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galanterie

Chevaliers et Dames, vers une nouvelle aristocratie au XVIIIe siècle – 2/-

Publié le par Perceval

Chevaliers et Dames, vers une nouvelle aristocratie au XVIIIe siècle – 2/-

En l'honneur du mariage entre Jean-Léonard de la Bermondie, et Jeanne de Villoutreys... Nous découvrons la poésie du moment, qui préfigure ''le romantisme ''… Ces poètes sont des militaires comme Jean-Léonard, des aristocrates attentifs aux ''Lumières''...

Évariste de Parny

Évariste Désiré de Forges (1753-1814), connu comme vicomte de Parny est issu d'une famille originaire du Berry, installée en 1698 à l'île Bourbon (La Réunion), où il naît... Il quitte son île natale à l'âge de neuf ans pour venir en France métropolitaine avec ses deux frères... Il envisage une carrière ecclésiastique , entre au séminaire de Saint-Firmin …

Son frère Jean-Baptiste, écuyer du comte d'Artois, l'introduit à la cour de Versailles où il fait la connaissance de deux autres militaires qui, comme lui, se feront un nom dans la poésie : Antoine Bertin, originaire comme lui de l'île Bourbon, et de Nicolas-Germain Léonard, qui était, lui, originaire de la Guadeloupe. En 1772, il est capitaine d'une compagnie de gendarmes du Roi.

Il s’installe en 1786 dans la maison qu’il possède dans le vallon de Feuillancourt, entre Saint-Germain-en-Laye et Marly-le-Roi. Avec Bertin et Léonard, il forme la "société de la caserne", qui a coutume de s’y réunir.

William Hogarth , 1730

Depuis 1770, cette Société se fixe pour but d'honorer l'amour et l'amitié dans un cadre naturel.

Sa poésie célèbre un amoureux désir pour une femme apparaissant sous le nom d’Eléonore, une femme de l’île Bourbon, que son père a refusé qu’il épouse et qui s’est finalement marié avec un autre.

Poésies érotiques - Évariste de Parny

- ill: Cabane ( L.A.)

 

Pour Parny « le plaisir est toujours légitime » (Poésies érotiques, livre I, Fragments d’Alcée) ; et la liberté d’aimer ne se confond pas, dans son esprit, avec une licence impétueuse. Il sait, en authentique épicurien, que la bride lâchée au désir en réduit les heureux effets et que la sagesse de ce que les Anciens ( et Horace) nommaient ''l’aurea mediocritas'' ( la ''médiocrité d'or'', quelque chose entre l'insouciance du lendemain et le juste milieu, prônée par JJ Rouseau ...) constitue le meilleur gage du bonheur charnel :

by William Hogarth vers 1760

« Sachons pourtant, près de celle que j’aime

Donner un frein aux transports du désir ;

Sa folle ardeur abrège le plaisir

Et trop d’amour peut nuire à l’amour même »

(Poésies érotiques, livre III, Réflexion amoureuse, p. 79).


 

 

« La scène des plaisirs va changer à mes yeux.

Moins avide aujourd’hui, mais plus voluptueux,

Disciple du sage Épicure,

Je veux que la raison préside à tous mes jeux.

De rien avec excès, de tout avec mesure ;

Voilà le secret d’être heureux . »

Poésies érotiques, livre III, Le Songe

 

Antoine de Bertin (1752-1790)

Les détails du rituel initiatique des chevaliers et chevalières sont connus grâce à des vers d'Antoine Bertin (1752-1790) , qui consacra d'ailleurs toute son énergie amoureuse à célébrer une " chevalière " : Marie Catherine Sentuary, mariée à un négociant bordelais ( Testart) mais venant souvent seule à Paris chez ses sœurs ( en particulier Michelle de Bonneuil, muse d'un autre poète : André Chénier. ) (et qui posa, en 1773, dans l'atelier de Mme Vigée-Lebrun). La jeune femme est décrite dans Les Amours sous le nom d'Eucharis. 

 

« Un air de négligence, un air de volupté,

Un sourire ingénu, la pudeur rougissante,

Les diamants, les fleurs, l’hermine éblouissante,

Et la pourpre et l'azur, tout sied à sa beauté... »

 

« C'est vous que je nomme Eucharis

Ô vous, des beautés de Paris

La plus belle et la mieux aimée.

Sous ce voile mystérieux

Cachons nos voluptés secrètes.

Dérobons-nous à tous les yeux :

Vous me ferez trop d'envieux

Si l'on sait jamais qui vous êtes.

C'est vous que, sous des noms divers,

Mes premiers chants ont célébrée. »

("À Eucharis", livre 1) »

 

Et, à présent, entrons dans ces salons que l'on désigne un peu vite de ''libertins''...

A suivre ...

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Chevaliers et Dames, vers une nouvelle aristocratie au XVIIIe siècle – 1/-

Publié le par Perceval

M. B. Ollivier - 1777 - Le Thé à l'anglaise servi dans le salon des Quatre-Glaces au palais du Temple à Paris en 1764

M. B. Ollivier - 1777 - Le Thé à l'anglaise servi dans le salon des Quatre-Glaces au palais du Temple à Paris en 1764

Jusqu'à la naissance de Catherine-Jeanne, Jean-Léonard et sa femme Jeanne, vivront en majorité à Paris, avec de fréquents retours de Jean-Léonard sur ses terres limousines...

Jean-Léonard entraîne Jeanne, à sa suite lors d'expériences étonnantes que leur offre ce siècle... Cette deuxième partie du XVIIIème siècle, semble bien pour ceux qui – par privilège – peuvent le vivre, s'ouvrir à des temps nouveaux...

Une nouvelle aristocratie, inspirée des ''Lumières '' se propose de vivre en toute égalité sexuelle, le partage des plaisirs et de culture, et de devenir aux côtés d'une monarchie à réformer, un pouvoir « intermédiaire », garant d’ordre et de progrès.

La noblesse ancienne d’origine chevaleresque dont la réputation repose sur le nom, la fortune terrienne, les charges et les grades dans l’armée, et que Jean-Léonard de la Bermondie représente ; accepte en ces temps nouveaux de ''fraterniser'' avec une noblesse de robe constituée de bourgeois anoblis qui, en récompense de services rendus à l’état, reçoivent la permission d’acheter un titre, afin tous d'accéder au charme, au raffinement et l’idéal chevaleresque ; ce lieu de fraternité est alors incarné par la Franc-maçonnerie ...

Dans cette société chevaleresque et courtoise, (idéalisée et fantasmée).. ; la femme a toute sa place, à l'image du mythe arthurien avec Guenièvre, la reine adultère, avec Viviane, la fée initiatrice qui transmet l'épée, avec Morgane, l'amante avide de pouvoir, avec Blanchefleur, et Yseult, et Enide, et beaucoup d'autres ….

M. B. Ollivier - 1777 - Le Thé à l'anglaise ... - Détail

Quand il n’est pas à la guerre ou à la chasse, l’aristocrate est dans un salon à faire sa cour aux femmes, à les amuser et à s’en faire aimer. Les jeux amoureux, après les cours d'amour du XIIe siècle, sont à nouveau codifiés comme jeux de société par les “Précieuses” dès le XVIIe siècle … Les femmes tiennent les salons, elles en font ''le temple des galanteries délicates et des gracieuses frivolités''. « L’esprit, la naissance, le bon goût, les talents, s’y donnaient rendez-vous. Jamais, à ce qu’il paraîtrait, société ne fut ni mieux choisie, ni plus variée ; le savoir s’y montrait sans pédantisme, et la liberté qu’autorisaient les mœurs y paraissait tempérée par les bienséances. » du rédacteur du Journal des débats Jean-François Barrière

On y parle philosophie et l'on y débat des idées les plus hardies sur les questions religieuses ou politiques... Émilie-Sophie de Montullé (1756-1816), marquise de Turpin de Crissé, et artiste peintre anime un salon où se trouvent Favart, Voisenon et Boufflers, elle fonde la « société de la Table ronde », et produit un petit recueil intitulé ''la Journée de l’amour''... ! ( cf Note (1) )

M. B. Ollivier - 1777 - Souper du prince Louis François de Conti, palais du Temple, 1766

 

Note : (1) « La ''Journée de l'Amour '' ou les Heures de Cythère (1776), est un ouvrage dont les exemplaires n'ont pas été livrés au commerce et qui sont excessivement rares... Voici l'origine de ce livre : La comtesse Turpin de Crissé, fille du célèbre maréchal de Lowendhal, qui joignait aux charmes de la figure toutes les qualités de l'esprit, avait fondé chez elle une espèce de petite académie littéraire, sous le titre de ''Société de la Table Ronde''. Là, régnait la plus parfaite égalité; l'esprit et la gaieté se donnaient carrière et se trouvaient encouragés par la bienveillante approbation et la douce tolérance de la jolie présidente. Autour d'une table ronde (pour qu'il n'y eût pas de place d'honneur), dont un écritoire formait le plat du milieu, s’asseyaient le gai et brillant Boufflers, le jeune et spirituel Guillard, à peine âgé de vingt-quatre ans ; le petit abbé de Voisenon, n’avait de l'église que l'habit, et son ami Favart, qui l'associa dans presque toutes ses productions. Les membres de cette heureuse association qui devrait servir de modèle à beaucoup de graves et pédantesques académies de province, écrivirent et publièrent en commun la Journée de l'Amour, dédiée aux femmes, et ornée de quatre jolies gravures et de huit culs-de-lampe dus au crayon de Tannay et aux burins de C. Macret, O. Michel et N. Bruneau, tous artistes en vogue dans les boudoirs du siècle dernier. (…) C’était le fruit d'une longue paix, et l'effet du règne plus que galant de Louis XV, qui avait plongé toutes les populations dans une mollesse pastorale et des goûts affadis et champêtres, qui ne se dissipèrent que trop brusquement à l'approche de la tempête révolutionnaire. » d'après le bulletin du Bibliophile ( Ch Nodier) 1842

Lecture Salon de Madame Geoffrin - Gabriel Lemonnier (1743-1824)

La rencontre entre hommes et femmes développent les vertus de générosité, de courage et de délicatesse, un idéal d’héroïsme et de noblesse retransmis de la chevalerie. Le XVIIIe siècle, y ajoute le désir et la volupté... ( Marivaux, Boucher, Fragonard..)


 

Du fait des conditions matérielles qu'impose le mariage comme contrat, l'idée de fidélité conjugale au 18e s. a bien évoluée …. !

Ainsi, cette recommandation d’un mari à sa femme: dans Les contes de Marmontel (1723-1799)

« Madame, l’objet du mariage est de se rendre heureux. Nous ne le sommes pas ensemble. Or il est inutile de nous piquer d’une constance qui nous gène… Vivez chez vous, je vivrai chez moi… »

« Les nœuds de l’hymen étaient une chaîne. Aujourd’hui voyez la complaisance, la liberté. La paix règne au sein des familles. Si les époux s’aiment, à la bonne heure, ils vivent ensemble, ils sont heureux. S’ils cessent de s’aimer, ils se le disent en honnêtes gens et se rendent l’un à l’autre la parole d’être fidèles. Ils cessent d’être amants, ils sont amis. C’est ce que j’appelle des mœurs sociales, des mœurs douces. »

Vignette pour les contes moraux de Marmontel

Les contes moraux de Marmontel eurent un succès relativement durable … Il s'agit en fait d'exalter une vertu au moyen d'un court récit … Morale ''bien pensante'' cependant, que la Sorbonne va condamner en 1768 pour intolérance religieuse...

Ainsi ce qu'écrit le duc Lauzun dans ses “Mémoires”. Il raconte le malheur de la comtesse de Stanville qui, comme beaucoup de jeunes femmes nobles de l’époque, vivait à Paris pendant que son mari était en province comme commandant d’un régiment à Nancy en Lorraine. C’était une jeune femme très à la mode qui fréquentait la haute société et les habitués de la cour de Louis XV. Le mari avait accepté qu’elle soit la maîtresse du duc de Lauzun, et qu’elle ait refusé les avances du ministre Choiseul. Mais il ne toléra pas qu’elle lui impose d’être supplanté par un roturier. En tombant amoureuse d’un acteur, la jeune femme avait commis un crime de lèse-majesté, elle devait être punie. La punition fut exécutée avec éclat. Muni d’une lettre de cachet facilement obtenue par Choiseul, l’époux vint chercher sa femme à trois heures dans la nuit du 20 janvier 1769, à la sortie d’un bal dont elle avait été la reine. Il la fit monter dans une chaise de poste et la conduisit directement au "couvent des filles de Sainte Marie" à Nancy ou elle demeura enfermée pour le restant de ses jours.

Ces ''lettres de cachet'' sont, pour J.L. de la Bermondie, les signes aberrants d'une monarchie absolue à réformer ( mais non à renverser...). En effet, J.L. restera toujours fidèle à la monarchie ...


 

Entre 1770 et 1790, Jean-Léonard de la Bermondie, va fréquenter à Paris ; des gens comme : * le vicomte de Parny, capitaine d'une compagnie de gendarmes du Roi, maçon, de la Loge "Les neuf sœurs" et poète... Il sera le guide vers des salons libertins …

* Jean de Sinclair, dont on a déjà parlé, est officier dans la ''Garde Ecossaise''... D'un séjour à Londres, où il a rencontré Cagliostro ; il présente à J.L. * Le chevalier d'Oisemont qui descend d'une famille de seigneurs templiers, qui possédaient une importante commanderie. Ce chevalier s'est pris d'une passion pour la belle Lorenza, épouse du Comte de Cagliostro... ! Il se dit disciple du mage, et va involontairement dévoilé quelques astuces de ce faux magicien Merlin…

Voilà le programme des prochains articles … !!!

A suivre ...

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Versailles – Le temple de la galanterie. 3/3

Publié le par Perceval

« Je demandai un dernier rendez-vous, qu'on m'accorda sans difficulté. Madame d'Esparbès me parut d'une tranquillité qui me confondit. Vous avez voulu me voir, me dit-elle : en pareil cas, toute autre vous aurait refusé ; mais j'ai cru devoir quelques conseils à l'intérêt qu'inspire toujours une ancienne connaissance.

Une élégante à sa toilette par Michel Garnier

Vous êtes, en vérité, d'une enfance rare : vos principes, votre façon de voir, n'ont pas le sens commun. Croyez-moi, mon cousin, il ne réussit plus d'être romanesque ; cela rend ridicule, et voilà tout (Madame d'Esparbès avait quelques raisons de me faire ce reproche ; on m'avait laissé lire beaucoup de romans pendant toute mon enfance ... ). J'ai eu bien du goût pour vous, mon enfant ; ce n'est pas ma faute si vous l'avez pris pour une grande passion, et si vous vous êtes persuadé que cela ne devait jamais finir. Que vous importe, si ce goût est passé, que j'en aie pris pour un autre, ou que je reste sans amant ; vous avez beaucoup d'avantages pour plaire aux femmes : profitez-en pour leur plaire, et soyez convaincu que la perte d'une peut toujours être réparée par une autre : c'est le moyen d'être heureux et aimable.

Vous êtes trop honnête pour me faire des méchancetés ; elles tourneraient plus contre vous que contre moi. Vous n'avez point de preuves de ce qui s'est passé entre nous ; l'on ne vous croirait pas, et on vous croirait, jusqu'à quel point croyez-vous donc que cela intéresse le public ? S'il a su que je vous avais pris, il ne s'est pas attendu que je vous garderais éternellement. L'époque de notre rupture lui est parfaitement indifférente. D'ailleurs la mauvaise opinion et la défiance des autres femmes me vengeraient de vous, si vous étiez capable de mauvais procédés. Les avis que je vous donne doivent vous prouver que l'intérêt et l'amitié survivent aux sentiments que j'avais pour vous.

— J'étais embarrassé, et je faisais une assez sotte figure : des protestations , quelques compliments passablement gauches. . . Elle me tira d'embarras en sonnant ses femmes de chambre pour l'habiller. Je restai encore un moment, et je sortis.

mademoiselle Rosalie Duthe (1748–1830)

Je me consolai au bout de quelque temps de mon infortune, et restai sans occupation sérieuse. Ensuite je trouvai une très-jolie petite fille, chez une femme célèbre (La Gourdan, approvisionneuse, en effet bien connue de la cour, où on l'appelait la petite comtesse) par ses talents pour en procurer. Jeune, douce, novice encore, elle me prit. La médiocrité de mes propositions ne lui répugna pas ; elle se contenta d'un très-petit appartement au troisième étage, fort mincement meublé. Je n'eus qu'à m'en louer. Pendant quelques mois que dura notre liaison, elle ne parut jamais mécontente de son sort, ni désirer plus d'argent que je ne pouvais lui en donner. Au retour d'un voyage de huit jours à la campagne, j'arrivai chez elle le soir ; elle n'y était plus, et la servante me remit le billet ci-joint :

« Je ne vous quitte pas sans peine, mon bon ami, et je suis bien fâchée que vous ayez à vous plaindre de mes procédés; j'espère cependant que vous m'excuserez de n'avoir pas refusé un sort avantageux que vous n'êtes pas assez riche pour me faire. Je vous avoue que la certitude d'être dans la misère et l'ignominie, si je vous perdais, m'effraie. Adieu, mon bon ami, je vous assure que, malgré ce que je fais, je vous aime, je vous regrette de tout mon cœur, et que Rosalie ne vous oubliera jamais. » ( Mademoiselle Le Vasseur de l'Opéra était connue sous le nom de Rosalie. Depuis la comédie des Courtisanes de Palissot, dont l'une des héroïnes s'appelle Rosalie, elle reprit son nom de famille pour paraître n'avoir rien de commun avec celle-ci.)

 

Sources : Extraits des Mémoires du Duc de Lauzin ( 1747-1783)

Anne Thoynard de Jouy, Comtesse d'Esparbès de Lussan

Anne Thoynard de Jouy, comtesse d'Esparbès (1739-1825) épouse en 1758 le comte Jean-Jacques d'Esparbès de Lussan (1720-1810). Lointaine cousine de la marquise de Pompadour, elle est introduite à la cour en 1758. Mme d'Esparbès est admise dans l'intimité de Mme de Pompadour et fait partie de ces jolies parentes dont la favorite aime s'entourer pour permettre au roi de prendre parfois son plaisir sans s'éloigner d'elle. Libertine, on la surnomme «Madame Versailles»; poétesse, elle tient un salon réputé. Sa liaison avec le roi se situe entre 1763 et 1765.

Mme de Genlis évoque Mme d'Esparbès dans ses Mémoires : « Madame d’Amblimont et madame d’Esparbès étaient alors, à la Cour, les favorites de madame de Pompadour, qui leur donnait, dans son intérieur intime d’étranges petits noms d’amitié : elle les appelait mon torchon, et ma salope. »


 

Armand Louis de Gontaut, duc de Lauzun, est né à Paris en 1747. Grand séducteur et grand soldat, Lauzun fut rendu plus célèbre par ses aventures amoureuses que par ses faits d'armes. Dans ses mémoires, récit sincère et modeste des succès qu'il remporta à la guerre et auprès des femmes, il se livre avec délicatesse et sans vanité, faisant de lui-même le contraire d'un don juan nihiliste.

Lauzun a écrit ses Mémoires en 1782, lors de sa seconde mission militaire aux États-Unis. La destinataire de son récit était sa maîtresse du moment, la marquise de Coigny. A l'époque du duc, la liberté érotique pour les deux sexes était un trait distinctif des mœurs aristocratiques et la morale se réduisait à une question de style.

Lauzun passe son enfance à la cour.. A douze ans, il est admis dans le régiment des Gardes françaises.

Marie-Amélie de Boufflers

Forcé à se marier ; il ne réussit qu'à se faire accorder deux années, avant le mariage. Il épouse Amélie de Boufflers le 4 février 1764... Il s'est fait un point d'honneur de ne nourrir aucune attente sentimentale à l'égard de son épouse. Ce qui ne l’empêche pas de lui témoigner au début les attentions requises par les circonstances. Mais, peut-être par timidité, inexpérience ou fierté, la jeune fille donne preuve d'un « éloignement choquant » ; qu'il décide de se cantonner avec elle dans des rapports de courtoise indifférence. La si jolie Mme de Lauzin fut donc la seule femme destinée à n'exercer aucun attrait sur lui.

On demandait à M. de Lauzun ce qu'il répondrait à sa femme ( qu'il n'avait pas vue depuis dix ans )  si elle lui écrivait : " Je viens de découvrir que je suis grosse. "  Il réfléchit et répondit : " Je lui écrirais : je suis charmé d'apprendre que le Ciel ait enfin béni notre union . Soignez votre sante, j'irai vous faire ma cour ce soir . "( Chamfort, Caractères ) 

Favori de Marie-Antoinette, Armand Louis de Gontaut-Biron, duc de Lauzin est donné comme son amant.

Élu député aux États généraux de 1789 par la noblesse du Quercy, il se rallie à la Révolution, et entre dans le parti du duc d'Orléans. À partir de cette époque, il se fait appeler le général Biron. … Traduit devant le tribunal révolutionnaire, il est arrêté et guillotiné le 31 décembre 1793

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Versailles – Le temple de la galanterie. 2/3

Publié le par Perceval

Madame de Pompadour

Pour distraire le roi, Madame de Pompadour organise une petite troupe de comédiens choisis parmi ses amis ; la marquise elle-même tient sa place. La petite troupe se présente soit dans le petit théâtre de la cour des Princes, soit dans des théâtres provisoires et démontables installés d'abord dans la Petite Galerie puis dans la cage de l’escalier des Ambassadeurs. Ces petites salles accueillent très peu de spectateurs...


 

« (…) je soupai dans la ville avec madame d'Esparbès, et madame d'Amblimont, autre cousine de madame de Pompadour. Madame d'Amblimont fut écrire dans sa chambre après souper. Madame d'Esparbès, sous prétexte d'avoir la migraine, se coucha ; je voulus discrètement m'en aller ; mais elle me dit de rester, et me pria de lui lire une petite comédie, nommée ''Heureusement '' (Première pièce de Rochon de Chabannes, composée d'après un conte de Marmontel ), que nous avions jouée ensemble (Il n'y a que deux personnages importants dans cet acte. ), et depuis elle m'appelait son petit cousin ( Madame Lisban et Marthon appellent Lindor « le petit cousin » ).

Mon petit cousin, me dit-elle, au bout de quelques minutes, ce livre m'ennuie ; asseyez-vous sur mon lit et causons ; cela m'amusera davantage. Elle se plaignait du chaud, et se découvrait beaucoup. La tête me tournait, j'étais tout feu ; mais je craignais de l'offenser; je n'osais rien hasarder; je me contentais de baiser ses mains et de regarder sa gorge avec une avidité qui ne lui déplaisait pas, mais qui n'eut pas les suites qu'elle était en droit d'en attendre. Elle me dit plusieurs fois d'être sage, pour me faire apercevoir que je l'étais trop. Je suivis ses conseils à la lettre. Elle souffrait cependant que je la couvrisse de caresses et de baisers, et espérait vainement que je m'enhardirais. Quand elle fut bien sûre de mon imbécillité, elle me dit assez froidement de m'en aller; j'obéis sans répliquer, et ne fus pas plus tôt sorti que je me repentis de ma timidité, et me promis bien de mieux profiter du temps, si l'occasion s'en présentait encore. »


 

A Paris, loin de la Cour aux mille regards, le bal de l'Opéra, se tient dans une annexe du Palais Royal.

Le Bal de l'Opéra est le plus fameux de tous les bals du Carnaval de Paris et un de ses principaux événements. Il naît le 31 décembre 1715 par ordonnance du régent...

Très vite, le bal de l'opéra devient un lieu de rencontres, de mixité sociale dans une société encore très hiérarchisée. Sous le masque, on peut bavarder et danser, (voire plus...) avec n'importe qui. Grands seigneurs et nobles dames viennent s'y amuser, se mêlant aux bourgeois et gens du commun, dans un joyeux mélange, au milieu des rires et de la musique, dans une cohue des plus tumultueuses.

Grandes dames, filles entretenues, aventuriers d'un soir, joueurs professionnels, grands seigneurs, actrices, escros de haut vol... Tous se mêlent et viennent danser, sous les yeux de ceux réfugiés dans leur loge.

Marie Louise Élisabeth d'Orléans, duchesse de Berry, la fille aînée du Régent, contribue à la vogue des bals de Carnaval à l'Opéra

Marie-Antoinette masquée et incognito accompagnée de son beau-frère le comte d'Artois adore les bals de l'opéra où elle danse des nuits entières.


 

L'Opéra, haut-lieu du libertinage, est le plus beau vivier de jeunes personnes prêtes à s'offrir aux caprices des gentilshommes.

Les inspecteurs Meusnier ( aussi espion, faussaire et aventurier …) ou Louis Marais, chargés de la police des mœurs, établissent des fichiers sur les dames " de l'allure " ou " du haut ton ", c'est à dire qui sont entretenues à grand prix. Ces rapports concernant le comportement sexuel des filles de l'Opéra et des théâtres, permettent en particulier de contrer les juteuses escroqueries à la paternité visant des célébrités de l'époque. A partir de 1750, il s'agit de chasser les prêtres ..


 

Eleanor (Nell) Gwyn

« Je fus, quelques jours après, au bal de l'Opéra. Une assez jolie fille, appelée mademoiselle Desmarques, m'agaça vivement ; elle me parut charmante ; elle avait formé la plupart des jeunes gens de la cour, et voulut bien se charger de mon éducation; elle me ramena chez elle, où elle me donna de délicieuses leçons , dont on a vu plus haut que j'avais grand besoin : elle les continua pendant quinze jours, au bout desquels nous nous séparâmes. Je voulus lui donner de l'argent; elle le refusa, en me disant que je l'avais payée dans une monnaie si rare à trouver, qu'elle n'avait besoin d'aucune autre. Je revis madame d'Esparbès à Versailles; je lui donnai le bras un soir, en sortant de chez madame de Pompadour, après souper.

Elle voulut me renvoyer dès que je fus dans sa chambre: Un moment, lui dis-je, ma belle cousine; il n'est pas tard: nous pourrions causer. Je pourrais vous lire, si je vous ennuie. Mes yeux brillaient d'un feu qu'elle ne leur avait pas encore vu. Je le veux bien, me dit-elle ; mais à condition que vous serez aussi sage que vous l'avez été la première fois : passez dans l'autre chambre ; je vais me déshabiller ; vous rentrerez quand je serai couchée.

Je revins en effet au bout de quelques minutes. Je m'assis sur son lit sans qu'elle m'en empêchât.

Lisez donc, me dit-elle. — Non; j'ai tant de plaisir à vous voir, à vous regarder, que je ne pourrais voir un mot de ce qui est dans le livre. Mes yeux la dévoraient ; je laissai tomber le livre ; je dérangeai, sans une grande opposition, le mouchoir qui couvrait sa gorge. Elle voulut parler, ma bouche ferma la sienne ; j'étais brûlant : je portai sa main sur la partie la plus brûlante de mon corps ; tout le sien en tressaillit. En me touchant elle me fit faire un effort qui brisa tous les liens qui me retenaient. Je me débarrassai de tout ce qui pouvait cacher la vue d'un des plus beaux corps que j'aie vus dans ma vie ; elle ne me refusa rien , mais mon ardeur excessive abrégea beaucoup ses plaisirs. .Je réparai cela bientôt après, et souvent, jusqu'au point du jour qu'elle me fit sortir avec le plus grand mystère.

Le lendemain, je fus éveillé par le billet suivant : «  Comment avez-vous dormi, mon aimable petit cousin? avez-vous été occupé de moi? désirez-vous me revoir? je suis obligée d'aller à Paris pour quelques commissions de madame de Pompadour ; venez prendre du chocolat avec moi avant que je parte, et surtout me dire que vous m'aimez. » Cette attention me charma, et me parut imaginée pour moi. Je me sus bien mauvais gré de n'avoir pas prévenu madame d'Esparbès ; je me donnai à peine le temps de m'habiller, et je courus chez elle. Je la trouvai encore dans son lit, et je me conduisis de manière à prouver que j'étais tout reposé de la dernière nuit. J'étais enchanté; la personne de madame d'Esparbès me plaisait beaucoup, et mon amour-propre était infiniment flatté d'avoir une femme. J'étais assez honnête pour ne le pas dire ; mais on me faisait un plaisir inexprimable de le deviner , et à cet égard elle me donnait toute satisfaction, car elle me traitait de manière à montrer la vérité à tout le monde. Une cocarde où elle avait brodé son nom, que je portais à la revue du roi, publia mon triomphe, qui ne fut pas de longue durée, car elle prit dans le courant de l'été M. le prince de Condé.

Je m'en affligeai, je me choquai, je menaçai ; le tout inutilement. Elle m'envoya mon congé dans toutes les formes, conçu en ces termes :

« Je suis fâchée, monsieur le comte, que ma conduite vous donne de l'humeur. Il m'est impossible d'y rien changer, et plus encore de sacrifier à votre fantaisie les personnes qui vous déplaisent. J'espère que le public jugera des soins qu'elles me rendent avec moins de sévérité que vous. J'espère que vous me pardonnerez, en faveur de ma franchise, les torts que vous me croyez. Beaucoup de raisons, qu'il serait trop long de détailler, m'obligent à vous prier de rendre vos visites moins fréquentes. J'ai trop bonne opinion de vous pour craindre de mauvais procédés d'un homme aussi honnête. J'ai l'honneur d'être, etc. »

 

Sources : Extraits des Mémoires du Duc de Lauzin ( 1747-1783)

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Versailles – Le temple de la galanterie. 1/3

Publié le par Perceval

Les deux premières années, Jean Léonard de LA BERMONDIE fut le plus discipliné et l'un des plus habiles au service de tous les pages. Dès le début de cette troisième année, Solide et agréable de sa personne ; Jean-Léonard fut remarqué par la soeur du duc de Choiseul, madame de Gramont. De caractère ferme et décidé, elle se réserve le jeune garçon et se l'impose dans les carnets du ''grand écuyer''. Le page a su saisir cette chance ; elle va le conduire dans les couloirs du libertinage pratiqué à tous les étages de la cour...

Le Duc de Choiseul, sa maîtresse, la Comtesse de Brionne et l'Abbé Barthélmy. 1775

Cela commence avec Mademoiselle Julie, la femme de chambre de madame la duchesse de Gramont, qui s'amuse de caresses et d'agaceries inutiles puisque le garçon, s'il se sent le corps tout brûlant, n'en ai pas plus avancé...

Puis, il croise le regard de madame de Stainville, qui avait juste quinze ans, et en tombe amoureux... « On en fit des plaisanteries qui le lui apprirent ; elle en fut touchée... ».. Cependant, c'est M. le duc de Choiseul, qui en avait l'air occupé ( ce qui déplaisait à sa soeur ) il faut dire que le mari ( 40 ans et peu aimable …) était à l'armée - .

Les dames de l'entourage de la jeune mariée, n'étaient pas fâchées de lui donner un amant choisi par elles. Madame de Gramont, pensait qu'il lui reviendrait « quand il lui plairait, et cela semblait prévenir un attachement dont la perte de son crédit eût été la suite indispensable. Elle protégeait donc nos amours naissants, et nous faisait souvent venir chez elle ensemble »


Ci-dessous: Le-duc-et-la-duchesse-de-Choiseul avec Mme-de-Gramont

Un mot sur le mariage, en ce temps... Voici ce qu'en dit le Prince de Ligne : « On apprend à une fille à ne pas regarder un homme en face, à ne pas lui répondre, à ne jamais demander comment elle est venue au monde. Arrivent deux hommes noirs avec un homme brodé sur toutes les tailles. On lui dit : Allez passer la nuit avec ce monsieur ! Ce monsieur , tout en feu , brutalement fait valoir ses droits, ne demande rien, mais exige beaucoup. Elle se lève en pleurs, tout au moins, et lui, tout en eau. S'ils se sont dit un mot, c'est pour quereller. Ils ont mauvais visage tous les deux et sont déjà portés à se prendre en guignon. Le mariage commence toujours ainsi sous d'heureux auspices. Toute la pudeur est déjà partie. Est-ce la pudeur qui peut empêcher cette jolie femme d'accorder par goût à celui qu'elle aime ce qu'elle a accordé par devoir à celui qu'elle n'aime pas? Et voilà l'engagement le plus sacré des cœurs, profané par des parents et un notaire. »

Ainsi le ''mari'' est à cent lieux de ce que peut-être un ''amant''... Et le libertinage, la possibilité de répondre aux nobles sentiments de l'amitié et de l'amour ...


 

« Un jour fut l'un des plus heureux de ma vie. Je le passai tout entier avec ma jeune maîtresse, et presque toujours tête à tête. Elle me montrait combien elle était touchée de ma tendresse, et m'accordait toutes les innocentes faveurs que je lui demandais, et je n'en connaissais point d'autres. Je baisais ses mains; elle me jurait qu'elle m'aimerait toute sa vie ; je ne désirais rien au monde. »

Ensuite, « Elle alla beaucoup dans le monde avec madame la duchesse de Choiseul. Elle dansait à merveille ; elle eut le plus grand succès à tous les bals, fut entourée, admirée de tous les gens à la mode ; elle rougit d'avoir un enfant pour amant, me rebuta, me traita durement et prit du goût pour M. de Jaucourt; je fus jaloux, choqué, désespéré, mais je n'y gagnai rien »


 

1745, de Charles-Antoine COYPEL

« Je pris du goût pour une petite actrice de la comédie de Versailles,, âgée de quinze ans, nommée Eugénie Beaubours, encore plus innocente que moi, car j'avais déjà lu quelques mauvais livres, et il ne me manquait plus que l'occasion de mettre en pratique ce qu'ils m'avaient appris. J'entrepris d'instruire ma petite maîtresse, qui m'aimait de trop bonne foi pour ne pas se prêter à tous mes désirs. Une de ses camarades nous prêta sa chambre, ou pour parler plus vrai , un petit cabinet où elle couchait, et qu'un lit et deux chaises remplissaient entièrement. Une énorme araignée vint troubler notre rendez-vous : nous la craignions tous deux mortellement; nous n'eûmes ni l'un ni l'autre le courage de la tuer. Nous prîmes le parti de nous séparer, en nous promettant de nous voir dans un lieu plus propre, et où il n'y aurait pas de monstres aussi effrayants.

J'attirai, bientôt après, l'attention de madame la comtesse d'Esparbès, cousine de madame de Pompadour, mignonne, jolie et galante; elle me fit inutilement beaucoup d'avances que je n'entendis pas ; je fus enfin flatté de la distinction avec laquelle elle me traitait, et j'en devins amoureux. »

Sources : Extraits des Mémoires du Duc de Lauzin ( 1747-1783)

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Du Chevalier courtois au galant homme.

Publié le par Perceval

Louis-Rolland Trinquesse, 1745-1800,  L'élégance 1776

Louis-Rolland Trinquesse, 1745-1800, L'élégance 1776

L'amour courtois des chevaliers, serait-il comparable à la galanterie de ce XVIIIe siècle : Jean Chapelain, dans son dialogue ''De la lecture des vieux romans'', tient à marquer la différence : « Je ne le dirai pourtant pas, parce que je veux que la galanterie soit galante, et j’avoue que celle de Lancelot ne l’est pas. » En quelques lignes Chapelain définit la galanterie comme un « art de plaire » et en bannit les chevaliers, véritables amoureux, mais dépourvus d’esprit et incapables « de se mettre bien auprès de [leurs] maîtresse[s] par des paroles étudiées ».

Les chevaliers sont des amoureux qui ne savent pas parler d’amour, et c’est le discours qui fait le galant. La confrontation du modèle galant et du comportement des anciens chevaliers permet ainsi à Chapelain de construire l’idéal d’une conception de l’amour parfait qui unifierait les actes et le langage, l’éthique et l’esthétique.

Il faut plaire : le plaisir est en relation étroite avec l'amour, en une éthique galante.

Le thème de la Galanterie – centrée sur la période de la favorite Mme de Pompadour (1745-1765), - donc la période que connut J.-L. De la Bermondie - est repris en art de la '' Fête Galante'' et popularisé par Antoine Watteau (1687-1721) ; et par Jean Honoré Fragonard (1732-1806) qui illustra les jeux de la séduction et de l'intrigue amoureuse. Ce thème clamait la joie de vivre, les délices de l'amour, l'alchimie des sentiments et le besoin de paraître.

Cecilia Bartoli joue Alcine

Du 7 au 13 mai 1664, Louis XIV organisait une fête sur le thème de la magicienne Alcine tenant prisonniers en son palais Roger et ses preux chevaliers. La fête officiellement organisée en l’honneur d’Anne d’Autriche, sa mère, et de son épouse la reine Marie-Thérèse, était dédiée en réalité à Mademoiselle de La Vallière, sa maîtresse.

Meghan Lindsay in the title role of Handel's opera Alcina

Un peu comme Morgane qui retient dans sa prison du Val sans Retour, de preux chevaliers ''infidèles'' tout en leur offrant maints plaisirs... La magicienne Alcine retient Roger et ses chevaliers prisonniers dans son île pour en faire ses amants et leur propose de nombreux divertissements. À la fin des fêtes, les chevaliers se révoltent et détruisent le palais d’Alcine.

Si les plaisirs d’Alcine sont condamnés au nom de la vertu. C'est qu’Alcine est dominée par l’amour-propre et l’égoïsme. Alors que le plaisir royal est inséré dans un échange fondé sur la réciprocité et la générosité : celle précisément de ces fêtes...

Alcina, avec Anja Harteros

La figure du chevalier galant telle qu’elle se présente dans '' Les Plaisirs de l’île enchantée '' avec ce personnage de Guidon le Sauvage représenté par Saint-Aignan lie ensemble plusieurs composantes : la prouesse guerrière, la prouesse sexuelle ou le service galant des dames. Et c'est précisément en rupture avec l'idéologie médiévale ( et barbare …!).

 

La Fête 'Les Plaisirs de l'Ile Enchantée' donnée par Louis XIV à Versailles

 

Pourtant, comme l'amour courtois et chevaleresque développé par les troubadours, la galanterie constitue peu à peu un code non écrit qui commande les rapports entre les deux sexes.

Mais, l'idéal du galant homme est d'être à la fois homme d'honneur et compagnon agréable. les dévots le combattent tandis que certains galants le dévoient en libertinage irrespectueux.

Le libertin, lui est tenté d'aller plus loin, vers l'utopie d'une liberté absolue. Ce libertinage imaginaire ne s'épanouira qu'en littérature. Le libertin est généralement un homme : prédateur à la Valmont ou à la Lovelace, insatiable séducteur à la Casanova, homme " à bonnes fortunes " ou habitué des lieux de plaisir les plus crapuleux...

A notre époque – celle de Jean-Léonard de la Bermondie – si un jeune ''chevalier'' ( page en réalité) tente d'être un '' galant homme '' ; il risque plutôt de ressembler à un '' Petit-Maître '' comme l'on dit d'un jeune élégant, aux allures et aux manières affectées et prétentieuses.

La galanterie est un savoir-vivre de l'élite sociale : elle est associée à « la capacité d’adaptation, la douceur et la maîtrise de manières sociales raffinées »

« Il me semble (...) qu’un galant homme est plus de tout dans la vie ordinaire, et qu’on trouve en lui de certains agrémens, qu’un honnête homme n’a pas toûjours ; mais un honnête homme en a de bien profonds, quoi qu’il s’empresse moins dans le monde. » : Le chevalier de Méré

Très vite, l'usage de la cour consiste à ''courtiser les Dames'' et l'on dit aussi « qu’un homme a gagné quelque galanterie avec une femme, pour dire, quelque petite faveur de Vénus qui demande des remedes  » A. Furetière (  homme d'Église, poète, fabuliste, romancier et lexicographe français )... Si la galanterie est un plaisir de bonne compagnie ; elle est aussi comme un ''devoir'' mondain...

 

Hommes et femmes de cette époque reconnaissent que l'amour est une forme de galanterie qui s'apprend et s'utilise pour son plaisir et son intérêt personnel : Marivaux écrit dans le Spectateur français :

Eva Maria Veigel, Mme David Garrick (1724-1822)

« Les femmes de qualité élevées dans les usages de Cour, qui sçavent leurs droits & l’étenduë de leur liberté, ne rougissent pas d’avoir un amant avoüé ; ce seroit rougir à la Bourgeoisie. De quoi rougissent-elles donc ? c’est de n’avoir point d’amant, ou de le perdre. »

Dans l’Histoire de la vie et les mœurs de Mlle Cronel publiée en 1739 par le comte de Caylus mais rédigée par Pierre Alexandre Gaillard, une mère prépare sa fille adulte, mais encore innocente, à la vie de maîtresse officielle d’un riche protecteur et l’initie à l’art de la galanterie : « Te voilà, ma chère Fille, dans l’état où je te souhaite depuis longtemps […]. La foiblesse de l’homme, & son penchant à la volupté, sont des sources de richesse pour une fille capable de plaire […]. La galanterie est un art méthodique, où l’on n’excelle jamais quand on s’écarte des regles, & ces regles sont differentes selon les divers caractères des Amans […] »

Cependant, n'oublions pas que si l’expression de la sensualité chez les femmes est tolérée dans les cercles les plus élevés, la liberté sexuelle fait toujours l’objet de stricts interdits moraux chrétiens...

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