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1939

Irène et Frédéric Joliot Curie. La Fission nucléaire

Publié le par Régis Vétillard

Après Céline, Denoël publie Rebatet avec son pamphlet ''Les Décombres''. Tout le monde en parle ; Denoël se félicite du tirage épuisé en trois semaines. Lancelot exprime à sa mère et à Geneviève, sa détestation de ce genre d'ouvrage. Il tient à faire comprendre à Geneviève, qu'il ne soutient pas la politique antijuive du gouvernement de Laval. Elle assure le comprendre, et regrette qu'il eut pu comprendre qu'elle soutenait la cruauté des nazis, ce dont tous les français sont témoins ; mais, comme elle pensait qu'il travaillait pour Vichy... Enfin, elle est désolée...

Elle se dit si intéressée par ce qu'ils échangent lors de ces discussions scientifiques. Les moments qu'elles passent ici lui paraissent magiques, toujours plein de surprises par ce qui est dit, ou par la présence d'invités passionnants...

En 1934, Les Joliot-Curie utilisent le polonium pour observer la trace des rayonnements grâce à une ''chambre de Wilson '' et bombardent de particules divers matériaux. Ainsi, avec une feuille d'aluminium, ils constatent qu'une partie de l'aluminium s'est transformée en phosphore radioactif, forme qui n'existe pas dans la nature. On peut donc construire artificiellement des atomes radioactifs, des radio-isotopes.

Irène et Frédéric Joliot Curie découvrent ce que l'on appelle la radioactivité artificielle, artificielle signifie ici que certains éléments naturels peuvent être rendus radioactifs ; cette propriété n'est donc pas réservée qu'à quelques uns. On peut même supposer qu'à la création de l'univers tous les isotopes radioactifs existaient, puis selon leur ''période'' ils ont laissé la place à l'élément stable. Il ne reste que les éléments radioactifs à la période suffisamment longue...

En 1938, le physicien Fermi teste le nouveau projectile, le neutron qui, dépourvu de charge électrique, pénètre facilement les noyaux... En utilisant l'Uranium comme cible, il apparaît alors un grand nombre d'isotopes légers, que se passe t-il ? L'allemande Lise Meitner en 1939, propose que l'Uranium se casse en deux fragments, ce serait une fission du noyau ; ces deux fragments ont une énergie considérable. Cette énergie issue de la fission du noyau, est nommée '' énergie nucléaire ''

On va remplacer la source radioactive de bombardement par des machines. Frédéric Joliot-Curie, en 1937, installe le premier cyclotron français dans son laboratoire du Collège de France. Un cyclotron est un accélérateur de particules, il permet d'atteindre des énergies bien plus élevées que celle obtenue par la radioactivité naturelle et de réaliser des collisions variées en changeant soit la nature des projectiles, soit la nature de la cible.

 

Je rappelle que les Joliot-Curie recevant en 1935 le prix Nobel de chimie, vont attirer par leur notoriété de jeunes chercheurs brillants comme Hans von Halban et Lew Kowarski. En 1939, l'équipe expérimente que ce phénomène de cassure des noyaux d’uranium - la fission nucléaire-s’accompagne d’un intense dégagement de chaleur.

Pourquoi... ?

Je simplifie ; sachez que si on mesure la masse d'un atome d'hélium, elle vaut moins que la masse de ses constituants : on découvre alors ce '' défaut de masse '' : que se passe t-il ? C'est Einstein qui nous apporte une réponse. Ce défaut de masse est équivalent à l'énergie libérée par l'assemblage de ces ingrédients.

'' E=mc2 '', ou lorsque qu'un système gagne en énergie, sa masse augmente ; et lorsqu'il perd en énergie, sa masse diminue. Le changement de masse est égal à un changement d'énergie... C'est ce qui se passe quand nous prenons un ascenseur, nous augmentons notre masse ( très, très légèrement) mais au niveau d'un noyau cette différence n'est pas anodine ! Einstein nous dit que cette perte de masse entraîne une libération d'énergie.

Par exemple, un neutron qui entre en interaction avec un noyau d'Uranium 235 se scinde en deux noyaux ce qui produit beaucoup d'énergie et, également ( autre intérêt) engendre la production de deux neutrons et chaque neutron ira à son tour interagir avec un noyau d'uranium, c'est ce qu'on appelle une réaction en chaîne.

 

Halban et Kowarski, sont arrivés à Londres avec un stock d'eau lourde du laboratoire. Je rappelle que : composée d'oxygène et d'hydrogène lourd (le Deutérium), difficile à obtenir en grandes quantités, l'eau lourde ralentit les neutrons lors de la réaction de fission. Ils rédigent le résumé et les conclusions des derniers travaux de l’équipe ; ils terminent par les phrases suivantes : « Deux voies sont préconisées pour la production d’énergie : la méthode des neutrons lents avec un petit enrichissement en uranium 235 ; ou l’espoir que la capture de neutrons par l’uranium 238 conduise en fin de compte à un nouveau noyau fissile. » (Ce sera en effet le plutonium 239, découvert à Berkeley en 1940/1941. ).

L'équipe du Collège de France, dirigée par Joliot, signe ainsi une découverte majeure : la fission nucléaire. En démontrant la possibilité d'une réaction en chaîne, l'équipe Joliot-Curie ouvre la porte à l'utilisation de l'énergie nucléaire.

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1939 – Le nucléaire et les armes destructrices.

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot, s'informe le plus possible sur les avancées de la recherche scientifique à propos de ce que nous pourrions imaginer comme armes destructrices... Une personne, assez originale et forte savante, ne se fait pas prier pour lui brosser un tableau de la situation et de ce qui pourrait se préparer ; son nom : Jacques Bergier.

En 1936, lors d'une visite à Paris de Bertrand Russell, Anne-Laure et Lancelot lui avaient fait rencontrer Langevin et les Joliot-Curie. Ils avaient alors évoqué le travail en ''aparté'' d'un groupe de chimistes autour d'André Helbronner (1877-1945) physicien et chimiste français, récompensé ( prix Franklin) pour ses travaux sur la liquéfaction des gaz. Curieux, Lancelot avait pu être reçu au domicile du chercheur dans son labo, qui n'était autre que son domicile, 49 rue St Georges. C'est lors de cette visite que Lancelot fit la connaissance d'un étrange personnage, qu'il retrouve toujours avec beaucoup de plaisir et de curiosité. Il s'agit donc de Jacques Bergier, ingénieur chimiste, qui a travaillé avec Helbronner de 1934 à 1940.

Ainsi, ils auraient effectué la synthèse du polonium à partir du bismuth et de l'hydrogène lourd. Ces recherches de transmutation le fascinaient au point de parler d'alchimie ; et de prétendre avoir réalisé une synthèse de l'or à partir de bore et d'un filament de tungstène, à plus de 10000000 de °C. Il aurait travaillé sur l'utilisation de l'eau lourde sans la pile atomique et imaginé l'ensemble réaction et fusion dans une bombe à hydrogène ( ce dossier a été déposé à l'académie des sciences, peu avant la débâcle) ...

Bergier, n'était pas son vrai nom, il était né dans l'Empire russe à Odessa en 1912. Il parlait onze langues , il gardait un accent alors qu'il était déjà en France comme lycéen au Lycée Saint-Louis, puis étudiant à l'École nationale supérieure de chimie de Paris.

De taille moyenne, le cheveu rare, le nez pointu avec de petits yeux très mobiles. Il parle beaucoup ; on a du mal à le suivre, et à le croire...

Juif, il va préférer dès l'occupation, rejoindre Lyon, et s'occuper de gérer plusieurs postes émetteurs ; et sans-doute d'autres activités clandestines...

 

- Quel est l'état de nos connaissances en matière de nucléaire, et d'armes destructrices ?

Une équipe de chercheurs allemands menée par Otto Hahn en janvier 1939, découvre la fission, tout juste avant l’équipe française dirigée par Frédéric et Irène Joliot-Curie. Des gens comme Léo Szilard, Niels Bohr ou Enrico Fermi ( émigrés aux Etats-Unis) comprennent qu’une réaction en chaîne est possible grâce à la libération de plus d’un neutron, lequel provoque une nouvelle fission dans une masse d’uranium. Une telle réaction est susceptible de dégager une énorme quantité d’énergie en un temps infime.

Possible oui ; mais faisable ? En ce début 39, Niels Bohr développe 15 raisons à son collègue Wigner de l'impossible exploitation du processus de fission... Otto Hahn, aurait déclaré« Dieu ne le permettra pas ! ».

Leó Szilárd lui, prédit la bombe , et pense qu'Hitler la prépare. Aussi, le nucléaire devient la priorité absolue : il demande à Joliot de cesser toute publication ouverte sur ce sujet; il convainc Albert Einstein d'adresser une lettre au Franklin Roosevelt ( 2 août 1939).

Et, ce n'est qu'au début de l’année 1942 que les États-Unis lanceront un programme ( Projet Manhattan) visant à développer l’arme atomique.

Joliot ne va pas répondre à Szilard ; et après la réussite de ses expériences, il va confier sa communication à la revue anglaise Nature ( avril 1939).

En Allemagne, Siegfried Flügge (1912-1997) physicien nucléaire - au courant d'une réunion au plus haut niveau - se dit qu'au contraire, l'extrême dangerosité des suites de la recherche atomique, nécessite une publicité : il écrit pour le numéro de juillet 39 de Naturwissenschaften un rapport circonstancié sur les réactions en chaîne dans l’uranium. Cet article effraie les américains.

Au cours de l’été 1939, Heisenberg est en visite aux U. S. A. On tente de retenir le physicien aux États-Unis en lui offrant une chaire de professeur. Heisenberg refuse, il pense qu'Hitler perdra la guerre ; et qu'il doit rester pour aider à sauver ce qui mérite d’être sauvé. Il n'envisage pas la possibilité d’employer des bombes atomiques au cours de la guerre imminente...

 

Je reprendrai un peu plus tard les notes de Lancelot sur la physique de la matière ( l'infiniment petit) qui expliqueront l'histoire de l'Energie. Je saute au-dessus de ces connaissances, pour pointer trois découvertes que vont utiliser les ''atomistes'' :

- Les neutrons ralentis ont une efficacité beaucoup plus grande que les neutrons ordinaires. Résultat paradoxal qui s'explique par la physique quantique. Des matériaux ralentisseurs, ''modérateurs'', comme l'eau lourde, seront à prévoir. ( FERMI, 1934)

- Des deux isotopes contenus dans l'uranium naturel : U238 et U235, seul le second se prête à la fission (on dit qu'il est «fissible»). C'est malheureusement le plus rare (0,72 % de l'uranium). ( Niels BOHR, en février 1939 )

- La fission du noyau de l'uranium s'accompagne de l'émission de 3,5 neutrons (le chiffre exact sera de 2,4) qui peuvent à leur tour fragmenter d'autres noyaux et ainsi de suite, par un phénomène de «réaction en chaîne». ( JOLIOT, PERRIN, KOWARSKI et HALBAN - C'est ce que contient la publication dans Nature ( avril 1939) )

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Septembre 1939 – La Guerre

Publié le par Régis Vétillard

Nos services, continuent leur travail sur la machine ''Enigma'' utilisée par la Wehrmacht pour coder leurs messages. Cette mission est conduite par Gustave Bertrand un officier du 2e bureau, et se trouve bien engagée avec les révélations, d'un de nos espions allemands, Hans Thilo Schmidt, qui nous avait fourni les notices d'utilisation...

Enigma

Le 24 juillet, à Piry ( Pologne), l'anglais Denniston et Bertrand récupèrent des modèles construits par les polonais, avec l'aide de la documentation allemande. Au château de Bois-Vignolles, au sud-est de Paris, une petite équipe de cryptomathématiciens se met au travail...

Lancelot s'intéresse de près à ce travail, et en rend compte au ministère. Bertrand a l'autorisation d'associer les anglais, puis les polonais. Le colonel Louis Rivet ( le patron) encadre les échanges. Les 9 et 10 janvier une réunion très secrète avait pu réunir les meilleurs spécialiste du ''code'' et du décryptement.

Alors que nous essayons de reproduire plusieurs machines, Enigma reste inviolable...

 

Luchaire est déçu du Reich, de l'annexion tchécoslovaque ; mais ne veut pas remettre en cause le rapprochement franco-allemand : ce serait folie que de s’entre-tuer, dit-il. Abetz, fin juin 1939, est expulsé. Luchaire est encore en manque d'argent, et souffre d'une lésion tuberculeuse au poumon droit. Il part au sanatorium d'Assy en Haute-Savoie. Notre Temps a interrompu sa publication en juillet 1939.

 

Depuis avril 1939, André Weil et sa femme sont en Finlande. A Helsinki, ils louent une maison proche du mathématicien finlandais Rolf Nevanlinna et de son épouse Il entrevoit la possibilité de visiter Kolmogorov en URSS, si c'est possible ; de plus, en cas de guerre avec l'Allemagne, il resterait à l'écart, sa vocation étant de faire des mathématiques, pas la guerre ! ...

Au cours du mois de juillet 1939, Bonnet et nos négociateurs se décident à presser Londres d'accepter les conditions soviétiques pour un accord entre la France, le Royaume-Uni et l’URSS.

Et, le 23 août : l’URSS signe avec l’Allemagne un pacte de non-agression auquel est ajouté un protocole secret portant sur un partage de la Pologne entre l'Allemagne nazie et l’URSS et sur l’annexion des pays baltes et de la Bessarabie par l’URSS. Hitler souhaite jouer la sidération, et prévoit une attaque rapide en Pologne, pour une fois de plus, s'imposer sans réaction de notre part.

Dans l'entourage du Führer, on craint la guerre. Les conservateurs prévoient la nécessité de négocier, et peut-être même l’effondrement du régime hitlérien.

Le 24 août : la mobilisation partielle ( deux échelons de réservistes) est décrétée en France. Bonnet est le seul à ne plus penser la guerre inévitable.

Le 27 août : les polonais ne veulent pas céder, l'Angleterre serait prête à flancher. La France tient. C'est la guerre ou céder. Des troupes anglaises débarquent dans le nord de la France.

Le 30 août : L'évacuation des écoliers de Paris avec leurs instituteurs, a commencé. Les parisiens sont inquiets, mais la majorité pense que les choses finiront par s'arranger, ''tout le monde bluffe''.

Le 31 août au soir, Daladier provoque une réunion, où il tient la fermeté face à Bonnet, et lit un courrier de l'ambassadeur Coulondre « L'épreuve de force tourne à notre avantage, il faut tenir... »

** 1er septembre 1939, 4h45, le cuirassé allemand vise le poste militaire polonais à Westerplatte et tire. L'Allemagne nazie envahit la Pologne. La Mobilisation générale française est décrétée.

Le 3 septembre :l’Allemagne rejette les ultimatums britanniques (11 h) et français (17 h). Le Royaume-Uni, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, puis la France déclarent la guerre à l’Allemagne. Un voisin fait observer que c'est aujourd'hui l'ouverture de la chasse.

 

Mobilisé , Lancelot, comme cadre spécialiste est ''affecté spécial '' dans le même emploi. Son ministre demande qu'il reste en civil, afin de ne pas être ''contaminé'' par les militaires ; alors que les civils du SR sont à présent théoriquement sous les ordres des officiers. L'Etat-major prend sous sa responsabilité l'ensemble de la lutte intérieure et extérieure contre l'espionnage ennemi.

Cependant Lancelot, reste attaché directement au ministre de la Guerre et de la Défense nationale, c'est à dire Daladier, ou de son sous-secrétaire d'état, Hippolyte Ducos. Ducos, à l'accent rocailleux, est un helléniste agrégé ; radical il incarne une tendance conservatrice.

 

Le film '' L'Espoir'', que Malraux souhaitait voir sortir en salle pour septembre, sur la pression de l'ambassadeur de France à Madrid, Philippe Pétain, est interdit de distribution,

 Le 17 septembre : les troupes soviétiques envahissent l’est de la Pologne conformément aux clauses secrètes du Pacte germano-soviétique.

 

Luchaire a reçu la nouvelle de la déclaration de guerre dans son sanatorium d'Assy en Haute-Savoie.

En octobre, il est à Paris, et s'installe avec sa famille au 53 avenue des Ternes. L'une de ses filles, Corinne est devenue célèbre, depuis la sortie du film ''Prison sans barreaux'' sorti en 1938.

 

Eveline Weil rentre en France le 20 octobre 1939.

André Weil est resté en Finlande ; il travaille pour Bourbaki sur l'intégration. Le 30 novembre 1939, au cours d'une promenade, André tourne autour d'un bâtiment réservé à la défense anti-aérienne... Repéré, il est interrogé. On trouve sur lui, des documents russes, et d'autres avec d'étranges signes ( notes Bourbaki) qui sont assimilés à des documents codés au profit de l'URSS. Il est suspecté d'espionnage ; il est arrêté, incarcéré.... Au même moment commence l'invasion de  la Finlande par l'Union soviétique

Prévenus par Simone, le mathématicien et doyen de l'université d'Helsinki Rolf Nevanlinna ( par ailleurs membre du ''mouvement patriotique '' nationaliste et anti-communiste...), tente de son influence pour le disculper. Reçu à l'ambassade de France, André doit expliquer son séjour et reconnaître qu'il est en situation irrégulière quant à sa mobilisation... L’ambassade exfiltre André Weil du pays et le ''dépose'' en Suède, où il doit passer en Norvège puis en Angleterre, où Lancelot le récupère, il est chargé de le ramener en France. André Weil n'échappe pas à son incarcération, pour insoumission, d'abord au Havre puis à la prison de Bonne-Nouvelle à Rouen.

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1939 - Dantzig - Espoir

Publié le par Régis Vétillard

* Le 21 mars, de Berlin le Fuhrer réclame l'intégration au Reich allemand de la ville libre de Dantzig . Le 31 mars la Grande Bretagne et la France garantisse leur soutien à la république polonaise.

14 avril on a creusé des tranchées dans l'avenue de l'Observatoire et on a peint en bleu les vitres des gares.

29 avril : aujourd'hui Hitler parlait.... Il n'a rien dit … C'est la détente.

Le 8 mai, Londres fait savoir qu'elle rejette la proposition de l’Union soviétique d'un pacte militaire et politique d’assistance mutuelle.

On préfère parler d'un ''second Munich''... Car enfin, comme dit Marcel Déat : « Qui veut mourir pour Dantzig » ? Et, de plus rappelle Daladier : « son caractère allemand est incontestable ».

Le général Doumenc en tête d'une délégation française à Moscou, nous rassure: « Il faut laisser l'Allemagne sous la menace d'un pacte militaire anglo-franco-soviétique, gagner l'automne, et retarder la guerre... »

Les '' Portes de la Guerre '' vont-elles s'ouvrir,  se demandait Jean Giraudoux?

Jean Giraudoux

Le 29 juillet 1939, Daladier qui a créé Le Commissariat général à l’information, nomme Jean Giraudoux (1882-1944) pour le diriger. Il va s'installer dans les salons à colonnes et à stucs de l'hôtel Continental

Il a directement sous ses ordres les services d'information et de propagande économique, le Service du Contrôle des Films, la radiodiffusion nationale et le contrôle de la radiodiffusion privée …

Le 4 mai 1939, Anne-Laure de Sallembier avait ''exigé'' de Lancelot, qu'il l'accompagne à la première représentation de Ondine, une pièce de Jean Giraudoux au Théâtre de l'Athénée. Une féerie dirigée et jouée par Louis Jouvet ; il voulait offrir le rôle titre à la jeune comédienne Madeleine Ozeray dont il est tombé amoureux.

Ondine est un motif qui résonne particulièrement pour Anne-Laure, et elle a souvent évoqué la légende avec son fils.... Je rappelle le blason de Fléchigné, comprend le trèfle qui évoque les esprits des eaux ; et que la ''Dame du lac'' ( une ondine versée en magie) avait emporté Lancelot dans son pays aquatique...

La comtesse de Sallembier et son fils n'ignorent pas que leur aïeul, Charles-Louis de Chateauneuf, eut la chance de rencontrer - en visite à Paris - Friedrich de la Motte Fouqué (1777-1843), qui se passionnait également pour l'épopée du Graal.

ONDINE Trois actes de Jean Giraudoux à l’Athénée 1939

Friedrich de la Motte Fouqué, a publié en 1811, une œuvre qui va le rendre célèbre '' Undine '' ( Ondine) ; c'est ce récit que Giraudoux va adapter ; celle de l'aventure d’une ondine venue sur terre pour acquérir une âme - ce que ne reprend pas Giraudoux - ; et seul l’amour d’un humain et sa fidélité jusqu’à sa mort peuvent accomplir cette métamorphose...

Sous l'apparence humaine de la fille adoptive d'une vieux couple de pêcheurs, se cache une véritable ondine. Elle tombe amoureuse d'un chevalier....

Le Roi des Ondins veut la détourner de ce mariage : « Il te trompera ! » lui crie-t-il. Elle le contraint à lui propose de faire ''Le Pacte'': si le Chevalier la trompe, il aura le droit de le tuer. Ondine accepte.

Pavel Tchelitchew, décorateur des ballets russes, a conçu les décors : la pièce est une féérie, avec de multiples êtres fantastiques. 33 comédiens interprètent les 46 rôles. Le succès fut triomphal, et les critiques excellentes.

« Cette œuvre ingénieuse, bizarre, présentée de la manière la plus originale plaira beaucoup aux esprits raffinés ». Le Petit Parisien, 5 Mai 1939.

 

 

A la suite d'une visite à Princeton, en 1937, André Weil présenta les premiers travaux de Bourbaki. Inspirée par l'humour français ; l'équipe de Princeton publia quelques uns de leurs travaux sous le titre '' les méthodes mathématiques pour attraper un lion'' sous le pseudonyme de H. Petard, avec une lettre d'introduction de E.S. Pondiczery,  membre de l’Institut Royal de Poldavia.

Les communautés Bourbaki et Pondiczery se sont croisées régulièrement, au point d'envisager le mariage de Hector Pétard avec Betti, la fille de Bourbaki.

Un faire-part est officiellement publié, pour une cérémonie de mariage le 3 juin 1939 en l'église royale Notre-Dame du Val-de-Grace à 12h. On dit que Simone de Beauvoir était présente, et très probablement Simone Weil, la sœur d'André.

En 1939, le groupe Bourbaki a déjà validé environ 6000 pages de mathématiques, et fait paraître le premier volume '' Fascicule de résultats'' de la théorie des ensembles.

Chacun aura remarqué que c'est également un 3 juin ( 1937) qu'eut lieu le mariage d'Edouard VIII (duc de Windsor) et Wallis Simpson. Ce fut le scandale du siècle, en ce qui concerne les mariages royaux. Edouard VIII venait d'abdiquer six mois auparavant pour épouser une roturière américaine divorcée deux fois. L'establishment britannique de l'époque n'a pas permis à Edouard VIII de rester sur le trône.

Le mariage royal a eu lieu au Château de Candé, au sud de Tours, à quelques kilomètres d'où s'est tenu le 2e congrès Bourbaki, à Chancay du 10 au 20 juillet 1937.

Enfin, chacun a en tête qu'André Weil dut attendre le divorce de Eveline de Possel, pour l'épouser, en 1937 ( c'était un 30 octobre) quelques mois seulement après Edward et Wallis.

Ce même jour, le samedi 3 juin 1939, a lieu un le premier visionnage (privé) du film '' L'Espoir''. Malraux souhaite que la sortie publique ait lieu en septembre.

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1939 – Elaine – Tchécoslovaquie -

Publié le par Régis Vétillard

Cette maladie qui la maintenait de plus en plus fiévreuse, et qu'elle tenait comme passagère à ses proches, sauf à Lancelot, finit par emporter Elaine, ce mardi 21 février 1939.

Gustav-Klimt-1915-TodLeben

Lancelot, dira t-il, a ressenti ce même vertige que le héros du roman de Drieu, Gilles, alors que Pauline se meurt, et qui se voit entraîner dans une apocalypse...

Sauf que, cet amour doit avoir un sens jusque dans la mort, et selon la volonté d'Elaine : sa mort se transfigure en ''sacrifice d'amour'', voie d’accès à la contemplation de Dieu, disait-elle.

Lancelot est sonné de nombreuses semaines ; et c'est le soutien et la patience de sa mère qui le maintiennent, à la surface du cours des choses … Cependant, l'incertitude des jours prochains rend insaisissable le début d'une solution pacifique ; et Lancelot vit dès à présent les prémices de la catastrophe.

 

L'accord Bonnet-Ribbentrop ( décembre 1938) défendu par Luchaire, est dénoncé par certains de ses anciens amis comme Brossolette ; de plus, ceux-ci dénoncent le rôle d'Abetz et le réseau d'espionnage nazi...

Luchaire ne croit pas qu'Hitler souhaite étendre l'Allemagne à l'ouest : - « L'Allemagne hitlérienne ne veut pas la guerre. Elle ne l'envisage même pas pour réaliser ses revendications coloniales. » ( Luchaire dans Notre Temps, n°1000, 05/02/1939.)

 

Notre ambassadeur à Moscou, puis à Berlin ( oct 1938), Robert Coulondre, prévient Paris de la volonté d'expansion à l'Est, du 3e Reich. Il prévoit l'anéantissement de la Tchécoslovaquie, et le futur partage de la Pologne entre l'URSS et l'Allemagne...

 

** Le 15 mars 1939, les allemands pénètrent en Tchécoslovaquie. A quand le tour de la Pologne ?

Le lendemain Coulondre écrit à son ministre de tutelle une analyse lucide de la méthode hitlérienne qui marie « cynisme et perfidie dans la conception, secret dans la préparation et brutalité dans l’exécution ».

* 17 mars, depuis Londres, Chamberlain se déclare profondément affecté par cette trahison.

L'ambassadeur soviétique Souritz propose à Bonnet de travailler sur une Conférence à Bucarest pour que la Pologne, la Roumanie, La France, l'Angleterre et la Yougoslavie se protègent et fasse bloc... Bonnet plaisante sur l'ardeur des russes qu'il faut contenir ; et leur volonté de bolcheviser l'Europe.

 

A la suite de l'invasion de la Tchécoslovaquie par l'armée allemande, les membres français du '' Comité France-Allemagne'' suspendent leurs activités.

Malgré cela, Otto Abetz s'emploie à réanimer le CFA, Drieu l'en décourage... Pour lui, si son pays a manifestement choisi la guerre, il se doit d'être français et discipliné.

La ''générosité'' d'Abetz qui dépense sans compter des fonds hitlériens, touche des personnalités haut placés. Nos services, souhaitant mettre fin aux manœuvres de ce nazi, ''ami des français'', convainquent Daladier d'expulser Abetz (30 juin 1939). Il reste cependant quelques-uns de ses ''amis français'' à surveiller comme Fernand de Brinon, Melchior de Polignac, ou Abel Bonnard...

Jean Luchaire proteste de cette interdiction de séjour dans ''Notre Temps''.

Le rôle de l'espion allemand Hans-Günther von Dincklage en France est officiellement repéré, et sa nouvelle maîtresse - la baronne Hélène Dessoffy - blessée d'avoir été manipulée, le quitte.

 

Lancelot se souvient d'une conversation avec Drieu la Rochelle, alors que son ouvrage ''Socialisme fasciste'' était publié, c'était en 1933 ou 34. Il décrivait une sorte de théocratie où fusionnaient spirituel et temporel... Devant la crainte exprimée d'une extrême violence qui n'était déjà plus imaginaire ; Drieu se montrait préoccupé par la pente guerrière engagée ; mais la jeunesse française se devait d'être plus sage, se « façonner à une tension plus saine et peut-être pus durable » disait-il ; il pensait au sport. Le fascisme à la française, ce serait la rénovation, en sauvegardant la paix.

Aujourd'hui, la situation s'est aggravée ; cette littérature - qui de Drieu jusqu'à Céline, se complaît à pointer le Mal et à s'en repaître - renvoie le trouble de Lancelot à ce qu'en disait Maritain alors qu'il conversait avec Mauriac : '' décrire le Mal, oui, mais sans connivence ''.

C'est également ce que soutient Anne-Laure, sa mère : dans les livres de Bernanos, et même ceux de Mauriac, on y sent présente, la Grâce. « Elle peut y être méprisée, en apparence refoulée », et pourtant tout nous y conduit... D'une force mystérieuse... Celle qui appartient aux saints, dirait Bernanos... Le Mal n'en est pas légitime pour autant.

Mauriac soutient être fidèle à ce qu'est l'homme, la Grâce sait se frayer un chemin dans une œuvre, comme dans une vie, trouble bien sûr...

« Vous vous croyez innocent ?» demanderait Mauriac... « Osez donc faire l'appel des êtres qui ont traversé profondément votre vie, évoquez les morts et les vivants ; cherchez votre trace dans chacune de ces destinées. N'avez-vous volé le bonheur de personne ? La foi, l'espérance, la pureté de personne ? » ( Journal I). Quel exercice difficile, se demande Lancelot ; alors qu'il ne peut plus rien ajouter à la destinée de sa rencontre avec Elaine..

 

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1938 - 1939 ...

Publié le par Régis Vétillard

1938 - 1939 ...
1938 - 1939 ...
Avec une année d'avance pour 1940.... Espoirs....

Avec une année d'avance pour 1940.... Espoirs....

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