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1930

1930 – Maritain, Rougemont

Publié le par Régis Vétillard

Jeanne... par Christopher Wood

Elaine de L. qui continue de fréquenter régulièrement les Maritain, a été ébranlée par le suicide de Jeanne Bourgoint le jour de Noël 1929. Elle et son frère Jean, ami de Cocteau, vivaient une relation fusionnelle depuis leur jeunesse... Comme Cocteau, ils étaient addictifs à l'opium... Comme Cocteau, son frère s'était converti, Jeanne refusant cette foi-pansement ...

Jean

Ce qui est effroyable, c'est que dans le roman ''Les enfants terribles'' de Cocteau paru en juillet 1929; qui prenait le frère et la sœur comme modèles, dans ce roman le personnage qui représente Jeanne se donnait aussi la mort … !

 

Elaine n'appréciait pas trop le milieu surréaliste ou d'avant-garde que mettait en valeur le couple mécène Marie Laure et Charles de Noailles... Cependant, elle et Lancelot ne peuvent résister à l'une des fêtes fastueuses organisée à leur hôtel, place des États-Unis... C'est quelques temps après une projection publique au studio 28 de L’Age d’Or ( de  de Luis Buñuel et Salvador Dalí ), en décembre 1930... Des militants de ligues nationalistes avaient investi le cinéma, chassant les spectateurs et hurlant des slogans antisémites...

On ne parle que de cela, d'autant que les Noailles ont financé le film... Lancelot et Elaine, revoient à nouveau Jeanne L. accompagnée de Xavier de Hauteclocque, alors rédacteur au quotidien le ''Petit Journal '', son nouveau compagnon; c'est ce que soupçonne Lancelot – alors qu'elle est mariée depuis 1927 avec un écrivain à succès et assez flambeur.... C'est la vie délurée parisienne...!

Elaine retrouve Jean Hugo, qui a beaucoup soutenu Jean Bourgoint, et qu'elle estime beaucoup, pour sa peinture et aussi pour son tempérament mystique... Il est en contact avec Maritain et l'abbé Mugnier, et souhaite se convertir... Seulement, sa situation maritale est compliquée; Elaine le sait bien, elle qui connaît bien Valentine, son épouse; et qui s'est laissée prendre dans les filets surréalistes de Paul Eluard, qui cherchait à se faire consoler du départ de Gala; puis d'André Breton qui se moque d'elle.... Non, Elaine n'aime pas bien les surréalistes!

L'abbé Mugnier, baptise Jean, le le 11 mars 1931, rue Méchain, chez les sœurs de Cluny ; Maritain est le parrain.

Lancelot et Hauteclocque échangent sur la situation en Allemagne.

De nouvelles élections au Parlement ont eu lieu le 14 septembre 1930. Le Parti national-socialiste ouvrier allemand (NSDAP), qui reçoit notamment l’appui financier d’Emil Kirdorf (l’un des magnats de la Ruhr), de Fritz Thyssen (président du conseil de surveillance des Aciéries réunies) et de Hljalmar Schacht (ancien président de la Reichsbank), passe de 2,6 % des voix en 1928 à 18,3 %.

Simonne Vion et Rougemont

 

Au cours d'une soirée au Cercle des étudiants, il y a beaucoup de monde pour écouter une lecture de Ludmilla Pitoëf. Lancelot et Elaine sont présentés à Denis de Rougemont, et Robert de Traz invite le groupe à continuer la soirée chez lui... Denis de Rougemont est très intéressé par les propos d'Elaine qui est questionnée sur Maritain et le thomisme... Quelques jours plus tard, Elaine seule, se rend à un dîner chez Traz, où sont présents, Rougemont, Maritain, et Berdiaev...

Elaine se confie à Lancelot, du présent que lui a fait Rougemont, une édition du Tristan et Yseult de Bédier et de tous les propos qu'il lui a tenu sur l'amour, mais c'est surtout l'impression qu'elle eut, qu'il lui vantait l'adultère, à elle...! Pour qui, le fait d'être mariée empoisonne sa relation avec Lancelot.

Denis de Rougemont Avec Emmanuel Mounier (à droite) lors d’un congrès d’Esprit, 1934

Denis de Rougemont, a 24ans, suisse, élégant; il va publier '' Le Paysan du Danube'' ( un récit de voyage sur sa quête du romantisme allemand...). Pourquoi est-il venu à Paris? - «J’ai refusé un poste de professeur en Chine, au lendemain de mes derniers examens. Je voulais aller vivre, agir, écrire, au lieu où se déroulait l’Aventure de l’esprit : ce ne pouvait être alors, et pour moi, que Paris. »

Ce soir là, il se présente comme s'il défendait sa spécificité romande d'être protestant, et la défendre contre l'offensive thomiste; il est vrai que Maritain insiste toujours auprès de ceux qu'il conseille, de maintenir le ''catholique, d'abord'', ainsi auprès de Mounier qu'il met en garde contre son ''interconfessionnalisme''; et contre certaines dérives des ''hommes d'action'' trop centrés sur leur réussite, et non sur le témoignage... Pour tous ces jeunes, Maritain parait bien ''antimoderne''; même s'ils retiennent de lui, la hierarchie ''individu-société-personne'' et la dialectique ''individu/personne'' ... Ce qui les différencie, c'est le rôle des chrétiens dans la société....

Lancelot, note une réflexion sur le concept de personne, qui est réservé à l'humain et qui possède un esprit ( dont la fine pointe est divine), tandis que celui d’individu est commun à l’homme et à l'animal. L'individualisme moderne, tend à exalter l'individu - en le camouflant en personnalité - alors qu'il avilit la personnalité véritable...

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1930 - L'Allemagne - 2 -Le cercle de Sohlberg

Publié le par Régis Vétillard

A Paris, Pâques de 1930, Lancelot rencontre un professeur de dessin du lycée de Karlsruhe, francophile, Otto Abetz (1903-1958), en compagnie de journalistes de la revue ''Notre temps'', et Jean Luchaire. Présents également le romaniste Friedrich Bentmann.

Otto Abetz (1903-1958)

C'est au domicile de Jean Luchaire, que le projet s'est finalisé, avec l'aide de Cecil Mardrus, du groupement universitaire franco-allemand.

Du 28 juillet au 3 août 1930, une centaine de participants investissent l'auberge de jeunesse de Sohlberg à 800 mètres d'altitude de laquelle on peut observer les paysages français et allemands... La matinée est réservée aux conférences, l'après-midi aux excursions ; l'essentiel étant réservé aux échanges au cours d 'une vie communautaire et rustique. S'y côtoient surtout des étudiants et quelques professeurs des deux pays. Si, Luchaire affirme que cette rencontre dépasse le cadre d'une manifestation politique, Lancelot sait que du côté allemand, la dimension politique n'est pas absente, du fait simplement par l'argumentaire nationaliste qu'il leur fallut développer pour obtenir des autorités allemandes des subventions...

La première conférence est donnée par Friedrich Bentmann, un ami d'enfance d'Otto Abetz ; il développe l'idée d'un héritage commun entre la France et l'Allemagne et leur propre approfondissement d'une culture nationale... Il n'hésite pas à évoquer le Traité de Versailles, l'occupation de la Ruhr et la crise économique allemande... Cette situation nécessite « des principes nouveaux et de nouveaux maîtres ».

Heinz Dähnhardt, responsable du mouvement conservateur « Jungnationale Bund » estime que l'Allemagne n'a pas su faire de sa République, une sorte d'Etat ; pas étonnant que les jeunes soient déçus... Luchaire propose alors de trouver « au-dessus des solutions nationales, des solutions réellement européennes ».

Lancelot, estime que la rencontre du Sohlberg a fait la part belle aux exposés nationaux voire nationalistes. « Jamais on ne s'est senti autant allemand et pourtant jamais on n'a été aussi heureux de rencontrer des étrangers que l'on aime. » Témoignage d'un allemand dans Notre Temps, n°21 du 10/08/1930.

Jean Luchaire, parlant des jeunes français, décrit leur non-conformisme vis à vis des dogmes de leur parti ; et leur désir de modifier profondément la structure politique du pays.

Lancelot note à partir de discussions avec de jeunes nationalistes, que le national-socialisme se présente nationaliste et respectueux envers la France ; leur souci concerne uniquement le redressement de leur pays, après la défaite, sapé par l'inflation et le chômage, avec une préférence pour la ''révolution conservatrice''...

Les congressistes relèvent l'harmonie des rencontres, et le désir de poursuivre les contacts.

Abetz crée le cercle le Sohlbergkreis, et une revue ; il souhaite agrandir son réseau de ''correspondants'' en France... Il s’intéresse notamment au mouvement personnaliste ''Ordre Nouveau''.

Lancelot rapporte que Otto Abetz, catholique ne pratique pas sa religion, et n'a pas d'opinions politiques bien définies, même s'il affiche des vues révolutionnaires dans bien des domaines... Il est convaincu que l'Allemagne n'est pas responsable de la Grande Guerre.

En 1931, Hitler dans une interview déclare qu’une entente avec la France est de l’intérêt de l’Allemagne. Dans cet entretien, il tourne le dos à ce qu’il a écrit dans « Mein Kampf », publié en 1926.

André Gide qui s’intéresse alors au communisme, et correspond déjà régulièrement avec Ernst Robert Curtius, l'interroge sur une possible entente... Curtius estime que français et allemands ne peuvent se comprendre, leur point de vue les uns sur les autres sont inconciliables, emprunts de méfiance, un sentiment anti-français persiste en Allemagne et la France souhaite affaiblir l'Allemagne. « Ou bien faisons disparaître la méfiance et devenons alliés, ou bien, sans continuer à voiler artificiellement cette méfiance qui empoisonne nos rapports, avouons que nous sommes des adversaires et que nous le resterons. ».

 

Cavaillès réussit à obtenir une bourse Rockefeller, pour enquêter sur les mouvements de jeunesse en Allemagne... Dès le mois d'Octobre 1930, il s'installe à Berlin, puis Hambourg. Il travaille aussi sur sa thèse, et s'intéresse de près au mathématicien Cantor et ses découvertes...

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1930 - L'Allemagne - 1-

Publié le par Régis Vétillard

Lors d'une soirée, où Anne-Laure de Sallembier est à Paris; elle reçoit son amie Elisabeth de Gramont, Olivier Costa de Beauregard avec Paul Painlevé qui voulait le rencontrer et , par la même occasion, présenter à Lancelot un journaliste et ''collaborateur'' du ministère, Xavier de Hauteclocque.

Costa de Beauregard (1872-1958) est sur le point de créer une association de la noblesse française, en lien avec la noblesse européenne. Le prétexte de cette organisation s'articule autour de l'usurpation patronymique qui s'amplifie par la vente de titres ou même par le changement de nom à consonnance nobiliaire.

Xavier de Hauteclocque

De trois ans, plus vieux que Lancelot, Xavier de Hauteclocque (1897-1935) s'est distingué lors de la Grande Guerre, où il a perdu son père et son frère... Proche de François de La Rocque, Hauteclocque n'en fréquente pas moins les bureaux ministériels, de plus rédacteur au ''Petit Journal''; il a acquis une certaine notoriété, sur les traces d'Albert Londres et Joseph Kessel, en devenant grand reporter en Norvège, en Arabie wahhabite, et a réussit à pénétrer en Russie Rouge, jusque dans des bagnes soviétiques... Actuellement il s'intéresse de près à l'Allemagne, et s'offre d'ailleurs le luxe de parler allemand, avec un léger accent hongrois... Xavier de Hauteclocque s'interroge sur l'avenir du parti d'Adolf Hitler et sa particularité, dans le paysage politique européen... Il espère être admis à fréquenter ses adhérents...

Le réseau de familles nobles européennes permettra à Hauteclocque d'infiltrer le nouveau parti national-socialiste allemand. On parle, parmi les plus connus, de Philippe de Hesse-Cassel...

Ce doit-être à cette époque que Painlevé propose à Lancelot un travail régulier et reconnu dans les services de renseignements du ''2ème bureau'' de l'Etat-Major. Sa pratique de la langue allemande, son réseau mondain, sa discrétion et aussi son goût du ''chiffre'' vont lui permettre en toute discrétion la poursuite de ses contacts avec des acteurs de la culture allemande. Son contact opérationnel sera le commandant Louis Rivet, stationné à Belfort...

A partir de 1930, Lancelot va donc se rendre régulièrement en Allemagne pour des raisons culturelles...

Affiches de 1930 anti-Plan Young

Alors que se termine la deuxième conférence de La Haye sur les réparations allemandes, avec l'adoption définitive du plan Young; Hauteclocque rappelle que l'Allemagne va devoir payer à peu près deux milliards de marks par an, jusqu'en 1988; alors que le nombre de chômeurs dépasse les 3 millions...!

Les deux chefs nationalistes, Adolf Hitler (NSDAP) et Alfred Hugenberg (DNVP) ont constitué, avec d'autres organisations de droite, un Front national de lutte contre le plan Young. Heureusement, pour l'instant le référendum et le projet de « Loi contre l'asservissement du peuple allemand », soumis au Reichstag, ont été repoussé; mais jusque à quand?

Hauteclocque semble inquiet...

Les Amis du Livre français, dont fait partie Elaine, s'est réuni chez la duchesse de Broglie pour entendre une conférence des plus spirituelles et des plus documentées faite par le comte de Saint-Aulaire, ambassadeur de Fance, avec son érudition habituelle, sur '' La diplomatie en 1830 ''. Saint-Aulaire, sympathisant de l'Action française, et admirateur de Talleyrand, vante à Lancelot, les fonctions de diplomate... Talleyrand était un partisan résolu de la paix et de l'équilibre européen, Bonaparte ne l'a pas assez écouté...

Saint-Aulaire s'en prend à un parallèle diplomatique lu dans la presse, entre ''Herriot et Talleyrand'', qui présenterait une vision libérale, et ''Napoléon-Poincaré'' qui représentait la voie de l'inflexibilité... Il insiste : Talleyrand pariait sur un équilibre européen et monarchique.

Pour ce qui est du Congrès de Vienne, le conférencier rapporte de nombreuses anecdotes …

Lors de cette conférence, Elaine s'étant entretenue avec la baronne de Brimont, elle tient absolument à la revoir avec Lancelot. En effet, elles échangeaient sur la poésie, et évoquaient le poète Lubicz-Milosz qui parle du poids du mot '' père de l'objet sensible'' ou comme Valéry le dit du mythe, qui est: ce qui a le mot ( ou la parole) pour cause... Cet homme, Milosz qui a été le premier représentant diplomatique de la Lituanie en France, se consacre à présent à l'écriture et rêve de reconstruire une élite spirituelle qu'il imaginait même en son début au sein de la SDN ...!

Renée de Brimont, qui connaît Milosz depuis 1915, va leur faire connaître cet homme diplomate et philosophe qui prophétise des catastrophes, auteur de ''Ars Magna '', et ''Les Arcanes'' et anti-moderne. C'est un mystique, un alchimiste, dit-elle... Un chercheur de mots, de rythme pour déboucher sur du mystère...! Son obsession, trouver l'âme des mots...

Milosz, de haute stature un peu voûtée, se rattache à un christianisme primitif, et dans le prolongement de l'action théosophique, il évoque le projet d’un Ordre du Saint Graal.

Ils sont plusieurs à penser que seule une catholicité nouvelle, c’est-à-dire universelle, et la monarchie permettraient d’inverser cette décadence occidentale...

Malheureusement, le milieu catholique n'est pas prêt; la vogue du thomisme, l'époque nouvelle qu'amorcent 1930 et 1931... n'est pas bien favorable à sa réalisation... Les pères Félix Anizan (1878-1944), le père Clavé de Otaola, puis le père Huriet ( prédicateur à Notre -Dame de Paris) qui est son confesseur l'orientent vers d'autres directions...

Guénon, Milosz se sont rencontrés chez la baronne Renée de Brimont, et se sont vus à la librairie Chacornac, ils se connaissent donc.

Le spectre noir...

 

En février 1930, Lancelot se rend à Berlin, et se présente à l’ambassadeur Pierre de Margerie. Le diplomate se plaint de l'ostracisme allemand envers les français... Des commerçants ne craignent pas d'afficher " Franzosen und Berlgier nicht erwünscht" (les français et les belges ne sont pas les bienvenus)...

C'est pour lui l'occasion de faire un inventaire des liens franco-allemands organisés, comme le Comité Mayrisch regroupant une élite économique; représenté à Berlin par Pierre Viénot. Il retient particulièrement deux structures largement publiques qui peuvent devenir influentes: - L'association francophile Deutsch-Französiche Gesellschaft fondée en 1928 par Otto Grautoff  (1876-1937) ( la DFG fut dissoute avant la Seconde Guerre mondiale. Grautoff, ayant choisi d'émigrer, décéda à Paris en 1937.). Parmi les membres fondateurs de l'association, on trouve Thomas Mann, Otto Dix, André Gide, Georges Duhamel, Albert Einstein et Konrad Adenauer.) et – le cercle de Sohlberg (Sohlbergkreis), fruit d'une première rencontre qui a lieu sur le Sohlberg à l’été 1930.

La DFG, organise, à Berlin, des ''thés'' une fois par mois, avec des français de passage, au programme conférences, lectures ou petits concerts. Lancelot va y rencontrer ainsi Edmond Jaloux (1878-1949) qui lui parle avec ferveur de R.M. Rilke. Petit à petit le caractère mondain des thèmes fera place à des sujets plus politiques...

A Mannheim, du 16 au 21 septembre 1930, se tient le «Congrès des étudiants républicains et socialistes d'Allemagne et de France» organisé en particulier par la LAURS. Lancelot y croise des personnes qui fréquentent la DFG, un groupe d'Etudiants pour la Paneurope et même le mathématicien Ludovic Zoretti connu pour son engagement socialiste et pacifiste, et Félicien Challaye professeur de philosophie à Condorcet

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Jean Cavaillès - 1929

Publié le par Régis Vétillard

Jean Cavaillès

A l'instigation de Painlevé, Lancelot et Albert Lautman rencontrent un jeune philosophe et mathématicien Jean Cavaillès qui doit accompagner, en février 1929, Léon Brunschvicg, philosophe des sciences, au deuxième Cours universitaires de Davos...

Agrégé de philosophie, Jean Cavaillès prépare une thèse sur la théorie des Ensembles, en mathématiques, donc. Il est actuellement répétiteur à Normale Sup. et loge sur place...

Un point commun à ces jeunes gens, se trouve être les mathématiques, en plus d'être germanistes...

Paul Painlevé, un ''savant en politique '', ministre de la guerre, s'intéresse de près à ce qui se passe en Allemagne; il milite avec d'autres scientifiques pour une coopération internationale, en particulier, dans le domaine intellectuel. Il espère organiser un congrès du désarmement avec l'appui de la revue internationale '' L'Europe Nouvelle''.

Painlevé s'inquiète de l'esprit de revanche allemand nourri par la crise économique; et se démarque d'un pacifisme intégral, souhaitant que la SDN se dote d'une armée... Aux élections allemandes de 1928, le parti national-socialiste a remporté 800.000 voix, il en obtiendra 6.400.000 deux ans plus tard.

Lancelot est encouragé par Painlevé à maintenir le contact avec des intellectuels allemands et l'informer régulièrement sur l'opinion allemande.

 

Par ailleurs, Lancelot et Jean Cavaillès sympathisent et se reconnaissent dans l'intérêt qu'ils portent au christianisme; Jean va inviter Lancelot à le rejoindre parfois à la ''Fédé''. La Fédé développe l'oecuménisme et encourage le dialogue entre les jeunes de différentes traditions; s'y retrouvent des juifs, des orthodoxes, et même des agnostiques. La branche allemande, diffuse la pensée de Karl Barth (1886-1968) professeur de théologie à l'université de Göttingen...

 

Lancelot se détache petit à petit de son milieu intellectuel d'origine; il découvre un christianisme social, libre et tolérant... Il ne rompt pas avec Jean de Fabrègues, qui - avec le soutien de Bernanos tente de rénover l'Action Française- mais se heurte au dogmatisme ( et à l'athéisme) de Maurras... Fabrègues reste mesuré, l'esprit ouvert, avec foi mais sans fanatisme... Il défend l'idée d'un ''ordre'' de droite catholique; un ordre qui ne serait ni économique, ni social, mais ontologique...

E. Mounier

En 1929, Emmanuel Mounier, agrégé de philosophie (2e après Raymond Aron), devient familier des dimanches de Jacques Maritain à Meudon. Lancelot se souvient de son admiration pour Péguy... Il prépare une thèse sur Jean des anges (1536-1609), mystique espagnol. Il suit les cours d'Etienne Gilson sur « les doctrines de l'intelligence au Moyen Age ». Mounier s'intéresse à la question mystique '' autour du problème de la personnalité, du renoncement '' et '' du rapport d'un homme à ses actes'' ; tout cela dans une dimension historique... Les crises de civilisation en Occident ne correspondent-elles pas à des crises de la pensée morale qui sont aussi des crises de l'action...?

 

Les souvenirs de Lancelot sur cette période des premières années des années trente ; ce sont de grands débats autour d'idées qui semblent toutes aussi nouvelles les unes que les autres...

C'est sur le constat d'une certaine décadence que les désaccords sont le moins prononcés. 1900 semble lointain et regretté. Depuis la Guerre, la France s'endort, frileuse, spectatrice de ce qui se passe autour d'elle... Nos maîtres à penser, annoncent la ruine de nos valeurs humanistes, et une ''crise de civilisation''.

P. Valéry

Paul Valéry en 1931, publie '' Regards sur le monde actuel.'' « Le résultat immédiat de la Grande guerre fut ce qu’il devait être : il n’a fait qu’accuser et précipiter le mouvement de décadence de l’Europe. »

 

Avant que Cavaillès ne parte pour Davos (1929), Lancelot est invité en même temps que lui à une séance de controverse au 21 rue Visconti où se tiennent régulièrement les rencontres de ''l’Union pour la Vérité'' ( ceux-là même qui organisent les Décades de Pontigny); y viennent régulièrement des écrivains comme Gide, Malraux... Cette fois-ci le thème est sur '' le Temps et l'Eternité'' et a réunit Gabriel Marcel, Brunschvicg, Maritain, Benda ...etc. Plutôt une bataille d'égo, que de recherche de la vérité, semble t-il... Marcel ne reconnait pas, à la pensée de Brunschicg, son caractère religieux: le dieu des philosophes, n'est pas le dieu d'Abraham...

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Drieu la Rochelle - ''Une femme à sa fenêtre'' 1929

Publié le par Régis Vétillard

Drieu la Rochelle - 1928

Chez Daniel Halévy, on y rencontre Drieu la Rochelle. Elaine ne cesse de parler de lui; elle se montre très satisfaite de sa rupture d'avec les surréalistes, l'encourage à aller plus loin, et de s'engager plus avant à cette recherche de troisième voie qui polarise les réflexions de beaucoup...

Drieu avec Emmanuel Berl publient des petits cahiers qu'ils appellent ''Les derniers jours'' (1927), exprimant l'urgence devant la décadence croissante et la révolution qu’ils sentent se préparer.

« Puisque l’ordre bourgeois et la culture qu’il produit tendent d’un train rapide vers la mort, puisque le machinisme capitaliste, possédé par le démon de la quantité pure ne sait créer qu’une humanité d’esclaves dans un univers frustré de toute valeur spirituelle, où placer ma foi sinon dans la Révolution ? Elle est mon espérance, mon symbole, mon lieu » '' Les derniers jours'' 1927

 

L'autre question du moment parmi certains intellectuels est de choisir entre ''l'homme de pensée'' ou ''l'homme d'action'' ... Drieu reproche au surréalistes de rejoindre le Parti Communiste, au risque d'abdiquer leur liberté d'artistes.

Elaine n'hésite pas à aller dans son sens, pour valoriser ''la sainteté'' de l'homme de pensée, en opposition à ''l'héroïsme '' de l'homme d'action... Drieu n'écarte pas le langage religieux, il reproche même à l'Eglise d'avoir perdu son génie. Dans son livre ''Blèche'', ne s'est-il pas peint en journaliste catholique..?

Drieu qui s'est remarié avec Olésia Sienkiewicz (1927), n'en souffre pas moins de solitude... Il avoue - dans l'amour - n'aimer que la déesse ; moins, la femme. Ils sont installés, 70, rue Saint-Louis-en-l'Ile, et Drieu commence un nouveau roman '' Blèche'' et Olésia tape le manuscrit.

Drieu a besoin de solitude; il prend une chambre d'hôtel. Olésia part à la montagne. Avril 1928, il part seul en Grèce; et se retrouvent à son retour. Ils se séparent de plus en plus souvent...

 

Dans ''Une femme à sa fenêtre'' ( décembre 1929) - roman qu'Elaine a salué - le héros est communiste...

Lancelot s'étonne: que lui trouve t-elle? Il n'est pas romantique, plutôt misogyne, souvent cynique ...! - C'est un homme à la virilité fragile, sincère, mais désespéré.

''Une femme à sa fenêtre'' n'est-il pas la description - encore une fois - d'un monde en déccadence?

Je dirais plutôt celle d'un drame individuel...

L'hôtel ''Acropolis'' où se retrouve la bonne société, suggère l'idée d'un désenchantement, même d'une déchéance...

C'est un espace hors du temps.

Quand-même... je lis... « l'ancien Palais-Royal (...) avait l'air d'une vieille caserne où aurait logé autrefois une armée depuis lors vaincue et dispersée. Elle ne se détacha pas sans effort sa vue de cette façade délabrée et dispersée»... Belle image de notre république...!

Margot, «se penche sur l'abîme», dit-il ... Elle veut se sauver, plutôt que sauver le monde...

Boutros, lui aussi « se moque de la doctrine '' il cherche '' le mouvement, quelque chose qui défie la mort, qui risque la mort, tout ce que j'aime au monde.»

Lancelot et Elaine, lisent critiquent et échangent avec Drieu. Peut-être se reconnaissent-ils dans ces phrases de Drieu, du même livre: « Le grand Dieu qu'ils ont effleuré déjà ce matin sur la terrasse, ils le retrouveront plus tard, quand épurés par les dures épreuves, les terribles conséquences de la rencontre sexuelle, ils seront capables de lui porter des atteintes plus essentielles.» Et plus loin encore: « Leur cœurs sincères se criaient : Nous sommes un homme et une femme ; nous ne sommes que par cet acte éphémère et pourtant, toi et moi, nous pouvons nous relancer, par cet acte, bien au-dessus de cet acte, bien au-dessus de nous-mêmes »

Elaine qualifie Drieu d'idéaliste absolu... « Je ne me ferai plus tuer nulle part, ni pour Mussolini ni pour Lénine » ( Sur les écrivains) .

Victoria Ocampo

En avril 1929, à Paris, lors d'un dîner chez la comtesse Isabel Dato ( qui est ( a été) sa maîtresse), Drieu croise Valéry, un philosophe espagnol José Ortega y Gasset qui est venu avec une belle femme, dont il fait rapidement la connaissance : Victoria Ocampo, argentine, elle a 39 ans, cultivée, femme de lettres, elle recherche des contacts littéraires pour envisager une revue franco-argentine.

En même temps qu'une liaison amoureuse s'établit entre Drieu et Ocampo, Elaine va piloter Victoria dans différents cercles ; elle s'intéresse à quelques personnages éminents que Victoria a rencontré comme Rabindranath Tagore, un philosophe indien; ou qu'elle envisage de rencontrer comme Carl Gustav Jung (1875-1961)...

 

Le 6 novembre 1929, Jacques Rigaut, compagnon de route des surréalistes et ami de Drieu se suicide. La mort est la chose « la plus précieuse qu’ait un homme », et « mourir c’est l’arme la plus forte qu’ait un homme » dans ''Le feu follet'' de Drieu la Rochelle.

«  Cette société va tout de travers. Elle ne zigzague même plus sous l'effet de tiraillements contradictoires. Tout le monde tire dans le même sens, vers le fossé. (...)

Mais, derrière toute cette faiblesse de parole et de pensée des uns et des autres, qui s'étale ici dans ce décor intemporel, je n'oublie pas la brutalité qui la compense, dehors, dans le quotidien. Plus une société est faible dans sa pensée morale, plus elle manque de contradiction intérieure, plus elle est brutalement lourde sur la pente où elle glisse. L'humanité, sortie de la violence, y retombe plus tard, par fatigue, ne pouvant plus, ne sachant plus se tenir. Il y a tous ces gardes dans la salle, cette police maîtresse de Paris, contre laquelle il n'est plus de citoyens pour se dresser. Elle agit partout avec un arbitraire insultant. Les honnêtes gens peuvent craindre la façon dont elle traite les malhonnêtes gens : aujourd'hui, on chambarde les bureaux de Mme Hanau, hier on boxait Almazian. Attention. Et c'est un fait européen, il en est ainsi partout. Faiblesse des hitlériens, des fascistes, faiblesse qui s'exaspère et qui griffe. La pensée est faible, le poing se contracte. Nous allons vers de hideuses convulsions de vieux enfants.

Je ne fais plus attention à ce qui se passe, j'attends la fin de l'audience, Je m'ennuie et rien ne vient me tirer de mon ennui. Seule, un instant. la vue de cette brochette de compères : Bloch, Audibert, Hersent, de Courville, me fait rigoler. » DRIEU LA ROCHELLE, Les Nouvelles littéraires du 8 novembre 1930.

Hors le communisme, hors l'Action Française; les ''jeunes turcs '' du parti radical, lui semblent plus en phase avec ce que chacun peut attendre: une réforme de l'état et l'organisation fédérale des états européens... Drieu s'engage politiquement dans cinq articles donnés à ''la Voix'' ( de Bertrand de Jouvenel, réacteur en chef)

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Les décades de Pontigny - Groethuysen – la Phénoménologie - 1929

Publié le par Régis Vétillard

Elaine de L. et Lancelot au retour de Davos, retrouvent chacun leur vie d'avant... Lancelot s'était peut-être imaginé pouvoir continuer cette intimité et cette complicité qu'ils avaient partagées, d'abord timidement, puis avec plus de liberté; mais les occupations de l'un et l'autre les ont vite remis sur les rails de leurs habitudes anciennes. Elaine est très sollicitée par des cercles littéraires, et ses amis; l'entourage de Jacques et Raïssa Maritain valorise à l'excès la chasteté, et le respect du vœu de communion entre deux époux. Et enfin, Elaine ne souhaite pas imposer à sa famille, très protectrice - déjà contrainte d'accepter une séparation que les circonstances ont imposée - une liaison qu'elle ne jugerait pas convenable...

Lancelot et Elaine se retrouvent chez les uns et les autres; certains amis, dans la confidence, les reçoivent comme un couple.

Lancelot de par ses réseaux mondains, Elaine par ses publications et ses articles littéraires sont invités, par exemple:

Chez Daniel Halévy, à la porte verte d'une belle demeure du XVIIe siècle du quai de l'horloge, qui vient d'enregistrer un beau succès avec son livre '' La fin des notables '' et chez qui se rend régulièrement Anne-Laure de Sallembier. Lancelot, lui, regrette son attachement à de jeunes auteurs plus maurassiens que Maurras... Mais, peut-être est-ce en ce lieu que Lancelot prend conscience qu'il n'est plus le monarchiste - même orléaniste - qu'il pensait être....

A gauche Bernard GROETHUYSEN et Nicolas BERDIAEV

Pontigny 1927. 

André Chamson et Lucie Mazauric habitent rue Thouin, et reçoivent après diner. Ils sont des familiers de tous ceux qui fréquentent assidument les librairies de la rue de l’Odéon, comme ''La Maison des Amis des livres'' fondée en 1915 par Adrienne Monnier où elle reçoit Jules Romain, Louis Aragon, André Breton, André Gide, Paul Valéry…; ''Shakespeare and Company'' de Sylvia Beach qui publia en 1922, Ulysse de James Joyce.

Paul Desjardins, rencontré à Davos, avait invité Lancelot et Elaine, aux fameuses décades d’été de Pontigny, qu'il anime. C'est en ce lieu, centre de rencontres intellectuelles, qu'ils entendent parler du philosophe Husserl et de la phénoménologie présentés par Bernard Groethuysen (1880-1946), allemand ( nationalisé français en 1938), qui parle admirablement de Goethe et d'Hölderlin... Avant la Grande Guerre, il a rencontré - grâce à Bergson - une traductrice et journaliste à L’Humanité, Alix Guillain (1876-1951), avec qui il a vécu dans une communauté d'artistes rue Campagne-Première. Il retournera enseigner à Berlin, en 1931, pour peu de temps...

Groethuysen participe activement, depuis 1924, aux décades. Maritain, Claudel, Du Bos, Gide, sont des habitués... En 1929, à Pontigny, l'invité vedette, et professeur du Collège de France est Paul Langevin. La décade est consacrée à la physique contemporaine avec le titre '' L'Univers sans figure et le courage de vivre". Etaient présents Gaston Bachelard accompagné de sa petite fille, Brunschvicg, René Poirier, Martin Buber...

Bernard Groethuysen, avec un ouvrage paru en 1926, sur la philosophie allemande, a introduit en France la phénoménologie. Il fait connaître Husserl (1859-1938) et se prête volontiers au questionnement des non-spécialistes...

Groethuysen, à la barbe broussailleuse, et se délectant de toute production de l'esprit, propose une expérience de pensée.

- Dans ce pays, on a perdu tout sens esthétique, toute idée du beau; cependant les musées restent ouverts, exposent des tableaux de grands peintres anciens... Les gens s'y intéressent pour leur valeur documentaire, ils y trouvent des renseignements sur les vêtements, l'architecture, et bien d'autres choses... Un étranger, habitué dans son pays lointain à s'intéresser à l'art, et décrire une oeuvre sur le plan esthétique: comment pourrait-il partager ce qu'il sait et ressent...?

Husserl, propose que nous fassions cet exercice: délaissons le tableau comme document, pour le voir comme une oeuvre d'art. C'est la situation requise par le phénoménologue qui pratique l’épochè. Réapprendre à voir, c'est marquer un arrêt, mettre entre parenthèse le superflu...

Dans la phénoménologie, on reconnaît que la connaissance ne repose pas seulement sur de la logique, ou du sensible; mais c'est dans l'activité de la conscience; et dans quel but?: - Donner du sens à son rapport au monde... L'humain s'ouvre sur le monde et vit le monde...

Ce sens-là n'est pas scientifique...? - Mais, il est en rapport avec la vérité existentielle...

Lancelot retrouve avec sa mère, Anne-Laure, le lien qui semble naturel avec les propos que lui tenaient William James, en 1907 ou 8; et qui résumaient la thèse du ''Pragmatisme'', philosophie d'une connaissance tournée vers l'action, donc identifiable à ce qu'elle produit...

A sa suite, la Phénoménologie, observe ce que la réalité laisse paraître, cette connaissance tente d'isoler l'existence des choses, pour mettre en évidence leur essence.

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