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Articles avec #moyen-age tag

Les fées, ça n'existe plus ! -3/3-

Publié le par Perceval

Aux XIIe et XIIIe siècles, alors que s'écrit la légende arthurienne ; le merveilleux païen fait irruption dans la la culture savante sans grande opposition de l’Église, car elle ne représente plus un véritable danger. f3be4dd10048

Cependant, l'opposition entre l'interprétation des chevaliers et une interprétation des clercs, s'exprime clairement.

Les clercs veulent intégrer au surnaturel chrétien une mythologie assez irréductiblement étrangère, et les chevaliers et troubadours exploitent cette mythologie parce qu'elle est précisément étrangère à l’Église… L'Eglise va jouer la rationalisation, et assimiler les fées aux sorcières. Ce phénomène de rationalisation et de diabolisation va dénaturer – radicalement - la fonction des fées. La nature fantastique de la fée du lai de Lanval n'est jamais mise en doute par Marie de France. Mais dans les romans en prose à partir du du XIIIe s., les fées vont devenir des mortelles douées de pouvoirs surnaturels.

lancelot-et-vivianeVers 1220, le Lancelot en prose donne une définition des fées dans la littérature profane, à propos de la Dame du Lac qui enlève l'enfant Lancelot à sa mère pour l’élever dans son royaume aquatique :

« Le conte dit que la demoiselle qui emporta Lancelot dans le lac était une fée. En ce temps-là, on appelait fées toutes celles qui se connaissaient en enchantements et en sorts; et il y en avait beaucoup à cette époque, en Grande Bretagne plus qu'en tout autre pays. Elles savaient, dit le Conte des Histoires bretonne, la force des paroles, des pierres et des herbes, par quoi elles se maintenaient en jeunesse, en beauté et en richesse, autant qu'elles le désiraient. Et tout cela fut institué à l'époque de Merlin, le prophète des Anglais, qui savait toute la science qui des diables peut descendre. C'est pourquoi il était tant redouté des Bretons et tant honoré que tous l'appelaient leur saint prophète, et les petites gens leur Dieu. Cette demoiselle, dont le conte parle, tenait de Merlin tout ce qu'elle savait de science occulte; et elle l'apprit par une très subtile ruse. »

Si la dame du lac, est réduite à l'état de magicienne, elle n'habite plus qu'un fantôme de lac :

« La dame qui l'élevait ne résidait jamais ailleurs que dans des forêts grandes et profondes ; et le lac, dans lequel elle avait sauté avec lui, lorsqu'elle l'avait emporté, n'était que d'enchantement. Et cette habitation était si bien cachée que personne ne pouvait la trouver ; car l'apparence du lac la protégeait de telle manière qu'on ne pouvait pas la voir. »

Chevalier dame sans merciLes fées ont acquis la science des clercs et se posent en rivales de ceux-ci, possédant une autre forme de maîtrise du surnaturel. Cette opposition en recouvre deux autres : clercs/laïcs et masculin/féminin.

« Ainsi les thèmes féeriques peuvent être compris comme une manière, pour la littérature aristocratique, de conférer dans l'imaginaire aux chevaliers des pouvoirs surnaturels indépendants de ceux qui, dans le fonctionnement réel de la société, en constituent le pôle central et dominant : le sacré défini par les théologiens et dont la mise en œuvre est contrôlée par l’Église. » cwaxkbfn

Deux textes, deux discours parallèles qui exaltent l'idéal chevaleresque, sont révélateurs à cet égard ; tous deux, étonnamment, sont placés dans la bouche d'une fée, prêtés à la dame du lac et à Mélusine.

La Dame du lac tient le premier jour au jeune Lancelot avant de la conduire à la cour d'Arthur où il recevra l'adoubement. Ce discours est très orthodoxe : il définit les devoirs du chevalier, qui doit défendre les faibles et les opprimés et servir fidèlement la sainte Église.

Le discours de Mélusine à ses deux fils Urien et Guy, est plus pragmatique, et concerne le bon gouvernement... Il faut être un bon seigneur, attentif aux besoins de son peuple ….

Le plus remarquable est que ces discours soient placés dans la bouche et d'une femme et d'une fée. C'est que le savoir des fées rivalise une fois de plus avec celui des clercs. Les forces féeriques sont mises au service de la chevalerie pour lui donner un caractère héroïque et sacré. ]Briton Riviere (British, 1840-1920), Una and the Lion, from Spenser's Faerie Queene (1880) Briton Riviere (British, 1840-1920), Una and the Lion, from Spenser's Faerie Queene (1880)

Chrétien de Troyes, joue avec subtilité sur les incertitudes : Laudine est-elle une fée ou non ? Les pucelles ponctuant le parcours de Lancelot en sont elles ?

Espace de l’interrogation qui permet plusieurs lectures, mais qui montre aussi que la fée, en dépit de son originelle ambivalence, peut avoir une place véritable dans l’imaginaire médiéval et chrétien. Morgane a perduré sous le nom de fée Margot et l’on trouve un peu partout en France des « Caves à Margot », des « chambres de la fée Margot », des « fuseaux de Margot », des « Roche Margot ».

]St. Margaret of Antioch (France, 1490-1500) St. Margaret of Antioch (France, 1490-1500)[

Si la christianisation a diabolisé Morgane, tout comme elle l’a fait de Gargantua et de Mélusine. Elle l’a christianisée en sainte Marguerite, représentée « issourt » du dragon, ou avec le dragon à ses pieds, le dragon-vouivre symbolisant alors les énergies telluriques.

Après les déesses, les fées, on observe le triomphe d'une autre femme : Marie (Notre-Dame, la Vierge Marie) au début du XII° siècle, qui change terriblement le regard porté sur les fées et les dames.

Notre-Dame donne son nom aux 3/4 des grands édifices gothiques qui s’érigent dans un monde nouveau qui explose. L’évangélisation souvent brutale des populations n’avait jamais aboli l’héritage des fées maîtresses de la pierre, des eaux et du vent.

On conserve des témoignages de la fin du XVII° siècle selon lesquels les druidesses de l’île de Sein seront alors et seulement, converties au christianisme.  

Sources : Un livre important sur le sujet des fées, si on souhaite comprendre la place qu'elles avaient au Moyen-âge : - Laurence Harf-Lancner, Le Monde des fées dans l’Occident médiéval, Paris, Hachette (« Littératures »), 2003

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Les fées, ça n'existe pas ! -2/3-

Publié le par Perceval

Qui ne s'imagine pas, posséder la lumière qui fera reculer les ténèbres... ?
En ce Moyen-âge, la religion catholique voulait posséder la raison, et faire reculer les ténèbres païennes.
Vers 1023, Burchard, évêque de la ville de Worms, rédige un pénitentiel – à l'usage des prêtres – le Decretum dans lequel il énumère les principaux délits commis dans son diocèse et les pénitences adéquates.
 
Jaloux battant sa femmeRappelons que, Grégoire VII ( pape en 1073, à 1085) continue l’œuvre de réforme et donne son nom au mouvement. Dans ce contexte, le statut des femmes change et se durcit. On théorise leur place selon un ordre précis : la virginité, le mariage, le veuvage. Seules ces catégories sont reconnues dans une hiérarchie définie : vierge, sainte, moniale, veuve, femme mariée puis, tout en bas, la femme célibataire qui équivaut au diable en chair et en os. tenue d'une femmeLes réformateurs sont particulièrement misogyne : Hildebrand (clunisien), Pierre Damien, Burchard de Worms (dont le livre 19 de son Decretum n’est pas flatteur et développe les idées de sorcellerie inhérente à la femme).
Pour l'évêque de Worms, l’enfer c’est les femmes. Elles sont impies par nature et peuvent même aller jusqu’à remettre en cause la trinité, se tiennent mal à l’église (bavardent, marchent sur les sépultures…).. Il faut ranger les femmes dans les parties froides de l’église pour calmer leurs ardeurs…
 
Mais, revenons aux croyances en ces fées.... :
bruxa001Quelques exemples de l'examen de conscience prôné par l'évêque de Worms:
 
«  As-tu cru à ce que certains ont l’habitude de croire, que celles que le peuple appelle les Parques existeraient réellement et auraient le pouvoir, lorsqu’un homme naît, de le marquer comme elles veulent, de sorte qu’à tout moment cet homme pourrait se transformer en loup, qu’en langue teutonique on appelle loup-garou, ou en n’importe qu’elle autre figure? Si tu as cru que cela s’est fait un jour et que c’est possible que l’image divine puisse être transformée en une autre forme ou espèce par quelqu’un, excepté par Dieu tout-puissant, tu feras pénitence dix jours au pain et à l’eau.
 
As-tu cru à ce que certains ont l’habitude de croire, qu’il existe des femmes habitant les champs, appelées sylphes, ayant, disent-ils, un corps matériel, et lorsqu’elles veulent elles se montrent à leurs amants et prennent plaisir avec eux, et de même lorsqu’elles veulent elles se cachent et disparaissent? Si oui, tu feras pénitence dix jours au pain et à l’eau.
 
As-tu fait ce que certaines femmes ont l’habitude de faire à certaines époques de l’année: quand tu prépares la table dans ta maison, tu déposes la nourriture et la boisson ensemble avec trois couteaux sur la table, pour que si viennent les trois sœurs, que l’héritage et la stupidité antique appellent les Parques, elles puissent se restaurer là; ainsi tu as pris à la piété divine son pouvoir et son nom pour les transmettre au diable, croyant que celles que tu appelles sœurs peuvent t’être utiles maintenant ou dans le futur? Si oui, tu feras pénitence un an au pain et à l’eau. » Burchard évêque de Worms

Walter Jenks Morgan (British, 1847-1924), Where Rural Fays and Fairies Dwell

Les Parques, déesses de la mythologie romaine, font bon ménage avec une autre mythologie plus locale …John Melhuish Strudwick ~ Acrasia
Ce texte évoque parfois des scénarios que nous connaissons dans nos contes de fées … Les « femmes de la forêt » qui recherchent l'amour des mortels, nourrissent un type de conte universel, qui s'épanouira dans la littérature du Moyen-âge.
 
Les fées apparaissent en littérature, avec la naissance de la littérature. C'est au XIIe s. que naît le roman, qui désigne, au sens propre, tout texte écrit en langue romane ( par opposition au latin).
La « matière » de cette littérature est triple : bretonne, romaine et française... En 1170, Chrétien de Troyes écrit le premier de ces romans, Erec et Enide, à partir d'un conte d'aventures. Marie de France – dans le prologue de ses Lais – écrit son projet de sauver les contes des anciens bretons, pour les sauver de l'oubli.
 
Midsummer Eve Edward Robert HughesDans le discours d’autorité de l’Église, les fées sont intégrées au surnaturel chrétien par le biais de la satanisation... ou de la sanctification … !

Les textes profanes, défendent les valeurs de l'aristocratie chevaleresque et interprètent la culture populaire selon une autre idéologie, celle de la société féodale, et les fées y bénéficient d'un traitement beaucoup plus favorable. Il peut être glorieux pour un lignage aristocratique de se doter d'une ancêtre surnaturelle...

Les seigneurs poitevins de Lusignan se proclameront les descendants de la fée Mélusine.

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L'origine du Tarot

Publié le par Perceval

- La légende : Aucun élément sérieux ne permet de reconnaître la très haute antiquité du tarot. Il ne serait pas l'œuvre des grands initiés de l'Égypte ancienne...! Il n'est pas non plus d'origine hébraïco-kabbalistique. Ni bohémienne. Ni …. extraterrestre… !

- L'Histoire : Récemment un documentaire sur Arte, le rattache à : Marsile Ficin (1433-1499) , Roue de Fortuneun philosophe italien, traducteur de Platon et proche de Cosme de Médicis, seigneur de Florence au milieu du XVe siècle.

Sa philosophie, composition intime de métaphysique, de religion et d'esthétique, fit autorité de son temps. Il eut pour disciples et collègues de travail Jean Pic de la Mirandole, Ange Politien et Jérôme Benivieni. Ce fils de médecin, féru d'astrologie, aurait créé les vingt-deux atouts du tarot à des fins pédagogiques pour transmettre son enseignement aux étudiants de l'Académie néoplatonicienne qu'il dirigeait et pour dissimuler à l'Église sa pensée iconoclaste qui mêlait les croyances de l'Antiquité et le christianisme. ( Voir Docu sur ARTE )

mandorle Bas-relief de la cathédrale de ChartresTarot Le monde 21
Mandorle - Bas-relief de la cathédrale de Chartres Tarot - 21 - Le Monde

Marcel Ficin, aurait utilisé ces ''Naïbi'', cartes de jeu connues en Italie depuis le XIVème siècle.

]amiens10 la Tour - Amiens[

Le ''chaînon manquant'' entre la culture du Moyen-âge et la brutale apparition "ex nihilo" des naïbis en Italie du nord en 1375/77, semble appartenir aux graphiques et images des compagnons, imagiers des cathédrales, que sont les tailleurs de pierre, les troubadours et trouvères...  

Avec le tarot, nous approchons l'âme du ''peuple du roman''.

Le Moyen-Âge, riche en sa foi, est là avec son exubérance, son symbolique ; le tarot de même nature que la pierre taillée qui surgit dans l'ombre de l'église ; et le frère de la sculpture, du vitrail, de l'enluminure qui transmette la pensée car le livre n'est guère accessible, et les illettrés sont nombreux voir la majorité. Il ne serait pas invraisemblable qu'on ait cherché à diffuser une pensée 'philosophique' au moyen de ces cartes au format réduit, aux images récréatives d'apparence anodine.

Les emblèmes des cartes : sont assimilés aux quatre éléments : les épées à l'air (car l'épée tourbillonne dans l'air), les bâtons au feu (ils sont issus du bois, lequel s'enflamme), les couples à l’eau (elles contiennent des liquides), les deniers à la terre (ils sont faits des métaux qu'elle recèle). Mais ce n'est pas assez : les épées symbolisent en outre la volonté et la puissance, les bâtons le travail et les devoirs d'État, l'énergie matérielle et la fécondité, les coupes l'amour et le mysticisme, l'élaboration intime des richesses spirituelles, les deniers enfin les connaissances et l'art combinatoire, toute industrie créatrice qui aménage le monde extérieur.

En 1377, nous avons dans les archives de la ville de Viterbe, entre Rome et Florence, le premier édit réglementant ou interdisant les jeux de hasard et d'argent, où les naïbbi soient cités, et c'est le début d'une longue liste d'interdictions. Le plus ancien des tarots semble être le Cary-Yale (67 cartes conservées). Il est daté du début du XV ème, vers 1420/25.

Les plus anciens jeux de tarot actuellement connus ont été réalisés dans les cours d'Italie du Nord (Milan et Ferrare) à partir des années 1440-1450. L'un des plus curieux est celui de la collection Goldschmidt, peint en Italie ou en Provence au milieu du XVe siècle : certaines des neuf cartes conservées présentent une emblématique à résonance hermétique (l'as de Coupe pourrait faire allusion au Graal et à la fontaine des « amoureux de science »)

Tarot de Charles VI, Italie du Nord (Venise, Bergame?), fin XVème siècle

Le Tarot de Jean Noblet, Paris, XVIIème siècle.

Le Tarot de Jean Dodal, Lyon, vers 1701

A suivre:  le Tarot Arthurien...

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Un village au Moyen-Age en Xaintrie: à Saint-Julien-aux-bois.

Publié le par Perceval

Nous sommes en 1476, et commençons par suivre le témoignage d’un paysan-notaire... A Saint-Julien-aux-Bois, nous prenons la machine à remonter le temps....

Un passionné, Pierre Gire, avec qui nous avons aimé discuté, a consacré sa vie à recréer la vie des gens d'ici, au temps de la féodalité ( et qui a peu varié jusqu'à la Révolution...) : un village du Moyen Age, avec ses maisons et ses granges, ses plantes, ses animaux... Tout y est juste, à sa place : les charpentes, les meubles, les vêtements, les cultures…

Cette reconstitution n'est pas œuvre d'imagination. Elle s'appuie sur des recherches documentaires, archéologiques et ethnographiques de terrain.

Les habitations sont pourvues de leur ameublement rustique, leur couverture est constituée de chaume (confectionné à partir des hampes du seigle), même les gonds des portes ont été ouvragés à la façon de l’époque. Une partie des matériaux utilisés provient d’ailleurs d’anciens bâtiments de Xaintrie, pierres de taille, pièces de charpente, le reste à été façonné en restant fidèle à l’esprit médiéval. À l’intérieur, des provisions diverses sont suspendues au plafond, de la charcuterie qu’on fait sécher le plus souvent. Le sol est en terre battue dans l’habitation des métayers, il est constitué d’un pavement dans celle du notaire fermier.

Le “cantou“ Signifiant littéralement « le coin », c’est un élément primordial de l’habitat, de l’âme et de la sociabilité limousine : lieu de la cuisine, de la lumière, de la chaleur, c’est là que se regroupe la famille, que s’échangent les nouvelles, que se transmettent, à la veillée, les histoires, les légendes, le sacré. C’est vraiment le « feu », synonyme de foyer où l’on vit « à pot et à feu ». Autant de “cantous“, autant de feux c’est-à-dire d’unités familiales. Le plus souvent très grands, leur taille et leur place varient selon l’aisance de la famille. Ils prennent généralement place contre l’un des murs pignons de la maison : - soit en renfoncement dans l’épaisseur du mur, - soit délimités par un ou deux murets en avancée sur le(s)quel(s) s’appuie une poutre transversale. Mais il arrive encore à cette époque que le foyer, limité par de grosses pierres, soit placé au centre de la pièce, comme dans l’habitation nouvelle de chez Miremont.

Un village au Moyen-Age en Xaintrie: à Saint-Julien-aux-bois.
Un village au Moyen-Age en Xaintrie: à Saint-Julien-aux-bois.
Un village au Moyen-Age en Xaintrie: à Saint-Julien-aux-bois.
Un village au Moyen-Age en Xaintrie: à Saint-Julien-aux-bois.
Un village au Moyen-Age en Xaintrie: à Saint-Julien-aux-bois.
Un village au Moyen-Age en Xaintrie: à Saint-Julien-aux-bois.
Un village au Moyen-Age en Xaintrie: à Saint-Julien-aux-bois.
Un village au Moyen-Age en Xaintrie: à Saint-Julien-aux-bois.

Les paysans n'y sont pas les propriétaires... A charge d'un impôt foncier annuel : le Cens; le paysan vit dans une "boria" une ferme faisant partie d'un village "le mas". Le seigneur reste le propriétaire foncier. 

L'agriculture au village au XVe siècle Les mas ou domaines disposent à peine, en moyenne, de deux hectares de terres labourables. Les champs en occupent une bonne partie, devant les près qui viennent en second. Ici comme dans toute la Xaintrie médiévale, les agriculteurs pratiquent une polyculture céréalière : seigle, froment, sarrasin, avoine et parfois millet. Les paysans pratiquent une rotation biennale, alternant plantation de céréales puis jachère, pour ne pas épuiser le sol. Le fumier est rare et entièrement utilisé pour le potager et les vignes. Le seigle est semé au mois d’octobre, l’avoine en mars, parfois mélangée avec des pois. L’apport alimentaire des céréales est en effet complété par celui de quelques légumineuses cultivées dans les jardins à l’intérieur du village : fèves, pois, vesses. La châtaigne tient aussi une place essentielle dans l’alimentation du paysan de la Xaintrie, et l’arboriculture fournit pommes, prunes, pêches. La consommation, d’après le terrier * d’Hugues de Merle, seigneur de Xaintrie au XIVe siècle, est la suivante : seigle (62%), avoine (28%), froment (8%), raves (1%) et fèves (1%).

La cuisine au village au XVe siècle Les céréales sont battues puis vannées, et les grains broyés au moulin ou sur des meules à bras.Les farines obtenues, surtout celles de sarrasin (ou blé noir), d’avoine et de millet, dont on ne peut pas faire de pain, servent à préparer des bouillies, la “pou“ (pols) et des galettes : “bourriols“ ou “tourtous“ (tortons), qui le remplacent. La cuisson en est plus rapide, demande beaucoup moins de bois, et surtout permet d’économiser le seigle, dont le métayer doit donner la moitié, et qui a toujours servi à payer les impositions. Les aliments cuisent dans des poteries, des “oules“ (olas), posées sur la braise ou suspendues (la cuisson par grillade, réservée aux nobles, est très exceptionnelle). Le bouillon, plus ou moins gras selon ce qu’il reste du cochon, accompagne des légumes frais ou secs, récoltés dans l’ “òrt a vianda“, le jardin. On a oublié que le mot viande vient de vivenda, ce qui est nécessaire à la vie, les légumes.

Les boissons sont de l’eau, du lait ou du vin peu alcoolisé coupé d’eau. Les paysans consomment seulement leur production, tandis que les nobles boivent surtout du vin importé du Bas Limousin. La vaisselle de service est en bois ou en calebasse. Les gens utilisent leurs doigts et le couteau pour manger. La cuillère en bois sert pour les soupes et les ragoûts

Un village au Moyen-Age en Xaintrie: à Saint-Julien-aux-bois.
Un village au Moyen-Age en Xaintrie: à Saint-Julien-aux-bois.
Un village au Moyen-Age en Xaintrie: à Saint-Julien-aux-bois.

L’apiculture est très importante. Elle fournit miel et cire (sucre et éclairage). La cire fait souvent partie des prélèvements de l’impôt foncier. Stockée par le seigneur, elle servira, quand un décès surviendra, à assurer sous forme de cierge le repos de l’âme du défunt.

Le porc (lo ganhon) : à la fin du XVe siècle, on le mentionne de soie noire et blanche. Il est plus proche du sanglier que du cochon rose actuel. Il apparaît couvert de poils durs, de taille moyenne (0,75 mètre de haut) et assez mince. La première ressource attendue de cet animal est son lard.

Vaches et bœufs (vachas e buòns) : à l’époque médiévale, les bovins sont de petite taille, entre 1 m et 1,20 m de haut (contre 1,40 m de nos jours). Dans la région, les vaches sont souvent de robe unie, et leur couleur tourne autour du brun, du rouge acajou, en passant par le fauve roux. Les bêtes ne restent à l’étable qu’en hiver, nourries avec des fourrages récoltés sur les pacages et les champs des alentours. Elles sont l’objet de tous les soins car on leur demande beaucoup : du travail d’abord pour labourer et tracter, du lait, du fumier et, en fin de vie seulement, de la viande.

Un village au Moyen-Age en Xaintrie: à Saint-Julien-aux-bois.
Un village au Moyen-Age en Xaintrie: à Saint-Julien-aux-bois.
Un village au Moyen-Age en Xaintrie: à Saint-Julien-aux-bois.
Un village au Moyen-Age en Xaintrie: à Saint-Julien-aux-bois.

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Moyen-Age en Xaintrie: Les Tours de Merle

Publié le par Perceval

En Limousin, la Xaintrie ( graphie attestée depuis 1588) est située aux confins de la Corrèze et du Cantal.

Sous la domination des vicomtes de Turenne, cohabitent plusieurs seigneurs ( les Merle, Veyrac, Pesteils et Carbonnières), sur un éperon, en plusieurs castra ( sites fortifiés avec seigneurs, chevaliers et maisons...)... Plusieurs castras qui témoignent des alliances familiales...

Les Tours de Merle s'élèvent au cœur de la forêt, au dessus de la rivière Maronne, elles furent construites entre le XIIe s. et le XVe siècle.

Au XIVe siècle, Merle comprend sept maisons fortes, deux chapelles et un village, possédés en indivision par sept seigneurs des familles de Merle, de Carbonnières, de Veyrac, et de Pestels.

A l'origine ; la légende d'un homme au nom d'oiseau, Bertrand chef d'une féroce mesnie habitant ce repaire, qui avait coutume de siffler comme l'oiseau quand il voulait rassembler ses chevaliers …

C'est au XI e siècle que le vicomte de Turenne autorise une famille à s'installer sur le piton rocheux. Gerbert de Merle, bienfaiteur de l'abbaye de Beaulieu-sur-Dordogne, édifie le premier château ainsi que la chapelle Saint-Léger.

Originaire probablement du Cantal, la famille de Pesteil se serait implantée sur le site de Merle, au début du XIIIe siècle, à la suite du mariage d'Aymeric de Pesteil avec Hélis de Merle. En 1270, les Pesteil rendent hommage aux Carbonnières ; cet hommage est réitéré en 1347.

Voisine puisque son château s'élève à quelques kilomètres de là, la puissante maison de Carbonnière devient, elle aussi, co-seigneur de Merle et revendique ses droits sur la castrum. Ceux-ci sont renforcés en 1364 lorsque Jean de Carbonnière épouse Garine de Pestels. Deux tours immenses s'élèvent désormais, dites de Carbonnières et de Pestels. Le rocher s'est scindé en deux pôles distincts. 

Le piton devient une véritable cité. Tout autour, en effet, sous les fortifications naturelles formées par les logis-tours, des maisons s'érigent et une réelle société féodale s'installe. Ainsi, au pied des tours, une trentaine de maisons entourent le castrum, placées sous la protection des seigneurs. Des manuscrits utilisent le terme de "Ville de Merle". Artisans, bûcherons, paysans mais aussi prêtres, hommes de loi et autres notaires en composent la population. Une rue publique relie la porte de la cité au pont de Merle et, tout comme dans le castrum, la vie s'articule selon des rites précis de territoire et de bon voisinage.

Pendant la guerre de Cent Ans, les Anglais prennent une tour et un château en 1371, puis doivent les restituer.

Les calvinistes prennent la place et y installent une garnison en 1574 ; ils en sont chassés deux ans plus tard par les co-seigneurs. Cependant le site est abandonné par ces derniers qui préfèrent vivre dans des lieux plus agréables et surtout plus accessibles.

Moyen-Age en Xaintrie: Les Tours de Merle
Moyen-Age en Xaintrie: Les Tours de Merle
Moyen-Age en Xaintrie: Les Tours de Merle
Moyen-Age en Xaintrie: Les Tours de Merle
Moyen-Age en Xaintrie: Les Tours de Merle
Moyen-Age en Xaintrie: Les Tours de Merle
Moyen-Age en Xaintrie: Les Tours de Merle

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Le Graal - Les lieux où il est passé, et où il s'est perdu... ? -3/ -

Publié le par Perceval

Jérusalem

Une des sources les plus anciennes inhérentes à la recherche du Graal et de sa position, parle d'un calice argenté à deux manches qui était gardé dans un reliquaire d'une chapelle près de Jérusalem, entre la basilique du Golgotha et le Martyre.

]Dessin de la basilique du Saint-Sépulcre au VIIe siècle - De Sanctis locis Dessin de la basilique du Saint-Sépulcre au VIIe siècle - De Sanctis locis[

Cette nouvelle est transmise par une source en relation avec le pèlerin et évêque du nom de Arkulf de Périgueux( en Gaule, ou en Allemagne selon d'autres sources …) qui vécut au VIIe siècle – à la recherche de reliques et qui affirme avoir vu et touché le calice Sacré, près d'une petite église à Jérusalem entre les deux basiliques... ! .C'est aussi le seul témoignage qui place le Graal en Terre Sainte.

Sa mémoire est préservée par un écrit d'Adamnana, abbé du monastère de Hy sur l'île de Iona ''histoires de l'évêque Arkulfa "(De locisSanctis), qui reprend son récit de plusieurs mois de pèlerinage et qui a eu lieu entre les années 660 ou 679 et 687. Ses descriptions fournissent de nombreux détails sur le fonctionnement de l'ancienne Église et de l'architecture religieuse, en Terre Sainte, et en particulier de Jérusalem. Arkulf décrit également la relique de la Sainte Croix de Constantinople ... Que vit en réalité Arkulf ? Le Suaire, le Saint Graal ? Ou peut-être vit-il un autre objet, un objet qui au fil du temps à changé plusieurs fois de nom et d'aspect ?

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De Constantinople à Troyes

 ]Garnier de Traignel Garnier de Traignel [

Le Graal ( ou sa copie …) aurait été conservée à Constantinople ! C'est du moins ce qu'affirme une source du XIIIe siècle, et plus exactement le roman de "Titurel le jeune". Le Saint-Calice aurait été volé de l'église du Boucoleon durant la quatrième croisade et porté de Constantinople à Troyes par Garnier de Trainel, dixième évêque de Troyes, en 1204. Lors de la quatrième croisade, les croisés firent main basse sur les trésors (reliques et pierreries) de Contantinople. Garnier de Trainel, que la mort attendait en cette ville, acquit un grand nombre de reliques et ses chapelains ramenèrent avec eux une part considérable de ce trésor dans laquelle on trouvait un morceau considérable de la vraie Croix, du sang du Christ, mais aussi le chef de saint Philippe, le bras de saint Jacques le Majeur ou le corps entier de sainte Hélène vierge. (Mentionné dans les inventaires des églises de Troyes).

]Caliz de los Patriarcas,Constantinopla Siglo X-XI Tesoro de San Marcos -Venecia Caliz de los Patriarcas,Constantinopla Siglo X-XI Tesoro de San Marcos -Venecia[ 

Le vase de la Cène était, assurément, le plus précieux des trésors. En 1429, le Chapitre fait l’inventaire de s on Trésor, dont le vase de la Cène : " c’est un grand plat d’argent, dont le fond est fait d’un vase qui a servi à Notre-Seigneur. " En 1611, le chanoine Camusat dans un inventaire du Trésor de la cathédrale, donne une description détaillée du vase de la Cène : " il est en porphyre vert et noir, en forme de bassin rond, garni d’argent, au milieu duquel il y a un crucifix d’argent doré, aux coings des croisons y a 5 émeraudes fines".

]The Attarouthi Treasure - Chalice 7th century,Byzantine Made in Attarouthi,Syria silver and gilt The Attarouthi Treasure - Chalice 7th century,Byzantine Made in Attarouthi,Syria silver and gilt[

En 1637, Des Guerrois rappelle que Garnier de Trainel a envoyé un fort beau vase de jaspe, entouré d’un bord d’argent sur lequel il y a 4 vers grecs qui sont gravés en lettres majuscules : " Autrefois, ce plat servait à Notre-seigneur, quand il mangea avec ses bien-aimés apôtres. Maintenant il sert aux saintes Particules (c’est-à-dire les Hosties consacrées) de notre même Seigneur, ce que témoigne ce don si artistement orné. " Un inventaire de la Cathédrale de 1700, ajoute que ce vase " a servi à la Cène de Notre-Seigneur, les lettres grecques qui sont autour le disent ainsi. "

]Calice de Kremsmünster offert par le Duc Tassilon. Cuivre fondu et doré, plaques d'argent. Vers 770 ; 22,5 cm de haut, 15,7 cm de diamètre. Abbaye bénédictine de Kremsmünster Calice de Kremsmünster offert par le Duc Tassilon. Cuivre fondu et doré, plaques d'argent. Vers 770 ; 22,5 cm de haut, 15,7 cm de diamètre. Abbaye bénédictine de Kremsmünster[

Un chanoine raconte après le terrible incendie de 1700, qu’il y a à la cathédrale " un bassin assez grand, qui a servi à la Cène, lorsque Notre-Seigneur mangea avec ses Apôtres la veille de sa Passion, sur le bord duquel on lit 4 vers qui en font foi. "

En 1709, des bénédictins venus à Troyes, constatent l’existence de notre précieuse relique " dont Notre-Seigneur se servit à la Cène lorsqu’il lava les pied à ses disciples, dans le fond duquel on voit un beau vert émeraude, et autour on lit 4 vers grecs qui prouvent son antiquité. Ce vase de porphyre, ou de quelque autre pierre plus précieuse, en forme de petit bassin, a un pied et demi environ de diamètre, y compris un bord d’argent qui en augmente la circonférence. Le fond est enrichi d’une croix d’or ou d’argent doré, fixé çà la circonférence par ses quatre extrémités. Le bord d’argent est chargé de 4 iambes grecs en lettres capitales, gravées en relief. Le caractère de ces lettres, maigre et allongé, est assez semblable à celui des lettres capitales que l’on voit dans quelques manuscrits du temps de Charlemagne. "

]Gold Goblet with Personifications of Cyprus, Rome, Constantinople, and Alexandria c700. Byzantine or Avar Gold Goblet with Personifications of Cyprus, Rome, Constantinople, and Alexandria c700. Byzantine or Avar[

Courtalon-Delaistre, curé de Sainte-Savine écrit : " On voit dans le Trésor de la Cathédrale, un plat de jaspe avec un cercle d’argent large d’environ 3 pouces, autour duquel on lit 4 vers grecs, par lesquels on assure que ce plat servit à Jésus-Christ dans la dernière Cène qu’il fit avec ses apôtres, lorsqu’il institua l’Eucharistie. "

  Il en reste le témoignage dans les verrières exécutées sous Nicolas de Brie (verrière 10, la seconde à droite du chœur).

En janvier 1794 tous les reliquaires et reliques furent livrés aux flammes révolutionnaires !

]Gold Chalice, Europe 5th-10th century Gold Chalice, Europe 5th-10th century[

Dans ce cas également le doute exprimé en ce qui concerne l'objet décrit par Arkulf devient légitime, car Constantinople était justement célèbre parce qu'elle gardait la Couronne d'Épines, le Suaire et même la Croix du Christ, amenée dans la ville par l'Empereur Bizantin Héraclius en 629.

Encore une fois il est légitime de se demander: Quels sont les mots employés à cette époque pour désigner le Graal ?

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La "Queste del Saint Graal": Roman du XIIIe s.

Publié le par Perceval

*' Illustration tirée d'un manuscrit du 15e siècle du Cycle de la Vulgate ( appelé aussi cycle du Lancelot-Graal ) Cette section propre au Graal est nommée: La '' Queste del Sant Graal "]The Grail pentecost; Lancelot, Queste, Tristan, Morte, France (Ahun), c 1470

La "Queste del Saint Graal" est un roman qui forme la quatrième partie du cycle de la Vulgate et a été écrit dans les années 1225-1230.

Le roman commence un jour de Pentecôte, au moment où les chevaliers du roi Arthur se trouvent réunis autour de la Table Ronde, et une série de présages annonce l’arrivée du meilleur des chevaliers : il s’agit de Galaad qui s’assied sur le Siège Périlleux, réservé depuis l’époque de la Passion au chevalier parfait.

Le Saint Graal apparaît au-dessus des chevaliers et, lorsqu’il disparaît, tous se disposent à partir à sa recherche et à mener à bien la quête du Saint Graal.

Le roman s’attache ensuite aux aventures des principaux chevaliers de la cour arthurienne. Gauvain s’égare dans des entreprises étrangères à la quête et est couvert de reproches par des ermites à cause de ses péchés et de son impénitence. C'est le livre de messire Lancelot du Lac, ouquel livre sont contenus tous les fais et les chevaleries dudit messire Lancelot, et la Queste du saint Graal Author Gautier Map 1

Lancelot expie son péché (ses amours adultères avec la reine Guenièvre) et lutte désespérément contre les puissances qui l’empêchent de poursuivre la quête jusqu’au bout, mais son repentir et sa confession sincère, suivie d’une dure pénitence, transforment le chevalier amoureux d’antan en une sorte d’ascète.

Un autre chevalier, Bohort, part lui aussi à la recherche du Graal en ascète, admire les ermites pour la pureté de leur âme et triomphe des fallacieuses tentations ourdies par le diable.

perceval soeur de lancelot bateau nef de la foi La soeur de Perceval, et la nef de la foi...

Galaad, Perceval et Bohort, les trois chevaliers élus, se trouvent finalement réunis dans une nef merveilleuse qui fut construite par Salomon avec des arbres du Paradis terrestre et qui renferme un certain nombre de symboles de l’attente messianique, en particulier l’épée du roi David. Celle-ci ne se laisse empoigner que par Galaad, dernier descendant du roi et n’admet, en fait de baudrier, que les blondes tresses de la soeur de Perceval ; cette dernière a rejoint les trois chevaliers dans le vaisseau, les accompagne dans leurs aventures terrestres et ne tarde pas à mourir après avoir offert son sang pour guérir une lépreuse. Son corps est porté dans la nef mystérieuse que les élus ont quittée et que rejoindra bientôt Lancelot. Celui-ci, naviguant seul avec la jeune morte, débarquera au château de Corbénic, où il ne pourra qu’entrevoir les merveilles du Graal, car sa confiance en Dieu n’est pas absolue. Detail of a miniature of Sir Galahad and his companions on the Quest for the Holy Grail, approaching a castle which is destroyed by lightning (Part 2, Queste del Saint Graal) France, N. (Saint-Omer or Tourna

Galaad, qui erre avec Perceval pendant cinq ans accomplissant des exploits prophétisés bien des siècles auparavant (guérison du roi Mordrain, aventure de la fontaine bouillonnante), rejoint Bohort et tous trois parviennent au château e Corbenic.

En compagnie de neuf autres chevaliers inconnus, ils célèbrent une sorte de répétition de la Sainte Cène au cours de laquelle apparaît Joseph d’Arimathie entouré d’anges et portant le Saint Graal ; Galaad guérit le Roi Mehaignié.

Obéissant à un ordre divin, les trois élus s’embarquent de nouveau sur la nef de Salomon et cinglent vers Sarraz où se trouve le Palais Spirituel. Escorant, le roi païen de Sarraz, emprisonne pendant un an les trois chevaliers qui subsistent grâce à la présence du Graal. Le roi mort, une voix divine ordonne à ses sujets d’offrir la couronne à Galaad, qui l’accepte.

Un an plus tard, les secrets du Graal lui sont révélés et, après avoir reçu la communion des mains de Joseph d’Arimathie, il meurt. A l’instant même, une main mystérieuse emporte au ciel le Saint Graal.grail47

Perceval se fait ermite et meurt au bout d’un an; Bohort l’enterre au côté de sa soeur et de Galaad et revient à la cour du roi Arthur pour y raconter toutes ces aventures. Celles-ci, mises en écrit par des clercs d’Arthur, seront bien plus tard, translatées en latin par Gautier Map, puis en français.

grail48L’auteur, qui n’est évidemment pas Gautier Map, est sans doute différent de celui du Lancelot propre et de celui de la Mort le Roi Artu, mais l’oeuvre n’a de sens que par rapport à ce qui la précède et à ce qui la suit dans le cycle.

On a depuis longtemps mis au jour l’originalité de cet écrivain au sein de la production romanesque du XIII° s. : proche de Cîteaux, sans pour autant être lui-même cistercien, l’auteur de la Queste del Saint Graal dresse dans une prose sobre et fine un tableau de la vie chrétienne et, à travers Galaad, un tableau de la vie ascétique et mystique selon Cîteaux. grail49

Romancier original qui semble à la fois être rompu aux méthodes de l’exégèse biblique et connaître parfaitement la matière arthurienne, il nous offre le miracle d’un récit où se côtoient jusqu’à se fondre des réminiscences évangéliques (Pentecôte du Graal) et des données mythiques (le siège périlleux, l’épreuve de l’épée du perron). De plus, il ne s’agit pas d’une quête traditionnelle, puisque le Graal s’offre en ouverture à tous les chevaliers de la Table Ronde réunis à Camaalot, en cour plénière.

La tâche des quêteurs n’est pas de prendre possession de l’objet, mais d’en affiner et d’en intérioriser la vision jusqu’aux deux ultimes théophanies : celle de Corbenic où le corps ensanglanté du crucifié surgit du Saint Vessel aux yeux des trois élus, celle de Sarras où le seul Galaad se trouve en présence de l’indicible et des grandes merveilles.grail50

La linéarité habituelle de la quête est ici constamment brisée par l’entrelacement - plusieurs personnages affrontent au même moment différentes aventures liées au Graal - et par les ’senefiances’ des ermites ou autres, qui resituent les aventures dans un cadre historique (biblique ou pseudo-biblique), ou eschatologique. Techniques narratives qui confèrent au récit une double épaisseur : hiérarchie des quêteurs, de Galaad à Gauvain, en passant par Perceval, Bohort et Lancelot ; profondeur historique depuis Adam (légende de l’Arbre de Vie) jusqu’à la fin prochaine du monde arthurien. En fait, la Queste del Saint Graal dessine moins un parcours linéaire que circulaire : le Saint Graal retourne dans son lieu originel à Sarraz, figure de la Jérusalem Céleste, tout comme Galaad revient sur la terre de ses ancêtres David et Joseph d’Arimathie. Seul Bohort accomplit le chemin traditionnel, lui aussi circulaire : cour d’Arthur - aventures extérieures - cour d’Arthur.

Sources: Charles RIDOUX

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Jérusalem au Moyen-âge -2/2-

Publié le par Perceval

La première croisade, prêchée par Urbain II en 1095 et mêlant les armées de tous les États chrétiens d’Europe à des groupes de pèlerins, a pour but d’assurer la sécurité du pèlerinage au Saint-Sépulcre. Il s’agit également de protéger les « frères chrétiens » d’Orient, et de combattre l’islam ; mais le premier objectif est véritablement la reconquête de Jérusalem

 

La conquête de la ville par quinze mille Croisés, les 14-15 juillet 1099, a pour conséquence un bain de sang : Juifs et musulmans sont massacrés sans distinction, et la population passe de trente mille à trois mille personnes. Godefroi de Bouillon, à qui les barons européens offrent la couronne de Jérusalem, refuse de porter une couronne d’or là où le Christ porta une couronne d’épines et prend le titre d’avoué du Saint-Sépulcre. Les Croisés interdisent tout établissement musulman ou juif dans la ville, et font venir des chrétiens de Syrie, dispensés de taxes, pour renforcer la présence chrétienne à Jérusalem.

 

C’est la fondation du Royaume latin de Jérusalem par Baudouin Ier, en 1100, qui fait de la Ville Sainte une véritable métropole : elle sera le centre du pouvoir franc au Levant jusqu’à sa reconquête par Saladin en 1187

La ville est protégée par deux ordres de moines-chevaliers qui acquièrent rapidement une influence immense, les Hospitaliers (ordre fondé en 1109 et installé près du Saint-Sépulcre) et les Templiers (ordre fondé en 1128, qui a ses quartiers près de la mosquée al-Aqsa, convertie en église), qui dépendent tous deux directement du Pape.

Sources : lesclesdumoyenorient.com

La période ayyubide (1187-1250) : En Egypte, le sultan ayyubide Saladin, un Kurde arménien de foi musulmane, arrive au pouvoir en 1170. Il succède au fils de Zengi comme gouverneur de Syrie et d’Egypte, et ses contemporains le considèrent comme un homme de foi.

Les Croisés sont repoussés vers la mer. Ensuite le chef mamelouk Baybars, de 1260 à 1277, fait tomber la dynastie ayyubide de Saladin et mène une série de campagnes en prenant ville après ville et en progressant peu à peu vers la côte. Acre, la dernier bastion croisé, tombe en 1291.

La période mamelouke (1250-1517) : Les Mamelouks parviennent à battre l'invasion Mongole à Ein-Harod, Jérusalem passe sous leur contrôle jusqu’à la conquête ottomane de 1516.

- 1490: Nombre d’habitants dans une Jérusalem en ruines: dix mille environ.

En 1517, la Terre d’Israël, et avec elle Jérusalem, passe sous la domination de l’Empire ottoman, domination qui va durer quatre siècles (1517-1917).  

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Jérusalem au Moyen-âge -1/2-

Publié le par Perceval

Jérusalem - Le Mythe : Jérusalem terrestre et céleste : Figure exemplaire, image merveilleuse, pôle d’attraction et source de bienfaits...

Jérusalem telle que la représente la littérature française médiévale, apparaît comme la ville des reliques majeures, des indulgences et des miracles, comme celle des pèlerinages et des croisades, comme la ville sainte par excellence, au cœur de la ''Terre'' ...

 

Le pèlerinage :

« A la fin de l’époque romaine et pendant l’ère byzantine (IVe-VIIe siècle), le pèlerin est un aristocrate de culture classique, tenté par la vie ascétique du désert ; puis ce pèlerin s’intéresse aux récits miraculeux. Le XIe siècle voit émerger une figure de pénitent millénariste, en attente du Jugement Dernier imminent dans la vallée de Josaphat. Les pèlerinages se collectivisant toujours plus, les groupes se rassemblent sous l’autorité d’un directeur et comptent des laïcs, des clercs ainsi que des chevaliers armés pour leur défense : ainsi naîtra la croisade, qui, à l’origine, avait vocation pérégrinatoire. Dans les premières années du Royaume latin de Jérusalem, le croisé se distingue encore mal du pèlerin, mais aux XIIe et XIIIe siècles, l’écart se creuse entre ceux qui vivent dans le monde pour le défendre avec leurs armes et ceux qui le rejettent par idéal du contemptus mundi. Le pèlerin du XIIIe siècle se dessine plutôt comme un intellectuel aussi bien ouvert à la connaissance des choses spirituelles qu’à celles des réalités profanes : à la traditionnelle description des sites et des sanctuaires, il ajoute de libres observations et contribue aussi à la diffusion de fables.

Des pèlerins devant l'église du Saint-Sépulcre gardée par les Sarrasins - Marco-Polo

L’homo itinerans des XIVe et XVe siècles, en quête d’indulgences, ne correspond plus vraiment à un type défini ; il incarne plusieurs figures : la diversité des couches sociales, le tempérament des individus se reflètent dans les mémoires de voyages. À partir de 1332, il est pris en charge par les Franciscains de Terre sainte, organisateurs des processions, prédications et exercices spirituels adaptés aux lieux saints définis. » Extrait de Les pèlerins de Jérusalem au Moyen Age - De Nicole Chareyron (Auteur)

Jérusalem au Moyen-âge

Jérusalem est pour le peuple juif un centre à la fois religieux et historique, puisqu’elle était la capitale du royaume biblique de David et de Salomon, qui y construisit son temple. 

Elle est aussi la ville sainte des chrétiens, puisqu’elle fut le lieu de la mort et de la résurrection du Christ, que symbolise le Saint-Sépulcre ( = le tombeau du Christ ).

Enfin, l’islam sanctifie cette ville, lieu de la montée au ciel du Prophète Muhammad. Jérusalem est donc un centre religieux où cohabitent les trois religions : tous les témoignages médiévaux s’accordent sur la présence d’importantes communautés aussi bien chrétiennes que juives et musulmanes (excepté pendant les périodes de persécution). 

Contrôlée par l’Empire byzantin depuis 324, Jérusalem connaît une quinzaine d’années de domination perse entre 614 et 629 avant d’être reprise par les Byzantins. Pour peu de temps, toutefois, puisque s’ouvre presque au même moment l’ère des grandes conquêtes musulmanes : la Ville Sainte, appelée Aelia par les documents musulmans d’époque, est conquise vers 638 sans combat.

La conquête musulmane marque la fin des persécutions chrétiennes contre les Juifs, qui sont officiellement autorisés à se réinstaller à l’intérieur de la ville, ce qui leur était interdit depuis 135.

La prise de pouvoir fatimide, en 969, marque le début d’une ère plus prospère pour Jérusalem : al-Muqaddasi, voyageur et géographe musulman né à Jérusalem, insiste dans son récit de voyage sur son essor intellectuel et son cosmopolitisme, qu’il décrit en ces termes : « À Jérusalem, on trouve toutes sortes d’hommes cultivés et de docteurs, et pour cette raison le cœur de chaque homme intelligent est tourné vers elle. Tout au long de l’année, ses rues ne sont jamais vides d’étrangers [3]. » Avec trente mille habitants, un kilomètre carré de superficie et quatre kilomètres de remparts, Jérusalem connaît alors son apogée à l’ère musulmane.

En 996, elle entre à nouveau dans une période de déclin, lors de l’arrivée au pouvoir du « calife fou », al-Hakîm, qui persécute les chrétiens, interdit les pèlerinages et ordonne en 1010 la destruction des synagogues et des églises, y compris le Saint-Sépulcre. À sa mort, la situation s’apaise, les pèlerinages reprennent régulièrement et les bâtiments de culte sont reconstruits, mais Jérusalem demeure une ville secondaire dans le paysage politique et commercial de l’Orient médiéval. En 1071, elle est conquise par les Turcs Séleucides, qui occupent déjà les montagnes de Palestine : sous leur autorité se déroulent de nombreux pillages, rançonnements et persécutions des chrétiens et des Juifs, qui aggravent les préoccupations des États chrétiens d’Occident. Les Fatimides reprennent la ville en 1098, juste avant l’arrivée des premiers Croisés.

L'arrivée de plus en plus massive de chrétiens européens à partir du Xe siècle : l’année 1065 voit la venue à Jérusalem de douze mille pèlerins chrétiens originaires d’Allemagne et de Hollande. Selon les rapports de rabbins du XIe siècle, des pèlerinages juifs auraient également lieu.

L'importance symbolique de Jérusalem est donc considérable, ce qui est particulièrement important en un temps où le politique et le religieux sont quasi indissociables. C’est pourquoi elle sera l’enjeu majeur des croisades : l’appel du pape Urbain II au concile de Clermont le 27 novembre 1095, qui lance la première croisade, met l’accent sur la nécessité pour les chrétiens de reconquérir la Ville Sainte et particulièrement le Saint-Sépulcre.  

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La Quête du Graal : La Roue de Fortune – 10/21 -

Publié le par Perceval

* Quelle est votre Question ? ( en conclusion de l'étape précédente.. : Le Prêtre Jean..)

- «  Où trouver cet Ermite, et comment relire mon chemin... ? »

Entrez !

La Roue de Fortune est un des thèmes majeurs de la littérature et de la philosophie au Moyen-âge : elle évoque d'une part le caractère éphémère des biens sur terre, et d'autre part que même les puissants peuvent être au sommet, et pourtant tomber subitement... La déesse Fortuna, influence ainsi la destinée humaine ; elle est représentée en haut d'une roue et l'a fait tourner selon les caprices de la chance...

Dans la Légende arthurienne, Gauvain, la rencontre dans un grand château. Mi-noire, mi-blanche, Fortuna est accompagnée de sa Roue...

Si elle peut paraître en alternace belle et hideuse, en sa présence, Fortuna reste belle... Elle manifeste au Chercheur de Graal, son rayonnement intérieur ; elle l'aide encore par la suite à découvrir les véritables secrets du vase sacré...

Fortuna est plutôt favorable à Gauvain ( le champion de ces dames …!)

 

Un roman, que rédige Wirnt de Grafenberg, vers 1204-1215, continue cette destinée favorable …

En effet, l'histoire s'attache au jeune Wigalois, qui serait le fils de Gauvain , et de … disons d'une fée. Il part à la recherche de son père. Il gagne la cour du Roi Arthur, avant de s'engager dans une série d'aventures qualifiantes qui vont le mener au mariage et à la souveraineté. L'emblème du jeune chevalier est une roue d'or ( la roue de Fortune ). Fortuna, ou la providence, veille sur lui en permanence...

La possibilité d'un nouveau choix, peut nous conduire à une meilleure compréhension du but essentiel de notre Quête. Même un changement de fortune, peut nous armer d'une détermination plus grande encore ...

Pour continuer le Chemin : - Quelle est votre question ?

Sources : Le Tarot du Graal de John Matthews

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