et conteurs dans les campagnes jusque limousines ...

 

Voilà des attaques religieuses, qui laissent penser que le mouvement ''Rose-Croix'' délivre des propos qui ne devraient pas être anodins... et aussi résonnent avec des lectures romanesques ( '' romans de chevalerie'' ou ''romances'' en Angleterre...) prisées à l'époque. Par exemple :

L’Histoire prodigieuse et lamentable du Docteur Fauste traduite par Victor Palma-Cayet (1525-1610) : le pacte qui le lie au malin forme un thème structurant dans l’Examen.

On pense aussi à une autre légende allemande à propos du don d’ubiquité des ''Invisibles'' et de leur bourse merveilleuse, source d’une richesse inépuisable, qui plus est, capable de franchir les frontières, puisqu’elle jaillit en monnaie locale. Il s’agit évidemment de deux motifs empruntés aux Aventures de Fortunatus dont Vion d’Alibray avait donné au public une version française en 1615.

Fortunatus, héros cosmopolite, voyage à travers le monde grâce à un chapeau le conduisant instantanément au lieu désiré... il rencontra un jour la déesse de la Fortune dans une forêt qui lui remet une bourse qui a le pouvoir de se remplir à chaque fois que le besoin s’en faisait sentir - mêmes propriétés que celle dont sont gratifiés les Rose-Croix.... Une pièce de Thomas Dekker, contemporain de Shakespeare s’intitulait Old Fortunatus.

 

Également le Roman d’Anacrine en 1613 ou sont représentées plusieurs Combats, Histoires véritables & Amoureuses. Roman de chevalerie de François du Souhait (1570 – 1617)

Pour conter les exploits des vaillants chevaliers d'Anacrine, l'auteur utilise des grottes et forêts magiques, des temples ensorcelés et maints autres lieux féériques...

Dans cet univers aux dimensions immenses, au carrefour du rêve et de la réalité, évolue une foule de personnages. Dans la multitude des divers héros, retenons les principaux: Anacrine, fille du duc de Moravie, éprise d'Amédée, Richard d'Angleterre, Emmanuel d'Ecosse, six chevaliers Esclavons: Amaris le prudent, Aigolant l'accomply, Lintamar le constant, Mélidor sans repos, Apulin le jovial et surtout Amédée le courtois.

Plusieurs intrigues sont enchevêtrées les unes dans les autres : C'est d'abord l'histoire d'un tournoi proposé par le duc de Moravie. Cette histoire sous-tend l'ensemble du récit.

Le tournoi se déroule sur sept jours et s'achève sur la décision du duc de Moravie de donner sa fille à Floridor de Saxe. Mais le roman est aussi l'histoire des quêtes menées par le monde par divers chevaliers car "la coustume de Moravie estoit que ceux qui désiraient l'accolée du Prince, devaient amener avec eux une dame pour en prendre l'espée, ou du moins avoir le portrait de celle qui devait un jour authoriser leurs armes" . La quête de Richard d'Angleterre recherchant l'amour de Filinde, infante de Numidie, est l'un de ces fils conducteurs à côté de la quête d'Emmanuel d'Ecosse, "chevalier du Léopart", qui défend les couleurs de Luciane, sœur du duc de Moravie. Emmanuel d'Ecosse sera battu par un autre chevalier: Agrimante et se fera ermite, mais il finit par retrouver Luciane et l'un devient Sacrificateur, l'autre Prêtresse dans un temple enchanté . Aladin poursuit, lui aussi, sa propre quête.

Le "chevalier aux croix" est amoureux de Flavie, "chevalier aux cercueils", princesse de Braban. Aladin est un inconstant, l'issue de sa quête est malheureuse, Flavie devient une sorte de chevalier amazone. Nous pouvons lire également le déroulement de la quête d'Agrimante, cousin d'Aladin, "chevalier de la déesse" et épris d'Isidore, sœur d'Aladin. Econduit, il devient le "chevalier du désespoir". Ces quêtes constituent des fils d'intrigue dans Le roman d'Anacrine mais il en est d'autres:

 

Chacun des principaux protagonistes énumérés rencontre dans sa quête personnelle divers autres personnages qui, tous, font le récit de leurs propres aventures.

Ainsi, l'histoire du comte d'Aite, homme déjà instruit qui se laisse pourtant tenter pas le senor Aria. Celui ci l'initie à la pratique de la magie pour lui permettre d'obtenir la connaissance, sans devoir se plier aux efforts de l'étude. Le comte d'Aite choisit la damnation, pactise avec le diable et obtient, en échange de son âme, le don de rajeunir et celui de bâtir par magie des édifices, au gré de sa fantaisie....

Le Temple de la Rose-Croix, gravure du Speculum Sophicum Rhodostauroticum (Miroir de la sagesse des Rose-Croix) de Teophilus Schweighardt Constantiens (pseudonyme de Daniel Mögling), 1618

 

Ainsi, les prétendues enquêtes faites sur les ''Invisibles'' ( les Rose-Croix), sont puisées dans différentes fictions romanesques publiées en français quelques années ou décennies plus tôt.

Jean-Léonard de la Bermondie a la culture de ces lectures ; et il cherche à en faire le lien avec ce qu'il sait de la vie de Roger de Laron ( alchimiste et templier, je le rappelle ...)

C'est même un sujet de longues discussions avec un camarade d'école des pages, plus jeune que lui : le marquis de Lusignan...

Hugues-Thibault de Lusignan est lui-même porteur d'une légende et de l'histoire d'une lignée qui le dispose à s'interesser à cette Connaissance qui s'établit au cours des siècles ...

Ce qui a frappé Hugues-Thibault, c'est l'anneau que Jean-Léonard garde précieusement et qui remonte aux croisades ( ci-contre …).

 

Parmi les pièces du ''trésor'' légué par les seigneurs de Laron, dont le jeune noble limousin est dépositaire, se trouve également une croix métallique à branches égales du type de celle que présente le prophète Jérémie sur la statue du portail nord de la Cathédrale de Chartres ; et beaucoup d'autres documents qui relatent l'histoire de Roger de Laron...

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Le Page et l'Alchimiste

Publié le par Perceval

Le Page et l'Alchimiste

Un auteur voisin ( limousin et Marchois) :Tristan L'Hermite, en 1643 a écrit un ouvrage – '' Le page disgracié '' que Jean-Léonard a lu, et auquel il peut bien facilement s'identifier.

François L’Hermite, sieur du Soliers, ( Jean-Baptiste de Vauselle) dit Tristan L’Hermite, né à Janaillat (Creuse) au château de Soliers, dans la Marche. Descendant de Pierre l’Ermite, le prédicateur de la première croisade, sa famille est à l'époque ruinée …  Il est malgré tout placé comme page chez Henri de Bourbon-Verneuil, fils illégitime d’Henri IV et de la marquise de Verneuil, en 1604. Il a une vie errante ...

En 1620, il participe aux campagnes de Louis XIII contre les huguenots dans le Sud-Ouest. En 1621, il entre au service de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII et participe à la création de plusieurs ballets de cour.

Il est élu à l’Académie française en 1649. La vie de débauche qu’il mène dans l’entourage de Gaston d'Orléans et son goût immodéré pour le vin et le jeu finissent par avoir raison du peu de santé que lui laissait sa tuberculose.

 

Comme Jean-Léonard de la Bermondie, le « page disgracié » s’intéresse dès sa prime jeunesse aux sciences occultes :

Pere Borrell del Caso

« Un jour parmi d’autres livres d’histoires, j’ouvris par hasard un livre de Baptiste Porta intitulé ''Magie naturelle'', et trouvant là dedans des petits sujets qui me semblaient jolis, je l’achetai pour essayer d’en mettre quelques-uns en pratique. »

Le page réalise alors quelques expériences de chimie, et ce jeu acquiert pour lui à une dimension surnaturelle, de mise en relation avec l'au-delà... :

(…)  nous ne pouvions presque rien discerner en nos visages, tant la fumée était obscure ; il fallut nous mettre fort près de cette sombre lumière »

(…)

 

« J’avais lu force livres curieux, énigmes confus, que l’on estime des guides sacrés pour trouver la pierre philosophale.

Je savais tous les contes qu’ on fait de Jacques Cœur, Raimond Lule, Arnold De Villeneuve, Nicolas Flamel, et autres jusqu’ à Bragardin. »

(...)

« Là je m’étudiai à oublier tout à fait mon nom, et à me forger une fausse généalogie, et de fausses aventures, afin de n’être pas surpris quand on me ferait quelque interrogation. »

(...)

Entre en scène, le personnage de l'Alchimiste, dont le page fait un double d'Artéfius, philosophe hermétique du XIIe siècle. Le page est fasciné par ce personnage dont l'identité est un mystère... C'est un « galant homme », « un homme qui avait la pierre philosophale. »

 

« (…) et vis par cet artifice qu’il avait fait de l’or monnayé qu’il serra secrètement dans un papier, et puis après avoir remis toutes ses hardes dans son sac, il se coucha sans faire bruit.

Je crus donc que celui-ci en était quelque petite copie, et que cet homme-là seul était capable de me mettre mieux à son aise que tous les princes et les rois.

Je ne pensai plus qu’aux moyens de l’accoster et de le disposer à me recevoir en sa compagnie ; je passai toute la nuit à m’entretenir, tantôt du désir de pénétrer bien avant dans sa confidence, tantôt de la crainte qu’il ne s’épouvantât de mon abord, ou qu’il ne s’échappât de mes mains sans les avoir magnifiquement garnies. »

(…)

« Que ce bénéfice si précieux n’était pas produit seulement par le soin des hommes, qu’il y avait une particulière bénédiction dans l’accomplissement de ce grand œuvre, et que ce serait mériter une éternelle malédiction, si l’on n’usait de cette grâce avec grande considération. »

L'homme lui parle du ''grand-oeuvre'', évoque la nécessité d'une initiation et lui présente trois fioles censées contenir des poudres et remèdes miraculeux. Dans la première bouteille, l'huile de talc est pour le jeune garçon une promesse d'éternelle jeunesse ; dans la deuxième bouteille, la poudre de projection est une promesse de richesses, la troisième bouteille contient l'espoir de l'immortalité grâce à un mystérieux remède universel...

 

« C’ est ce qu’ on appelle huile de talc, et ce que les dames qui sont ambitieuses de beauté souhaitent avec tant d’ ardeur ; et en disant cela, il me montra la seconde bouteille, où était enfermée une poudre de couleur de feu si vive, et si lustrée, que j’ eusse bien passé deux heures à la contempler sans m’en ennuyer ; et selon la façon dont m’ en parla ce philosophe, qui n’ en faisait guère plus d’ estat que de l’huile de talc, c’ était cette poudre de projection si recherchée par les alchimistes. »

 

L'homme, l'Alchimiste semble libéré de tout ce qui pèse sur l'humanité... il est aussi celui qui ramène le page égaré sur le chemin de la religion...

« (…)  rien ne troublait la douceur de mes songes que l’importun désir que j’avais de revoir mon Philosophe Chimique, qui, ce me semble, était tel en effet que ces chimériques esprits, qu’on a surnommez Rose Croix -, se sont insolemment vantez d’être. » 

L'ordre des Rose-Croix propose de retrouver la paix dans le monde en rétablissant l'unité des religions et des savoirs, la véritable science ne devant pas conduire à une opposition jugée abusive entre connaissances rationnelles, théologie et magie.

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Le page passe ensuite ( comme nous l'avons déjà vu …) du charme magique au charme féminin, de la science alchimique à la science amoureuse : «  ce feu subtil ... »

« Je la trouvai dans son cabinet, plus belle mille fois qu’ elle ne m’avait jamais paru, et plus soigneusement ajustée ; elle avait un déshabillé de satin de couleur de roses à fonds d’ argent, avec lequel elle eut pu représenter une aurore ; ses beaux cheveux étaient bouclés avec autant d’art que si elle eut été coiffée de la main des grâces ; et j’aperçus sur son visage un aussi grand éclat de blancheur, que si l’on eut étendu dessus de cette huile de talc si recherchée ; et pour mon tourment je ne sais qui avait mis de nouveaux brillants dans ses yeux, qui me firent abaisser la vue. »

(…)

Il fait le parallèle entre l'alchimie et l'amour... le sentiment amoureux, qui maintient le page dans le domaine de l'imaginaire, du fantasme, permet la poursuite du rêve alchimique...

« Ce feu subtil et vivifiant éveille les âmes les plus assoupies, et subtilise facilement les sentiments les plus grossiers ; dès que l’ esprit en est embrasé, il prend une certaine activité qui n’ est naturelle qu’ à la flamme, mais dans cette délicatesse, que l’ âme acquiert pour tout ce qui concerne la chose aimée, si l’ on est sensible aux moindres faveurs, on n’ est insensible aux moindres injures, et ce commerce est un agréable champ, où les épines sont en plus grand nombre que les roses. »

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