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otto abetz

1930 - L'Allemagne - 2 -Le cercle de Sohlberg

Publié le par Régis Vétillard

A Paris, Pâques de 1930, Lancelot rencontre un professeur de dessin du lycée de Karlsruhe, francophile, Otto Abetz (1903-1958), en compagnie de journalistes de la revue ''Notre temps'', et Jean Luchaire. Présents également le romaniste Friedrich Bentmann.

Otto Abetz (1903-1958)

C'est au domicile de Jean Luchaire, que le projet s'est finalisé, avec l'aide de Cecil Mardrus, du groupement universitaire franco-allemand.

Du 28 juillet au 3 août 1930, une centaine de participants investissent l'auberge de jeunesse de Sohlberg à 800 mètres d'altitude de laquelle on peut observer les paysages français et allemands... La matinée est réservée aux conférences, l'après-midi aux excursions ; l'essentiel étant réservé aux échanges au cours d 'une vie communautaire et rustique. S'y côtoient surtout des étudiants et quelques professeurs des deux pays. Si, Luchaire affirme que cette rencontre dépasse le cadre d'une manifestation politique, Lancelot sait que du côté allemand, la dimension politique n'est pas absente, du fait simplement par l'argumentaire nationaliste qu'il leur fallut développer pour obtenir des autorités allemandes des subventions...

La première conférence est donnée par Friedrich Bentmann, un ami d'enfance d'Otto Abetz ; il développe l'idée d'un héritage commun entre la France et l'Allemagne et leur propre approfondissement d'une culture nationale... Il n'hésite pas à évoquer le Traité de Versailles, l'occupation de la Ruhr et la crise économique allemande... Cette situation nécessite « des principes nouveaux et de nouveaux maîtres ».

Heinz Dähnhardt, responsable du mouvement conservateur « Jungnationale Bund » estime que l'Allemagne n'a pas su faire de sa République, une sorte d'Etat ; pas étonnant que les jeunes soient déçus... Luchaire propose alors de trouver « au-dessus des solutions nationales, des solutions réellement européennes ».

Lancelot, estime que la rencontre du Sohlberg a fait la part belle aux exposés nationaux voire nationalistes. « Jamais on ne s'est senti autant allemand et pourtant jamais on n'a été aussi heureux de rencontrer des étrangers que l'on aime. » Témoignage d'un allemand dans Notre Temps, n°21 du 10/08/1930.

Jean Luchaire, parlant des jeunes français, décrit leur non-conformisme vis à vis des dogmes de leur parti ; et leur désir de modifier profondément la structure politique du pays.

Lancelot note à partir de discussions avec de jeunes nationalistes, que le national-socialisme se présente nationaliste et respectueux envers la France ; leur souci concerne uniquement le redressement de leur pays, après la défaite, sapé par l'inflation et le chômage, avec une préférence pour la ''révolution conservatrice''...

Les congressistes relèvent l'harmonie des rencontres, et le désir de poursuivre les contacts.

Abetz crée le cercle le Sohlbergkreis, et une revue ; il souhaite agrandir son réseau de ''correspondants'' en France... Il s’intéresse notamment au mouvement personnaliste ''Ordre Nouveau''.

Lancelot rapporte que Otto Abetz, catholique ne pratique pas sa religion, et n'a pas d'opinions politiques bien définies, même s'il affiche des vues révolutionnaires dans bien des domaines... Il est convaincu que l'Allemagne n'est pas responsable de la Grande Guerre.

En 1931, Hitler dans une interview déclare qu’une entente avec la France est de l’intérêt de l’Allemagne. Dans cet entretien, il tourne le dos à ce qu’il a écrit dans « Mein Kampf », publié en 1926.

André Gide qui s’intéresse alors au communisme, et correspond déjà régulièrement avec Ernst Robert Curtius, l'interroge sur une possible entente... Curtius estime que français et allemands ne peuvent se comprendre, leur point de vue les uns sur les autres sont inconciliables, emprunts de méfiance, un sentiment anti-français persiste en Allemagne et la France souhaite affaiblir l'Allemagne. « Ou bien faisons disparaître la méfiance et devenons alliés, ou bien, sans continuer à voiler artificiellement cette méfiance qui empoisonne nos rapports, avouons que nous sommes des adversaires et que nous le resterons. ».

 

Cavaillès réussit à obtenir une bourse Rockefeller, pour enquêter sur les mouvements de jeunesse en Allemagne... Dès le mois d'Octobre 1930, il s'installe à Berlin, puis Hambourg. Il travaille aussi sur sa thèse, et s'intéresse de près au mathématicien Cantor et ses découvertes...

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