Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

bernanos

Les Années 1930 - ''La Grande Peur des bien-pensants'' de Bernanos

Publié le par Régis Vétillard

Quelques mois après leur retour, Anne-Laure de Sallembier reçoit Georges Bernanos à l'occasion de sa présence à Paris, pour la sortie de son dernier livre '' La Grande Peur des bien-pensants''.

Précédemment, sa mère avait offert à Lancelot les trois romans qui ont fait de Bernanos un écrivain reconnu , et pour le dernier, ''La Joie'', il reçut le Prix Fémina (1929) .

 

La lecture de ''Sous le soleil de Satan'' est de l'avis de Lancelot, celle qui l'a marqué le plus à cette époque. En effet, jusqu'à présent la littérature était fière d'affirmer une esthétique qui dépasse les contingences ( de Proust à Gide, Valéry...). Dans ce roman - ce qui enchantait Lancelot - de la boue d'un village d'Artois, d'un quotidien à « la solitude immense, déjà glacée, plein d'un silence liquide... »… surgissait le surnaturel. De plus, la question religieuse de la sainteté , n'était pas traitée dans une pieuse hagiographie, mais dans une traversée des maux d'une humanité inquiète. Satan, bien réel, n'est pas ici une figure de la sexualité, mais du désespoir .. Ici, le saint n'y est pas en paix. Ce n'est pas une mystique du salut et Donissan ne craint pas, même, de sacrifier le sien.

Bernanos prend le parti de la révolte, non de la morale des bien-pensants.

Des critiques regrettent que ce roman soit mal composé, sans voir en quoi celui-ci est novateur : ce qui prime ce n'est pas l'intrigue comme terrain d'expression de personnages, mais la question métaphysique : « le tragique mystère du salut » selon les mots de Bernanos.

Ce ''salut'' qui ne serait pas individuel, mais collectif... !

 

Pour l'heure, ''La Grande Peur des bien-pensants'' un recueil d'articles ; mais qui doit se lire comme un roman, est soutenu par Léon Daudet dans L'Action française du 28 avril 1931.

Dans ce livre Bernanos tient à nous faire partager son enthousiasme pour Edouard Drumont. Il serait une « Espèce de chevalier français » en croisade contre la IIIème République.

- Drumont s'en prend aux gens raisonnables, aux prudents ; il n'a pas craint les procès, les duels... Il est ingérable : c'est ce que j'appelle un ''enfant humilié '' : Humilié par les atrocités de la répression de la Commune. Humilié par le parti clérical, quand il s'est présenté aux élections de 1890... Un beau personnage de roman, qui ne surmonterait pas son désespoir...

- En quoi, un homme « aigri, revenu de tout », mort, pourrait-il nous intéresser, aujourd'hui ?

- Mon ami, sachez que lorsque votre mère vous mettait au monde, la lecture de Drumont faisait partie du bagage intellectuel de tout royaliste de l’Action française. Mon père, le soir nous lisait La Libre Parole ( le journal de Drumont)... Drumont semblait maudit, pourtant il s'est jeté dans la mêlée politique... Il est peut-être une énigme pour vous ; pour moi, depuis les tranchées, beaucoup moins... Autant les bien-pensants le rejetteront, autant je m'y intéresserai.

La pensée de Drumont n'est pas méthodique, comme celle de Maurras, elle est éruptive.

 

- Des nationalistes en France, ne craignent pas aujourd'hui de s'afficher ''fasciste'' – selon l'exemple italien – ou '' national-socialiste '' comme en Allemagne... Vous sentez-vous proche de Coty et sa campagne ''anti-juive'' ?

- Je dénonce la ''banque juive'' , c'est tout... ! Je dénonce notre élite conservatrice et son laïcisme républicain. Je hais l'injustice, la mauvaise foi, l'opportunisme... J'attends non pas des chemises brunes, mais des chevaliers ! Lancelot ! Tu vois bien ce que je veux dire.. ! ?

Drumont ,et moi avec ce livre je voudrais vous réveiller... Comme Drumont avec son livre '' La France juive '' ; d'ailleurs, son succès avait été immense. Il faut sauter à la gorge de la politique, de la finance...

 

- Je vous respecte infiniment ; j'entends très bien votre dénonciation... ; mais je ne vous suis pas, quand vous reprenez cette infâme rengaine de l'antisémitisme de Drumont qui accuse des gens qui se sont battus à vos côtés ; quand nous savons que Dreyfus, était innocent...

Je reviens d'Allemagne, et c'est comme si de Drumont, Hitler n'avait gardé qu'une chose, la haine et l'antisémitisme. En quoi, cette violence pourra t-elle abattre la dictature de l'argent ? En quoi, préfigure t-elle l'irruption du surnaturel, la radicalité du Christ ?

- Je ne veux abattre personne, individuellement. J'ai de la compassion pour chacun d'entre nous, jusqu'au plus vil... J'en veux à « la force immense, informe de l'argent »...

Ne succombez pas aux sirènes du pacifisme, une paix moderne qui annonce une ère d'esclavage, asservissement moderne de l'individu... Un monde sans mystique, un monde qui ne croit en rien, même l’Église s'est laissait corrompre par l'argent... Nous allons vers « l'Usine universelle, l'Usine intégrale »

Anne-Laure conclue cette discussion :

- Bernanos, vous revenez sans cesse à votre rêve d'enfant : une France chrétienne, aux valeurs chevaleresques... si éloignée de notre IIIème république !

Voir les commentaires

La Chevalerie, l'honneur et la guerre de 1914. -2-

Publié le par Régis Vétillard

Les témoignages ont rapporté que c'était une guerre où l'on est tué, plus que l'on ne tue ; et sans voir l'ennemi. Le héros est un soldat qui s'offre aveuglément à suivre des ordres venus de l'arrière...

 

Pendant ces quatre années, Anne-Laure n'était retourné à Paris, que très rarement et par obligation... Comment pouvait-elle à nouveau fréquenter le monde, côtoyer ces aristocrates, ou grands bourgeois et aussi leurs domestiques, maîtres d'hôtel et grooms; comme si de rien n'était...?

A Cochet (*) écrit que les Parisiens de 1916, ont perdu la conscience du drame humain... Que reste-t-il ? « Il semble donc qu'à Paris, la guerre se réduit à un thème décoratif, à des stéréotypes auxquels, par exemple, la mode féminine se conforme facilement. Le modèle national est le masculin, le militaire (…) »

« La mort de millions d'inconnus nous chatouille à peine » écrit Proust … « pour les autres, pour les Verdurin (ou pour Proust lui-même ?), les noyés du Lusitania, « les hécatombes de régiments anéantis », restent des notions, des images qui ne peuvent susciter que des « réflexions désolées », nécessairement conventionnelles. »

« Madame Verdurin, est contrariée par la guerre qui raréfie les fidèles de son salon (…), tandis que Proust affirme qu’« elle ne voulait pas les laisser partir, considérant la guerre comme une grande « ennuyeuse » qui les faisait lâcher. Aussi, elle aborde la guerre avec ironie."

« Pour l'ensemble des non combattants, cette tranquillité morale - oscillant de l'oubli à l’indifférence - traduit aussi la confiance dans l'évidence de la victoire (…) ».

Les Parisiens auraient-ils oublié en 1916 le risque permanent de la mort qu'assument les combattants ? On assiste à une scène typique de Proust avec un « pauvre permissionnaire » les « restaurants pleins et « les vitrines illuminées », qui regarde « se bousculer les embusqués retenant leurs tables » avant de se précipiter au cinéma. Il résume, selon Proust, toute « la misère du soldat », « non la misère du pauvre mais celle de l'homme résigné (…) »

Sources : (*) Cochet A., L'amour de la patrie dans « Le temps retrouvé » de Marcel Proust, 1998.,

 

Bernanos n'a pas abandonné, pour autant, son rêve d'enfant... Il condamne la ligne sociale conservatrice de l'Action Française, et envoie à Maurras, en 1919, sa lettre de démission...

«  (…) Il ne faut plus décevoir les enfants de France, jamais. La seule tradition de ce peuple, qu’aucune secte, qu’aucun parti n’ose, n’est capable de revendiquer, la seule qu’aucun parti, qu’aucune secte ne saurait assumer, parce qu’elle ferait plus que les écraser, elle les rendrait ridicules, c’est celle de la chevalerie chrétienne française, C’est celle de la chrétienté, C’est celle de l’honneur de la chrétienté. » dans ' Nous autres Français '

Bernanos

Sous le titre « Nous autres français » sont réunis des pamphlets de Georges Bernanos écrits en 1938 et 1939. Bernanos n'a alors rien perdu de ses convictions... Bien après la Grand Guerre, il s'engage alors, en 1936 contre la "Croisade" du général Franco, contre Maurras, et en général contre les milieux catholiques réactionnaires et conservateurs. 

La religion n’est pas une idéologie, ni l’Eglise un parti. Seul l’esprit de la chevalerie chrétienne peut avoir un impact sur les forces politiques de droite ou de gauche, mais aussi sur l’Eglise. L’honneur n’est pas un concept qui s’explique par la logique ou par les raisons. Le concept appartient à une autre dimension, se situant au dessus des raisonnements intelligibles. Bernanos refuse de voir l’honneur comme un concept faisant parti d’une idéologie ou une doctrine quelconque. « Il n’est besoin que d’un court dressage pour faire un fanatique, au lieu que l’élaboration d’un type humain comparable à celui de l’ancien chevalier français reste le travail des siècles. » ( Nous autres Français, page 237 ).

 

Donc - ce 11 novembre 1918 - ils annoncent qu'à 6 heures du matin, dans la clairière de Rethondes (forêt de Compiègne) des généraux ont signé l'armistice, dans un wagon-restaurant qui - avant la guerre - emmenait les Parisiens à Deauville. ...

 

Il y a comme une atmosphère d’irréel, difficile à disparaître, qui à force de s'être répandue sur toute chose a modifié le quotidien ...

Bernanos propose que l'on écrive sur le monuments aux morts : « La Victoire ne les aimait pas »

 

Winston Churchill a 44 ans ; après être allé au front, il est ministre de l’Armement ; il écrira : «Les cloches sonnèrent, et je n’éprouvai aucune allégresse. Rien ou presque de ce qu’on m’avait appris à croire n’avait survécu et tout ce que l’on m’avait appris à croire impossible était arrivé. […] La victoire était indiscernable de la défaite.»

Les vivants font la fête ; ils disent que c'était la «der des ders».

 

Voir les commentaires

La Chevalerie, l'honneur et la guerre de 1914. -1-

Publié le par Régis Vétillard

Bernanos, comme J.B. sont des cavaliers, amoureux du cheval... Dans les dragons, ils pensaient éventuellement, affronter une mort glorieuse après une chevauchées lance au poing...

Bernanos est sorti anéanti de cette terrible expérience de quatre années. Loin de la gloire, il a rencontré le Mal... Ses romans, en particulier ''Sous le soleil de Satan '' et L'Imposture'' sont l'expression du combat spirituel au fond d'une tranchée... Une œuvre qui prend racine dans son enfance...

«  Qu’importe ma vie ! Je veux seulement qu’elle reste jusqu’au bout fidèle à l’enfant que je fus. » dans 'Les Grands Cimetières sous la lune'

« Certes, ma vie est déjà pleine de morts. Mais le plus mort des morts est le petit garçon que je fus. Et pourtant, l’heure venue, c’est lui qui reprendra sa place à la tête de ma vie, rassemblera mes pauvres années jusqu’à la dernière, et comme un jeune chef ses vétérans, ralliant la troupe en désordre, entrera le premier dans la Maison du Père ».

« Pauvres petits garçons français, mis à la torture par les fabricants de morale civique, et qui n’auraient connu d’autre image de la France qu’un cuistre barbu qui parle de l’égalité devant la Loi, si le bonhomme Perrault – disons saint Perrault, puisqu’il est sûrement dans le Paradis ! – n’avait offert aux rois et aux reines exilés l’asile doré de ses contes, les châteaux du Bois dormant. Quel symbole ! les cuistres du siècle des cuistres poursuivant la majesté royale – leurs sabots à la main pour courir plus vite, les imbéciles – et la majesté royale déjà était à l’abri dans les pans de la robe des Fées. Le petit homme français, abruti de physico-chimie n’avait qu’à ouvrir le bouquin sublime, et dès la première page, il pourfendait les géants, il réveillait d’un baiser les princesses, il était amoureux de la Reine. [...] Je connais un jeune Lorrain de quatre ans qui, à ma demande : "Qu'est-ce qu'un roi ?" m'a répondu : "Un homme à cheval, qui n'a pas peur ! » : un chevalier ! » De 'Noël à la Maison de France', 1928, Essais et Ecrits de combat, I, Pléiade

Des contes, un roi, des chevaliers.... ? Ce n'est pas très sérieux.. !

« On peut faire très sérieusement ce qui vous amuse, les enfants nous le prouvent tous les jours.. » dit Bernanos... Adolescent, camelot du roi, il écrit - dans le journal Le Panache, revue royaliste illustrée, en 1907. - des nouvelles avec des chevaliers mourant à la guerre au service du trône de France. Pour Bernanos, la chevalerie c'est du sérieux...

Quand Bernanos parle d'Honneur, et pour donner corps au concept, il évoque la Chevalerie et le Moyen Age... Il n'est pas le seul...

 

Jeanne d'Arc et Maurice Barrès

Le chantre du patriotisme, son héraut : c'est Maurice Barrès (1862-1923)... Avant 1914, il est le maître à penser à droite et de certains à gauche...

« Si Monsieur Barrès n'eût pas vécu, s'il n'eût pas écrit, son temps serait autre et nous serions autres. Je ne vois pas en France d'homme vivant qui ait exercé, par la littérature, une action égale ou comparable. » Avis du jeune critique Léon Blum.

Avant et pendant la guerre, Maurice Barrès va être le 'propagandeur' de la guerre ; Romain Rolland le surnomme : « le rossignol des carnages... » Même à la fin de la Guerre, il reste le champion du « jusqu'auboutisme ».

Maurice Barrès est fasciné par les chevaliers, les croisades... En Orient, il en a cherché les traces ; et a exprimé son admiration dans '' Un jardin sur l’Oronte '', un roman qui présente dans un orient médiéval fantasmé, une histoire d'amour entre un chevalier et une sarrasine... En rapport avec la guerre, on peut y retrouver le goût de la gloire et de l'aventure.

 

Pendant toute la durée du conflit mondial, Barrès donne à L’Écho de Paris, des centaines d'articles... On peut lire, de Barrès, l'oraison funèbre de Paul Déroulède (1846-1914), en février 1914 ; il s'adresse au défunt : « Et maintenant, chevalier de la France, va rejoindre les grands chevaliers, tes pareils, la cohorte toujours accrue que mènent, depuis le fond des âges, les Roland, les Du Guesclin et les Bayard. » ( Chronique de la Grande Guerre, t. I,) Bernanos avait admiré Déroulède...

Il va comparer Péguy à Bayard, le capitaine Driant à Tristan ; et finalement tout soldat français... A un jeune soldat français, il écrit : « Cher enfant, Déroulède vous eût armé chevalier. […] je reconnais et salue (…) un des jeunes compagnons de Jeanne d’Arc, un de ces pages dont l’histoire n’a pas gardé le nom, et qui la comprenaient tout aisément, servaient sa gloire et sa tâche. » ( Chronique de la Grande Guerre, t.I )

Encore : … Nos soldats de 1914 possèdent intact l’héritage moral de nos vieux chevaliers (…). La civilisation des cathédrales n’est pas morte ! Nos soldats pratiquent toujours le code de la chevalerie et ses commandements précis. » ( Chronique de la Grande Guerre, t.I )

 

Enfin, Au printemps de 1919, à propos des aviateurs, Barrès notait dans ses Cahiers : « Les romans chevaleresques, vivre une vie de chevalier, conquérir le ciel, que cela est tentant ! Et de nos jours encore, je vois des gens qui réinventent une vie de chevalier »

 

Alors même que les armes parlent ; des spécialistes de l'art ou d'histoire rapportent que c'est en France, au Moyen-âge que la pensée chrétienne a trouvé sa forme parfaite ; au XIII e siècle, elle s'est exprimée au travers des cathédrales. Ils cessent d'employer l'adjectif ''gothique''... Les ravages exercés sur les cathédrales sont exploités dans la presse : la cathédrale blessée est souvent représentée, sous forme d’une allégorie féminine martyrisée... A la France : le Moyen Âge lumineux du temps des cathédrales et à l'Allemagne : les âges sombres des Grandes Invasions.

On retrouve la même symbolique en Angleterre et aussi aux Etats-Unis où la guerre est assimilée à une croisade contre le mal : c'est la « Pershing’s Crusaders »

 

Comme l'avait déjà observé Anne-Laure de Sallembier, et plus explicitement pendant la guerre, le chevalier arthurien est présenté comme le précurseur du gentleman britannique qui part à la guerre...

 

Jeanne d’Arc est un modèle pour tous les alliés : elle oppose à ses juges une foi inébranlable et symbolise le courage face au fanatisme. Sa vertu constitue l’ultime mode de l’expression chevaleresque.

Bernanos, décoré de sa croix de guerre, est défait... Le poilu n'est qu'un rouage d'une machine qui ne le considère que comme de la chair à canon. A la différence de Barrès, il ne s'est pas soustrait au destin tragique de sa génération.

L'après-guerre lui semble vide d'un pourquoi ? Pourquoi la guerre ? Pourquoi la Victoire ? Vide spirituel, et aussi intellectuel.

« De 1914 à 1918, l'arrière s'est parfaitement bien passé de nous. La mort de quinze cent mille des nôtres n'a rien changé à son aspect (…), je dis plus : ne fût-il pas revenu un seul d'entre nous, l'histoire de l'après-guerre n'en aurait pas été modifiée pour autant. Elle était faite par avance, et elle était faite sans nous ! » ''Les enfants humiliés: Journal 1939-1940''

Voir les commentaires