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Le Mythe arthurien du Graal -2/.-

Publié le par Perceval

L'oeuvre de Chrétien de Troyes (1130-1190) comme celle de Robert de Boron (~ 1200), qui font la fortune littéraire du thème du Graal en lui donnant une impulsion décisive, se situent précisément pendant cette période propice aux nouveautés, dont nous venons de parler précédemment … .

 

Une importante évolution théologique porte sur la question de l'Eucharistie et le dogme de la transsubstantiation. Jusqu'alors la Cène était commémorée et on consommait ce qui était consacré...

Une fois la cérémonie terminée, le sanctuaire n'était plus considéré comme abritant la présence divine. Ce n'était en somme que le lieu de rassemblement des fidèles. La liturgie restait simple et sans faste... Peut-être l'influence des cultes orientaux éveille peu à peu le désir de rituels flamboyants ..

Ce fut au XIIe siècle que l'Eglise en arrive après de longues controverses, à admettre que la Présence Réelle, se maintenant dans les espèces du pain et du vin en dehors du sacrifice de la messe, devait faire l'objet d'un culte particulier ( 1215, par le concile de Latran )

Changement immense, on le conçoit, car de ce fait le sanctuaire devient aux yeux des fidèles la demeure permanente du Seigneur. Il en résulta des conséquences immédiates dans la liturgie, dans l'architecture et dans tous les arts religieux. Dès lors le tabernacle, qui n'avait aucune raison d'être auparavant, s'élève sur l'autel, les offices donnent lieu à des rites toujours plus complexes et les cités rivalisent pour construire de riches sanctuaires. Le début du XIIIe siècle est l'époque où l'on voit s'élever partout en Europe les cathédrales.

Au moment où Chrétien de Troyes écrit le Conte du Graal en 1180, l'unanimité est encore loin d'être complète à cet égard dans l'Église.

Dans la fameuse scène du cortège le vase sacré irradie une merveilleuse clarté mais les assistants ne semblent pas y prêter attention. L'auteur n'indique pas qu'ils aient une attitude de recueillement.

Cette indifférence des personnages de Chrétien de Troyes pourrait sembler en contradiction avec la nouvelle signification religieuse du récit … Certains y voient une vision païenne du sujet ; à moins que Chrétien de Troyes n'ait un esprit assez profane...

Chez Robert de Boron, il en est déjà tout autrement. L'apparition du Graal ne se produit plus au cours d'un festin, mais elle donne lieu à un culte et les richesses qu'on lui doit sont d'ordre spirituel. Les assistants se recueillent et le vieux roi bat sa coulpe en présence du Vase sacré. Par la suite chez les auteurs de Continuations, et surtout dans le Lancelot, l'apparition du Graal est prétexte à une mise en scène toujours plus riche, et, détail important, la jeune fille qui le porte (!) ne le tient plus comme un ciboire, mais elle l'élèves au-dessus de sa tête comme un ostensoir.

Enfin dans la Queste del Saint Graal, il est entouré d'anges qui s'acquittent d'une véritable liturgie, tandis que des saints et des bienheureux descendent du ciel et que le Christ lui-même se montre aux assistants. Tout cela ne fait que traduire les tendances qui se font jour peu à peu dans l'Eglise. Il existe un synchronisme évident entre l'évolution des dogmes concernant l'Eucharistie et la transformation du sujet ( la légende arthurienne)

Arthur et Guenièvre (Lancelot Ms Fr118)

On n'ignore pas que Chrétien qui a passé presque toute son existence d'écrivain à la cour de Marie de Champagne, a déjà composé plusieurs romans sur des sujets arthuriens; Marie elle-même lui a fourni les canevas de certains d'entre eux. Cette fois encore, le décor, les noms des personnages, les traits de moeurs, etc... révèlent une origine bretonne. On sait aussi que le conte du Graal a été écrit sur la demande de Philippe d'Alsace mais à l'intention de Marie qu'il désirait épouser. Or Marie était fille d'Aliénor d'Aquitaine qui était devenue reine d'Angleterre et qui a joué un rôle de première importance comme protectrice des Lettres. Il est permis de supposer que c'est à la cour des Plantagenets ou au moins dans son entourage que vit le jour le livre dont s'est servi Chrétien de Troyes. C'est là que les conditions étaient les plus favorables à la synthèse des éléments qui se sont unis pour former le thème du Graal : d'une part le messianisme incontestable qui caractérisait les Bretons depuis des siècles, d'autre part les notions religieuses concernant le sacrement eucharistique dont l'importance était devenue primordiale.

Sources : Daniel de Séchelles L'évolution et la transformation du mythe arthurien dans le thème du Graal.

 

ORIGINE ET DESTIN ... DU "CONTE DU GRAAL"

 

L'HISTOIRE DU MYTHE DU ROI ARTHUR - 2/4 -

 

ROBERT DE BORON: LE GRAAL, ET MERLIN

 

LA "QUESTE DEL SAINT GRAAL": ROMAN DU XIIIE S.

 

LA LITTÉRATURE MÉDIÉVALE SUR LE GRAAL EN SUIVANT LA CHRONOLOGIE...

 

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Robert de Boron: Le Graal, et Merlin

Publié le par Perceval

Détail de Merlin dictant ses prophéties à son scribe, Blaise; français miniature du 13e siècle de Merlin de Robert de Boron en prose (ca écrite 1200). (Manuscrit illustration, c.1300.).Robert de Boron ( fin du XIIe siècle - début du XIIIe siècle) est un clerc ou un chevalier de Franche-Comté. C’est un écrivain français du XIIe siècle, auteur d’un roman en vers sur le Graal.

Détail de Merlin dictant ses prophéties à son scribe, Blaise; français miniature du 13e siècle de Merlin de Robert de Boron en prose (ca écrite 1200). (Manuscrit illustration, c.1300.).

Son œuvre, s'appuie sur celle de Chrétien de Troyes, il fait évoluer le mythe arthurien par sa christianisation.

C'est lui qui fait du Graal une relique chrétienne: le Saint Calice avec lequel Joseph d'Arimathie aurait recueilli le sang de Jésus sur la croix.

Son œuvre est composée d'une trilogie en prose : Joseph d’Arimathie, Merlin et Perceval. Également, un roman en vers : Estoire dou Graal ( 1190), et des fragments d'un récit sur Merlin.

À la fin de son poème, Robert de Boron indique qu'il est au service de Gautier de «Mont Belyal», que l'on identifie avec Gautier de Montbéliard, seigneur de Monfaucon, mort croisé en Terre Sainte vers 1212.

Le Perceval de Chrétien de Troyes, est resté inachevé. L'épisode du Château et du Roi Pêcheur - blessé et se nourrissant de la seule hostie qu'on lui apportait quotidiennement dans un Graal - a enflammé les imaginations. On ne compte pas moins de quatre Continuations du Perceval. boron-graal

A travers, Merlin ( personnage négligé par Chrétien de Troyes ), Arthur, et Joseph d'Arimathie, Robert de Boron raconte l'histoire du Graal, vase sacré transmis du Christ – par Perceval – à toute la chevalerie, en lui donnant une mission sacrée. L'éthique chevaleresque et courtoise devient à la fois, chez les auteurs qui suivront, l'antichambre d'une véritable mystique...

Ainsi, si l'amour courtois calquait en partie la relation du chevalier à sa dame sur celui du vassal à son seigneur ou du croyant à son dieu, les auteurs du XIIIe s. utilisent à leur tour ce code élaboré au siècle précédent pour en faire l'image visible et codifiée de cette réalité invisible ei indicible qu'est une authentique vie de foi …

Merlin : La version de Robert de Boron, sur l'origine de Merlin, est originale : il le fait naître d'une jeune nonne vierge que le Diable aurait séduite. Le personnage peut-être aussi fou que sage.Conception de merlin

D’après Robert de Boron, la table ronde est une création de Merlin pour Uther Pendragon, en souvenir de la Table de la Cène...

À la mort d’Uther, la Bretagne plonge dans le chaos et la table est donnée au roi Léodagan. Lorsque Arthur arrive sur le trône et se marie à Guenièvre, fille de Léodagan, la table est donnée comme dot au nouveau roi qui installe cette table à sa cour.

Dans cette version, la table accueille 150 chevaliers. Les différents chevaliers appelés à s’installer autour de cette table ont leur nom inscrit sur le siège. Seul un siège ne porte aucune inscription et reste vacant en souvenir de Judas. C’est le « siège périlleux » sur lequel seul pourra s’asseoir le meilleur chevalier, celui qui trouvera le Graal et aura le cœur le plus pur. Ceux qui tentent leur chance mais qui ne remplissent pas ces conditions sont engloutis par la terre.

Son neveu ( plutôt un compagnon de Robert)  "Hélie de Boron", serait le second auteur du Tristan en prose. La légende dit qu'il aurait eu une liaison avec Marie de France, la poétesse (1160-1210) et ils auraient eu trois enfants !  

A lire aussi: 

ROBERT DE BORON ET LE GRAAL. -1/2-

ROBERT DE BORON ET LE GRAAL. -2/2-

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Robert de Boron et le Graal. -2/2-

Publié le par Perceval

«La position de Robert de Boron dans la tradition romanesque du Graal est décisive, non pas tant, comme on le dit, par les innovations qu’il introduit dans l’histoire du Graal que par la forme d’écriture et de compilation qui est la sienne. Chacun le sait : il est le premier à faire du Graal le calice de la Cène (encore cette formulation est-elle doublement inexacte, car il ne s’agit pas vraiment de la Cène et le Graal n’est pas essentiellement un calice), dans lequel Joseph d’Arimathie a ensuite recueilli le sang du Christ...»  Michel Zink – Collège de France

 

Christ Graal

On lit généralement Robert de Boron comme le continuateur de Chrétien de Troyes, en effet le Joseph d’Arimathie « christianise définitivement le graal en s’inspirant d’écrits apocryphes » (J.-M. Fritz). « Pourtant rien ne dit, ni que la légende ait connu une évolution cohérente allant vers la christianisation, ni que les étapes de cette évolution au tournant du XIIe et du XIIIe siècles se réduisent à Chrétien et ses continuateurs d’une part, à Robert de l’autre. Le Parzival de Wolfram est même un indice du contraire et accréditerait plutôt l’idée que Chrétien, à sa manière épurée, n’a retenu que le peu qui l’intéressait d’une matière foisonnante. » Michel Zink

 

The Holy Grail with the Blood of Christ

Robert de Boron n'a sans doute pas ignoré qu'à son époque, vers 1229, un moine de l'abbaye cistercienne de Fromont ( qui existait de puis 1141, et il n'en reste que des vestiges …), en Ile de France, non loin de Beauvais, avait écrit, en latin bien sûr, une sorte de chronique historique, et pour l'année 717 (!), s'exprime ainsi :Cisterciens stjacques8 « En Bretagne, un ermite se fit montrer par un Ange, l'histoire de Joseph d'Arimathie, celui qui descendit le corps de Chist de la croix et celle de la Coupe, avec laquelle le Sauveur avait célébré la Cène avec ses disciples et cet objet est connu dans l'histoire sous le nom de ''Grasal'' or, chez les francs il désignait un plat destiné à servir des personnes de haut rang. Ce document a disparu, mais des princes français le font refaire en ce moment... » Ce moine mélangeait tout, bien entendu, et jamais ledit document ne fut retrouvé, et le fait qu'il en fait allusion montre combien à l'époque, le merveilleux était bien accepté...

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Robert de Boron et le Graal. -1/2-

Publié le par Perceval

Robert de Boron et le Graal. -1/2-

Robert de Boron, né en territoire de Belfort, est au service de Gautier de Montbéliard. Gautier s'embarque pour la Croisade en 1201, et meurt en Terre sainte en 1212. Robert de Boron découvre la littérature byzantine et syriaque... Il a le projet d'une grande synthèse poétique... Il a l'intuition de rattacher les légendes celtiques, avec le mythe du Graal, ramené aux origines du christianisme et écrire une sorte d'allégorie chrétienne de la Rédemption.

 Joseph of Arimathea walks on water holding the holy grail Joseph of Arimathea walks on water holding the holy grail

Ses sources sont dans la Bible, mais aussi dans des textes apocryphes comme l'Évangile de Nicodème et La Vengeance du Sauveur. On nous dit, en particulier, comment Joseph fut maintenu en vie dans sa prison grâce au « vaissel » dans lequel le Christ avait institué l'Eucharistie au cours de la Cène, vase qui est aussi le calice où fut recueilli son sang. Le transfert de cette relique à Glastonbury assure le lien entre les âges et les civilisations : le calice devient le Graal.boron-graal Le ''Merlin'' raconte l'histoire du Graal jusqu'à la fondation de la Table ronde annoncée sous forme de prophétie par ce curieux personnage, décrit précédemment par Geoffroy de Monmouth. C'est à la cour des Plantagenets qu'il écrit son œuvre. Bien au fait des mythes de son temps, des légendes celtiques, Robert de Boron affirme qu'il tient la substance de son récit d'un texte latin appelé le Grand Livre, rattaché à la Table Ronde … Une histoire reliée à celle des roi anglais, puisque par Merlin, le Roi Arthur est reconnu, roi des Bretons...

Le saint Graal et Table ronde Le saint Graal à la Table ronde

Le XIIe siècle, qui abrite le récit est fort agité par les querelles brûlantes autour du dogme de la Transsubstantiation, adopté en 1215 par le Concile de Latran. C'est en vers que Robert de Boron a composé sa trilogie : le ''Joseph d'Arimathie ou Roman de l'estoire dou Graal '', ''Merlin '' et ''Perceval''. Seuls le premier de ces trois textes et le début du deuxième nous ont été conservés dans un manuscrit, mais une ou plusieurs versions en prose (Merlin en prose, Perceval de Modène et Didot-Perceval) nous transmettent le contenu de l'œuvre.

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