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angleterre

Sur les pas du Roi Arthur -6/.- Glastonbury

Publié le par Perceval

Le lendemain, nous prenons la route de Glastonbury, en passant par Wells ; ce serait dommage de manquer la cathédrale et les 'à-côtés'... On peut se promener dans la plus vieille rue d'Angleterre : ''Vicars’ Close''. Dans cette rue, l’architecture est uniquement médiévale. Elle fut créé en 1348 par l’évêque Ralph de Shrewsbury afin d’héberger les 42 membres du chœur de la cathédrale. Cette communauté s’organisait le long d’une simple rue avec les maisons individuelles de part et d’autre, ainsi qu’à chaque extrémité, une salle commune pour la prise des repas et une chapelle.
Chaque maisons se voulait habitable pour un seul prêtre et était identique : une salle de séjour au rez-de-chaussée avec une grande fenêtre de part et d’autre, à l’Est et à l’Ouest, donnant sur un escalier en colimaçon menant au 1e étage où se trouvait la chambre. Des latrines et des douches étaient installées dans les cours arrières et des puits se trouvaient à chaque extrémité de la rue.

Passé Penniless Porch la « porte sans le sous » en référence aux mendiants qui y faisaient l’aumône, remplacés aujourd'hui par un jeune joueur de guitare ; on découvre l’impressionnante façade de la cathédrale de Wells  devant laquelle s’étend une grande pelouse encadrée de maisons médiévales. La cathédrale est vraiment imposante par sa largeur : la porte voûtée est surmontée de trois longs vitraux et, de part et d’autre de la structure centrale, deux grandes tours gothiques se dressent vers le ciel. Il s’agit de la première cathédrale anglaise construite dans ce style gothique. La façade, qui date de 1230, comprend de nombreuses statues médiévales représentants des scènes bibliques, des rois et des évêques, des anges, les douze apôtres et, à son sommet, la statue du Christ.

 

Nous voilà prêts pour ce que je pensais être l’essentiel de notre voyage : Glastonbury...
Ce serait Joseph d'Arimathie qui aurait établi la première église chrétienne en Somerset. Il serait à l'origine de l’abbaye, qui daterait du premier siècle. Nous en avons des traces dès le VIIe siècle... Elle s'agrandira au cours des siècles jusqu’en 1541 où elle fut détruite par le roi Henry VIII.
Joseph d'Arimathie emportant le Graal
Une légende médiévale prétend que Joseph construisit une table pareille à celle de la cène, la place de Judas restant vide, personne ne devait s'y asseoir sauf un véritable chevalier. Cinquante ans après avoir mis Jésus au tombeau, Joseph fut enseveli le 27 juillet 82 auprès de la petite chapelle en torchis et osier, bâtie par lui et ses douze compagnons...
 
A la mort de Joseph d'Arimathie, des sources mentionnent que le Graal fut transporté à Rome, pour faire partie du trésor des papes. Mais ici, on a retenu que Joseph aurait dissimulé le vase en l’ensevelissant juste au dessous du Tor de Glastonbury à l’entrée du monde souterrain. On cite un lieu précis, '' Chalice-Hill '' sous la colline qui porte ce nom, et où se trouve le puits sacré, dont l'eau aurait servi à baptiser les convertis et bien des personnalités...
Joseph of Arimathea,
Keeper of the Holy Grail
 
En 166, le pape Eleuthère envoie des missionnaires en Somerset pour restaurer la chapelle primitive. On ne reparle plus de Glastonbury, avant le Ve siècle quand Saint-Patrick vient ici. En 546, Malgwin de Landoff érige une grande église. Saint David, patron du Pays de Galles, crée au VIe s. des monastères dont Glastonbury, pour combattre les erreurs de Pélage...
Le nom celtique du lieu était '' Dun-Nazeth-Clas '', qui signifierait le fruit sacré, chez les druides, de la pomme, un lieu renommé pour sa fertilité...
L’abbaye a connu d’après les retracés archéologiques diverses phases de constructions et de destructions. En particulier un incendie ravage la plupart des bâtiments constitutifs de l’abbaye en 1184….
 

 

Selon l’ecclésiastique Giraud de Barri, des pèlerins découvrent quelques années plus tard lors de sa reconstruction une sépulture contenant des os appartenant à deux individus distincts.  Sépulture constituée par un cercueil disposé sous une dalle de pierre portant une croix de fer avec cette inscription :

Arms du King Arthur

Hic jacet sepultus inclutvs Rex Arturius in insulis Avalonia cum Wenneveria uxore cum sua secunda in insula Avallonia” ; C’est à dire : Ci-git le fameux Roi Arthur ensevelie avec sa seconde épouse Wenneveria dans l’île d’Avalon ( avalon signifie '' pommeraie '').


Le roi Richard Coeur de Lion règne alors, roi français plus que britannique : il a grandi en Aquitaine, a fait sa croisade, est revenu se faire couronner en Angleterre après sa libération qui a laissé exsangue le royaume, puis est retourné en France. Ce n’est pas un roi très populaire en Grande Bretagne. Mais c’est le fils d’Henri II Plantagenêt, commanditaire de l’Histoire des Rois de Bretagne, qui place Arthur, ce héros breton, à l’origine de la lignée des Plantagenêt. Le mythe arthurien s'inscrit alors dans l'histoire... La découverte de ces corps renforce la fiabilité de la légende, et permet à Richard de se revendiquer breton. Elle permet aussi à la petite abbaye de Glastonbury, déjà bien puissante dans les cercles chrétiens de l’époque, d’asseoir son autorité et d’assurer sa richesse. Richesse qui va se révéler indispensable quelques années plus tard, quand l’abbaye brûle entièrement dans un incendie (1184) .

 

Arms des Plantagenêts

Grâce à son prestige, les moines parviennent à la faire reconstruire en un temps record : en deux ans... La construction est allée tellement vite qu’ils ont du faire appel à différents maîtres d’oeuvre, ce qui explique pourquoi chaque fenêtre est ornée de motifs différents. Cette nouvelle église est la vieille église encore partiellement debout aujourd’hui, l’Eglise des Dames qui date de 1186.
On déambule donc aujourd’hui dans les ruines de l’abbaye datant de la période post-incendie.
Quelques décennies plus tard, le rayonnement de Glastonbury s’est encore accru. La petite église ne suffit plus. Une cathédrale est alors construite, juste derrière. En 1278, lors d’une grande cérémonie à laquelle assistent le roi Edouard 1er et la reine Éléonore, les restes du roi Arthur sont remis en terre dans une tombe de marbre noir massif, porté par des lions, de marbre eux aussi, au pied du grand autel de l’église. Glastonbury est au faîte de sa gloire.

L'emplacement de la tombe est marquée au sol. Non loin, une jeune femme rousse se recueille. Je l'avais déjà aperçue alors qu'elle parcourt le site selon certains axes...
Le cadre s'il est grandiose - 15.5 hectares - est serein. La visite commence par un musée, puis on rentre dans un jardin verdoyant. La pelouse entoure les bâtiments : la Chapelle de la Vierge, puis les quelques ruines qui entourent le site du tombeau d'Arthur... Il y a deux étangs et un verger. Plus de 250 arbres sont dispersés...

Des ruines, bien sûr... les toucher nous ramène à tenter de retrouver ce qui animait les moines qui vivaient ici... Je trouve une carte : ''la tour foudroyée'', bien sûr... La paix n'est pas toujours au rendez-vous...

Je reviens à l'Histoire....

Par permission d' Edouard III (1312-1377), on fit des fouilles pour retrouver le corps de Joseph d'Arimathie... (?)
On arrive à l’époque d’Henri VIII. Celui-ci se déclare le chef de l’Eglise dans son propre royaume. Le schisme avec Rome est consommé et la guerre éclate. Mais Henri VIII est ruiné. Un de ses conseillers lui rappelle alors sagement qu’en tant que chef de l’Eglise en Grande Bretagne, il est aussi libre de prendre ses richesses. Plusieurs abbés se révoltent, dont celui de Glastonbury, Richard Whiting, qui est pendu pour haute trahison sur le Glastonbury Tor  en 1539.
Les richesses de Glastonbury partent alors dans le trésor royal et la cathédrale et l’abbaye sont démantelées (1541) , à la fois par les hommes d’Henri VIII pour s’assurer que ce puissant centre religieux disparaisse, mais aussi par les habitants qui utilisent les pierres déjà taillées...
Les ruines vont rester à l’abandon pendant trois siècles, jusqu’à l’époque romantique anglaise (19ème siècle). Un riche propriétaire achète alors ces ruines, qui jouxtent son domaine, dans le but d’étendre un peu sa propriété et de posséder de jolies ruines. Lui-même n’aura jamais connaissance de l’importance de ces jolies ruines en question, mais un de ses proches descendants oui, en retrouvant également de vieux manuscrits parlant de l’endroit.
Commence alors la protection de l’abbaye de Glastonbury, aujourd’hui assurée par une association privée et le English National Heritage, qui protège également le Tor.

 
 
 
Des parties communes du monastère, comme le cloître, la cuisine des moines et le réfectoire, il ne subsiste que les fondations, recouvertes d’herbe verte. Seule la cuisine de l’Abbé datant du 14e siècle est encore intacte avec son toit en forme de dôme surmonté de deux tours octogonales permettant l’évacuation de la fumée. Elle témoigne de la richesse et du niveau de vie élevé des abbés et moines de l’abbaye.

 

 
 
 
 
 
 

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Sur les pas du Roi Arthur -5/.- Bristol

Publié le par Perceval

Il est temps de fermer ses valises, et enfin de parcourir le chemin... Mais, par où commencer ?
Autrement dit, qu'elle est l'origine de La Légende... ?
 
Très vite, je m'aperçois qu'elle est multiple. Cette quête ne peut être que celle d'un agnostique en la matière, mais un agnostique qui cherche, un pèlerin...
 
Après ma descente de l'avion à ''Bristol- Airport'', je passe ma première nuit sur le sol anglais, dans un hôtel du centre-ville ''Brooks Guest House'', la chambre King double nous attend... Avec la possibilité de boire un thé, je trouve une carte : le N°8 du Tarot de Merlin - ''le Magicien'' ( en fait le Bateleur du Tarot) , une figure qui me conforte à ouvrir mes livres : Hermes initie l'apprenti que je suis par la mobilisation de mon énergie intellectuelle, la plus simple à rassembler et à contrôler.
 
Ma première source sur laquelle je peux m'appuyer, qui fait référence textuellement au Roi Arthur, c'est l' "Historia Regum Britanniae" œuvre rédigée en latin entre 1135 et 1138, par l'écrivain gallois Geoffroy de Monmouth (~ 1100-1155) ( à noter que l'origine de ce clerc serait de souche bretonne …) . Ce texte remporta un certain succès jusqu’à la fin du XVe siècle : plus de 200 manuscrits latins en subsistent. Bien des adaptations et des traductions ( appelés Bruts) ont circulé...
 
Ce livre s'appuie sur un ''magicien '' Merlin et ses prophéties ( Prophetiae Merlini  ), il serait lui-même inspiré par un livre très ancien le Liber vetustissimus, composé en breton. Ensuite cette Historia a été traduite en gallois (Brut y Breninhed), et adaptée en langue romane sous le titre de Roman de Brut en 1155 par Wace qui lui évoque pour la première fois la Table Ronde. .
Merlin prophesies for Vortigern,
from a manuscript of Geoffrey of Monmouth's ..

Le texte de Geoffroy de Monmouth aura une influence très importante sur les auteurs médiévaux qui s'emparent de la matière de Bretagne pour créer leurs œuvres.

Geoffroy de Monmouth, remonte aux premiers héros fantastiques, et après la conquête romaine, il cite le traître Vortigern ( ou Vortegirn) qui appelle dans l'île les barbares saxons ; c'est Vortigern qui rencontre Merlin, qui en aidant ses successeurs : Aurelius Ambrosius et Uther Pendragon, repoussent victorieusement les invasions barbares. Enfin, Monmouth rapporte le règne d'Arthur, conquérant de l'Irlande, de la Norvège et de la Gaule et vainqueur de son neveu Mordred qui, avec l'aide de la reine Guenièvre, devenue sa maîtresse, avait tenté de s'emparer du trône. Avec les successeurs d'Arthur, et sous la menace continuelle des Saxons, le royaume ne fait que décliner jusqu'à la fin du VIIe siècle.
Le tout premier portrait du roi Arthur
In Geoffroy de Monmouth Prophetia ...

 

Le roi Arthur avait déjà été cité par l'historien et moine Nennius ( début du IXe s.) dans L'Historia Brittonum : premier ouvrage à faire référence au personnage d'Arthur, en tant que chef des rois des Bretons, avec le titre de dux bellorum dans les 12 batailles qu'il livra contre les Saxons...

 

 
Les Plantagenêt ( Henri II …) et leurs successeurs vont s’approprier la figure du roi mythique des Bretons jusqu’à en faire leur ancêtre. Vers 1200, la découverte de la tombe du roi Arthur à l’abbaye de Glastonbury brise le mythe de « l’espoir breton ». Le prêtre Layamon ( fin du XIIe s.) , par ailleurs traducteur du Brut de Wace en langue anglo-saxonne, va récupérer dans les écrits de Geoffroy les prophéties de Merlin pour les détourner au profit des Anglais : Merlin annonce qu’un jour Arthur reviendrait pour aider les Anglais...
 
Dans le troisième livre attribué à Geoffroy de Monmouth, La Vie de Merlin : Merlin est marié à Gwendolena, roi de Dyfed, il est pris de folie à la vue du massacre de trois de ses frères, il s’enfuit dans la forêt de Calédonie, au sud de l’Ecosse actuelle. Il devient le Merlin ' homme sauvage '. Dès lors, Merlin vit en compagnie d’un loup.  Merlin refuse les présents les plus merveilleux qu’on lui offre pour l’arracher à sa retraite. Dans la forêt de Calédonie, il développe des capacités prophétiques prodigieuses, il parle avec les plantes et les animaux. C’est un savant : il connaît l’astronomie et la musique, il discourt longuement des phénomènes naturels et des origines du monde.
Geoffroy de Monmouth a fait entrer dans l’histoire Arthur, Merlin, Gauvain, Conan Meriadec, Utherpendragon, des personnages ''créés'' que l’on retrouve aux côtés de personnages historiques. Cette confusion du légendaire et des faits historiques a eu comme conséquences, durant huit siècles, de contribuer à la rencontre de la légende et de l'histoire …
Il est extraordinaire de constater que ce Mythe qu’il a contribué à répandre a été accepté comme un ensemble de faits historiques jusqu’au XVIIe siècle en Angleterre et jusqu’au début du XIXe en France !
Avec Richard Cœur de lion, successeur d’Henri II, Arthur est adopté par les rois normands d’Angleterre. C’est cet Arthur là que nous retrouverons chez Chrétien de Troyes, autre grand auteur arthurien après Geoffroy de Monmouth, dans la seconde moitié du 12e siècle. Avec Chrétien, nous entrerons dans le monde et dans l’idéologie chevaleresque...
( Parmi mes sources : l'Encyclopédie de brocéliande: http://broceliande.brecilien.org/ )
 
Ces lectures méritent bien une promenade dans la ville de Bristol, ….....
Sur un muret, non loin de King St. au bord de l'eau, un verre (pint) de bière abandonné attire mon attention... A l'intérieur, une carte : le Chariot.... ! Je me suis permis de garder le verre …
Il y a grande animation au ''Old Duke''... Il fait beau, en suivant la rivière, nous mangeons sur la terrasse du Severnshed, au-dessus de l'Avon.
 
Si le Bateleur-Magicien, fait s'interroger l'impétrant avec la question du Graal : Que cherches-tu dans la vie ? : Le chariot, véhicule de la conscience, rappelle une autre question : Où vas-tu ? Cette figure remet Minerve/ Brigid (*) comme patronne de la connaissance et de l'inspiration. L'intellect n'est pas la seule source, et il me faut revenir à toute la richesse du Mythe. Je marche dans une direction choisie avec discernement, sagesse, enthousiasme … Arthur, est le précurseur de nombreuses quêtes... Si les chevaliers de la Table Ronde parcourent la Bretagne arthurienne, ils se rendent, la quête achevée, dans la ville de Sarras devenue la demeure du Graal...
 
(*) Brigit ou Brigid était la déesse la plus puissante et la plus connue de la mythologie celtique. Elle fut assimilée à Sainte Brigitte patronne de l'Irlande qui naquit vers 453  
Les deux illustrations ci-dessus sont de l'illustratrice Beatrice Stevens - Geoffrey of Monmouth's Dream — 1906.

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