Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

contes mythes legendes

Conte de Noël : Gauvain et le Chevalier Vert. -1/2-

Publié le par Perceval

Source:  ''The Sphere magazine'' : the Knights of the Round Table

Source: ''The Sphere magazine'' : the Knights of the Round Table

En ce temps de solstice d'hiver ; il était de coutume au Moyen-âge, de faire la fête...

Christmas at the Court of King John

Jouer à des jeux, chanter, boire et manger autour d'un feu, décorer sa maison avec des conifères, et même s'offrir des des cadeaux, sont en effet, quelques-unes des traditions appréciées en ville au Moyen-âge.

Dans la légende arthurienne, le conte de Sire Gauvain et du Chevalier vert est présenté comme une histoire de Noël, remplie de célébrations et réjouissances... Le motif de Noël est facilement observable dans la personne même du Chevalier Vert...

 

Les activités décrites à la cour du roi Arthur lors de Noël dans le célèbre roman du XIVe siècle Sire Gauvain et le Chevalier vert offrent un bon aperçu de la fête dans une cour médiévale tardive:

 

Le roi est à Camelot au moment de Noël et, avec les meilleurs chevaliers de la noble confrérie de la Table ronde, dûment assemblés, ils s'adonnent aux réjouissances et aux plaisirs insouciants de la fête. Auparavant, ils avaient participé à des tournois... Ces célébrations s'étalent sans interruption pendant quinze jours, alternant toutes sortes d’activités festives et de la danse la nuit, pour le plus grand contentement des seigneurs et des dames de la cour …

Alors que la Nouvelle Année est toute jeune - ce jour même la splendeur de la table est redoublée – le roi après la messe rejoint la grande salle avec tous ses chevaliers... Noël est célébré à nouveau, chacun apportant des présents …

 

Le récit relate l'arrivée d'un mystérieux géant vert, monté sur un cheval vert, à la cour d'Arthur se préparant à fêter Noël. 

Ce chevalier vert rappelle la figure rituelle du Feuillu lié au folklore saisonnier, et dont le sapin de Noël est l'emblème. Cet homme ''à moitié ogre'' arrive tout de vert vêtu... Il brandit une branche de houx...

 

Le mystérieux chevalier lance un défi au roi et à ses preux : que celui qui en aura le courage accepte de le frapper avec sa propre hache de forestier ; en retour, le chevalier lui impose seulement d'accepter le même traitement un an et un jour plus tard. Arthur serait prêt à relever le défi, mais par souci de le protéger, c'est Gauvain son neveu qui aura finalement cet ''honneur''. Pensant éviter toutes suites désagréables, Gauvain décapite à la hache son adversaire tout de vert vêtu, mais ô surprise, le géant ramasse sa tête qui avait roulé par terre dans des flots de sang. La tête se met à parler, donnant à Gauvain rendes-vous à la Chapelle Verte, avant que le chevalier portant sa tête sous le bras et chevauchant son destrier aussi vert et superbe que lui ne s'éloigne au galop.... L'aventure ne fait que commencer …. !

 

On connaît le premier récit de cette histoire dans un poème arthurien du XIVe siècle.. La majeure partie du poème (37-197, de 750 à 2479) se situe pendant la saison de Noël. Le défi du chevalier vert a lieu le jour de la Nouvelle Année.

 

Un an plus tard, Gauvain arrive au château de Bertilak la veille de Noël; il y reste pour être ''testée'' par Lady Bertilak pendant trois jours, et répond au défi du chevalier vert, le jour de l'An. Ainsi, les principaux éléments de l'intrigue se produisent lors de la Veillée de Noël et au cours de ses douze jours.

A suivre … la fin de cette histoire: le 25 décembre, c'est promis ... 

Voir les commentaires

L'Histoire d'Ivanhoé – selon Walter Scott ( Résumé) – 3/.-

Publié le par Perceval

L'Histoire d'Ivanhoé – selon Walter Scott ( Résumé) – 3/.-

*   Notes : Après le première partie centrée sur le tournoi d'Ashby-de-la-Zouche, la seconde le sera sur la captivité à Torquilstone ; et la troisième sur le procès de Rebecca à Templestowe, le fief des Chevaliers-Templiers...

Rappel : de Bracy à l'aide de faux '' hors-la-loi'' ont emprisonné le parti saxon, dans une forteresse ( saxonne) contrôlée à présent par le normand Front-de-Boeuf. Cela pourrait être à l'image de l'Angleterre dans son ensemble …

Les deux seules personnes à s'être échappées sont Gurth et Wamba. Ils se sont précipités dans la forêt et retrouvent Robert Locksley (l'archer du tournoi). Il va rassembler ses forces... Le Chevalier noir accepte de le rejoindre.

Cedric est un personnage intéressant dans Ivanhoé; passionné et imparfait, il souhaite désespérément rétablir le pouvoir des Saxons en Angleterre... Et Scott décrit son inquiétude pour son fils '' déshérité'', mais blessé...

Nous commençons à présent le Chapitre 23 :

L'action des chapitres suivants a lieu à Torquilstone, le château de Reginald Front-de-Boeuf.

Cédric , Isaac, Lady Rowena et Rebecca sont conduits au château de Front de bœuf , ils sont séparés, les femmes sont conduites dans des appartements, Cédric dans une vaste salle et Isaac dans un cachot.

Front de bœuf menace le vieux juif d’être torturé, s’il ne lui donne pas mille livres d’argents.

Isaac plaide pour que Rebecca soit autorisée à se rendre à York afin d'obtenir l'argent, mais on lui dit de façon inquiétante que Rebecca appartient maintenant au templier, Sir Brian de Bois-Guilbert !

Le templier Bois-Guilbert tente de convaincre Rebecca d'accepter d'être sa maitresse … Rebeca courageuse, envisage plutôt de se jeter par la fenêtre. Devant tant de courage Bois-Guilbert renonce et prend l’engagement de ne pas lui faire d’outrage , et d’attendre qu’elle lui appartienne de son plein gré...

De Bracy demande à Lady Rowena sa main en mariage, Elle refuse. Si elle ne consent pas, il menace de tuer à la fois Cédric et Ivanhoé. Elle en est tellement éplorée, qu'il en est presque ému ... L’alarme l’interrompt.


 

En dehors du château, les hors-la-loi ont planifié leur attaque. Ils ont échangé des lettres de menaces avec les Normands. Les Normands répondent que les Saxons ne quitteront jamais le château en vie... et qu'ils feraient mieux d'envoyer un prêtre entrer dans le château pour donner les derniers sacrements aux prisonniers saxons... , et ces derniers décident de tirer parti de l'offre. Ils envoient le bouffon Wamba dans le château habillé en frère pour qu'il puisse informer Cedric des projets des hors-la-loi. Les Normands amènent "le frère" dans la cellule de Cedric et Athelstane.


 

Wamba habille rapidement Cédric de son déguisement et le fait sortir du château. Auparavant, déguisé en prêtre, Cédric parcourt des salles du château en espérant que personne ne lui demandera de parler latin. Il croise Rebecca, qui a soigné Ivanhoé, et Ulrica, qui lui raconte sa vie : après que les Normands eurent pris le château à ses ancêtres saxons, elle est devenue courtisane des saxons pour sauver sa vie. Maintenant qu'elle est vieille et laide, elle est frappée et insultée....

Note : Alors que Bois-Guilbert et de Bracy font pression sur les femmes pour qu'elles se soumettent … La détermination de Rowena et Rebecca les fait fléchir … La passion qui les anime, au risque de leur vie, les rend plus humains …

Cedric rejoint le Black Knight et Robert Locksley devant les portes du château et ils commencent leur attaque contre Torquilstone. À l'intérieur du château, Rebecca a convaincu une vieille femme emprisonnée dans le château de l'emmener aux côtés d'Ivanhoé ; experte en médecine, elle s'occupe d'Ivanhoé, blessé. ( le corps inconscient d'Ivanhoé était caché et emmené avec eux à York..).

Ulrica, la vieille femme, se moque de Front-de-Boeuf et le nargue, lui rappelant qu'il est coupable du meurtre de son propre père. Pendant le tumulte, elle met le feu à Torquilstone. 

Les Normands continuent à se défendre alors même que leur château brûle autour d'eux. Rebecca est enlevée par Bois-Guilbert alors qu'Ivanhoé est trop faible pour l'en empêcher.

Le ''Chevalier Noir'' se bat vaillamment et sauve Ivanhoé des flammes. Les autres prisonniers parviennent à s'échapper par leurs propres moyens. 

Athelstane semble être tué lorsqu'il tente de bloquer l'évasion de Bois-Guilbert et est frappé à la tête avec l'épée de Bois-Guilbert. De Bracy, le normand est fait prisonnier par le chevalier noir. Le Chevalier noir murmure quelque chose à l'oreille de De Bracy, qui se rend.... Torquilstone brûle... Ulrica chante une chanson de mort inquiétante.

Dans la forêt, les hors-la-loi se félicitent d'avoir triomphé des tyrans normands. Cédric dit au Chevalier noir qu'il lui doit un service, il peut tout lui demander …

Locksley est reconnaissant au ''Black Knight'' de les avoir aidé. Le Chevalier noir demande à ce que Locksley laisse De Bracy partir en liberté. De Bracy s'en va bouleversé par certaines informations secrètes que le ''Chevalier Noir '' lui a communiquées à Torquilstone....

L'un des hors-la-loi apprend au pauvre Isaac qu'il a vu Rebecca se faire enlever par Bois-Guilbert. Isaac quitte la forêt en panique pour sa fille. Le Chevalier noir se prépare également à quitter les hors-la-loi. Il dit à Cedric qu'ils devraient se retrouver au château d'Athelstane, pour assister à ses funérailles. Wamba accompagne le chevalier noir comme guide dans la forêt.

Pendant ce temps, le prince Jean attend à York ses fidèles chevaliers, Front-de-Boeuf, Bois-Guilbert et De Bracy. De Bracy arrive en sang et sale. Il explique ce qui s'est passé à Torquilstone et confirme ce que nous pouvions soupçonner: le ''Black Knight'' est le roi Richard 1er. Le Prince Jean envoie un groupe d'hommes le tuer puisque, il serait seul sur la route...

Isaac se précipite chez la communauté des Templiers de Templestowe pour tenter de négocier avec Bois-Guilbert la liberté de sa fille Rebecca. Malheureusement pour Isaac, il tombe sur Lucas Beaumanoir, le Maître des Templiers. Ce Beaumanoir est un homme sévère et inflexible. Il déteste les juifs et les femmes...

Lorsqu'il apprend que Bois-Guilbert a capturé une femme et de plus juive, il blâme immédiatement Rebecca au lieu de Bois-Guilbert. Beaumanoir affirme que c'est la sorcellerie de Rebecca et non la faiblesse de Bois-Guilbert qui est à l'origine de sa présence à Templestowe.... Mais, Bois-Guilbert se trouve de plus en plus amoureux de l’indomptable Rebecca, qui continue de rejeter ses avances.

Beaumanoir décide d'organiser un procès pour sorcellerie contre Rebecca.

Bien sûr, Rebecca est condamnée à mort pour crime de sorcellerie. Avant son exécution, Beaumanoir accepte de lui faire subir le jugement de Dieu avec un combat. Il nomme Bois-Guilbert en tant que représentant des Templiers. Si un champion accepte de se battre pour Rebecca, ils se battront en duel. Si le templier gagne, Rebecca sera tuée et s'il perd, il mourra lui-même... !  Rebecca donne à son père une note lui demandant de faire venir Ivanhoé. Même s'il est blessé, elle pense qu'il est le seul homme susceptible de la défendre lors d'un procès au combat.

Nous avons coupé au chevalier noir à travers la forêt avec Wamba. Le Roi Richard est pris en embuscade par un groupe d'assassins ( mené par Waldemar Fitzurse ) envoyés par le prince Jean. Il appelle au secours les hors-la-loi et ils arrivent pour l'aider. Une fois que les hors-la-loi voient que le chevalier noir n’est autre que le roi Richard Ier, ils lui rendent hommage.... Le roi Richard leur pardonne actions passées et promet d'aider à réparer les torts qui les ont menés dans la forêt. Robert Locksley, le capitaine hors-la-loi, se présente sous son vrai nom: Robin Hood ( Robin des Bois) … Chacun connaît à présent la véritable identité de chacun...

Ivanhoe et Gurth les rejoignent, et tous se rendent au château d'Athelstane pour son inhumation …

Au château d'Athelstane, le roi Richard fait promettre à Cedric de pardonner à son fils , Cédric accepte de se réconcilier avec Ivanhoé... Soudain, Athelstane semble revenir des enfers des morts... Il n'avait été que blessé... ! Il raconte comment il a pu se délivrer de son propre cercueil et exhorte Cedric à accorder Rowena à Ivanhoé, affirmant qu'il est indigne d'elle.  Un messager arrive avec le message d'Isaac pour Ivanhoé. Ivanhoé s'en va immédiatement pour aider Rebecca, suivi de près par le roi Richard.

Le lendemain, les Templiers se rendent sur le terrain de duel. Un bûcher est déjà mis en place pour brûler Rebecca si son champion perd ou ne se montre pas. Juste à temps, un chevalier arrive: c'est Ivanhoé... . Même s'il est toujours blessé, il ne laissera pas Rebecca brûler sans défense. Ivanhoé et Bois-Guilbert préparent leurs lances et montent l'un contre l'autre. Lors de la joute, Ivanhoé est tellement épuisé et faible qu'il tombe de son cheval au tout premier passage. Mais de Bois-Guilbert tombe également sur le sol : il est mort, tué par l'intensité de ses passions contradictoires... Beaumanoir prend cela comme preuve que Dieu est du côté de Rebecca et la libère.

Le Roi Richard renvoient Beaumanoir et les Templiers d' Angleterre … Il arrête ou exile les chevaliers normands qui ont rejoint la rébellion de son frère... Cédric abandonne enfin le rêve de voir un roi saxon sur le trône d’Angleterre. Il voit à présent tous les avantages à ce que son fils Ivanhoé à épouse Rowena.

Peu de temps après leur mariage, Rowena reçoit un visiteur surprise: Rebecca. Elle veut la voir avant de quitter le pays. L'Angleterre a trop de préjugés contre les juifs pour que Rebecca et Isaac se sentent à l'aise ici. Ils ont décidé de rejoindre l'Espagne, où ils ont de la famille. Cependant, Rebecca souhaite laisser une boîte à bijoux à Ivanhoé et à sa famille. …

Ivanhoé poursuit une carrière héroïque sous le roi Richard, jusqu'à ce que la mort prématurée du Roi – à Châlus près de Limoges - mette fin à tous ses projets mondains.

 

 

Ivanhoé a été blessé pendant plus du tiers du livre... Son seul acte héroïque a été de remporter le tournoi, et il l'a fait non pas en tant que Ivanhoé mais en tant que ''The Disinherited Knight''.

Ivanhoé représente la plus haute fleur de la chevalerie, et nous ne voyons presque jamais les événements de son point de vue. Son histoire d'amour avec Rowena est un thème secondaire de l'intrigue. L'important, ici, c'est le rôle d'Ivanhoé comme représentant les tensions entre les Saxons et les Normands

Ivanhoé est un Saxon qui entretient des relations étroites avec un roi normand. Il suggère un modèle de comportement différent de celui proposé par Cédric, férocement anti-normand. L'intérêt de Walter Scott pour l'Histoire l'amène à proposer avec Ivanhoé un exemple dans l'orientation prise par l'histoire anglaise ; lors du retour de Richard des Croisades, le temps de l'unification … Remarquons, qu'au moment où Scott écrit son roman, rien ne distingue l’Angleterre normande de l’Angleterre saxonne. Cependant, en 1194, Richard fut contraint de reprendre le pouvoir à Jean et à la noblesse; il fut en fait re-couronné en avril 1194...

Le procès de Rebecca, ternit l'image des Templiers, il souligne l'horrible injustice de la procédure. W. Scott s'engage ainsi contre les préjugés médiévaux ( et de son époque …) envers les juifs. Rebecca, belle, admirable et impuissante, est menacée de toutes parts par d’énormes guerriers immoraux.

Le début de la scène du jugement de Dieu par le combat, crée une tension très particulière, alors que la foule attend de voir si un héros arrivera pour la sauver et que De Bois-Guilbert commence à désespérer. Enfin, un chevalier héroïque arrive sur les lieux pour sauver Rebecca. 

Un chevalier chrétien, qui accepte de se battre contre un chrétien, pour une juive … !

Mais le héros est tellement fatigué, déjà pour s'être précipité sur les lieux qu'il perd ses forces le combat, et pour se retrouver soudainement victorieux puisque son adversaire meurt subitement ! Cette fin, est acceptable à la période romantique où se roman est écrit.  Ivanhoé est plus un produit du temps pendant lequel il a été écrit (1819) que du temps pendant lequel il se passe (1194).

Ivanhoé est avant tout un roman d'aventures. Sa popularité et sa longévité lui valent une place parmi les grands romans historiques de tous les temps.

Walter Scott met en lumière un des épisodes critiques concernant un moment important de l’histoire anglaise, le retour du roi Richard Cœur de Lion en Angleterre après quatre années passées à se battre dans les croisades et à croupir dans les prisons autrichiennes et allemandes.

La narration est très rythmée,  passant d’un tournoi à un enlèvement, d’un siège à un procès de sorcellerie. L’intrigue se clôt sur le mariage d’Ivanhoé et de Rowena, symbole de la fusion entre Normands et Saxons, et prémisse de la nation anglaise.

 

*   Note : Il paraît que le siège du château de Châlus en Limousin, où est mort en 1199 Richard Cœur de Lion, a fourni à Walter Scott le canevas du siège du château de Front-de-Bœuf.

« Scott est certainement l’écrivain le plus étonnant d’aujourd’hui... Je ne connais pas de lecture où je me plonge avec autant de plaisir » William BYRON

« Le vrai délice des romans de Walter Scott vient de ce que nous y prenons connaissance du temps passé, non à travers le style ampoulé des tragédies françaises... mais comme s’il s’agissait de la vie quotidienne ». Alexandre Serguéievitch POUCHKINE

« Quel est donc le prestige employé par Sir Walter Scott pour nous tenir attachés à la lecture de ses romans comme l’avare couve des yeux un trésor qu’il craint de voir diminuer ? Ce prestige, ce talent, consiste dans l’art d’exciter la curiosité(...) de soutenir l’attention par des incidents inattendus, d’alimenter l’intérêt par des situations qui aggravent sans cesse l’embarras des personnages... » HOFFMANN

Lecteur admiratif de Walter Scott, DELACROIX a exécuté de nombreuses toiles inspirées par la lecture de ses œuvres...

Un jugement négatif cependant, celui de CHATEAUBRIAND :
« L’illustre peintre de l’Ecosse me semble avoir créé un genre faux ; il a selon moi perverti le roman et l’histoire : le romancier s’est mis à faire des romans historiques, et l’historien des histoires romanesques ». 

Voir les commentaires

L'Histoire d'Ivanhoé – selon Walter Scott ( Résumé) – 2/.-

Publié le par Perceval

Notes : Nous avons vu avec Isaac et Rebecca, un élément de l’atmosphère religieuse de l’Angleterre du XIIe siècle, les Juifs d’Europe sont dans une situation terrible; ils sont méprisés par les chrétiens, maltraités et insultés ( un ''chien'' …!) par tout le monde autour d'eux, simultanément accusés pour leur pratique de "l'usure" (prêt d'argent et de collecte d'intérêts) et convoités pour leur immense richesse. Une taxe est imposée à tous les Juifs par l'autorité anglaise, elle est connue sous le nom d'Echiquier des Juifs. 

A Noter encore : les tensions entre saxons et normands... La loyauté d'Ivanhoé envers le Roi Richard, la haine de son père 'Cedric le saxon' pour tous les Normands, la noblesse de Rowena... - Wamba et Gurth, sont des représentants de la plus basse classe sociale. Le templier ( belliqueux et antipathique …) : les templiers n'ont pas encore été réhabilités... !, - L'ermite ( faux ascète …) représente différentes facettes de l'église médiévale...

À l'insu de son père, Ivanhoé est récemment rentré en Angleterre déguisé en pèlerin religieux. Sous l'identité du ''Chevalier Déshérité'', il participe au grand tournoi d’Ashby-de-la-Zouche. Avec l'aide d'un mystérieux chevalier noir, il vainc son grand ennemi, le templier Brian de Bois-Guilbert, et remporte le tournoi. Il nomme Rowena la reine de l'amour et de la beauté et révèle son identité à la foule. Mais il est grièvement blessé et s’effondre sur le terrain. 


 

( Chap 13) Prince Jean a cédé le château d’Ivanhoé à Sir Reginald Front-de-Boeuf... Maurice de Bracy et Waldemar Fitzurse insistent sur le fait que Front-de-Boeuf devra quitter le fief d’Ivanhoé.

Le prince Jean reçoit un message de France qui annonce que Richard serait libéré de sa prison autrichienne. Prince Jean et ses conseillers, Waldemar Fitzurse, Maurice de Bracy et Reginald Front-de-Boeuf, imaginent des plans pour empêcher Richard de revenir au pouvoir en Angleterre.

Le concours de tir à l’arc est à l’ordre du jour. Locksley ( Robin des bois) gagne sur Hubert, le champion du roi, le concours de tir à l’arc, le cor et jure fidélité au roi Richard.

Lors d'un Banquet où tous essayent de faire bonne figure, Cédric lève son verre à la gloire de Richard Cœur de Lion ce qui rend prince Jean furieux.

Waldemar se hâte de fidéliser les hommes et de vouloir faire couronner le Prince Jean au plus vite. De Bracy veut enlever Lady Rowena avec l’aide de Bois-Guilbert. Waldemar lui dit de se méfier de ce dernier.

Le chevalier Noir est sur la route. Il force l’hospitalité d’un ermite, qui se montre moins ascète qu'il ne prétend … et met tout ce qu’il a sur la table. Il a une armoire remplie d’armes. ( fin du Chap 17)

Aparté … ! L’apparition dans ce récit de Robin Hood ( Robin des Bois): Locksley, le vainqueur du concours de tir à l’arc, pourrait étonner le lecteur tout comme l'ermite de Companhurst dans la forêt ressemble étrangement à Frère Tuck... Au moment où Scott écrit, la légende de Robin des Bois est déjà inscrite dans le folklore anglais depuis des siècles... La survenue de Robin Hood en tant que personnage dans cette histoire est faite uniquement pour le plaisir du lecteur...

Bien que Cédric n'ait pas réussi à pardonner à Ivanhoé d'avoir quitté l'Angleterre pour la Croisade et se battre aux côtés du Roi Richard, il s'inquiète néanmoins de la blessure de son fils. Il dépêche Oswald pour le surveiller. Cédric découvre que Gurth sert Ivanhoé sous un déguisement et le fait prisonnier ; Gurth s'échappe...

Notes : Oswald est le ''cupbearer'' de Cedric. Cela signifie littéralement qu'il porte la tasse de Cedric, mais aussi qu'il est chargé de veiller à ce que son seigneur soit approvisionné en vin. Cédric, qui aime son vin, valorise clairement Oswald en tant que serviteur et semble proche de lui. 

Dans la forêt, les saxons ( Cédric, etc ...) rencontrent Isaac et Rebecca, qui accompagnent un vieil homme très malade sur une litière. Rebecca demande à voyager avec les Saxons pour se protéger des ''outlaws'' et Rowena implore son tuteur de l'accepter. Il le fait et le groupe continue son chemin.

Soudain, la troupe ( les saxons, Rowena, Isaac, Rebecca...) est assaillie, et faite prisonnière... Ce sont les hommes de Bracy, déguisé en hors-la-loi ( outlaws) de la forêt... Wamba a réussi à s'échapper et a rejoint Locksley et les véritables outlaws...

Notes : je rappelle que Maurice De Bracy est un chevalier normand allié au prince Jean. Jean envisage de marier de Bracy à Rowena, mais de Bracy, impatient, enlève son parti sur le chemin du retour d'Ashby...


Locksley décide d'aider à libérer les saxons de De Bracy ; il va chez l’ermite et le découvre en compagnie du ''chevalier noir'' buvant et chantant toujours... Le clerc et le chevalier acceptent avec enthousiasme d'aider à secourir les prisonniers.

Les hommes de De Bracy emmènent les prisonniers à Torquilstone, le château de Reginald Front-de-Boeuf. Lady Rowena est séparée de sa suite. Rebecca est enlevée à Isaac. Isaac est jeté dans un sinistre cachot et se voit imposer un ultimatum: soit donner mille pièces d'argent à Front-de-Boeuf, soit subir la torture . Isaac propose que Rebecca soit autorisée à se rendre à York pour obtenir l'argent, mais on lui dit de façon inquiétante que Rebecca appartient maintenant au templier, Sir Brian de Bois-Guilbert. Isaac est alors prêt à défier le chrétien plutôt que de payer, à moins que sa fille soit libérée. Les esclaves sarrasins de Front-de-Boeuf déchirent le vêtement d'Isaac et le préparent à la torture, mais le son d'un clairon aux portes, suivi par des voix exigeantes qui inquiètent Front-de-Boeuf, stoppe momentanément la procédure. ( Fin du Chap 22)

A suivre ....

Voir les commentaires

L'Histoire d'Ivanhoé – selon Walter Scott ( Résumé) – 1/.-

Publié le par Perceval

L'Histoire d'Ivanhoé – selon Walter Scott ( Résumé) – 1/.-

Wamba ( fou ou bouffon de Cédric) et Gurth (serf de ''Cedric le saxon'' et gardien de troupeau de porcs) sont dans la forêt. Ils rencontrent une cavalcade composée d’ecclésiastiques ( dont le prieur Aymer de l'abbaye de Jorvaulx) et de chevaliers dont un templier (hautain et violent, «  à la tête de Sarrasin... ») , qui demandent le chemin pour aller chez Cédric le saxon. Wamba leur indique une fausse route ...

Ivanhoé - Conisbrough Castle, home of Cedric the Saxon (1871 edition)

Les cavaliers, finalement conduits par un pèlerin, arrivent dans la demeure de Cédric... Le prieur Aymer de Jorvaulx et le chevalier templier Brian de Bois-Guilbert avec leur escorte demandent l'hospitalité pour une nuit. Cédric le saxon les accueille, bien que ''normands'', avec hospitalité et politesse et les convie à dîner à sa table... Le pèlerin, lui aussi prend place près d'une cheminée. Lady Rowena arrive avec majesté … De Bois-Guilbert est frappé par sa beauté: il la regarde avec audace, au grand dam de Cédric.

Rowena demande des nouvelles de la Palestine...

( Chap 5) Alors que les convives se régalent l’intendant les informe qu’un juif qui se nomme Isaac d'York est devant le porche, et qu’il demande asile. Cédric accepte et dit qu’il ouvre sa table à tout le monde. Mais le juif ne semble pas le bienvenu, seul le pèlerin lui offre une place ...

Durant le repas, les personnes autour de la table évoquent la Palestine et les templiers ce qui mènent à parler d’Ivanhoé, un personnage inconnu de tous.

Le pèlerin prend la parole pour défendre l'honneur des chevaliers anglais ; et de celui d'Ivanhoé que le templier dit souhaiter le provoquer en tournoi.

Le pèlerin est appelé par Lady Rowena qui espère des nouvelles de la santé d’Ivanhoé. Il ne sait que des ouï-dires, et qu'il devrait revenir... .

Le pèlerin entend les esclaves sarrasins de Bois-Guilbert en conversation; il parle leur langue et découvre que le templier a l'intention de dépouiller le juif de ses biens. Le pèlerin sauve le juif, avec la complicité de Gurth à qui le pèlerin a confié quelques mots cachés ... Le juif qui a reconnu chez le pèlerin les éperons d'or d'un chevalier, pour le remercier lui offre le moyen de récupérer un cheval et une armure pour le tournoi.

 

Bien que le Roi Richard soit absent et prisonnier du perfide duc d'Autriche. Bien que le prince Jean, ligué avec Philippe de France, use de tous les moyens pour prolonger la captivité de son frère …

C’est la journée de tournoi d'Ashby de la Zouche et un jour de fête. Cette passe d’armes attire des personnes de tous les rangs...

Le juif Isaac, vêtu avec richesse, est là avec sa fille, la belle Rebecca. Prince Jean, qui est en train de demander un prêt important à des Juifs, ne s'y oppose pas , alors que les Saxons, en particulier Cedric et Athelstane, insistent sur le fait que les incroyants ne devraient pas être autorisés à occuper les sièges, et que les Normands les narguent. Le Prince Jean est frappé de la beauté de Rebecca... et vexe le saxon Athelstane de Coningsburgh, le tout au détriment du juif Isaac... Le bouffon Wamba sauve la situation...

Dans une tribune est placé un trône réservé à la future ''reine d'Amour et de Beauté'' que le vainqueur du tournoi désignera...

Le prince Jean fait signe de commencer et ses chevaliers s’avancent lentement dans l’arène.

Après plusieurs combats, il semble que Brian de Bois-Guilbert puisse remporter le prix... Mais... Un chevalier inconnu provoque le templier ; sur son bouclier, un jeune chêne déraciné et un seul mot: '' Déshérité'' et gagne le tournoi. Il refuse d'enlever son casque et de montrer à tous son identité, et il choque les Normands assemblés en choisissant Lady Rowena, une Saxonne comme reine des Amours, qui ainsi doit présider la fête de demain... ( Chap 9)

 

Le chevalier inconnu refuse tous les honneurs et le festin du aux vainqueurs. L’écuyer de Bois-Guilbert vient lui donner de l’argent, une rançon et une armure telle la loi des armes. Il refuse mais prend la moitié de la rançon pour payer au juif son armure emprunté.

Il envoie Gurth, devenu l'écuyer du '' Déshérité'' , payer Isaac. Mais sa fille Rebecca rembourse tout en cachette. Gurth est heureux, il a bien gagné sa journée.... !

Si le chevalier refuse de dire son nom ; Prince Jean craint qu’il ne s’agisse de Richard, son frère, dont il a volé le royaume.

 

Le lendemain: la deuxième partie du tournoi a lieu. La foule acclame la Reine de Beauté...

Le Déshérité en difficulté, finalement gagne grâce à un chevalier Noir.... Et le Prince Jean décide de désigner le chevalier noir comme celui qui s'est le mieux conduit... Mais la foule et les hérauts le forcent à désigner le chevalier ''Deshérité''... Après ce combat ; faible, le chevalier ne peut empêcher qu'on lui enlève son casque : Rowena pousse un cri, elle reconnaît le chevalier Ivanhoé, il baise la main de la Reine de Beauté, et tombe évanoui... ( Fin du Chap 12)

A suivre ....

Sources des images: The Project Gutenberg EBook of Ivanhoe, by Walter Scott

Voir les commentaires

Ivanhoé de Walter Scott – Le Contexte et les personnages.

Publié le par Perceval

Ivanhoé de Walter Scott – Le Contexte et les personnages.

En l’an 1194 durant le règne de Richard 1er. (cœur de Lion) ; non loin de Sheffield....

Walter Scott ( ) décrit une période sombre de l'histoire anglaise... Quatre générations après la conquête normande de l'île, les tensions entre Saxons et Normands sont à leur comble. Les deux ''peuples'' refusent d'utiliser la langue l'un de l'autre. Le Roi Richard est dans une prison autrichienne, capturé alors qu'il rentrait chez lui après les croisades. Son frère, le prince John, s'est assis sur le trône et, laissent les nobles normands abuser de leur pouvoir. Les terres saxonnes sont récupérées de manière frauduleuse et de nombreux propriétaires saxons sont transformés en serfs. Ces pratiques ont enragé la noblesse saxonne, en particulier le fougueux Cédric de Rotherwood. Cédric est tellement fidèle à la cause saxonne qu'il a déshérité son fils...

Wilfrid a été renié et déshérité par son père, pour s'être mis au service de Richard Cœur de Lion, qui lui a accordé en fief le manoir d'Ivanhoé, et Wilfrid l'a accompagné en Terre sainte, pour participer à la croisade.

En outre, Ivanhoé et Rowena sont amoureux l'un de l'autre...

Cédric de Rotherwood, dit le Saxon est connu comme quelqu’un de fier et de susceptible, il est nostalgique de l'Angleterre saxonne vaincue en 1066, rêve de rétablir sur le trône de l'Angleterre un monarque autochtone en la personne d'Athelstane de Coningsburgh, un voisin, descendant des derniers rois saxons. Dans ce but, il envisage de l'unir avec sa pupille, Lady Rowena de Hargottstandstede ( de grande beauté ...), princesse saxonne descendant du roi Alfred.

 

Les personnages :

Wilfrid d’Ivanhoé

Wilfrid d'Ivanhoé, le chevalier dit ''Déshérité''. Il est le fils de Cédric le Saxon, mais déshérité par son père pour avoir suivi le Roi Richard aux Croisades, il a gagné une grande gloire dans les combats... Il représente la quintessence du code chevaleresque de la chevalerie, de l'héroïsme et de l'honneur.

Richard Cœur de Lion : il est de la lignée ''normande'' des Plantagenêts. Il était parti en croisade. C'est un aventurier, ce qu'Ivanhoé lui reproche … Cependant ici, il est de grande valeur, courageux au combat, et se souciant pour son peuple … Je n'en dit pas plus sur son apparition dans le cours de cette histoire …. A lire dans la suite …

Prince Jean : le frère de Richard, avide de pouvoir, qui occupe le trône d'Angleterre en l'absence de Richard. Jean (John) est un dirigeant faible qui se laisse influencer par ses puissants nobles normands. Son désir tenace de garder le trône cause beaucoup de problèmes à l'Angleterre; il aggrave les tensions entre les Saxons et les Normands et fait tout ce qui est en son pouvoir pour maintenir Richard dans sa prison autrichienne. Son conseiller principal est Waldemar Fitzurse, et ses alliés sont Maurice de Bracy et Reginald Front-de-Boeuf.

Ivanhoé - Lady Rowena.

 

Lady Rowena : La pupille de Cédric le Saxon, une belle dame saxonne amoureuse d’Ivanhoé. Mais, Cédric préfère que Rowena soit mariée à Athelstane, afin de réveiller et honorer la lignée royale saxonne... Rowena représente l'idéal chevaleresque de la féminité: elle est la ''Dame'' juste, chaste, vertueuse, loyale et douce ; avec un grand courage, celui de défier son tuteur en refusant d'épouser Athelstane. « Douée des plus belles proportions de son sexe, Rowena avait une teint éblouissant de pureté, et la noblesse de  ses traits la préservait de la fadeur.» ( …) « Ses yeux bleus, grands et clair, enchâssés sous d'élégants sourcils d'un châtain assez prononcé pour faire valoir son front, pouvaient enflammer et attendrir, pour commander et supplier tour à tour. »

Cédric de Rotherwood : saxon et père d'Ivanhoé. Il est un puissant seigneur saxon qui a déshérité son fils pour avoir suivi Richard aux Croisades. Cédric est extrêmement fier de son héritage saxon et sa priorité est l’avenir de son peuple - d’où son désir de marier Rowena à Athelstane plutôt qu’à Ivanhoe. Les rudes manières de Cédric font de lui un sujet de plaisanteries parmi ses supérieurs normands, …

Athelstane de Coningsburgh

 

Athelstane de Coringsburg : un noble saxon que Cédric espère voir marié à Rowena, pensant que leur union pourrait rétablir la lignée royale saxonne.

Gurth : serf et gardien de porcs, il désire reprendre sa liberté . Il devient de facto, l’écuyer d’Ivanhoé. 

Wamba est le bouffon de Cédric, un clown saxon plein d’esprit et incisif, dont les commentaires acerbes masquent souvent des pépites de sagesse...

Oswald : serviteur valorisé par Cédric.

Reginald Front-de-Boeuf.

Reginald Front de Bœuf : personnage négatif, laid et brutal... Front-de-Boeuf est un chevalier normand allié au prince Jean. Il dirige la forteresse de Torquilstone, où de Bracy emmène ses prisonniers saxons....

Maurice De Bracy : Un chevalier normand allié au prince Jean. Jean envisage de marier de Bracy à Rowena, mais de Bracy s'impatiente... Il va enlever la jeune fille sur le chemin du retour d'Ashby, qu'il emprisonne dans le fief de Torquilstone...

Brian De Bois-Guilbert : Un chevalier de l'ordre des Templiers... Brian de Bois-Guilbert est un combattant redoutable, mais de peu de morale. Lui, le moine templier, se laisse submerger par ses tentations … Il est l'un des personnages complexes du roman : de Bois-Guilbert commence le roman comme un méchant conventionnel - lui et Ivanhoé sont des ennemis mortels - mais à mesure que le roman progresse, son amour pour Rebecca fait ressortir ses qualités …

Maurice de Bracy

 

Briand de Bois-Guilbert.

 

Rebecca est une belle jeune fille juive, la fille d'Isaac d'York. Rebecca ( formée comme guérisseuse) soigne Ivanhoé - blessé dans le tournoi à Ashby - et tombe amoureuse de lui malgré elle. L’amour de Rebecca pour Ivanhoé est en conflit avec son bon sens; elle sait qu'ils ne peuvent pas se marier (il est chrétien et elle est juive), mais elle reste attirée par lui. Pourtant, elle retient ses sentiments. Rebecca est une femme volontaire dotée d'une forte maîtrise de soi. Kidnappée par l’amoureux chevalier templier Bois-Guilbert, Rebecca doit se battre pour son honneur, puis pour sa vie. Elle est une sorte d'héroïne tragique, et compte parmi les personnages les plus sympathiques du livre.

Isaac d'York

 

Isaac d'York  - Le père de Rebecca, un riche Juif. Isaac représente ici le ''Juif littéraire'' profondément stéréotypé ( correspondant hélas à l'époque...!) , inspiré du modèle de Shylock dans Le marchand de Venise de Shakespeare ; un personnage avare, quelque peu chahuteur, mais au grand cœur, qui aime l'argent plus que tout au monde, à l'exception de sa fille. « Un air craintif et hésitant avec de profonds saluts, un vieillard maigre et de grande taille. »

Locksley, Robin Hood : Le chef d'une bande de hors-la-loi de la forêt qui volent les riches et donnent aux pauvres... Locksley se révèle n'être autre que Robin des Bois. Robin et ses hommes vont aider Richard à libérer les prisonniers saxons de Torquilstone et, plus tard, à sauver le roi de l'attaque perfide de Waldemar Fitzurse. Voleur galant, spirituel et héroïque, Robin Hood ajoute une touche supplémentaire d'aventure, d'enthousiasme et de familiarité à l'histoire d' Ivanhoé. Après tout, le personnage de Robin Hood était profondément enchâssé dans la légende anglaise bien avant que Scott écrive son roman.

Locksley.

 

Waldemar Fitzurse : le conseiller principal du prince Jean, qui n'a pas un grand amour pour le prince, mais qui a lié ses aspirations politiques au succès de Jean. Fitzurse est calculateur et perfide, qui sait réagir calmement aux nouvelles qui paniquent Jean. 

Le prieur Aymer : L'abbé d'un monastère, le prieur est néanmoins enclin à la bonne nourriture et au plaisir. Ici, il représente les hypocrisies de l'église médiévale, le prieur Aymer est un compagnon de Brian de Bois-Guilbert.

L’ermite de Copmanhurst  (The Friar ) : Un joyeux moine qui se lie d'amitié avec le roi Richard dans la forêt de Robin Hood. Il est en fait le légendaire Friar Tuck, membre du groupe des joyeux hommes de Robin Hood.

Dame Ulrique : Une vieille femme saxonne qui a souvent des mots odieux, mais se montre généreuse … Elle semble mépriser Rebecca, mais l'aide … À la fin de la bataille pour le château, elle le brûle, raillant Front-de-Boeuf et chantant un étrange chant de mort alors que les flammes l'engloutissent lentement.

Lucas de Beaumanoir est le Grand Maître, moraliste et sévère, des Chevaliers-Templiers.

Albert de Malvoisin est le chef de la forteresse des Templiers de Templestowe. Malvoisin exhorte Brian de Bois-Guilbert à mettre de côté son amour pour Rebecca et à rester fidèle à la règle des Templiers.

Le Pèlerin : un pèlerin religieux qui revient de pèlerinage en Terre sainte....

Le chevalier '' Deshérité'' : Le nom sous lequel Ivanhoé se bat lors du grand tournoi à Ashby...

Le chevalier noir ( et fainéant) : mystérieux Black Knight, qui combat avec Ivanhoé lors du tournoi, sauve les prisonniers saxons de Torquilstone et rencontre Robin Hood et ses hommes.

De Bigot est le sénéchal du prince Jean.

Le comte d'Essex est l'un des loyaux seigneurs du roi Richard Ier. Il arrive avec Richard pour chasser les Templiers d'Angleterre et pour réprimer officiellement la rébellion du prince Jean. 

Hugh de Grantmesnil est l’un des Normands locaux, hôte du tournoi Ashby-de-la-Zouche. Ivanhoé élimine Grantmesnil le premier jour du tournoi. Grantmesnil revient également combattre aux côtés de Bois-Guilbert et Front-de-Boeuf dans les batailles rangées de la deuxième journée du tournoi.

Herman de Goodalricke, est l'un des quatre dirigeants templiers présents au procès de Rebecca; les trois autres sont Albert Malvoisin, Conrade Mont-Fitchet et, bien sûr, Lucas Beaumanoir. Damian est un écuyer servant les Templiers à Templestowe.

Anwold est l'un des serviteurs de Cédric, son porteur de flambeau... Irritable, antisémite … Il y a également , Hugo le gardien et sa lance …

Seth, est un serviteur d'Isaac. Et Zareth est un des membres de la famille d'Isaac dans la ville voisine de Sheffield. Il aide à constituer l'équipement qu'Isaac prête à Ivanhoé pour son tournoi à Ashby.

Elgitha est l'une des femmes d'honneur de Rowena. Elle semble être la femme la plus digne de confiance de Rowena.

Balder est l'un des chiens préférés de Cedric, un lévrier âgé. Balder est le fils d'Odin, le chef des dieux. Le fait que Cédric ait nommé son chien préféré après lui témoigne à quel point il valorise son héritage germanique et saxon.

Fangs est le grand chien de Gurth.

A suivre: L'histoire ....

Voir les commentaires

L'Abacus : Walter Scott et les Templiers :

Publié le par Perceval

Retrouvons le roman d' Elie Berthet (1815-1891) : ''Les Catacombes de Paris ''.

« Alors le grand-maître use de son autorité en lui faisant prêter le serment sur son bâton de commandement, l’Abacus ». (…)

« Alors le grand-maître abaissa vers lui son bâton de commandement, ce célèbre ''Abacus '', insigne de sa dignité » (...)

« Le vieillard baisa la croix gravée sur l’Abacus et sortit. »

 

A t-on déjà rencontré un ''Abacus '' ? En existe-il ?

 

Charles-Louis de Chateauneuf et Elie Berthet s'étaient interrogés à propos de ce fameux bâton de Maître - l'Abacus - et, tous les deux avaient lu de Walter Scott, le roman ''Ivanhoé'', traduit de l’anglais par Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret (1767-1843), et paru en 1820... Ils en avaient été enthousiasmés...

Un personnage du roman de Walter Scott est un templier, peu recommandable : Brian de Bois-Guilbert, un fier chevalier templier, revenu de Terre Sainte, tout comme Ivanohé.

Front-de-Bœuf et Bois-Guibert réussissent à s'emparer d'Ivanhoé blessé, de ses compagnons et de la belle juive Rebecca, emprisonnés au château de Torquilstone... Isaac, le père de Rebecca, se précipite dans la communauté des Templiers de Templestowe pour tenter de négocier la libération de sa fille. Il y rencontre Lucas Beaumanoir, le maître des Templiers... :

 

« Le grand maître était un homme d’un âge avancé, comme le prouvaient sa longue barbe blanche et ses sourcils déjà grisonnants. Ces sourcils, néanmoins, ombrageaient des yeux dont les années n’avaient pu éteindre le feu. Guerrier redoutable, bigot ascétique, ses traits maigres et sévères conservaient l’expression farouche du soldat, et ils étaient également remarquables par la maigreur, fruit de l’abstinence, et par l’orgueil religieux du dévot satisfait de lui-même. Cependant, malgré toute la sévérité de son aspect, on découvrait en Lucas de Beaumanoir quelque chose d’imposant et de noble, qui, sans doute, était dû aux fonctions que sa haute dignité l’appelait à remplir auprès des monarques et des princes, et à l’exercice habituel de l’autorité suprême sur les chevaliers vaillants et aristocratiques rangés sous la règle de l’ordre. Sa taille était élevée, et sa prestance, que l’âge et la fatigue avaient respectée, était droite et majestueuse. Son manteau blanc était d’un modèle régulier et sévère, et coupé selon la règle même de saint Bernard. Il était fait de ce qu’on appelait alors drap de bure, et collait exactement sur sa taille, laissant voir, cousue sur l’épaule gauche, la croix à huit branches en drap rouge, particulière à cet ordre. Ni vair ni hermine n’ornaient ce vêtement ; mais, en raison de son âge, le grand maître portait un pourpoint doublé et bordé de peau douce d’agneau, la laine en dehors, ainsi que la règle le permettait ; et c’était tout ce qu’elle autorisait en fait de fourrure, qui, à cette époque, était un objet de toilette du plus grand luxe. Il tenait à la main ce singulier abacus, ou bâton de commandement, avec lequel on représente souvent les templiers. Ce bâton avait à son extrémité supérieure une plaque circulaire sur laquelle était gravée la croix de l’ordre entourée d’un cercle ou orle, comme disaient les hérauts. » - Walter Scott, Ivanhoé

Dans ces années de 1830... Qui peut parler des sources de Walter Scott ?

Charles-Louis de Chateauneuf réussit à rencontrer Amédée Pichot, (1795- 1877) : romancier, historien et traducteur français. Il a traduit des œuvres de Scott, en particulier ses poèmes, tel La Dame du lac de Scott qui paraît en 1821, il ramène d'Écosse La Légende de Saint-Oran ( Saint Oran est l'ami et disciple de saint Columba ) et la publie en 1825. Pichot est un ami de Charles Nodier qui accueille - dans le salon de la bibliothèque de l'Arsenal - chaque dimanche soir, durant les dernières années de la Restauration et les premières années de la Monarchie de Juillet, toute l'élite littéraire et artistique.

Charles Nodier

Le "salon de l'Arsenal" est un des hauts lieux du romantisme, une "institution littéraire" ouverte à toutes les spécialités (littérature, théâtre, histoire, critique, peinture, musique, sculpture). Le Tout-Paris littéraire et mondain franchit au moins une fois son seuil, de Victor Hugo à Alfred de Musset en passant par Dumas, Balzac, Gautier, Nerval, Delacroix, Liszt... Mais surtout, là se rassemble, tous les acteurs de la chaîne du Livre ( poète, traducteur, illustrateur, graveur, éditeur, imprimeur, relieur, journaliste, directeur de revue) et devient aussi occasionnellement une fabrique de la littérature à travers la mise en œuvre de projets de collaboration.

 

 

Amédée Pichot a voyagé en Ecosse, il a rencontré Walter Scott et a cheminé sur les terres de Rob Roy (1). Il publie en 1825 son Voyage historique et littéraire en Angleterre et en Écosse où il nous fait revivre sa rencontre avec Scott et sa découverte de la poésie de Burns.

(1) Robert Roy Mac Gregor ( roy signifie roux) est un ''robin des bois'' écossais, un brigand des Highlands, mort en 1734. Il a inspiré W. Scott pour un roman.

 

« Il était trois heures de l’après-midi lorsque je partis de l’auberge de Georges , à Melrose , pour me rendre à Abbotsford. L’horizon avait été pur depuis le matin, et l’air doux, comme au mois de mai en France, quoique éclairé par le soleil du mois d’août. Depuis midi, un vent léger soufflait par intervalles, poursuivant quelques nuages diaphanes dans l’azur du ciel. Les montagnes du Roxburghshire, élégamment découpées, étaient dorées par une vive lumière, depuis leurs extrêmes sommets jusqu’à la plaine; puis, tout à coup, de grandes ombres en descendaient rapidement , et semblaient aller se perdre dans les eaux de la Tweed. » A Pichot - Voyage en Ecosse

 

Et, pour en revenir à l'Abacus, décrit dans Ivanhoé de W. Scott... A. Pichot pense se rappeler d'avoir vu dans les immenses collections de l'écrivain écossais, à côté de plusieurs objets, des armes en particulier ayant appartenu à Rob-Roy (1) , l'épée du marquis de Montrose…etc il pense avoir vu un bâton de Maître templier … W. Scott possède une mèche de cheveux du Prince Charles Edward Stewart (1766-1788), (Bonnie Prince Charlie) héritier de la dynastie des Stuart et grand maître écossais templier qui défendit la cause des Stuarts...

 

Ce serait peu étonnant, insiste t-il ; que le maître templier possède un emblème particulier, à la fois bâton de commandement spirituel et temporel, proche de la crosse pastorale de l'évêque... '' abactio '' en latin signifie l'action d'éloigner, tenir à distance ..

D'autres personnes, bien renseignées, affirment que devant ce symbole, tous les Templiers doivent se tenir à trois pas et s'incliner, et ils ne doivent jamais le toucher. Il s'apparente au sceptre, bâton ou canne que les rois, prêtres, juges et chefs militaires de l'Antiquité portaient comme symbole de leur autorité et de leur puissance.

On peut citer d'autres exemples : chez le prince des Druides, les guerriers Francs, et même l'enchanteur Merlin...

Charles-Louis de Chateauneuf se dit que chercher cet '' abacus '' ne pourrait être qu'une raison supplémentaire de se rendre en Ecosse, et visiter le maître ( et le fr :.) Walter Scott..

 

A suivre ...

Voir les commentaires

Elie Berthet, à Paris : les Catacombes et les templiers

Publié le par Perceval

Caricature Elie Berthet

Le narrateur du roman « Les Catacombes de Paris », par Elie Berthet (1815-1891), nous a fait part d'une catastrophe :

« Un jour du mois d'avril 1774, le quartier du Luxembourg était dans la consternation. Une maison de la rue d'Enfer venait de s'écrouler avec fracas, écrasant sous ses débris tous ses habitants. » A cette occasion « Les dames de la foire Saint-Germain soutenaient sérieusement qu'un esprit malfaisant, un antéchrist, peut-être le diable Vauvert, que les chartreux de la rue d'Enfer étaient parvenus à exorciser plusieurs siècles auparavant et qui s'était déchaîné de nouveau, jouait ces mauvais tours à la population parisienne. »

 

Cela fait référence à une légende populaire qui disait du château de Vauvert qu'il était habité par le diable. Les bruits provenaient en fait de brigands qui avaient élu domicile dans ces vieilles pierres. Mais les gens croyaient ferme au maléfice de ces souterrains.

Thérèse de Villeneuve a été enlevé par un habitué des carrières. Les galeries deviennent alors le théâtre de rencontres inattendues (faux monnayeurs, messes souterraines, bandits...) et d'événements multiples (éboulements, cloches de Fontis). L'accident de la rue d'Enfer du 17 décembre 1774 est présenté comme ayant été provoqué intentionnellement. La découverte par les protagonistes de traces de poudre dans les carrières est alors prétexte à un rebondissement de l'intrigue...

Elie Berthet nous conduit des faussaires des Catacombes, réfugiés dans une cave, où ils fondent leur monnaie à l'abri du regard de la police ; à un atelier de presse. Chavigny y voit le lieu idéal « pour y cacher notre presse, parbleu ! Pour y établir notre atelier, et pour y installer notre prote, nos ouvriers. Nous pourrons alors imprimer tous les pamphlets, tous les libelles, toutes les épigrammes qui nous passeront par la cervelle. ».

J'en viens particulièrement à une scène qui m'intéresse :

L’abbé Chavigny et Philippe de Lussan atteignent ce qui est le lieu de réunion de Templiers... !

« - Et cet Ordre, quel est-il? demanda Philippe.

- Quoi ! mon fils, ne le savez-vous pas? reprit l'abbé d'un air surpris; ce costume historique dont nous sommes revêtus, cette croix à huit pointes, ces symboles si connus ne vous l'ont-ils pas révélé?Vous voyez les descendants et héritiers de ces illustres chevaliers du Temple qui, après avoir versé leur sang pour la foi en guerroyant contre les infidèles, furent martyrisés et mis au ban des nations par un pape avide de leurs trésors et un roi sanguinaire.

Ces hommes vêtus de noir sont les écuyers ou servants qui aspirent au grade de chevalier ; ces personnages en manteau blanc sont les chevaliers-compagnons; les dignitaires qui siégeaient tout à l'heure au-dessous de moi, sous le dais, sont les précepteurs ou chefs des différentes loges que nous possédons chez toutes les nations de l'Europe; et moi, quoique serviteur indigne du saint Temple de Sion, je suis le chef de ce noble troupeau, je suis le grand maître de l'Ordre !

B.-R. Fabré-Palaprat en 1804 et l'Ordre du Temple

- Ah çà, il existe donc encore des templiers? Demanda Chavigny, qui s'était approché avec sa hardiesse ordinaire ; je l'avais entendu dire, mais je ne pouvais y croire. Je m'imaginais, comme le vulgaire, que Jacques de Molay, brûlé vif il y a cinq cents ans, au temps de Philippe le Bel, avait été le dernier grand maître du Temple, et que l'Ordre avait été aboli par une bulle du pape à la même époque.

- Monsieur l'abbé de Chavigny a dû longtemps étudier l'histoire et la théologie pour savoir cela, dit le grand maître avec ironie ; mais Jacques de Molay, avant de subir son martyre, avait transmis la grande maîtrise à Marc Larménius de Jérusalem, qui rallia les débris proscrits et dispersés de notre sainte compagnie. Depuis Larménius, le Temple compte une suite non interrompue de grands maîtres, parmi lesquels figurent des noms illustres en Europe, et notamment celui de Philippe d'Orléans, régent de France. (...) »

 

« Et se tournant vers un groupe de templiers qui se tenaient à quelque distance de l'estrade. « Qu'on dise à Salomon Hartmann de venir sur-le-champ, » commanda-t-il. Aussitôt ceux à qui il s'adressait se dispersèrent pour exécuter cet ordre. « Salomon Hartmann, dit le grand maître à Philippe, est un Allemand du cercle de Wesphalie. Il vint dans sa jeunesse s'établir en France, et exerça long temps la profession de carrier aux environs de Paris. Il paraît qu'il menait, à cette époque, une vie fort irrégulière, s'adonnant à l'intempérance... »

 

«  (...) Je vous demande si vous pouvez, oui ou non, nous servir de guide jusqu'au Val de- Grâce?

- Si notre révérend grand maître l'ordonne....

- Je vous l'ordonne, Salomon Hartmann ; mais cela ne suffit pas. Vous allez encore me promettre d'aider ces jeunes gens de tout votre pouvoir dans leur entreprise. » Et le chef des templiers apprit en deux mots à Hartmann de quoi il s'agissait. Cette fois l'Allemand manifesta une véritable terreur. « Ne me demandez pas cela, vénérable père, dit-il avec véhémence ; si cette jeune fille est tombée au pou voir de celui que j'imagine, je vous en conjure, ne vous mêlez pas de cette affaire. Vous ne savez pas com bien il est dangereux d'irriter cet « être, » combien il est implacable dans ses vengeances! Depuis plusieurs années il est venu sans doute bien des fois au seuil de ce temple, et il n'a jamais troublé nos saintes cérémonies; il ne s'est manifesté à nous par aucun acte d'agression. Si vous l'offensez, les plus grands malheurs nous menacent; je vous en supplie donc, sur la gloire de notre Ordre, sur votre précieuse vie, sur la vie de nos révérends frères du Temple, n'exigez pas que je mette en colère celui dont nous parlons ! »

« Pour un cheveu qui tomberait de cette noble tête, vous auriez à verser des larmes de sang, et s'il lui arrivait malheur par votre faute, vous seriez maudit et anathème septante fois sept fois.... A genoux, Salomon Hartmann ! »

Le vieillard se prosterna pieusement. Alors le grand maître abaissa vers lui son bâton de commandement, ce célèbre abacus, insigne de sa dignité ; il lui mit la boule d'or dans les mains, tandis qu'il tenait l'Abacus par l'autre extrémité. « Salomon Hartmann, reprit-il d'une voix vibrante, vous jurez par la loi du Dieu vivant, par votre salut éternel, par votre baptême, par notre Ordre auguste, de ramener ce jeune homme sain et sauf, fût-ce au péril de votre propre vie.

- Je le jure, répliqua le templier.

- Gloire à Dieu!... Allez en paix, Salomon Hartmann. » Le vieillard baisa la croix gravée sur l'abacus et sortit.

Notre vie est entre les mains des esprits.

- De quels esprits parlez-vous, l'ami ?

- Dans mon pays d'Allemagne, nous en connais sons de deux sortes : les esprits du bien ou de lumière, qui sont les anges ; les esprits du mal ou des ténèbres, qui sont les démons, les gnomes, les sylphes, les fardadets et les revenants.

Ici le grand maître de l'ordre du Temple s'arrêta pour juger de l'effet de ses paroles. Philippe l'avait écouté attentivement. «C'est là, dit-il d'un air de réflexion, de la politique un peu aventureuse. Mais ne vous exagérez -vous pas l'influence possible des sociétés secrètes, dans le cas où ces grands événements viendraient à se réaliser?

- Je n'exagère rien, mon fils. Vous ignorez sans doute quel accroissement considérable ont pris depuis quelques années les associations maçonniques sur le sol français. Pas de ville, grande ou petite, pas de modeste bourgade qui n'ait une loge, et souvent plusieurs, de francs-maçons, de rose -croix ou de templiers. Par tout existent des centres d'action qui communiquent entre eux, et vous verrez de quel poids pèsera, en temps et lieu, cette organisation redoutable. Le pouvoir ne s'en inquiète pas, car il croit nous tenir dans sa main. Il envoie ses espions dans nos assemblées, et il nous suppose uniquement occupés de cérémonies théâtrales et vides, bonnes tout au plus pour amuser les imaginations puériles. L'idée mère, le principe secret qui donne l'impulsion et la vie à ce grand corps, lui échappe, et il s'endort dans sa sécurité. Il y a pourtant un prince du sang royal qui voudrait bien jouer le rôle de ce roi de l'avenir dont je vous parlais tout à l'heure : c'est le duc d'Orléans qui vient de se faire nommer grand maître de toutes les loges maçonniques de France. Mais malgré ses caresses et ses protestations, il ne nous inspire aucune confiance, et bien peu parmi nous voudront appuyer ses projets ambitieux.

- Mais alors, mon père, demanda Philippe avec étonnement, où trouverez-vous un prince qui remplisse toutes les conditions bizarres que vous exigez?

- Il est trouvé! *> répliqua le grand maître d'une voix sourde. Il se leva pour aller s'assurer encore que personne ne pouvait écouter; puis, revenant à Philippe, il dit avec un accent de respect : » Et c'est vous, monseigneur ! » Philippe eut comme un éblouissement; puis un éclair de colère brilla dans ses yeux. « Monsieur, dit-il avec énergie, je croyais ce sujet de conversation assez sérieux pour rendre inexcusables de pareilles plaisanteries

- Regardez-moi, répliqua le grand maître avec douceur; voyez ces rides creusées sur mon front par les méditations et l'insomnie, voyez ces cheveux blancs, ce costume austère ; ai-je donc l'air d'un bouffon ? Je vous le répète, monseigneur, vous êtes de sang royal, car vous êtes authentiquement le fils du feu roi Louis XV.

- Louis XV ! mon » Tout à coup il s'élança vers l'abbé de la Croix et lui saisit le bras avec une force surhumaine. »

Pour résumer :

Arrivés en pleine réunion des templiers, les jeunes gens sont identifiés par le grand-maître, qui se porte garant de leur discrétion et leur fait prêter serment de soutenir l’ordre. Puis il fait venir un vieux templier allemand, carrier de son état, pour les conduire dans d’autres parties des catacombes, où est peut-être enfermée la jeune fille. Le vieux carrier nommé Salomon Hartmann, est réticent : un être méchant et dangereux réside dans ces lieux de ténèbres… Alors le grand-maître use de son autorité en lui faisant prêter le serment sur son bâton de commandement, l’abacus ...

 

Le diable, ce génie, habile possesseur de la connaissance universelle, à qui nuls secrets ne lui résistent, pas même les murs.... Ce diable est le jeune Médard, sauvage et nyctalope qui hante les Catacombes de Paris ; il a le don surnaturel de pouvoir se déplacer dans la nuit, celui d'apparaître et de disparaître tout aussi rapidement, et celui de ne jamais se perdre. Autant d'atouts qui ont quelque chose de diabolique. L'abbé de Chavigny ne peut réprimer cette exclamation : « Mais cette homme est possédé du démon ! »... Médard - nous dit E. Berthet - est un « loup affamé », « avec la légèreté d'un chat » et doué du « rugissement d'un lion ». Mais surtout, « ses yeux, fauves et ronds comme ceux d'un oiseau de nuit, paraissaient avoir aussi la faculté de voir dans les ténèbres, et la faible clarté de la lampe suffisait pour les offenser d'une manière sensible. ».

«  Le Val-de-Grâce allait sauter, et, selon toute apparence, la plupart des grands édifices publics construits sur les vides auraient prochainement le même sort que le magnifique couvent d'Anne d'Autriche. ». Le lecteur, après avoir suivi les déambulations du sauvage dans les souterrains minés « Les mines étaient multipliées en cet endroit d'une manière effrayante. « Le Luxembourg » murmura Médard », comprend clairement, si ce n'était déjà fait, ses intentions : « Quelques secondes plus tard et un immense désastre allait désoler Paris. ».

 

Philippe de Lussan, assisté de son ami l'abbé de Chavigny, tue Médard et, libère par la même occasion la belle Thérèse...

Voir les commentaires

Elie Berthet, à Paris : les Catacombes au XIXe s... -2/-

Publié le par Perceval

Elie Berthet, à Paris : les Catacombes au XIXe s... -2/-

Le roman « Les Catacombes de Paris », par Elie Berthet (1815-1891), après sa parution, paraît également en feuilleton dans des hebdomadaires, comme « Le Voleur ».

Les souterrains de Paris sont à la mode …

Sous Louis XV, Philibert Aspairt, était carrier ( Payés à la pièce, les carriers sont des ouvriers spécialisés dans l'extraction de la pierre à bâtir.  ). A la Révolution il est portier du couvent du Val-de-Grâce. Le dimanche 3 novembre 1793, il décide de visiter les carrières, poussé dit-on par l’espoir de trouver du vin ou des liqueurs dans la cave du couvent des Chartreux.

Il accède aux soubassements du couvent par un escalier construit au dix-septième siècle dans l’intérieur du Val -de-Grâce. Il descend seul, sans prévenir personne et ne remonte jamais !

Onze ans plus tard le lundi trente avril 1804, des ouvriers découvrent un squelette décharné dans une galerie de la rue d’ Enfer,  près de l’actuelle rue de l’Abbé-de-l’Epée, à quelques mètres des souterrains des Chartreux.

Quelques débris de vêtements, une ceinture en cuir et un trousseau de clés trouvés près de lui, permettent d’identifier l’ancien portier du Val-de-Grâce. On fait inhumer ses restes à cet endroit même et on élève même une tombe, encore visible aujourd’hui. 


 

Cette histoire – dont la lecture a passionné Charles-Louis de Chateauneuf ( et qui lui rappelait bien de discussions...) nous ramène au Roman d'Elie Berthet :

L'histoire se passe sous Louis XV. Nous faisons connaissance de deux jeunes gens, l’abbé Chavigny, neveu de l'évêque de Bayeux et Philippe de Lussan avocat au Châtelet.

Le jeune abbé, s'est réfugié chez son ami à Paris. Chavigny fréquente de galantes jeunes femmes : « Abbé in minoribus! ( ordres mineurs) note bien ceci, in minoribus, ce qui change diablement la thèse et m'autorise à mener une vie fort indépendante.. » (…) « comme M. de Retz, « j'ai l'âme la moins ecclésiastique de l'univers. » ...

« Philippe avait plusieurs années de plus que Chavigny, mais celui-ci, malgré son étourderie et sa gaieté, se montrait si bon, si franc, si affectueux, son âme était si aimante,si généreuse, que Philippe avait peu à peu conçu pour lui une tendresse toute fraternelle. De son côté, le jeune Chavigny éprouvait pour Lussan une admiration sans bornes : à ses yeux rien n'était beau, sage, parfait en tous points comme son cher Philippe. »

 

Nous rencontrons Thérèse de Villeneuve « d'une beauté ravissante » , une jeune fille qu'aime Philippe de Lussan... Thérèse est obligée par ses parents d'épouser le duc de Beausset.

 

« Mais aujourd'hui des événements nouveaux se sont produits; on a reconnu que ce M. de Lussan était un ennemi du roi et de la cour, un abominable libelliste, un infâme gazetier, et on l'a enfermé à la Bastille, d'où, selon toute apparence, il ne sortira plus. Il n'épousera donc personne, et les engagements pris à son égard sont nuls de plein droit. D'un autre côté, ces faveurs royales dont M. de Lussan père, on ne sait par quels moyens, honteux peut-être, avait extorqué la promesse, peuvent encore se réaliser par le crédit de la famille de Beausset.

Tout à l'heure l'abbesse du Val-de-Grâce nous en donnait l'assurance. Vous n'avez plus aucune raison pour vous refuser à ce mariage qui doit élever votre famille au comble des honneurs, vous assurer à vous-même un haut rang dans le monde. Les deux jours que vous venez de passer dans une solitude absolue ont dû suffire à vos réflexions , aussi vous allez nous donner une réponse catégorique à l'instant même; et si vous vous obstiniez dans vos refus déraisonnables... »

Et alors qu'elle est couvent du Val-de-Grâce sous la surveillance de l'abbesse Mme de Mérignac; et alors que l'abbé de Chavigy a conçu un plan pour enlever Thérèse …

Thérèse de Villeneuve disparaît, dans les souterrains ......

« Ma soeur, courez bien vite annoncer à notre révérente mère qu'un grand scandale vient d'arriver... On ne peut trouver nulle pari le sacristain , et Mlle de Villeneuve a disparu de sa cellule. »

Chavigny et de Lussan partent - dans les souterrains de Paris - à la recherche de Mlle de Villeneuve.

Nous y sommes.. !

« A droite et à gauche s'alignaient, dans un bel ordre symétrique, des assises d'ossements humains dont la teinte noirâtre annonçait la vétusté. Cette lugubre décoration se laissait voir encore à l'extrême lueur de la lampe, par des carrefours infernaux, sous des voûtes de galeries, qui paraissaient devoir prolonger à l'infini le double soubassement de la mort. »

« Au fond de l'entonnoir, de grandes spirales prouvaient la violence des courants et des tourbillons ; les roches elles-mêmes témoignaient par leur désordre et leurs formes bizarres de la puissances du choc qu'elles avaient dû supporter dans ce cataclysme mystérieux, accompli loin du regard des hommes. »

Le souterrain apparaît comme un espace maudit, où dieu absent, est remplacé par le diable...  L'abbé de Chavigny récite les fleuves des enfers mythiques : « Je te suivrais à travers les sept fleuves de l'enfer, qui sont : Le Styx, le Léthé, le Ténare, l'Averne, le Cocyte, le Phlégéton  et... et... ma foi ! j'ai oublié le septième. »

Philippe de Lussan, affrontant les dangers des catacombes à la recherche de sa Thérèse fait penser à Orphée affrontant les enfers pour venir y chercher son Eurydice...

L'abbé se décide à suivre Philippe, et il dit : « Je n'oublie rien. Mais quand Thésée descendit aux enfers, Pirithoüs était inexcusable de ne pas l'y suivre pour l'aider à frotter Pluton et à enlever Proserpine. C'est décidé : si le diable nous tord le cou, il nous le tordra de compagnie... » 

Voir les commentaires

De Limoges à Paris : les Catacombes au XIXe s... -1/2-

Publié le par Perceval

Au Collège Royal de Limoges, Charles-Louis de Chateauneuf a rencontré un camarade de son âge avec qui il peut partager l'une des ses passions: la découverte du Moyen-âge, et de plus :sur la trace de l'un de ses ancêtres : Roger de Laron, chevalier templier... Il se nomme Elie Berthet. Le jeune Elie a, de plus, le goût de l'écriture et tous deux notent sur des cahiers, des récits qui serviront de thèmes au futur romancier...

Elie Berthet

Et c'est précisément le cas, pour ce qui est des Catacombes...

En effet, à 16 ans, Elie Berthet monte à Paris soi-disant pour étudier le droit, mais en réalité pour se vouer à l'écriture. En 1835 il trouve un éditeur:''le Siècle'' qui publie ses premiers récits ''La Veilleuse'', sous le pseudonyme Élie Raymond.

Et précisément, il publie très tôt, un texte écrit au Collège de Limoges : c'est la première version de « Les Catacombes de Paris », un roman d’Élie Berthet, dans une première version de 1832 (in folio imp. L. Grimaux) qui ne comprend que 20 pages. (1)

 

Les souterrains urbains sont fascinants, et les histoires s'y rapportant, légion.

La cathédrale de Limoges, vue prise du clos Sainte-Marie, vue d'ensemble. XIXe s

Revenons à Limoges, avant 1832... Chaque maison de centre ville est reliée par des souterrains, même s'y certains s'en sont appropriés une partie en les cloisonnant; tous les jeunes gens y ont connu diverses aventures ou des soirées ''endiablées'' … !

On dit qu'ils existent depuis l'époque gallo-romaine. Caves creusées ou caves bâties ( façonnées) … Caves à plusieurs niveaux, puits, aqueducs, silos ont été construits au cours des siècles... Dès le Moyen Age, en ville, on recherche à étendre son domaine (commerces, stockage...) En tout, on estime entre 40 et 80 kilomètres la superficie des galeries qui parcourent le sous-sol de la ville.

A l'époque, le grand défi était de trouver le circuit qui permettait par les souterrains de traverser la Vienne ; ou selon Elie Berthet lui-même de joindre Limoges au château de Chalucet …

Elie Berthet et Charles-Louis de Chateauneuf racontent, qu'un moine aurait été enterré vivant et qu'il aurait réussi à traverser la ville par les souterrains. Avec ce moine errant dans les galeries, certains assurent avoir aussi reconnu le fantôme de Sainte Valérie - portant sa tête coupée - qui hanteraient encore les souterrains de Limoges...

Souterrains de Limoges

 

 

Lorsque ce sous-sol est voûté d'ogive, la croyance populaire y voit des lieux de culte : chapelles, églises ou même restes d'abbaye... ou encore Temple maçonnique.

Pour ce qui est du Temple : voici une autre histoire bien étrange...

Le grand-père de Charles-Louis de Chateauneuf, était sans-doute franc-maçon à l'Orient de Limoges... C'est lui qui avait remis à son petit-fils un ensemble de documents ( médiévaux précisait-il ! ) qu'il disait avoir reçu de Jean-Léonard de la Bermondie. Ces documents étaient composés de dossiers sur la philosophie, l'alchimie..., et divers témoignages ; et également quelques objets dont une croix métallique et une bague templière … ! Et il lui avait fait comprendre qu'à partir de ce ''trésor'' ; il devait accomplir sa propre quête et transmettre le ''Tout'' à un descendant qu'il aurait choisi …

Aussi, tout ce qui pouvait avoir un lien avec la Chevalerie, intéressait au plus haut point Charles-Louis...

Initiation maçonnique. XIXe

Précisément, au Collège Royal de Limoges un jeune garçon, dont il s'est fait un ami, lui a laissé entendre que son grand-père est franc-maçon... Il se nomme Félix-Joseph de Verneilh (1820-1864), lui aussi, né au château de Puyraseau près de Nontron, fera carrière à Paris. Il deviendra historien et archéologue. Son grand-père – âgé à présent, ami de Maine de Biran, a rencontré des personnages comme le pape Pie VII, Napoléon... Il a raconté tout cela dans ses mémoires. Pour l'heure, il échange beaucoup avec son petit-fils... Et Félix de Verneilh assure Charles-Louis, qu'il existe dans les souterrains de Limoges, un Temple maçonnique là-même où existait au Moyen-age un sanctuaire templier. !

Temple dans souterrain à Limoges ( Le Populaire)

Bien sûr, Charles Louis et Elie vont se passionner pour toutes ces histoires autour des souterrains de Limoges ; et s'ils n'ont rien découvert de plus …. Sachez que :

En 2016, on vient de mettre à jour, une sorte de cathédrale cachée dans les sous-sols de l'ancienne bibliothèque municipale de Limoges. Ce serait le premier véritable temple maçonnique de la ville. Je lis dans le quotidien ''le Populaire du Centre'' une explication...

Les francs-maçons se seraient réunis à partir de 1750, rue Pisse-Vache dans le centre-ville de Limoges au sein de la loge Harmonie. Leur nombre grandissant, ils auraient déménagé en 1806 dans cet endroit en prenant le nom des ''Amis réunis''....

Effectivement, des embryons de loges sont connus dès 1750. Puis se constitue la loge « Harmonie » dont le vénérable maître est un fonctionnaire de préfecture nommé Jacquet. Les frères se réunissaient à la tour Pisse-Vache, au carrefour du boulevard Gambetta, de la rue Vigne-de-Fer et de la rue Dupuytren. Peu importante, placée sous la juridiction de la Grande Loge du Royaume de France, cette loge prend de l’ampleur à partir de 1767 sous un autre nom : elle est rebaptisée '' Les Frères unis ''. La loge reprend force et vigueur en 1806, et prend le nom d'Amis réunis.

 

Régulièrement, ces galeries se rappellent à nous, quand par exemple : en novembre 1649, l'écroulement de quatre maisons rue ''Elie Berthet'' (2) fit deux morts. En août 1860, l'effondrement de trois immeubles place du Poids Public provoqua le décès d'une femme de 55 ans.

 

L'intérêt d'Elie Berthet pour les souterrains, s'est déplacé sur Paris (3). Leur vogue dans la capitale, au XIXe siècle, crée des abus au point d'entraîner une fermeture de la visite publique en 1830... Si certains s'y égarent, d'autres y font la noce...

 

 

Note (1) : puis existent une édition en 4 volumes in 8° (éditions L. de Potter) en 1854, une édition in 8° de 140 pages (aux Bureaux du siècle) et une édition en 2 volumes in 16 (chez Hachette) en 1863. L’édition de 1856 va connaître 22 réimpressions entre sa première parution et 1877 !

Note (2) : … Oui, il s'agit du nom actuel de la rue … Bizarre.. ! précisément elle se nomme bien à propos... Dans les années 60, les fêtards se donnent rendez-vous dans des boîtes de nuit en sous-sol, rue Elie-Berthet, rue Rafilhoux ou sinon à la « Cave des templiers » rue du Temple. En 1996, la bijouterie Philipparie est victime d'un vol de bijoux. Les auteurs ont utilisé les cavités souterraines pour s'emparer de 2 millions de francs.

Note (3) : A lire chez les Ardents Editeurs : Les Souterrains de Limoges de Aug. M. ( roman ''gothique'' écrit sans doute par Auguste Maquet ( (1813-1888) et nègre d'Alex. Dumas)

Voir les commentaires

Michel Cazenave est mort ! - Tristan et Iseut -

Publié le par Perceval

Cet été, ce 20 août 2018, est mort Michel Cazenave : Poète, philosophe, fin connaisseur de la psychanalyse et spécialiste de l'oeuvre de C.G. Jung , écrivain et producteur à France Culture, notamment de la célèbre émission '' Les Vivants et les Dieux '' (1997-2009).

 

Toutes les facettes du féminin, en particulier, la féminité divine, le passionnaient depuis toujours et forment une des veines centrale de son œuvre ( une cinquantaine d’ouvrages).

 

Chantre de la passion, il a déjà proposé une relecture de l'histoire de Tristan et Iseut.

 

'' Tristan et Yseult '' fait partie de ces fabuleuses légendes qui sont le reflet d'une spiritualité proprement occidentale et qui ont traversé les siècles...

Pour Michel Cazenave, Tristan incarne le meilleur des chevaliers, le plus grand des héros. Mais du jour où il rencontre Iseut, du jour surtout où il cède à la passion et fait l’amour avec elle, il renonce à tout exploit héroïque. Socialement, il est devenu l’antihéros. Tristan et Iseut ont une conscience féminine de l’univers dans une société qui, héritière de Rome, de la Grèce et du Judéo-christianisme, a banni les valeurs féminines.

La quête des deux amants est douloureuse, comme celle de la passion divine dont ils nous tracent la voie. Les épreuves ne manquent pas. Mais la flamme de l'espérance ne cesse de briller, fondée sur la certitude qu'il existe quelque part, dans la bulle d'air de Tristan ou les Iles de Fortune dont Iseut est l'emblème, un lieu de lumière dont nous avons tous la nostalgie profonde...

En 1998 Michel Cazenave avait eu la grande douleur de perdre sa femme et inspiratrice Chantal.

 

La mort, disait-il, « Il faut pourtant essayer de la penser, tout en sachant que nous ne pouvons pas la penser réellement car si nous sommes en vie, nous ne sommes pas morts, donc la mort n’existe pas. Je me demande si l’idée qu’introduit l’Orient en voyant la mort comme le contraire de la naissance - pas du tout le contraire de la vie - n’est pas plus intéressante, beaucoup plus riche et beaucoup plus féconde (…) Ce qui m’a marqué le plus est ce moment où, quelques minutes avant sa mort, ma femme me dit d’un ton très tranquille : « Voilà, c’est la fin, c’est fini ». Ça m’a énormément marqué. Je me suis dis que l’on était capable véritablement d’entrer dans la mort en l’acceptant totalement. C’est autre chose qui souffre. Elle m’avait dit : « Ne t’en fait pas, je m’en vais mais je veillerais toujours sur toi ». Il y avait quand même quelque chose de l’amour. L’amour qui n’est pas appropriation, au-delà du simple plaisir, de la pulsion… dans l’ouverture mystère. Une espèce d’amour — bon j’hésite devant le mot tellement il est galvaudé — de l’ordre de l’Universel. »

 

Michel Cazenave : Tristan et Iseult, le défi à la loi

Extraits de la Revue ''Question de''. N° 37 :

Tristan, l’homme, se définit comme le fils de la déesse, alors qu’Iseut en est d’abord l’incarnation. N’oublions pas que l’histoire se passe dans un monde celte (Irlande, Cornouailles et Bretagne) où, dans la conscience collective, le substrat des anciennes « religions » matriarcales est resté très prégnant : pensez au rôle de Macha, de la reine Maeve, de Brigitte en Irlande, de Don ou de Rhiannon au Pays de Galles.

(…)

Iseut est blonde et ce n’est pas un hasard : c’est qu’elle est aussi le soleil, et le soleil, en gaélique, est du genre féminin, alors que la lune est du genre masculin. Qu’est-ce que cela veut dire, sinon qu’Iseut porte en elle aussi une part symbolique masculine, et Tristan, féminine. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs qu’il est orphelin de père et qu’il est né de Blanchefleur, l’incarnation de cette déesse blanche universelle que l’on retrouve aussi bien en Inde avec Gauri, qu’en Grèce avec Démeter-Alphito, et dans l’ensemble du monde celtique…

En face d’eux, il y a le roi Marc, qui symbolise l’ordre patriarcal. Ce n’est pas le père de Tristan mais il le choisit, car on doit avoir un père. Cet ordre patriarcal, il est dévalué dès le départ par les oreilles de cheval qui sont celles de Marc : tare congénitale et qui renvoie au cheval de la mort de toutes les mythologies.

Tout le balancement de l’histoire est donc entre ces deux pôles : choisir le royaume féminin d’Iseut, ou celui de Marc et du père. Choix qui est plus qu’à l’ordre du jour aujourd’hui ! Et ce choix implique toute une série d’épreuves, qui marquent les étapes d’un trajet initiatique.

La lutte hors d’Irlande d’abord, contre le Morholt, puis au cœur même de l’Irlande avec le Dragon, symbolise à la fois le combat contre la famille d’Iseut mais aussi et plus profondément contre les forces destructrices de la féminité qui n’est pas assumée. Le Morholt, au fond, c’est l’aspect masculin non intégré de la femme (et il renvoie par là à l’aspect menaçant des fameux « parents combinés » de Mélanie Klein), cependant que le Dragon serait plutôt la mère captatrice et dévorante, la « mère au vagin denté » dont parlait Freud. Une fois le Morholt tué, le Dragon vaincu, Tristan peut découvrir la femme en elle-même, dans son aspect d’initiatrice à la vie, et donc la femme en même temps qui vit au fond de lui. Il faudrait aussi parler du voyage de Tristan à travers la mort, du philtre, de la forêt de Marois...


 

Dans la mesure où l’homme, dans ce type de société, reconnaît la femme en lui, il est constamment menacé par les forces sociales. Il n’y a passion que parce que c’est antisocial ! Passion, vous savez ce que cela veut dire : c’est le fait d’endurer, de souffrir. Comme si l’amour était une maladie ! Voyez Racine à ce propos ; il fallait vraiment être un homme pour inventer un tel mot !

Mais, aujourd’hui, la reconnaissance de ces valeurs féminines est en train de s’opérer !

(…)

On a dit du philtre que c’était la cause de l’amour parce qu’au fond, c’était bien commode comme ça. Mais il n’en est pas la cause, il en est le symbole. C’est en fait l’eau magique de la déesse, l’eau spirituelle de la vie, celle que l’on trouve dans le chaudron de l’inspiration divine de la déesse galloise Kerridwen, ou dans le vase de l’irlandaise Brigitte : c’est le symbole de la deuxième naissance, la naissance dans la femme après la naissance dans la mère. Quand on parle des déesses, on parle toujours en effet de la Terre-Mère, comme si la déesse n’avait qu’une fonction génitrice. Mais elle est aussi l’eau, elle est aussi l’air que fendent ses oiseaux (Les Colombes d’Ishtar ou les oiseaux de Rhiannon), elle est aussi le soleil… Alors, le philtre c’est le symbole de tout cela à la fois. Ce n’est pas lui qui déclenche l’amour. Il symbolise simplement l’épanouissement de la femme divine qui est fondamentalement amour et circulation d’amour.

Marc représente la loi du père, l’étranger. Avoir bu le philtre, pour Tristan, signifie qu’il rentre dans le royaume de la déesse, de l’amour-même, de l’Eros. Marc est de l’autre côté, du côté de la puissance : il est le roi. Et il est la loi morale. Comme si on avait besoin de morale quand on vit son amour !

Mais, au cours du récit, intervient le doute… Ils ne sont plus si sûrs d’être « du bon côté »…


 

Ils s’enfuient de la société organisée et rentrent dans la forêt qui représente le retour à la vie sauvage, le contact avec les forces de la nature, le cours cosmique des choses. C’est une île dans le monde civilisé, l’abandon de l’état de culture pour revenir à la « vie primitive », dans Un ordre sans ordre qui est celui de la chair et de l’âme mêlées. C’est la réconciliation avec le règne animal, avec le rythme végétal, le cycle des saisons, et Tristan parle aux oiseaux, comme leur parlera François d’Assise…

Leur amour est alors fait d’évidence. Il n’y a pas besoin, comme vous dites, « d’entretenir » la passion. La passion « est ». Ils sont à eux-mêmes leur destin, dans l’ordre de l’île, de la forêt, de la nature, de l’amour, c’est-à-dire de la femme.

Le doute n’intervient que lorsque le roi Marc, les découvrant tous deux côte à côte dormant dans la forêt (mais ils étaient séparés par l’épée ! —  « heureusement » ajoute le narrateur) se montre magnanime et épargne leur vie. Ils reconnaissent alors la valeur patriarcale… et se mettent à douter de leur choix (aujourd’hui, si on la reconnaît… on doute de son amour. Ce sont deux régimes exclusifs !). Alors vous pouvez me dire : mais tout au long du récit, Tristan essaie de se réhabiliter aux yeux de Marc. C’est l’interprétation traditionnelle.

Mais regardons-y de plus près : il ne cherche pas la réhabilitation, il clame son innocence. Ce qui n’est pas la même chose. Il clame même cette innocence dans des situations impossibles : par exemple au moment où il sort du lit d’Iseut, et qu’on vient de l’en convaincre par la trace de sang qu’il a laissée, c’est-à-dire au moment où, selon la Loi et la Morale, il est le plus coupable. Ce qu’il nous indique en fait, c’est la différence de régime entre deux mondes étrangers, ceux du Père et de la Mère, ceux de la Loi et de l’Amour, ou il faudrait peut-être mieux dire : ceux de la loi extérieure, qui est force et contrainte, et de la loi intérieure, qui est intuition, évidence, illumination. Nous voilà revenus au philtre ! La meilleure preuve en négatif, si vous voulez, c’est que le jour où Tristan et Iseut voudront se justifier (c’est-à-dire proclamer leur innocence selon la règle des hommes et non point celle de la femme), ils n’auront d’autre solution que de tricher abominablement. C’est le fameux serment du fer rouge, qui nous indique assez que le domaine de l’amour, et de l’amour véritable, ne trouve sa vérité qu’en dehors d’un monde régi par des valeurs masculines érigées en absolu.

 

Illustrations de Denis Gordeev

Il ne s’agit pas d’une relation de pouvoir mais d’amour, où chacun existe en lui-même et s’assume totalement. Si la femme reste uniquement l’incarnation de la déesse, on ne va pas jusqu’au bout du mythe, on n’en a même pas passé le premier degré. En fait, on s’aperçoit assez vite que la femme se détache de la figure de la Mère, qu’elle doit être perçue comme une femme réelle, et que l’homme ne peut l’aimer que s’il l’aime telle qu’elle est, non pas telle qu’il la rêve.

Dans Tristan et Iseut, on a l’impression que chacun est homme et femme à la fois. Ils affrontent les obstacles ensemble, la faim, le combat, la mort, sans qu’il soit fait allusion, ou à la faiblesse d’Iseut, ou au côté « chevalier protecteur » de Tristan.

Iseut n’a en effet rien de commun avec l’héroïne courtoise de l’époque, blanche et évanescente, enfermée dans son château ! Elle partage tout, y compris la mise à mort d’un félon, puisque c’est elle-même qui dirige l’arc de Tristan et ajuste le tir. On pourrait citer d’autres scènes : Le châtiment de Frocin l’astrologue, le passage du mal-pas, la scène du roi Marc dans le pin. Ce qu’il faut comprendre avant tout, c’est que Tristan et Iseut forment un couple. Et un couple, c’est compliqué ! Ce n’est pas le fameux androgyne de Platon. ! Mais quelque chose d’encore plus profond et complexe.

(…) Etc …. Sources : la Revue ''Question de''. N° 37

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>