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driesch

1928 Davos - 5 -Hans Driesch - Erich Przywara

Publié le par Régis Vétillard

Hans Driesch, 1932

Marietta et Elaine, échangent beaucoup sur le professeur Hans Driesch, de Leipzig. Il aurait bien connu Rudolf Steiner, mort récemment... Sa conférence a semblé très obscure par son approche scientifique, avec des références en embryologie, biologie, psychologie du conscient et du subconscient, parapsychologie, ...etc Un débat - le soir, dans une salle réservée de l'hôtel et avec un public, parait-il, trié sur le volet, Marietta s'est arrangé de tout - a permis à Lancelot et Elaine de saisir un peu mieux, de quoi il s'agissait...

Les travaux embryologiques et les spéculations métaphysiques de Hans Driesch mettent au centre du débat le statut ontologique du vivant : ce qui est ''être vivant'' ( la composante subjective, en lien avec ce qui fait la différence entre une 'cellule morte' et une 'cellule vivante'...)

Driesch estime nécessaire d’introduire en biologie un type de causalité n’existant pas dans l’ordre physico-chimique : une « causalité holistique » ( = holistique parce que, la simple somme de ses parties ne suffisant pas à le définir.  ) avec une interdépendance universelle et selon ce que dit Ernst Mach (1838-1916) : " tout ce que se passe ici et maintenant est le fruit de tout ce qui s'est passé partout depuis toujours ''

Driesch, fait état de l’existence de « lois holistiques » [Ganzheitsgesetze] spécifiquement biologiques... Mais là, le chemin est trop complexe pour continuer ici ...

« La vie ne consiste pas en un arrangement particulier de phénomènes inorganiques. La biologie ne peut être, par conséquent, une physico-chimie appliquée. La vie est une réalité originale et irréductible et la biologie est une science qui a ses principes propres et indépendants. »

D'Arcy Thompson (1860-1948) biologiste et mathématicien écossais ; reprend cette idée : « Comme Kant le disait, « la cause du mode d’existence de chaque partie d’un corps vivant est incluse dans le tout ». Et, selon la tendance ou l’aspect de notre pensée, on peut considérer les parties coordonnées, soit en tant que rapportées et ajustées à la fin ou la fonction du tout, soit en tant que rapportées ou résultant des causes physiques inhérentes à l’ensemble du système de forces auquel le tout a été exposé, et sous l’influence duquel il est venu à l’existence »

 

Le débat s'est ensuite centré sur la Théosophie , et particulièrement l'apport de Rudolf Steiner (1861-1925)... En effet, Steiner développe une démarche anthroposophique, qui s'appuie philosophiquement sur une recherche spirituelle de l'être humain, et de sa relation avec le monde, pour mettre en œuvre une pratique adaptée à l’humain, en pédagogie ( à l'aide de pratiques artistiques...), en médecine, en agriculture, en économie, en pharmacologie...etc ; avec des méthodes de travail concrètes, vivantes qui respectent la nature humaine et son environnement...

Steiner, a parcouru l'Europe pour des conférences, et pour ses dernières quinze années, il s'est attaché à construire le centre de son activité - le Goetheanum – qui se situe à Dornach, près de Bâle, en Suisse.

Elaine et Lancelot décident alors de s'y rendre lors de leur retour...

 

Enfin, avant de quitter Davos ; il est temps de revenir sur la relation qui se crée entre Lancelot et Elaine. Pour rester dans le cadre intellectuel de Davos, je vais tenter de la décrire en me référant au journal de Lancelot et à ses notes, sur le thème présenté par l'un des philosophe allemand invité Erich Przywara (1889-1972).

Erich Przywara, est également jésuite, et poussée par Marietta, Elaine se permit, comme prêtre de lui demander plusieurs entretiens... Et, il fallait bien l'effronterie de jeunes filles, pour que Elaine ose rencontrer le prêtre pour lui demander conseil sur sa relation avec Lancelot, mais par le biais du thème de sa conférence ; et pourtant, lui avouer très vite qu'elle n'a presque rien compris à son exposé sur l' ''Analogia Entis''....

 

L'analogia entis, la clef de voûte d'une « vision religieuse du monde » …

- S'agit-il de comprendre le suprême lien qui relie Dieu et l'humain ? Suprême, dans le sens qu'il est métaphysique...

- Oui, mais il s'agit d'une pensée consciente de ses limites... Pour ce qui est de la métaphysique ; on peut faire de Dieu, la Totalité du monde, ou à l'inverse, faire du monde, l'émanation de Dieu... Je suis dans la logique chrétienne de - la Révélation comme réalité - et Dieu, au-delà... !

- Je ne comprends pas...

- Dieu, dans une ressemblance - si grande soit-elle - s’avère toujours plus dissemblable... Dieu, semblable à l'homme, dans l'incarnation, se présente être un Dieu incompréhensible ...

- Et le lien avec l'Humain... ?

- L'humain, (créé à l'image de Dieu ) est une « manifestation de Dieu ». Créé, il tend vers Lui...

 

- Un lien, exprime un ''aller vers'' … De part et d'autre d’ailleurs... pour l'Homme c'est ce désir d'unité d'être et de conscience qui n'existe qu'en Dieu...

- Je suis consciente quand je suis présente au monde, et à moi-même...

- Et si vous avez une intention d'aller vers... Vous donnez un sens au monde... Vous sortez de vous-même...

- Cela s'apparente à ce que j'expérimente depuis ma rencontre avec Lancelot, je fais l'expérience d'être sortie de moi...

- On existe, au moment où l'on sort de soi... C'est, aussi, le sens de Existence... L'Essence, est en référence à ''esse'', l'être, ce qui est ( du côté de l'esprit).

 

- Etre évoque une plénitude... Et, pour moi, en ce moment , le plein m'évoque de n'être plus '' à moitié'', comme j'ai l'impression que je l'étais... . Si je vous dis : quand il est statique, je suis dynamique ; quand il est conscience, je suis manifestation, quand il est pensée, je suis acte ; quand il est absolu, je suis relatif ; quand il est immobile, je suis changement ; quand il est sans-forme, je suis forme... Je vous choque ?

- Non... L'Humain est une véritable manifestation de Dieu...

- En particulier un homme et une femme qui s'aiment, alors... ?

- Ils exercent l'acte d'être, en analogie avec l'Esprit … Tout être tend au-delà de lui-même à s'accomplir.

 

Ce soir là, Elaine, se sent assurée de la valeur de ses sentiments. Elle rejoint - dit-elle – l'accomplissement de l'amour courtois. Au-delà de ce qui semble interdit, il intègre une vision chrétienne pour dépasser le simple désir charnel. Les deux amants, ont d'abord privilégié la parole, le serment, la noblesse des sentiments, la conduite généreuse, la politesse, et le langage. A la Dame, de décider l'entrée progressive de la sensualité, l’utilisation de l'exercice érotique avec sa grammaire faite de baisers, de caresses, de discussions libertines, et d'étreintes qui cherchent à éviter l’adultère et l’acte sexuel ; ou non....

Ce soir là, Elaine invite Lancelot dans sa chambre. Il y a encore quelques semaines ; elle aurait pensé mourir de honte, à se voir dans les bras d'un homme... Ce soir là c'est la honte qui meurt. Elle s'accepte sensuelle, et se réalise dans sa sensualité nue et sans honte.

Lancelot est alors bouleversé... C'est soudain la beauté de ce corps qu'il découvre... Cette beauté s'offre dans la nudité de la femme qui a besoin d'être plus que soi et de goûter l'union...

Les conférences de la dernière semaine sont plus difficiles à suivre... De plus, les sujets traités, dans les conférences, sont assez techniques, exigent des connaissances spéciales en jurisprudence et sciences sociales...

Avant la clôture de la Rencontre, une dernière excursion rassemble professeurs et étudiants. La compagnie des Chemins de fer rhétiques ( RhB ) offre en effet aux participants un aller-retour à Saint- Moritz, initiative fort appréciée malgré une météo peu favorable.

 

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