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edith wharton

Edith Wharton – Les règles de la fiction

Publié le par Perceval

L'ambiance qui règne dans ce colloque littéraire improvisé semble excellente, et peut-être facilitée par quelque vin frais italien... Très vite la discussion entrevoit le thème du sujet du roman; par sujet j'entends l'enjeu, duquel les personnages et la situation sont au service...

Winston et Edith se disputent sur le sujet, que chacun rêverait d'écrire, mais - qui ne peut se faire - ... Edith raille d'ailleurs ces romans qui se voudraient résolument modernes par leur écriture ''pornographique''. Elle en revient encore à son ami, Henry James... Subjectivité et mystère, tout l'opposé d'un Maupassant ... Si l'instinct sexuel anime un personnage, et que l'auteur explique la situation, alors le personnage devient une marionnette... Ceci dit même si Maupassant est un auteur exceptionnel, par sa maîtrise de l'écriture, son style puissant et précis; il pense qu'on obtient le meilleur effet en peignant les êtres de l'extérieur plutôt que de l'intérieur; il ne tient pas compte de la nature morale de l'homme...

Churchill, reconnaît que Maupassant choque la bienséance victorienne... Edith Wharton, ajoute que la culture victorienne mêle art et morale... Au fond, à Maupassant il manque l’ambiguïté, et le mystère de James...

 « La quête du secret ne doit jamais se terminer car elle constitue le secret lui-même. » Tzvetan Todorov, critique littéraire bulgare, à propos de la nouvelle de Henry James, « Le motif dans le tapis ».

Clementine, et Winston Churchill

 

Et si nous relevions le défi - propose Clémentine - quel est le sujet le plus choquant qu'un auteur ne pourrait écrire sans talent, et que seule la vraie littérature pourrait s'emparer...?

Anne-Laure rappelle qu'Edith est déjà allée bien loin dans cette exploration... En effet, dans « L’ermite et la sauvageonne », la romancière nous plonge dans une ambiance mystérieuse pour témoigner avec finesse et subtilité de ... disons ''l'appel de la chair'', même si ici, il est encore aveugle et sans objet. Dans « Le prétexte », Edith tourne en dérision les contraintes sociales et les réticences morales qui entravent les sentiments d’une femme mûre; hélas si l'écriture est délicate, l'intrigue est cruelle....

 

Edith Wharton, se plaint amèrement de la situation dans laquelle se trouve la femme aujourd'hui... En littérature, aussi, reconnaissez - dit-elle - qu'avant Jane Austen il était possible d'aborder sans honte tous les aspects de la vie. A partir de cette époque, la pruderie s'est mise à régner...

Thackeray (1811-1863), lui-même, présentant sa merveilleuse ''Foire aux vanités'' (1848) comme un spectacle de marionnettes, reconnaissait avec amertume et tristesse: « Depuis la mort de l'auteur de Tom Jones (1749), aucun romancier parmi nous n'a été autorisé à dépeindre un ''homme'' dans toute sa vigueur »... Les romans de Charlotte Brontë (1816-1855), d'un romantisme irréel, sont accusés de sensualité et d'immoralité... !

Finalement, Morton Fullerton propose un sujet, qui lui semble tabou par excellence... Edith le sait, Morton est attiré par les relations en marge... L'amour très protecteur de sa mère, son attirance très jeune pour sa petite cousine, Katherine Fullerton, élevée avec lui comme sa sœur... Tout cela sans-doute l'amène à proposer le sujet de l'inceste... Et, précisément, Edith est interpellé depuis longtemps par ce thème...!

Alors, attention...! Je reste avec Edith Wharton, sur le plan littéraire; l'inceste n'est pas pris dans sa réalité scandaleuse... Son évocation est une stratégie d'évitement... En effet, écrire sur l'exquise découverte du plaisir sexuel, par un rapport incestueux, rend inavouable cette bouleversante révélation... Edith, sait que l'émoi féminin est condamné au mutisme...!

Donc, effectivement, évoquer l'inceste, signifie au lecteur que le plaisir sexuel, en soi, devient alors un motif inavouable, qui ne peut être écrit...

de John Singer Sargent

Et cependant, quelqu'un va relever le défi...? Winston Churchill...? Edith Wharton...? ou ... Gladys Parrish...?

 

Effectivement, Gladys Parrish (1887-1959) sera l'auteure d'un best-seller, mais l'oeuvre restera anonyme, et provoquera en partie son suicide... Et, précisément, la trame de ''Madame Solario'', pourrait bien être née, là pendant ces longues discussions autour du thème d'un futur succès littéraire... Longtemps ce roman, sera attribué à tort à Churchill....!

Les trois prochains articles seront consacrés au roman ''Madame Solario''

 

Sources: ''Les règles de la fiction'' d'Edith Wharton

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Edith Wharton en Italie -2-

Publié le par Perceval

Hôtel Bellevue, Cadenabbia, Lac de Côme

A l'hôtel Bellevue de Cadenabbia un extraordinaire et heureux hasard va faire rencontrer – pour un jour - nos deux couples voyageurs avec des ''connaissances'' et composer un joyeux, cultivé et improvisé colloque sur le thème de l'écriture d'un roman. Et j'ose émettre une hypothèse littéraire: et si c'était ce jour là que serait né l'idée du roman ''Madame Solario'' promis à un beau succès... ? Je vais m'en expliquer …

Winston_Churchill et Clementine_Hozier

Ces ''connaissances'' vont s'assembler grâce à Clémentine Churchill-Hozier, qui admire Edith Wharton, et surprise de la trouver là s'empresse de lui présenter son mari, le jeune député et récent président du Board of Trade, Winston Churchill, avec qui, elle vient de se marier... Les présentations incluent une jeune américaine, Gladys Parrish, amie de Clémentine et qui possède une maison sur le lac de Côme, et qui va se joindre au groupe...

Cette rencontre sera très productive, si j'en crois les notes d'Anne-Laure, qui laissent entrevoir l'idée d'un roman dont l'intrigue serait située dans cet hôtel même...

Ce jour là, Anne-Laure de Sallembier avec Jean-Baptiste de Vassy, Edith Wharton avec M.F., Winston et Clémentine Churchill, et Gladys Parrish – la plus jeune et célibataire – ensemble, vont donc beaucoup parler littérature.

Edith Wharton, 1905

De tous les sept, l'écrivain reconnu est Edith Wharton; en 1905, elle a publié ''The House of Mirth'' qui fut un grand succés...

De tous, l'un ( et ce n'est pas E. Wharton...) recevra le prix nobel de littérature... Il s'agit de W. Churchill (1874-1965), il est un jeune homme passionné par l'aventure, l'action... Alors qu'il termine ses études à l’académie royale militaire de Sandhurst, son désir le porte vers d’autres continents... N'ayant point de rente, il participe aux campagnes miltaires comme correspondant de guerre notamment pour le Daily Telegraph. Il commente, et ose même critiquer les stratégies militaires de ses supérieurs. Il relate ses propres exploits en Inde, au Soudan, en Afrique du Sud. Par exemple, il sauve son régiment lors d’une mission de reconnaissance à la frontière nord-ouest de l’Inde, et il parvient à s’échapper des geôles des troupes ennemies au Soudan.

Mais, pourrait-il écrire un roman ...? Il avoue lui-même avoir peu d'imagination; mais il répète à l'envie: « J’aime que les choses arrivent et, si elles n’arrivent pas, j’aime les faire arriver »

Le jeune homme a soif d'action, et ne cache pas son ambition... Après avoir compté ses exploits, sa carrière littéraire est lancée, et il compte en faire une voie royale vers la politique... Il vient d'écrire la biographie de son père, député et ministre, mort 13 ans plus tôt.

Churchill ( 12 ans plus jeune) est ravi de rencontrer Edith Wharton, qu'il ne connaissait pas; mais son épouse Clémentine, lui assure qu'étant lui-même l'enfant d'une américaine ravissante, fortunée et fantasque: Jenny Jerome, il ne peut qu'être intéressé par ses écrits, sa mère pouvant être l'héroïne de l'un des romans de Wharton ... Valentine ajoute que le surnom de l'ecrivaine – selon Henry James - serait « l'ange de la dévastation », car elle a le don de parler calemement de choses bouleversantes... Winston - qui ne connaît pas non plus H. James - trouve tout ceci fort intéressant...

Winston Churchill et son épouse Clementine, 1910

Il est à remarquer que tous ces gens se retrouvent en Italie; et qu'ici, ils savourent une réelle liberté; il serait inconcevable de retrouver la même assemblée et la même désinvolture en Angleterre ( ou pire, aux Etats-Unis...).

Déjà à Paris, Edith Wharton elle-même a pu s'aventurer dans l'adultère... Il est vrai que son mari, malade, va rentrer en Amérique. Ensuite, la littérature procure à l'écrivaine, un intérêt particulier de l'élite culturelle à son égard: « À Paris, personne ne peut vivre sans littérature, et le fait que je fusse un écrivain professionnel, au lieu d’effrayer mes amis élégants, les intéressait beaucoup. (...) La culture est, en France, une qualité éminemment sociale, tandis qu’on pourrait aussi bien dire qu’elle est antisociale dans les pays anglo-saxons. En France, où la politique divise brutalement les classes et les coteries, les intérêts artistiques et littéraires les unissent ; et, partout où deux ou trois Français cultivés se rencontrent, un salon se constitue aussitôt » ( E. Wharton - Les Chemins parcourus)

"Edith-Wharton" photographié par Annie Leibovitz

 

De cette mémorable journée et soirée, à l'hôtel Bellevue de Cadenabbia... Je note que, Edith Wharton, admire Balzac, pour ce qu'il est le premier « à considérer ses personnages, physiquement et moralement, dans leurs habitudes de vie, avec toutes leurs manies et leurs infirmités, et à les montrer ainsi aux yeux du lecteur, mais aussi à concevoir l'intrigue de ses romans autant en fonction du lien des personnages avec leur lieu d'habitation, leur milieu social et leurs opinions personnelles, qu'en fonction de l'action qui résulte de leur rencontre. »

La pruderie des romanciers anglais, les contraint à l'hypocrisie quand il s'agit de l'amour et des femmes... « Scott remplaça le sentiment par le sentimentalisme, et réduisit ses héroïnes au rôle d'ornements insipides.. » alors que dans la volonté réaliste de Balzac, ses personnages féminins, les jeunes comme les vieilles, sont des personnes vivantes, autant pétries de contradictions et déchirées de passions humaines, que le sont ses personnages d'avares, de financiers, de prêtres, de médecins. »

"Edith-Wharton" photographié par Annie Leibovitz

« La nouveauté, en Balzac comme en Stendhal, est d'avoir avant tout considéré leurs personnages comme des produits de leurs conditions matérielles et de leur milieu... »

 

Clémentine Churchill interroge Edith sur les nouvelles tendances littéraires, celles qui mettent l'accent sur les '' flux de conscience'' ( ''The Stream of Consciousness " est, à l'origine, un concept philosophique que William James ( le frère d'Henry) formula en 1892.).

Cette méthode « note les réactions mentales comme les réactions visuelles, (…) elle les livre comme elles viennent, sans considération pour le rapport qu'elles peuvent ou non avoir avec le sujet, ou plutôt avec l'idée que leur masse hétéroclite constitue en soi un sujet.

Cette volonté de noter chaque sensation, chaque mouvement d'une pensée à demi consciente, chaque réaction automatique aux impressions passagères, n'est pas aussi neuve que semblent le prétendre ses défenseurs. La plupart des grands romanciers l'ont manifestée, non pas comme une fin en soi, mais en ce qu'elle pouvait servir un dessein général... »

"Edith-Wharton" photographié par Annie Leibovitz

 

Edith Wharton préfère insister sur le besoin d'une nouvelle vison... Observer son objet suffisamment longtemps pour le faire sien; l'alimenter de ses recherches, de son savoir et de son expérience... D'ailleurs ne pas s'en tenir là, connaître un grand nombre d'autres choses... Expérimenter, voyager...

Aller en Italie..! et, Winston Churchill rappelle la formule de Mr Kipling: « Que peut-on savoir de l'Angleterre si l'on ne connaît que l'Angleterre ? »

Mais, qu'en est-il de l'inspiration...? Personne, dans cette assemblée ne semble y croire, sinon en la comparant à une enfant titubant et bredouillant... L'imagination doit tirer parti de l'expérience spirutuelle et morale... Pour qui écrit-on? L'un privilégie son public, et l'autre « pour un autre moi avec qui l'artiste créatif est toujours en mystérieuse correspondance »...

Un point inquiète Gladys Parrish: au moment d'écrire le romancier ne se demande t-il pas: quel personnage va voir cette chose que je veux raconter... ? Par qui vais-je la décrire ? Deux personnes décriront forcément la même chose de façon différente...

Effectivement, rapporte E. Wharton: « le romancier qui a choisi le point de vue d'un personnage doit alors s'efforcer de ne communiquer rien de plus, rien de moins, et surtout rien d'autre, que la façon dont sent, pense et réagit ce personnage.»

A suivre...

Sources: ''Les règles de la fiction'' d'Edith Wharton

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Edith Wharton en Italie

Publié le par Perceval

Edith Wharton connaît bien l'Italie; elle y est venue dès l'enfance, puis avec son mari, ou des amis... L'Italie, c'est la liberté de la France,  avec en plus, le spectacle, c'est à dire la ''scène'' ( le sens du mot anglais...) où se joue les romances d'une saison, avec pou décor les panoramas du nord de l'Italie...

Edith Wharton en voiture...

Edith Wharton aime particulièrement les voyages en automobile...

En 1908, je pense, Edith Wharton convainc Anne-Laure de l'accompagner dans une excursion vers les lacs italiens ; ils partent à deux voitures et deux chauffeurs, donc pour les deux couples. Anne-Laure est accompagnée de J.B. (Jean-Baptiste de Vassy), et Edith Wharton de M.F.... A noter que ces deux hommes ne sont désignés que par leurs initiales ...!

Les domestiques prennent le train et tout le monde devrait se retrouver au bord du lac de Côme....

L'une au moins des deux automobiles est une Panhard et Levassor 15hp, avec une carrosserie torpédo du carrossier de Levallois-Perret Vanvooren.

 

 

Le voyage en automobile est en vogue...

Dans les années 1900, l'automobile s'enhardit ; elle franchit les frontières vers l'Allemagne, l'Italie, la Suisse et l'Angleterre. On peut recenser et suivre les nouveaux exploits comme: des tours dans l'Empire de Russie jusqu'au Caucase et en Géorgie, des randonnées aux Indes, de nombreux tours automobiles aux États-Unis et au Canada.

En 1905-1906, quatre automobilistes, partant de Paris, ont parcouru quatre mille lieues à travers l'Europe et l'Asie pour atteindre Pékin ( Compte rendu dans la Revue du Touring Club de Fr. en 1907, ).

L'automobile est encore loin d'être la rivale du chemin de fer... On ne compte en France que 31.286 voitures en 1907 et il est difficile de trouver des chauffeurs pour franchir les frontières. Un membre du T.C.F. se rendant de Paris à Prague, soit un trajet de 1.200 km (en 39 heures de routes) estime en 1908 avoir dépensé 130 litres d'essence, et les 5 litres d'essence coûtent 2,5 F en 1905...

Souvenir du Plinius Grand-hôtel au bord du lac de Côme

Le tourisme à l'étranger n'est plus une aventure incertaine et périlleuse. Les trains et les paquebots sont confortables et sûrs, les hôtels acceptables et nombreux, en règle générale le touriste est bien accueilli, l'hospitalité courtoise et même chaleureuse ; on improvise des interprètes, et au client aisé on offre toutes les facilités douanières et financières... En 1907, on peut aborder un circuit à travers la Suisse et jusqu'aux lacs italiens, d'une semaine, pour 300 francs environ...

Le voyageur peut également utiliser toute une série de guides particuliers comme le Touriste français en Angleterre de Benassy et Arnaudet (1909), le Guide du voyageur en pays de langue allemande de Moussard et Schuchmacher (1909), le Tour de l'Espagne en automobile de Marge (1909), le Tourisme français en Espagne de J. Laborde (1909), le Guide routier des États-Unis d'Amérique (1909) ou bien encore le Guide pratique du cyclo-touriste en Algérie (1902).

Lac de Côme, Côme en 1900

A l'approche de Côme, les voyageurs sont émerveillés par '' la vue du lac sur un fond montagneux tapissé de verdure et hérissé de sapins entre lesquelles se détachent des tourelles de châteaux, des toits de superbes villas...''

Anne-Laure décrit la promenade du soir, vers les quais du port... La population composée d'ouvriers de l'industrie du velours et de la soierie, a emplit la place qui donne sur le port, où sont amarrés les bateaux qui font le service entre Côme, Menaggio, Bellagio et Lugano. On y organise des promenades en barque... La place est le point terminus des tramways jaunes, des Thomson-Houston, comme à Nice...

Como

Le soir, après le dîner, Anne-Laure monte dans sa chambre dont une fenêtre à balcon donne sur le lac. Elle voit s'allumer peu à peu, dans ces creux des montagnes, de scintillantes lumières. «  Les bateaux qui arrivent font retentir au loin le bruit de leur grave sirène dont l'écho se répercute piano, pianissimo... Sur le quai, des gens se promènent, allant de la place Cavour au jardin public et vice-versa. Le ciel se constelle d'étoiles diamantées. des barques voguent au milieu du lac et le bruit de l'eau déplacée par les mouvements des rames arrive jusqu'à mes oreilles. Spectacle magique ! »

Le lendemain, les deux couples décident de rejoindre leur destination, Cadenabbia, par le bateau...

« A 8 heures 50 nous quittons le port de Côme et filons vers Cadenabbia. Le bateau se dirige vers le nord en offrant en arrière une jolie vue sur la place Cavour et sur toute la ville; à ma droite, je laisse Brunate qui domine les derniers faubourgs de Côme et à gauche Borgovico, où s'élèvent de ravissantes villas. Puis le lac est resserré par une pointe près de laquelle se voient le mont Palanzone, dans une position solitaire ... »

 

Sources : L'Italie et la Sicile : récits de voyage / Gabriel Lécolle

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Edith Wharton et Morton Fullerton

Publié le par Perceval

Edith Wharton

Aujourd'hui, nous savons bien qu'il a existé un tel personnage ''haut en couleur'' : Morton Fullerton serait diplômé de Harvard et correspondant du Times à Paris ; et également un escroc, sans principes et sans morale... Un beau garçon, libertin et bisexuel, qui a su éblouir Henry James. Il est régulièrement endetté parce qu’il serait soumis au chantage d’une ancienne maîtresse... !

C'est à Paris, qu'Edith Wharton va vivre sa seule histoire d'amour sensuelle... Elle dit ne pouvoir vivre ce genre d'aventure, clandestine et de plaisir, que dans l'atmosphère de la capitale française... Cette expérience, dit-elle, va « couler dans son sang » ; elle ajoute : «  Je suis submergée par le bonheur... »

Paris, en effet, est devenu un lieu de libération, pour des femmes intellectuelles comme elle. Ce qui arrive là - un adultère discret - n'aurait jamais pu avoir lieu en Amérique … De plus, la messagerie postale de l'époque permet un échange rapide de lettres livrées plusieurs fois par jour par la poste parisienne et permet de planifier rapidement une rencontre :

- «Au Louvre à une heure dans l'ombre de Diane », écrit-elle dans une note ; la sculpture en marbre blanc de Diane, la déesse de la chasse, nue et allongée, son bras droit enroulé autour du cou d'un cerf, repose dans une pièce peu visitée... C'est un excellent lieu de rendez-vous pour une entrevue privée. Ensuite, ils se rendent dans les anciennes arènes romaines de Lutèce près du jardin des plantes, puis font le tour du jardin du Luxembourg.

Ils se retrouvent au Théâtre, à la Comédie-Française ou au Marigny. Ils dînent dans des restaurants situés dans les coins obscurs de la Rive Gauche, qu’elle décrit comme « le bout du monde… où la nourriture est mauvaise et où il n’y a aucune chance de rencontrer des connaissances».

 

Une autre fois, Edith et Morton vont prendre le train pour Senlis... A son retour Edith confie : « J'ai vécu, ma très chère amie, tout ce que je n'avais jamais connu auparavant, l'interférence de l'esprit et du sens, la double attirance, la communion mêlée du toucher et de la pensée. »

Ce qui est intéressant, c'est ce témoignage de femme sur la sensualité, et plus précisément sur le plaisir sexuel en 1908, qu'elle découvre à quarante-six ans, pour avoir fait fi des contraintes sociales entravant une femme mûre, et qui vante à présent les émotions de tous ceux qui, un jour, se sont « aimés une heure sur le rebord du monde ».

W. M. Fullerton (1865-1952), ici en 1887

Mais, que sait-on encore de ce '' Morton Fullerton ''.. ?

Fullerton a décidé de s’installer à Paris, peut-être pour fuir un passé ''complexe ''...

A Paris, il fréquente la société édouardienne de la classe supérieure, celle de Henry James. De son charme irrésistible, il attire hommes et femmes....

Au moment où il aurait rencontré Edith Wharton, il était divorcé de la chanteuse d'opéra Camille Chabert (mariés en 1903) qui ne pouvait tolérer ses liaisons... Il est encore empêtré par des aventures simultanées avec au moins deux autres Françaises - Adèle Moutot, une actrice mineure qui s'appelait Madame Mirecourt, et Hélène Pouget, un modèle d'artiste de Nîmes. Fullerton entretient également une «relation quasi incestueuse» avec Katherine Fullerton, sa cousine et sœur adoptive...

 

photographié par Annie Leibovitz - magazine- Edith Wharton

Le 15 février 1908, selon H. James, Edith et Morton se sont rendus à Herblay, pour visiter la maison d'Hortense Allart (1801-1879), dernière maîtresse de Chateaubriand ( 1768-1848)... Sa beauté et son charme - elle a 28 ans - ont ébloui l’ambassadeur sexagénaire....

Tous deux sont admirateurs de l'écrivaine, en particulier de sa correspondance … Edith écrit à son propos, qu'elle admire « son intrépide manière de regarder la vie dans les yeux ». Ce jour même, Edith relate des moments d'intimité avec Morton... ou avec Henry ( se demande Anne-Laure..) ou plutôt avec … Walter Berry le seul homme qu'elle ait vraiment aimé... . Diplomate et expert en droit international, il vit aussi à Paris... ? Edith va brûler toutes ses lettres écrites pendant quarante-cinq ans ...

Aujourd'hui, nous savons par des lettres, qu' Edith Wharton après un retour en Amérique, a retrouvé Morton à Londres.

William Morton Fullerton 1909

Le 1er juin 1909, Edith, Morton et Henry James se sont rencontrés pour un dîner... Il y avait beaucoup de champagne et une conversation foisonnante où, selon le biographe F Kaplan , les trois amis étaient assis ensemble « dans l'antichambre de la passion amoureuse ».

Elle passa la nuit avec Morton à l'hôtel Charing Cross, à Londres.

 

Après cette nouvelle nuit de passion au Charing Cross Hotel de Londres, Edith écrivit à Morton des lettres qui ensuite seront laissées sans réponse :

« Ce que vous souhaitez, apparemment, c'est prendre de ma vie, ce que j'ai de plus intime et ce qu'une femme - une femme comme moi - peut donner, pendant une heure, de temps en temps, quand cela vous convient. »

Ce qui reste de cette histoire d’amour est un recueil de poèmes écrits pour son amant et qu'elle a accepté de publier en 1909 : Artemis to Actaeon. Des poèmes, et d'autres textes étonnent par leur érotisme...

Au numéro 53 de la rue de Varennes, une plaque commémore le temps passé par Edith Wharton en France

Anne-Laure a retenu de cette amitié, la passion d'Edith pour la beauté, l'esthétique et sa répulsion pour ce qui lui paraît laid. Edith note sa culpabilité que son éducation lui a léguée, avec l'impérieuse nécessité de se taire en particulier sur ce qui concerne le corps, le sexe et le plaisir...

Edith souffre, qu'une communication intime avec un homme, puisse être si difficile..

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