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1930

André Gide, le communisme et l'antifascisme.

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot, et il n'est pas le seul, est étonné de la conviction communiste qui semble animer André Gide depuis quelques temps ; sa notoriété est telle que '' l'Union pour la Vérité '' organise un débat sous le titre '' André Gide et notre temps '' avec divers contradicteurs. C'est un 26 mars 1935, rue Racine, qu'André Gide se plie à l'exercice accompagné par la NRF au complet.

Le communisme est au centre de l'affrontement orchestré par Henri Massis. Lancelot regrette la contradiction de Daniel Halévy hostile et personnelle, basée sur la dimension religieuse que Gide était censé rejeter parce que dogmatique, pour finalement se convertir à la religion communiste... !

Guilloux, Aragon, Gide - 1935

Gide explique, avec sincérité son attachement plus sentimental que intellectuel, au communisme qu'accompagne une sorte de culpabilité, et comme il le dit : « En face de certains riches, comment ne pas se sentir une âme de communiste ? ». Il rapproche même le communisme d'un christianisme qui reviendrait aux sources ; ce que lui reproche fermement Maritain.

Henri Massis lui, tente de révéler les contradictions de l'auteur des '' Faux-Monnayeurs'' ; il termine : « Aussi est-ce le drame de notre civilisation qui se joue comme dans un microcosme, dans la personne d'André Gide, personne qui à son propre sujet, met en cause les valeurs humaines sur lesquelles cette civilisation est tout entière établie. »

Sur le plan strictement politique, Gide n’apparaît pas comme crédible... Lui-même reconnaît qu'au cours de la Grande Guerre, c'est '' L'Action Française'' qui lui paraissait le parti « le plus sûr et le plus solide ». Pourquoi ce besoin d'un parti ?,- la nécessité de se grouper : « Oui c'est un besoin d'adhérer pour lutter contre une dissolution, qui était au fond de tout cela »

Gillouin ironise un peu quand il décrit Gide, dupe d'une foi ingénue dans la vocation messianique du prolétariat exempt du péché originel d'exploitation... Mais alors, que penser du péché de tyrannie, du péché contre l'esprit, de la suppression des élites...etc ?

Lancelot remarque que Gide n'écrit plus... Le communisme aurait-il désarmé son angoisse ? Vivement, qu'il retourne à ses démons … !

Ce temps du milieu des années trente, est à rapprocher de celui de l'affaire Dreyfus ; avec de nouveaux enjeux pour des intellectuels de gauche, et de droite.

Le parti communiste exerce une attraction auprès des intellectuels soucieux de s'engager, alors que chacun ressent une montée de grands périls. Le 6 février 34, résonne encore...

La culture paraît alors le fer de lance d'un combat contre la barbarie, barbarie à laquelle on donne un nom : le fascisme.

Des communistes aux radicaux, chacun défend son modèle ; mais tous reconnaissent une culture nationale, voire une civilisation, en danger.

 

Lancelot, à la lumière du personnalisme de Rougemont, définit ainsi le fascisme :

- Le fascisme exige un état fort, dispensateur de tous les biens, méritant donc tous les sacrifices. L’État fasciste met fin aux luttes politiques : il supprime les partis et jugule la presse. Il s'en prend aux valeurs occidentales ; il subordonne à l'Etat divinisé, les libertés fondamentales de la personne et des églises, ainsi que toute espèce de création spirituelle.

Un mot allemand : Gleichschaltung - mise au pas - résume le fascisme et justifie les coups de force hitlériens.

La Mutualité - 1935

 

Dans l'engagement antifasciste, la prochaine étape est le Congrès international des écrivains pour la défense de la culture qui se tient à Paris du 21 au 25 juin 1935.

Il a lieu au moment même où les britanniques sont à Paris pour s'expliquer sur la signature de leur accord naval avec l'Allemagne, et qui autorisent  le Troisième Reich à disposer d'une flotte de guerre au tonnage limité ; et ceci, sans accord de leurs alliés !

En réaction, sans-doute, Pierre Laval, sera amené à consolider notre entente avec l’Italie de Mussolini. L’Allemagne se réarme, l'Angleterre s'y résigne et certainement surveille l'entente entre Paris et Rome...

Lancelot a pu échapper aux entretiens annexes à cette rencontre des ministres ; et beaucoup plus intéressé, a obtenu de participer à ce Congrès des écrivains... C'est près de deux cent cinquante écrivains, de trente-huit pays, qui ont été invités... !

En possession des tickets d'entrée nécessaires pour lui et Elaine, ils peuvent prendre place au parterre. Devraient être présents : Pasternak - qui remplace Gorki - Heinrich Mann, Bertolt Brecht, Robert Musil, Aldous Huxley, H. G. Wells, Giono, Barbusse, Dabit, Guéhenno, Mounier, Rolland, Vitrac, E. M. Forster, Max Brod, Paul Nizan, Julien Benda, Aragon, Roger Martin du Gard, Guilloux... James Joyce, Queneau, Prévert se sont abstenus... Deux, peut-être trois milliers de personnes sont attendus ; des hauts parleurs sont installés dans les couloirs du Palais de la Mutualité et à l’extérieur.

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1935 Xavier de Hauteclocque meurt empoisonné

Publié le par Régis Vétillard

Elaine L. est très souvent fatiguée. Des poussées de fièvre inexpliquées l'amènent à consulter, conseillée par son médecin, le professeur Roussy qui confirme le diagnostic d'un cancer. Il semble confiant, et met beaucoup d'espoir dans les nouveaux outils à disposition comme les  radiations ionisantes dans le traitement des tumeurs.

Nous entrons dans une période d'inquiétudes. Peu de nouvelles, qui ne nous enfoncent pas dans un climat d'incertitude.

Xavier de Hauteclocque

 

Xavier de Hauteclocque, rentré en France urgemment suite à des problèmes de santé; a été admis en clinique. Il décède le 3 avril 1935!

Lancelot l'avait rencontré avant son départ en Allemagne. Plusieurs personnes du ministère l'avaient mis en garde; en effet, ses derniers articles parus le mettaient en danger, et il avait lui-même reçu des menaces anonymes... Il avait réussi à pénétrer l'intérieur du NSDAP, observer et interroger des responsables locaux du parti nazi...

Cette fois-ci, un contact lui permettait de rencontrer à Sarrebruck, en Sarre - alors qu'à la demande d'Hitler un référendum vient de rattacher le territoire à l'Allemagne, alors sous mandat SDN, avec propriété des usines de charbon à la France - deux officiers nazis qui semblaient disposés à lui fournir d’intéressants renseignements... Cette rencontre permit son empoisonnement... Très vite, il s'en rend compte, reprend le train; et fiévreux retourne directement près de sa femme et de son fils de quatre ans, à Saveuse... Puis, il est hospitalisé à Paris; la septicémie entraîne une longue agonie et il meurt empoisonné selon son propre témoignage, à trente huit ans.

Hauteclocque partageait avec le journal Gringoire, une ligne anti-communiste. Il s’inquiétait d'un régime malade ( celui de la IIIe République), qui se laisse berner, sans s'effrayer, des parades militaires italiennes ou allemandes... L'hebdomadaire axe sa publicité sur les révélations d'Hauteclocque dans ses reportages: il décrit ce qu'il voit, entend, alors qu'il est reçu officiellement par les nazis, au siège du parti '' la maison brune'', il rencontre le chef de la police politique, et visite les camps de travail. Ses articles sont vivants, détaillés et laissent entrevoir la barbarie.

Hauteclocque avait montré à Lancelot, comment il travaillait à Berlin, en particulier son accointance avec la corporation des chauffeurs de taxi...! Il se présentait comme le « Graf von Hautecloque » et usait de sa proximité avec les grandes familles prussiennes.

Xavier de Hauteclocque 1935

Il avait publié ''A l'Ombre de la croix gammée'', ''La Tragédie brune'', en 1934. Il a suivi plusieurs discours d'Hitler : « Une voix lourde, rocailleuse, qui roule d’abord en flots pesants, puis tourbillonne comme un torrent avant le barrage, avec des métaphores, des interjections qui pétillent et explosent comme des balles. Là-dedans, des espèces de hurlements de fureur, quand il parle des “traîtres”. Si prévenu qu’on soit, cette éloquence sauvage vous prend aux entrailles. ». Il constate, inquiet, la totale adhésion d'une foule à un homme... Il frémit à la symbolique du salut martial nazi: « ce geste brutal de la paume rabattue violemment vers le sol comme pour écraser je ne sais quelle bête rampante et invisible.»

Il constate, petit à petit, alors qu'il questionne des allemands de toute catégorie sociale, une loi du silence qui dénote « l’effrayante emprise de l’hitlérisme, cette domination fondée sur un curieux mélange d’enthousiasme et de résignation terrifiée. »

Le chef de presse du Reich, le baron von Stumm, lui fait la leçon : « Est-ce que nous ne faisons pas preuve de grandeur d’âme en permettant à de tels journalistes de séjourner chez nous ? ». On commence à se méfier de lui, on perquisitionne sa chambre...

Hauteclocque confiait à Lancelot, sa crainte d'une nouvelle guerre, à laquelle nous devrions nous préparer. Il s'agace contre les communistes de salon, les pacifistes naïfs...

Un ancien combattant allemand avec qui il discute, et trinque avec une choppe de bière, lui avoue : « Et dire qu’un de ces jours je vous tuerai, mon cher camarade. Quel dommage ! Ou bien, c’est vous qui me tuerez et ce sera tout aussi regrettable. Mais il faudra pourtant qu’on recommence…»

 

Suite à l'assassinat de Xavier de Hauteclocque, le ministère annule toutes les missions que Lancelot effectuent en Allemagne. On lui demande de moins voyager;  et à l'intérieur de ce qu'on appelle '' le chiffre '', de participer à la coordination de nos agents en Allemagne...

De plus, l'actualité internationale amène la France à recevoir des événements politiques, culturels pendant lesquels Lancelot qui parle l'anglais et l'allemand peut tenter de comprendre les mouvements d'opinion et de régime au-delà de nos frontières.

Nos services sont au courant que l'Allemagne, avant même l'accession d'Hitler au pouvoir, se réarme avec l'aide de l'URSS, qui en échange reçoit des moteurs, et des instructeurs allemands sur les nouvelles technologies. Le 2ème bureau en informe régulièrement l'Etat-major, et le gouvernement... Nous arrivons à convaincre l'Union soviétique de changer de politique ; avec l'aide de la propagande nazie contre le communisme, il est vrai...

Le gouvernement français, avec Pierre Laval, signe en avril 1935, un traité avec l’Italie de Mussolini, pour effacer un contentieux colonial à propos de la Tunisie et éventuellement l'Ethiopie; et avec Moscou, le 2 mai, un traité d'assistance mutuelle...

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Esotérisme et nazisme

Publié le par Régis Vétillard

Lancelot rencontre souvent Xavier de Hauteclocque. En plus de ses reportages qu'il distille dans les journaux, et avec beaucoup de détails dans ses livres ; le reporter fait passer à Lancelot des pistes vers des sujets qu'il n'explorera pas, avec des noms de contact, des articles de presse, parfois même des dossiers peu diffusés...

Je note un dossier, sur lequel Hauteclocque était plutôt sceptique, et qu'il considérait même comme assez farfelu ; cependant - connaissant l'intérêt de Lancelot pour les mythes, il lui a laissé assez de renseignements pour continuer la recherche...

 

Deux pistes intéressantes semblent se dessiner d'après les notes de Hauteclocque. L'une concerne l’intérêt de certains nazis pour l'ésotérisme, les mythes germaniques et même le Graal.

L'autre fait état d'un '' Deutsche Glaubensbewegung'' c'est à dire d'un mouvement de la foi allemande, religieux, mais, non chrétien. Ce mouvement qui soutient la concordance entre un peuple et sa foi : une foi ''aryenne nordique'', s'efforce de créer une Eglise aryenne.

 

A Munich, parmi les chefs nazis rencontrés, Hauteclocque a croisé, un officier Karl Maria Weisthor, promu colonel puis général par Himmler, il serait responsable d'un service sur la race et le peuplement (SS Rase und Siedlungsamt) et serait chargé d'édifier le socle traditionnel du nazisme.. !

Lancelot, s'arrange, en Allemagne, pour aller le visiter...

L'homme a soixante-sept ans et il n'est pas attaché à un emploi du temps rigoureux. Il dirige des conférences, des ateliers sur des questions ésotériques. Il a rencontré Himmler en septembre 1933 à Detmold lors d’une conférence de la Nordische Gesellschaft (« Société nordique ») ; il avait été amené et présenté au SS-Reichsfuhrer, par Frieda Dorenberg, membre du parti nazi ( l'une des premières, avant même Hitler...) et de la Société Edda.

Tout cela semble un peu mystérieux... Pourquoi lui, et pour faire quoi ?

- Karl Maria Weisthor ( de son vrai nom : Wiligut ) est un ésotériste distingué, né à Vienne et initié à la « tradition runique » par son grand-père Karl. Il entre dans l’armée austro-hongroise à l’âge de 14 ans et occupe une série de commandements pendant 40 ans de service.

En Allemagne, Weisthor ( qui signifie ''Thor, le guerrier sage'') fréquente des groupes völkisch, se fait connaître...

La Société de l'Edda produit une revue, Hagal, dans laquelle Weisthor écrit, elle met l'accent sur - l'aspect ésotérique des ''runes'', ces inscriptions d'origine germaniques du IIe s. après J.C., censées être conductrices d'une énergie subtile, qui anime l'univers entier, et porteurs d'une ancienne religion, antérieure au christianisme, que l'on pourrait qualifier de ''altantéenne-aryenne''.

En 1933, un ami officier SS, le présente à Heinrich Himmler, lui-même fasciné par les traditions occultes de la vieille Europe... Impressionné par le vieil homme, Himmler l'installe à la tête d’un département nouvellement dédié à l'étude d'une préhistoire des peuples germaniques. Il est chargé d'officialiser une nouvelle religion, néo-païenne, et de décrire ses outils, ses rituels, ses fondements théologiques, historiques....

Lancelot évoque le Graal et le texte de Wolfram von Eschenbach.

- Weisthor se dit très intéressé par le sujet, d'autant que pour lui, l'objet qu'il soit une coupe ou une pierre taillée, appartient à la mythologie germanique, et indûment récupérée par le christianisme … !

Enfin, Weisthor renvoie Lancelot aux travaux en cours d'un jeune homme spécialiste du Graal, Otto Rahn, et au livre qu'il a écrit tout récemment : ''Kreuzzug gegen den Gral'' (1933). Ce qui donne à Lancelot, un nouvel objectif : rencontrer Otto Rahn. La traduction en français par M. Robert Pitrou, professeur à l'Université de Bordeaux, est parue en 1934 : La Croisade contre le Graal. Grandeur et chute des Albigeois.

 

Édouard Daladier (1884-1970) député radical-socialiste du Vaucluse, avait du démissionner après l’émeute du 6 février 1934, et il est en vacance de ministère. Ministre de la Guerre en 1932, Daladier s'est spécialisé dans les questions de défense. Il a dirigé la politique militaire de la France de 1932 à 1934 ; et actuellement tente de rallier les radicaux à la politique antifasciste ; il milite pour un front populaire et un programme commun...

Je rappelle que Lancelot, est employé du Ministère de la Guerre. Daladier demande à Lancelot d'accompagner Melle Edith Bicron en Allemagne ; elle fait partie de son entourage et, grand reporter, écrit dans différents journaux.

Pendant ce court séjour en Allemagne pendant l'été 1935, Lancelot et Edith, réserve un long moment pour une rencontre avec Otto Rahn, à Bad Homberg, flatté de recevoir des journaliste français qui s'intéressent à ses travaux...

Otto Rahn (1904-1939) se définit comme archéologue et philologue.

Enfant, il était fasciné par les histoires de héros germaniques, en particulier par le poème épique Parzival de Wolfram von Eschenbach. Il prenait cela comme de simples contes ; mais en étudiant la philologie à l’Université de Giessen ; il apprit les découvertes de l’archéologue allemand Heinrich Schliemann, qui 60 ans plus tôt avait suivi les indices de l’Iliade d’Homère pour trouver les ruines de l’ancienne Troie, jusqu'à présent considérée comme un mythe.

Otto connaît en profondeur l'œuvre du minnesœnger allemand du moyen âge, Wolfram d'Eschenbach, Parsifal et Lohengrin. 1215, époque où fut écrit Parsifal, est celle des troubadours, comme l'était le « provençal Kyot », inspirateur d’Eschenbach.

Grâce à une étude approfondie de l’œuvre de Wolfram von Eschenbach, couplée à un raisonnement très sélectif, il a conclu que les Cathares ont été les véritables gardiens du Graal. Il identifie à Montségur, à Montsalvatge, le château du Graal chez le poète allemand...

Otto Rhan, parle à la fois le français et la langue d’oc. De 1930 à 1932, à partir d'Ornolac-Ussat-les-Bains, il va explorer le Languedoc, accompagné en particulier du directeur de l’Office de tourisme local, l’enseignant Antonin Gadal. Il a rencontré également la comtesse de Pujol-Murat, qui lui confie être la descendante ( et la réincarnation) de la châtelaine de Montségur, Esclarmonde de Foix, un personnage historique que Rahn assimile dans son livre au gardien du Graal. La comtesse l'autorise à profiter de sa bibliothèque privée, et d’utiliser sa voiture et son chauffeur lors de sa visite.

Rahn se rend à Montségur pour explorer les ruines de l’un des derniers bastions cathares, lors d'un des événements les plus brutaux de la croisade des Albigeois. En 1244, le château a été capturé par les forces catholiques après un siège prolongé, et 200 Cathares impénitents ont été brûlés vifs ensemble dans ce qui est connu comme le « champ des brûlés ». Cependant, la légende locale veut que quatre chevaliers cathares aient réussi à quitter secrètement le château et à s’échapper avec le trésor de l'église cathare, y compris le Graal.

Rahn a trouvé quelques excavations cachées sur le site, mais rien d’autre.

- Vous dites, je crois, que le catharisme est un mouvement germanique dualiste aux racines aryennes ancestrales ; mais, que serait Graal … ?

- Le Graal, selon Wolfram d'Eschenbach est une pierre... Ce pourrait être une pierre gravée, à l'image de nos pierres qui contiennent un message en écriture pré-runique.

- Le Graal ne serait pas une coupe, celle qui recueillit le sang du Christ.. ?

Parsifal 1933

- Jésus de Nazareth ne venait pas instituer une nouvelle religion. L'image du Graal a été prise et déformée par les chrétiens, leur Eglise - après que les peuples germaniques aient renversés Rome, poursuivent de leur haine les chevaliers protecteurs du Graal, qualifiés d'hérétiques...

Lancelot n'est pas convaincu.. ! Otto Rahn reste vague sur ce qu'il aurait découvert, aux alentours du château... Il affirme avoir pu suivre le trajet des quatre chevaliers fuyards, avoir découvert leur cachette... Par exemple, la grotte de Fontanet- on y voit encore un autel – qui a servi de lieu de cérémonie pour les cathares...

Quelques aspects d'Otto, rendent sympathiques ce jeune homme à Lancelot, qui comme lui-même s'est senti interpellé par le Graal... Il en vient à se comparer à ce passionné qui se voue, beaucoup plus que lui-même, à cet objet mythique. Que signifie cela ?

Edith semble avoir été séduite par l'enthousiasme qui habite ce croyant, d'une tradition hermétique dont il est persuadé pouvoir découvrir son secret... !

Depuis mai 1935, Otto Rahn fait partie de l’état-major personnel de Wiligut-Weisthor et travaille comme conférencier au ''Rasse und Siedlungshauptamt '' des SS, sans fonction bien définie.

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Nicolas Berdiaeff

Publié le par Régis Vétillard

Elaine, bien que souvent fatiguée, continue ses occupations de critique littéraire, et avec plus d'assiduité que Lancelot à fréquenter le cercle des Maritain ; elle les ressent plus libres depuis qu'il se sont écartés de l'Action Française. Elles leur est aussi reconnaissante de ne pas la juger, lors des pénibles démarches de son divorce...

Jacques Maritain rejoint souvent les propos de Mounier dans Esprit ; ainsi quand il défend la primauté du spirituel, en ajoutant la personne humaine comme valeur centrale. Le groupe social doit se mettre au service de la personne et non l'inverse. Le chrétien doit retrouver le sens de l'Incarnation, et s'engager dans l'humain, dans l'universel...

Ces chrétiens, en concordance avec ceux qui entourent Henri Daniel-Rops, par exemple, ou Berdiaeff, et même ceux de l'Ordre Nouveau ; tous dans leur critique du matérialisme, imaginent une ''troisième voie''. Ne pourrait-on pas l'imaginer chrétienne, puisque l'humain n'y ai pas qu'un citoyen, ou qu'un producteur... ? L'Humain d'abord, face aux monstres que sont l'Etat, la Race ou la Masse.. !

Nicolas Berdiaeff, connu pour son ouvrage '' Pour un nouveau Moyen Âge'', y rappelait que la Renaissance à supplanté l'homme spirituel, par l'homme naturel sans Dieu... Aujourd'hui l'homme économique ne rêve que de l'égalité qu'il trouve dans la masse du collectif ; le fascisme ne propose plus comme légitimité que la force...

Lancelot reprend une discussion déjà initiée, pour mieux comprendre sa vision si peu en accord avec notre République laïque...

Berdiaeff constate que la Bourse a remplacé l'Eglise, et propose un corporatisme en remplacement du capitalisme : - « le nouveau Moyen-âge sera démotique. »

- C'est à dire... ?

- Quand vous imaginez la place du peuple, dans une perspective de pouvoir, c'est la démocratie...

J'imagine d'abord une société qui satisfait les besoins spirituels et matériels du peuple. Quand au pouvoir, il ne peut pas appartenir au grand nombre... Dans la République, le pouvoir appartient à une poignée de bourgeois désignés par les partis...

- Et si ce n'est pas la République, c'est … ?

- Une monarchie, pourquoi pas... ; non pas « environnée de castes, mais d'organes professionnels et culturels, unis dans une structure hiérarchique. »

- « Il n’est pas nécessaire d'idéaliser le Moyen âge, comme l'ont fait les romantiques. Nous savons très bien quels sont les aspects négatifs et vraiment ténébreux du Moyen âge : la-barbarie, la grossièreté, la cruauté, la violence, le servage, l’ignorance dans le domaine des sciences positives de la nature, une terreur religieuse rythmée sur l’horreur des souffrances infernales. Mais nous savons aussi que les temps médiévaux furent éminemment religieux, qu’ils allaient entraînés par la nostalgie du ciel, que celle-ci rendait les peuples comme possédés d'une folie sacrée; nous savons que toute la culture du Moyen âge était dirigée vers le transcendant et l'au delà et quelle devait à une haute tension de l’esprit - son orientation vers la scolastique et la mystique, à qui elle demandait de résoudre les problèmes suprêmes de l'être; les temps médiévaux ne prodiguaient pas leur énergie à l’extérieur, mais ils préféraient la concentrer à l’intérieur : : ils ont forgé la personnalité sous l'aspect du moine et du chevalier. »

 

- Le catholicisme a eu la prétention d'imprégner toute la culture de son esprit religieux et il a lamentablement échoué. N'est-ce pas parce qu'il a échoué que le monde s’est détourné du Christ et de sa loi ?

- Est-ce le christianisme qui a échoué, ou l’homme qui a manqué à « sa tâche, à la haute mission que le Christ lui avait confiée. C’est l’élément humain dans l’Eglise qui a trahi la Vérité chrétienne. Contre la décadence de cet élément humain , l’indignation eut été permise et juste. Mais on est allé plus loin. On s'en est pris à l’Eglise et à toutes les choses authentiquement saintes qu’elle contient : au Christ et à sa loi. »

- De toute manière, le Royaume de Dieu, ne concerne t-il pas l'après-vie ?

- Le christianisme concerne également notre vie d'ici-bas... Et ce n'est pas seulement l’affaire du Christ, c'est aussi l'affaire de l’homme. Il s’offre à l'homme une immense liberté, et un combat dans lequel il doit engager les forces de son esprit. Dieu lui-même, si l’on peut dire, attend de l’homme son apport créateur. « Mais, au lieu de se tourner vers Dieu et de lui consacrer, la libre surabondance de ses forces, l'homme a dépensé et détruit son énergie vitale dans l’affirmation de soi-même, en gravitant sur la périphérie des choses. Aujourd’hui il n’y a pas de salut, sinon par un retour vers Dieu. Toute la culture - la philosophie, la science, l’art, la morale, l'économie, la politique - doit redevenir religieuse et sacrée. Dans le Nouveau Moyen âge, l’Eglise redeviendra le centre spirituel de l’univers. Car l’Eglise ce n’est pas seulement l'humanité christianisée. Elle est cosmique par sa nature et en elle, rentre toute la plénitude de l’Être ; l’Eglise c’est le cosmos christianisé. Ceci doit cesser d’être une vérité théorique et abstraite pour devenir une vérité vivante et agissante. Au lieu de confiner la religion dans les temples et les sacristies, d’en faire, comme on dit : une chose privée, il faut au contraire lui donner accès au large monde, pour qu’elle vivifie et transforme tout le créé. La religion des temps modernes était devenue une partie distincte de la culture, une sorte de spécialité comme l’économie politique, où l’élevage des vers à soie. On lui avait réservé une place séparée et assez mesquine dans l'encyclopédie du savoir. A nouveau, elle doit devenir tout - une force illuminatrice et transfiguratrice de toute la vie par l’intérieur - elle doit, force spirituelle libérée, transfigurer la vie totale. »

- Le communisme n'a t-il pas aussi ce projet de société future idéale ?

- Le communisme n’y croit plus. Il saccage tous ces idéaux humanitaires. Il est hiérarchique à sa manière et autoritaire; il est d'essence religieuse. C’est une croyance, une foi, une religion, mais une religion satanique, dans laquelle toutes les vérités chrétiennes sont bafouées... D'ailleurs, toutes les fleurs et tous les fruits de la Renaissance humaniste sont également foulés et détruits.

Sources : '' Un Nouveau Moyen-âge'' de Nicolas Berdiaeff

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Après le 6 février 1934 - Le choix... 2

Publié le par Régis Vétillard

Gaston and Bettina Bergery 1930s

Gaston Bergery (1892-1974), est pour Lancelot, de ces personnes, qu'il connaît de vue, puis qu'il salue après s'être croisés plusieurs fois; enfin qu'il rencontre avec plaisir et avec qui la discussion sur certains sujets s'engage facilement, avec intérêt parce que les divergences exprimées n'entament pas cette franche relation qui s'installe finalement entre Lancelot et ce radical un peu plus âgé. Froid, sûr de lui, il a tendance à faire la leçon ; et Lancelot se montre réceptif à ses avis qui tranchent des positions officielles....

Bergery fréquente les salons ; plutôt dandy et en concurrence de Drieu la Rochelle ; déjà marié deux fois ; il va épouser le 5 août 1934 Mlle Elisabeth-Charlotte Shaw-Jones, assistante de la créatrice de mode Elsa Schiaparelli.

On le craint, comme si on attendait de lui quelque grande surprise... Pour Drieu, c'est un ambitieux et un modèle pour son personnage Clérences ( Gilles)

Bergery était vers 1925, directeur du cabinet d'Édouard Herriot au ministère des Affaires étrangères. Ensuite il retrouve sa profession d'avocat, et sa spécialité en droit privé international l'amène à voyager. Devenu député radical en 1928 ; il est favorable à un rapprochement avec la SFIO. Il s'alarme du racisme et de la montée des idées fascistes. Le ''6 février'' est très grave et exprime à son avis l'inquiétude des classes moyennes ; cela plaide pour une réponse ferme en particulier des radicaux pour une unité de la gauche, parti de qui il s'est senti de plus en plus en décalage, au point de voter la défiance d'une majorité à laquelle il appartient, et finalement de quitter le parti Radical en 1933.... La SFIO de Léon Blum, lui semble tout aussi archaïque.

Il souhaiterait pouvoir refonder la république, revenir aux fondements de la Révolution française ; il rejoint en cela les ''non-conformistes'' des années trente.

Il tente de créer un mouvement qui promeut la justice sociale et s'oppose au fascisme. Il rejoint en novembre 34, George Izard et constituent ensemble le Parti frontiste.

 

Des universitaires ont été aussi fortement secoués par les émeutes du 6 février 34, Paul Langevin scientifique, enseignant et militant humaniste ; fonde avec Paul Rivet ethnologue militant et le philosophe Alain, pacifiste : Le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes ( CVIA).

Alain, lycée Henri-IV, en 1932

 

Emile Chartier ( Alain est l'un de ses pseudos), est ce ''grand professeur'' du lycée Henri IV, dont on se dit fier d'avoir été son élève.

Tels, Guillaume Guindey , Raymond Aron, André Maurois, Simone Weil, ou Georges Canguilhem, un ami de Jean Cavaillès, pacifiste, qui adhère au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes.

Et, aussi, René Château, un ami de Bergery, dont on reparlera...

Après le 6 février 1934, Jeanne Alexandre et son mari, Michel Alexandre un ancien élève d'Alain, adhèrent au CVIA. Michel Alexandre est juif, ce qui dans ce contexte serait sans importance, la suite démontrera le contraire...

 

En 1934, Alain est proche de la retraite, il souffre de rhumatismes très douloureux. Pour l'heure, sa vision humaniste lui permet de défendre en même temps le pacifisme et l'anti-fascisme.

Pourquoi pacifiste ?

Chacun a en horreur ce qu'il connaît de la Grande Guerre. Préparer la guerre, ne peut qu’entraîner la fascisation des esprits, nécessaire pour soumettre l'individu aux exigences du combat.

Alain, persuadé de la force qui émane de la France, parie contre la fermeté vis à vis de l'Allemagne, contre la militarisation...

 

On dit que c'est après le 6 février 1934 que Drieu passa définitivement au fascisme.

Pour Lancelot, aussi, la soirée du 6 février 34, est un électrochoc : ce qui se passe en Allemagne, peut avoir lieu en France. Face aux difficultés financières, le slogan '' L'Allemagne paiera '' n'est plus crédible... et malgré l'antiparlementarisme ambiant ; la République n'est-elle pas en ce moment la seule garante de la démocratie... ?

 

L'interrogation de Lancelot, s'appuie sur la prégnance du discours fasciste en France, la montée des régimes totalitaires en Europe, la technicisation des réponses politiques qui feraient que le choix reviendrait à ceux qui savent ; en rejet si nécessaire des raisons d'un argumentaire humaniste.

Le communisme qui semble t-il, offre le cadre d'un engagement anti-fasciste, n'attire pas Lancelot. Première raison : le collectivisme qui asservit l'individu, et lui apparaît comme opposé aux valeurs humanistes. Le marxisme pose en valeurs : la production, le travail, le machinisme, supports d'une dictature techniciste.

Il ne s'agit pas de choisir entre une oppression de la part de quelques uns, ou une oppression de la part de la collectivité. Fascisme et communisme se rejoignent.

D'autre part, comme beaucoup de français, la peur du communisme provient de ce qui est appelé '' la cinquième colonne '' qui fait référence à une offensive guerrière où se rajoute aux colonnes attaquantes, celle - qui tel un cheval de Troie - attaque de l'intérieur : ce serait le rôle que l'on prêterait au PCF, inféodé au Komintern. L'URSS a deux objectifs, faire triompher la révolution en France, envenimer les relations entre la France et ses voisins jusqu'à la guerre, d'où son sa tentative d'exploiter la guerre civile en Espagne pour en faire un conflit européen...

 

B de Jouvenel 1938

Bertrand de Jouvenel, impressionné par cette révolte portée par les Ligues, se convainc de l'inefficacité des partis traditionnels. Il quitte le parti radical... Il propose, pour l'heure, un hebdomadaire La Lutte des jeunes, pour dénoncer la corruption du régime et servir les idées des ''non-conformistes'' ( de gauche ou de droite) vers un Etat à refonder... Vont y collaborer Jean Prévost, Henri De Man, Emmanuel Mounier, Robert Lacoste ou Pierre Drieu la Rochelle.

On y échange sur la planification et la régionalisation, le renforcement du pouvoir exécutif et un Conseil d’État en charge de la rédaction des lois... On imagine une Constituante puis un référendum. Ce serait une troisième voie entre les Ligues et le Front commun de gauche.

 

Lancelot est un peu dans l'état d'esprit exprimé par Emmanuel Mounier quand il dit qu'en créant la revue Esprit (1932) , il recherchait « un lieu où camper entre Bergson et Péguy, Maritain et Berdiaeff, Proudhon et de Man »

Chacun pensait que nous étions à la veille d'une révolution, ou du moins à l'entrée d'un monde nouveau ; et qu'il fallait conserver ce que Péguy avait défendu ; l'âme chrétienne, contre les puissances et « les violences d'argent ». Une révolution, pourrait-elle concilier le spirituel et le temporel ?

Déjà, la revue ' Esprit ' ( de E. Mounier), en janvier 34, rejette l'idéologie du parti national-socialiste d'Hitler, une doctrine irrecevable, raciste, une révolution où « le sang est le seul ferment de l'histoire », où la liberté et le ''destin personnel'' n'y ont pas leur place...

En avril 1934, Emmanuel Mounier écrit dans Esprit ; que s'il avait effectivement écrit '' ni droite - ni gauche '' ; il constate que des membres d'Ordre Nouveau qui partagent ce slogan, dérivent vers la Droite. Il constate aussi que à Gauche est le peuple qui vit ''les valeurs que nous défendons''.

 

Le Komintern puis le Parti communiste prennent conscience que le danger est, avant la social-démocratie, le nazisme. Aussi en juin 1934, le PC propose aux socialistes l'unité d'action, unité ouverte aux anti-fascistes et dons au parti radical... Maurice Thorez parle de Front populaire.

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Après le 6 février 1934 - Le choix... 1

Publié le par Régis Vétillard

Comment ne pas s'interroger ? Comment ne pas douter, même de la République ?

La vie politique est un champ de manœuvres pour les professionnels de la politique ; leur carrière passe bien avant la défense du bien public... Les cabinets se suivent et les radicaux se succèdent à eux-mêmes... !

 

Mauriac espère en l'homme providentiel ; aussi est-il séduit par André Tardieu ou Philippe Henriot. Après les événements de ce 6 février, la politique semble se crisper sur des positions plus radicales de gauche ou de droite. Faut-il choisir ? Le 7 février Mauriac s'en prend '' au président du Conseil maçonnique ''.

 

La Franc-maçonnerie est compromise ; elle annonce publiquement une épuration dans ses rangs.

« La grande part de cette crise est due à nous-mêmes. Nous avons oublié la véritable tradition maçonnique, l’observation stricte de notre Constitution, le but moral et l’idéal admirable de la vraie Maçonnerie ». Georges Voronoff

« La Franc-maçonnerie est attachée plus que jamais à des formes supérieures de la vie sociale qu’elle pensait définitivement acquise par la civilisation : la liberté d’opinion et d’expression, le respect de la pensée et de la civilisation humaines, la souveraineté du peuple et l’élimination de la force dans les rapports entre les hommes et les nations. Or, la valeur de ces principes est remise en cause par l’institution de régimes qui prétendent justement les éliminer de la vie sociale. » 

« Le 6 février, une foule fut lancée à l’assaut des institutions et la lutte contre le parlementarisme se transforma en lutte contre la démocratie. » Louis Doignon, Grand Maître de la Grande Loge de France

 

Si Lancelot, ne croit pas vraiment que ce 6 février pouvait être un complot contre la République…. Il prend conscience de la fragilité de cette République si décriée…

Denis de Rougemont  avec  Alexandre Marc et  Karl Barth, Juvisy, 1934.

Une discussion avec Denis de Rougemont, lui permet d'avancer :

- Ce sont les événements qui nous réveillent – dit-il – à présent, il faut choisir. Penser, c'est aussi prendre des risques, ce n'est pas qu'un refuge, un refuge idéal. Tant mieux, le ''risque '' c'est la santé de la pensée !

Certains nous disent, et il peuvent être tout autant marxistes, ou fascistes, que la loi ( historique) seule nous conduira à la liberté... Ce serait même le déterminisme de l'Histoire : abandonnez votre petit moi, et fondez votre destin dans la collectivité ; vos inquiétudes s'apaiseront...

Soyons vigilant, ne confondons pas sacrifice... et suicide !

- C'est un peu, comme si des nouveaux dieux, ou d'anciens dieux, ou de nouveaux mythes, nous menaçaient de leur puissance ; et que nous ne pourrions échapper à l’un qu'en nous jetant dans les griffes d'un autre... ?

- Oui, ils sont là. Ont-ils une raison d'être ? « Dénoncer leurs méfaits, ce n’est pas encore leur échapper. Les nier purement et simplement, ou désirer leur destruction, c’est de l’utopie. »

- Qui sont-ils... ?

L’État, la nation, la classe, la race, l’argent, l’opinion... Il sont ''Légion...'' !

- Ce serait le ''destin du siècle'' .. ?

- Non .. «  En réalité, il n’y a de destin que personnel. Seul un homme peut avoir un destin, un homme seul, en tant qu’il est différent des autres hommes. »

Chacun de nous a un destin...Peut-être s'agit-il de commencer par rechercher - dans nos pensées – les origines de ces grands faits qui bouleversent le monde

- Ce retour à soi, c'est le retour à l'individu ?

- Attention, l'individualisme conduit aux mythes collectifs.

« La société doit être composée d’hommes réels. Nous avons tout calculé, sauf ce qui est en effet incalculable : l’acte de l’homme. Mais le temps vient où les hommes se lassent de théories qui expliquent tout sauf l’essentiel. »

« Les mythes collectifs n’expriment rien de plus qu’une certaine attitude, l’attitude démissionnaire de l’homme en fuite devant son destin. (…) la personne à son tour n’est rien d’autre que l’attitude créatrice de l’homme. Tout, en définitive, se joue dans l’homme et se rapporte à lui. Dans l’homme, la masse n’a pas plus de puissance que la personne. Dans l’homme, le choix peut avoir lieu, effectivement. »

« La personne, au contraire, de l’individu perdu dans l’Histoire, vit d’instant en instant, d’une tâche à une autre, d’un acte à un autre acte, toujours imprévisible, toujours aventureuse. Elle vit dans le risque et dans la décision, au lieu que l’homme des masses vit dans l’attente, la révolte et l’impuissance. » Denis de Rougemont « Destin du siècle ou vocation personnelle ? », Foi et Vie, février 1934.

 

Beaucoup ont institué la date du 6 février 1934, comme une de celles qui ont infléchi un ''destin personnel''. Ainsi Philippe Henriot ( qui deviendra sous Vichy, secrétaire d’état à l’Information et à la Propagande.). Ce jour lui permet l'appui d'un argumentaire antiparlementarisme opposant '' la masse des « honnêtes gens » à une poignée de « fripouilles » '', et qui va jusqu’au complot judéo-maçonnique. Il intervient passionnément à la Chambre sur ce thème, écrit un livre '' Le 6 février'', et multiplie les conférences en province.

 

Le 9 février, avec le PC, Jacques Doriot manifeste contre les fascistes. A l'opposé de Thorez et du Komintern, il prône une nouvelle ligne et le rapprochement avec la SFIO. Isolé, il sera exclu en juin 1934 et créera en 1936 le PPF.

Robert Brasillach

 

Robert Brasillach (1909−1945) est un passionné de littérature, il dispose d'une chronique littéraire au quotidien l’Action Française, il est plutôt éloigné de la politique. Ce 6 février, il assiste à une pièce de théâtre ; et à la sortie il est pris par les événements : il écrira plus tard :

« Un escroc juif d’Odessa, Alexandre Stavisky, paraissait au centre d’une redoutable combinaison dont faisait partie les plus grands noms. On allait l’arrêter, il fuyait en Savoie, on le trouvait mort dans une villa de Chamonix, dans les premiers jours de 1934. Suicide ? On le dit. Assassinat, c’était plus probable. Désormais, il était impossible d’arrêter l’affaire. (...)

Tant de mensonges, tant de piètres hypocrisies révoltaient la ville. Dès le début de janvier, la fièvre monta, on arracha les grilles d’arbres boulevard Saint-Germain, on conspua les parlementaires et les gardes mobiles. Ainsi se préparait-on à l’émeute – ou à la révolution. (...)

À onze heures et demie, en sortant du théâtre, un spectacle singulier nous arrêta soudain : à l’horizon, quelque chose de lumineux dansait, au-dessus des têtes, semblait-il. Nous regardions sans comprendre ce feu balancé et noir : c’était un autobus, au Rond-Point, que l’on renversait. Et soudain, comme nous avancions, une foule énorme reflua soudain sur nous, des automobiles chargées de grappes d’hommes et de femmes roulèrent à grands sons de trompe, de vieilles dames se mirent à courir, les jambes à leur cou. Nous comprîmes que ce n’était pas une manifestation, mais une émeute.

( …) Une immense espérance naissait dans le sang, l’espérance de la Révolution Nationale (...)

Pour nous, nous n’avons pas à renier le 6 février. Chaque année nous allons porter des violettes place de la Concorde, devant cette fontaine devenue cénotaphe (un cénotaphe de plus en plus vide), en souvenir de vingt-deux morts. (...)

Mais si le 6 fut un mauvais complot, ce fut une instinctive et magnifique révolte,  (…) avec (…) (...) son espérance invincible d’une Révolution nationale, la naissance exacte du nationalisme social de notre pays. » Robert Brasillach - Notre avant-guerre, Paris, Plon, 1941

La condisciple de Brasillach, Simone Weil, en 1934 suspend sa carrière de professeur de philosophie, pour faire l'expérience de la condition ouvrière à la chaîne. Parallèlement, elle s'intéresse à la spiritualité chrétienne. Elle écrit alors : elle écrit : « la civilisation la plus pleinement humaine serait celle qui aurait le travail manuel pour centre, celle où le travail manuel constituerait la suprême valeur »

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Le 6 février 1934

Publié le par Régis Vétillard

L’insurrection fera quinze morts dont quatorze parmi les manifestants et près de mille cinq cents blessés...

Lancelot, le 6 février 1934, était avec son ministre de tutelle, Joseph Paul-Boncour, un proche de Painlevé, à l'Assemblée Nationale. Celui-ci venait d'être nommé ministre de la Défense nationale et de la Guerre, deux jours plus tôt, après la démission de Fabry lors du déplacement forcé du préfet de Police Jean Chiappe, proche des ligues...

Précédemment aux affaires étrangères, Paul-Boncour, est sensibilisé au danger qu'exerce le NSDAP sur la France ; il défend l'idée d'une alliance avec l'Union Soviétique...

Jean Chiappe, au poste de Préfet de police de Paris depuis sept ans, est une personnalité très influente. Il ne cache pas son soutien aux ligues d'extrême-droite...

Les 9 janvier, 11 janvier, 22 janvier 1934, les ligues (camelots du Roy, croix de feu du colonel La Rocque, Ligue des Patriotes, etc...) ont appelé '' le peuple '' à des manifestations, avérées violentes.

En cause, trop de scandales, et particulièrement avec l'affaire Stavisky ; sont révélées les escroqueries et le suicide d’Alexandre Stavisky – un juif d'origine étrangère qui corrompt hauts-fonctionnaires, parlementaires et magistrats, peut-être même des ministres.. !

Le 3 février 1934, le nouveau président (radical) du Conseil, Edouard Daladier, renvoie ( déplace) Jean Chiappe sous le prétexte d'être impliqué, au moins dans sa gestion, dans l'affaire Stavisky.

Chiappe, refusant cette mutation forcée, alimente l'appel à manifester le 6 février, le jour même où Daladier doit être investi par la Chambre : un appel à manifester contre la corruption parlementaire et donc, en soutien au préfet de police.

 

En cette soirée du 6 février, Drieu la Rochelle comme beaucoup d'autres parisiens, observent les événements. Il s'approche de la place de la Concorde, et rejoint les manifestants ; parmi eux, il ressent la présence de ses camarades de Charleroi et de Verdun, la colère plein leurs yeux. Des pancartes : « Sortez les sortants ! » ou « Mort aux vendus ! ».... Et si quelque chose enfin arrivait ?

Tous unis, pourquoi ne pourrait-on pas se débarrasser de tout ce qui est pourri ?

Des députés favorables aux ligues, font l'aller-retour pour donner de l'information à ceux de l'intérieur du palis Bourbon.

La manifestation se transforme en émeute, et des ligueurs envisagent d'envahir l'Assemblée pour empêcher que les députés votent la confiance au nouveau président du Conseil.

 

Des camions de police barrent le pont de la Concorde et sur la rive gauche les abords du Palais-Bourbon. Devant les Tuileries Drieu voit les gardes à cheval, prêts à intervenir.

Sur l’esplanade des Invalides, il y aurait également de très nombreux manifestants, les anciens combattants avec leurs drapeaux.. Les troupes de La Rocque arriveraient par la rue de Bourgogne.

Avant vingt heures, place de la Concorde, un coup de feu parti d'on ne sait d'où, fait répliquer le feu de la police ; puis les gardes montés, chargent sabre au clair.

Drieu suit les mouvements de la foule autour de la Concorde. Sur un taxi, un homme allongé et du sang. Ils tirent.. ! Un autobus flambe à l'entrée des Champs-Élysées.

Minuit passé, Drieu erre toujours, la foule se disperse et les blessés sont enlevés.

Drieu dira : «  A partir de 1934, j’ai trouvé la fin de mes doutes et de mes hésitations. En février 1934, j’ai définitivement rompu avec la vieille démocratie et avec le vieux capitalisme »

 

A la Chambre, la tension en cette soirée est à son comble ; ce serait donc une véritable émeute, aux portes de l'Assemblée. On entend les charges des gardes à cheval ; puis des coups de feu. Les députés sont-ils menacés ? Serait-ce un coup de force fasciste ? On s'interroge sur la loyauté des forces de l'ordre, de plus, insuffisantes ... Au milieu de député découragés, étonnamment, Léon Blum reste calme assis sur son banc. Il prend brièvement la parole « si le gouvernement maîtrise la situation avec énergie, en faisant confiance à la volonté populaire, il peut compter sur nous. S'il faillit à son devoir, c'est nous qui lancerons un appel au pays tout entier... La réaction fasciste ne passera pas.»

Pourtant, parmi les députés présents, favorable aux ligues, certains appellent à quitter la Chambre. La plupart refusent de laisser la place - Daladier a obtenu la confiance – ils craignent qu'un gouvernement provisoire puisse être proclamé en leur absence... Plusieurs députés ont dormi là.

Finalement, le lendemain Daladier démissionne; ce qui pourrait paraître comme comme une défaite de la légalité ; puisque ''la rue'' l'emporte.

Pour Léon Blum, l'urgence est de consolider la République. Il s'agit de montrer que les forces populaire ne sont pas du côté de l'insurrection fasciste.

La grande manifestation du 12 février, semble le premier pas d'une réponse. La CGTU ( communiste) et la CGT (socialiste) ont chacune leur cortège à chaque côté du cours de Vincennes.

Ils se rencontrent, et aux cris de ''Unité !, Unité ! '' s'associent.

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Les Années 1930 – à Paris, la vie intellectuelle 3

Publié le par Régis Vétillard

La crise économique rend instable la vie politique. Le parti radical, toujours dominant gouverne avec la droite, mais il est en crise, d'autant que son électorat, les classes moyennes, perd en pouvoir d'achat. En 1932, le résultat des élections, avec le progrès de la SFIO, portent les radicaux vers la gauche.

Les ''non-conformistes'' lancent le ''ni droite, ni gauche'' dans un front commun de la jeunesse intellectuelle. Denis de Rougemont pense pouvoir réunir des jeunes de l'Action Française, des personnalistes d’Esprit et de l'Ordre Nouveau, et même des communistes ( comme Paul Nizan, par exemple) . Ils ont tous lu et partagé : Décadence de la nation française et Le Cancer américain de Robert Aron et Arnaud Dandieu dès 1931, La Crise est dans l'homme de Thierry Maulnier ou Le Monde sans âme d'Henri Daniel-Rops en 1932

 

Lancelot reste proche de Painlevé, fatigué il réussit à concilier la politique, et ses travaux personnels. Il soutient la vitalité de de l'aérien dans la défense de la nation ; et se passionne pour les travaux d'Einstein. En novembre 1931, il a participé au congrès du désarmement organisé par L’Europe nouvelle.

Dans Notre Temps du 12 Octobre 1930, un article de Brossolette titrait : « Faites la guerre ou désarmez » Brossolette appelait au désarmement...

Lancelot a longuement échangé avec Painlevé sur le nationalisme allemand ; de nombreux renseignements, ciblent ''le projet de Zollverein '' austro-allemand, qui prévoit un '' Anschluss '' avec l’Autriche ; puis avec la Hongrie... Painlevé y voit le même scénario qu'en 1914 ; à ceci se combinent l'insatisfaction de l'Allemagne suite au traité de Versailles, la crise économique... Aussi, en réaction contre le succès nazi, Painlevé met en garde Lancelot contre un pacifisme intégral... Malade, il prend connaissance des résultats électoraux de la présidentielle de 1932, en Allemagne : 36,7% pour le NSDAP ; Hindenburg est réélu président du Reich.

Le 30 janvier 1933, Painlevé, alité, apprend qu'Adolf Hitler est nommé chancelier ; il prédit à Lancelot la mort de la civilisation européenne... Après avoir obtenu, les pleins pouvoirs, Hitler proclame le NSDAP, parti unique.

Painlevé tient absolument à soutenir les victimes de l'antisémitisme allemand. Anne-Laure le visite souvent, ils lisent ensemble, en allemand, Faust de Goethe. Il meurt le 29 octobre 1933. Le Parlement organise des funérailles nationales et une inhumation au Panthéon.

 

Le front de la jeunesse - instrument d'une rénovation politique, de la LAURS, aux mouvements fondés par Jean Luchaire et Otto Abetz - se divise sur l'idée de pacifisme. Le rêve européen semble s'évanouir ; mais reste l'ambition d'opposer au vieux monde, le front d'une jeunesse révolutionnaire.

Lancelot se souvient d'une soirée de l'Union pour la Vérité, en février 1933 avec des membres de la Jeune Droite comme Daniel-Rops, Maxence, Maulnier, avec Mounier et Izard d'Esprit, avec Rougemont, Dandieu de L'Ordre Nouveau, André Chamson

Photo: Denis de Rougemont Avec Emmanuel Mounier (à droite) lors d’un congrès d’Esprit, 1934

 

Tout ceci reçoit le choc brutal du 6 février 1934 ; l'occasion de passer des cartels pacifistes de la fin des années vingt, au choix entre fascisme et anti-fascisme. Esprit refuse de se politiser, et Bergery, radical et ''jeune-turc'', fonde ''le front commun'' anti-fasciste. Rougemont ( L'Ordre Nouveau) maintient son appel à la '' Révolution spirituelle'' :

« Quand nous disons « spirituel d’abord », nous ne voulons pas qu’on entende intellectuel, idéaliste, clérical, ni surtout « spiritualiste ». ( …) Nous ne disons pas : « Esprit ! Esprit ! » Nous disons « spirituel ». Cet adjectif qualifie l’acte personnel, c’est-à-dire ce qu’il y a de plus humain dans l’homme, le sommet de ses hiérarchies, le fondement réel de sa liberté. On nous a reproché de ne pas définir la personne qui est à l’origine de toute notre construction. Répétons donc que pour nous : la personne c’est l’individu engagé dans le conflit créateur. Conflit qui se résout par l’acte, 

(…) Une révolution n’est pas seulement une redistribution des biens matériels suivant une autre méthode que la capitaliste. Nous ne sommes pas disposés à défendre la répartition actuelle des richesses, mais nous exigeons que, sous le prétexte, trop souvent fallacieux, de doter l’homme de ces biens matériels, on ne le prive pas à jamais de toute possibilité spirituelle, non seulement d’en posséder, mais d’en concevoir d’autres. » « Spirituel d’abord », L’Ordre nouveau, Paris, n° 3, juillet 1933, p. 13-17. Texte rédigé avec Daniel-Rops.

Jean Luchaire (à droite)

 

A ''Notre Temps'' chacun se disait ''réaliste'', et Luchaire ajoutait ''technique''. Il s'agirait alors de créer un ''Etat technique'' basé sur l'économie, loin des querelles religieuses... On s'interrogeait sur l'Etat moderne au titre du réalisme, doit-il employer des ''méthodes d'autorité''?

Luchaire projetait également une réorganisation politique ; envisageant que la ''nouvelle génération'' s'unisse par l'action sur le terrain pour une gauche unitaire, « sans se diviser, sans se combattre au nom de vieux dogmes, de vieilles idéologies et d'étiquettes vides de sens présent. » Luchaire, « La vraie "gauche unitaire" », Notre Temps, n°6, 15/02/1930.

Une réflexion qui s'adressait avant tout au parti Radical ; mais qui a eut peu d’effets...

De plus Pierre Brossolette, se demandait si Notre Temps n'excluait pas le socialisme ? ( lettre du 4 mai 1930). Il rejoignait l'idée de la nouvelle génération, mais contestait une unanimité de vues sur le plan politique.

 

En 1933, la question à propos du pouvoir national-socialiste en Allemagne, se pose. Luchaire maintient sa position du rapprochement entre les deux pays ; Brossolette le trouve gravement compromis.

La SFIO fait face en son sein à la contestation des ''néo-socialiste'' qui veulent une révolution constructive, technicienne, planifiée, et non-marxiste.... Luchaire se dit intéressé.

Au lendemain du 6 février 1934, Luchaire dénonce « une bande de factieux en révolte contre la légalité » et se fait le défenseur de la légalité républicaine. ( Notre Temps, n°36, 07/02/1934.)

 

Mais Luchaire persévère dans sa volonté d’un rapprochement toujours plus politique et Notre Temps devient une revue inconditionnellement favorable à Hitler et à sa politique révisionniste. À son tour le réarmement allemand est justifié ! Sans doute la revue est-elle financée, de façon occulte, par Otto Abetz. Telle est au moins la conviction de Brossolette !

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Les Années 1930 – à Paris, la vie intellectuelle 2

Publié le par Régis Vétillard

Paris est la ville des écrivains, et la Rive gauche, avec le Quartier latin, l'un de ses hauts lieux.

Le Quartier latin est toujours l'espace de l'Action Française, avec le local du 33 rue Saint-André-des-Arts, d'où peuvent partir des centaines d'étudiants armés de leur canne, après un appel à manifestation...

Charles Maurras, s'il n'est pas lui-même un ''politique'', reste le maître intellectuel de beaucoup de jeunes gens. « La doctrine de Maurras est la seule doctrine importante de la Cité de notre temps qui comporte une philosophie. Maurras a bâti le plus complet des systèmes politiques, artistiques et moraux (…) Une société doit vivre comme un organisme humain. Pour cela, il faut que nous reconnaissions nos limites. Il faut laisser à une caste, à une race, le soin et l’étude du gouvernement où nous ne connaissons rien. Il faut un roi. Ce roi sera absolu, tout lui appartiendra. Ne nous insurgeons pas contre cette idée. » R Brasillach, article dans Le Coq catalan

 

Même si Lancelot s'est écarté de cet engagement, il aime fréquenter les lieux de ces jeunes étudiants passionnés qui refont le monde de demain. Après des conférences rue Serpente, on s'invective sur l'urgence de réagir à une décadence qui fait l’unanimité

Robert Brasillach

A la sortie de l'ENS de la Rue d'Ulm, on est sûr de croiser le brillant et prometteur Robert Brasillach , et l'originale Simone Weil. Même si le seul bastion de gauche, y réside, Brasillach se sent chez lui: « Mais notre patrie restait toujours le Quartier Latin, notre jardin du Luxembourg, nos cafés, les étroites salles du boulevard Saint-Michel... »

Simone Weil est reconnaissable par sa dégaine, qui se veut le rejet de toute élégance avec son pantalon trop large, ses souliers plats et son béret noir. Ce qui l'intéresse défendre des idées : tout est action, même l'écriture... A t-elle prévenu Brasillach... ? L'art pour l'art, ça n'existe pas ; les écrivains sont responsables de ce qu'ils écrivent !

Pour l'instant Brasillach, ne s'intéresse pas vraiment à la politique. En 1931, à 22 ans, son premier livre ''Présence de Virgile'' est paru. Et en 1933, il vient de publier un roman ''Le voleur d'étincelles'', et a droit à quelques critiques bienveillantes...

 

Autre lieu en vogue parmi les intellectuels : Saint-Germain-des-Prés. Les artistes fréquentent Montparnasse. Chacun selon son clan, retrouve les siens à La Closerie des Lilas, la Rotonde, le Dôme, le Select, ou la Coupole.

Sur la rive droite : Cocteau vit dans une chambre que Coco Chanel lui prête rue du Faubourg Saint-Honoré ; Mauriac habite rue de la Pompe, puis rue Vaneau ; Morand partage son existence entre Londres, Venise et Paris, le comte Etienne de Beaumont demeure rue Duroc ; les Jouvenel avenue Suchet... Maurice Sachs plutôt à l'hôtel ; comme Drieu la Rochelle – bien que toujours marié à Olesia – il s'installe à l'hôtel des Navigateurs, puis à son retour d'Amérique latine, à l'hôtel d'Orsay. Avec l'aide de sa première femme, et de Victoria Ocampo ; il s'installe dans un deux-pièces salle de bains au 45, quai de Bourbon ( l'immeuble du prince Bibesco).

L-F Céline 1932

Drieu applaudit ''Voyage au bout de la nuit '' le premier roman de Céline, publié en 1932. Brasillach, bien plus classique n'a pas aimé... Les communistes, Elsa Triolet et Aragon adorent et veulent le traduire en russe... Si Céline dénonce, il ne prend pas parti... On attend de lui qu'il définisse le sens de sa révolution... Même les catholiques, y voient du divin en creux...

Dans Le Figaro du 13 décembre, Georges Bernanos est enthousiaste : « œuvre extraordinaire », au « langage inouï, comble du naturel et de l'artifice, inventé, créé de toutes pièces à l'exemple de celui de la tragédie, […] fait pour exprimer ce que le langage des misérables ne saura jamais exprimer ». « Pour nous, la question n'est pas de savoir si la peinture de M. Céline est atroce, nous demandons si elle est vraie. Elle l'est. »

 

Il y a beaucoup d'occasions pour Lancelot de rencontrer des auteurs, et plus précisément des ''chercheurs''. Parfois l'échange permet d'entrer de plein pied, sur le terrain favori des recherches de l'un et de l'autre... Ce fut le cas, quand Jacques T. s'est intéressé de près à la Quête de Lancelot. Lui-même connaît bien la Légende arthurienne, et a publié en 1924, un ouvrage sur L'Illustre chevalier de France, qu'est Lancelot....

Ancien maître de la loge, Jacques T. s'est montré fort empressé pour parrainer Lancelot, à se faire initier à la loge '' Le Portique'' dont, Gustave-Louis Tautain, rédacteur en chef du "Monde nouveau", en est le vénérable. Cet atelier de la Grande Loge de France, correspond bien à la sensibilité du nouvel apprenti; des personnages à grande notoriété en font partie comme Oswald Wirth (1960-1943) ou Albert Lantoine (1869-1949); les travaux suivent le Rite écossais ancien et accepté; et plusieurs frères partagent un intérêt pour les activités de l’Ordre martiniste, comme Gustave-Louis Tautain. Lancelot soutiendra l'initiative de A. Lantoine, en 1937, avec sa Lettre au Souverain pontife .... Enfin, Le Portique pourrait être qualifiée de « Loge littéraire », puisqu'elle décerne, chaque année, un prix à une oeuvre publiée.

 

Du discours prononcé par le frère orateur, lors de la réception des nouveaux initiés, Lancelot a noté ces phrases:

" (...) vous comprendrez de manière toute aristocratique que la Franc-maçonnerie n’est que la réunion des êtres de pensée, venus de tous les points du globe, de toutes les races, de toutes les croyances, pour, la main dans la main, faire avec bonne volonté, sans les entrechoquer l’échange courtois de leurs idées antagonistes."

"( ...) le rite consacré qui ne doit s’éteindre, et que personnifie excellemment la respectable Loge Le Portique, où je souhaite à votre esprit la grâce de s’y harmoniser en sagesse, force et beauté."

Parmi les frères présents, à noter François de Tessan, Michel Dumesnil de Gramont (1888-1953), que Lancelot croisera encore dans les couloirs ministériels; mais surtout, ce haut-fonctionnaire est un passionné de littérature et d'ésotérisme ( aujourd'hui, nous dirions de spiritualité). Il parle l'allemand et le russe et traduit les écrivains modernes russes. Surprise en enlevant le bandeau de retrouver des personnes croisées ou connues comme Brossolette, initié en 1927 à la loge Émile Zola, de la GLDF...

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Les Années 1930 – à Paris, la vie intellectuelle 1

Publié le par Régis Vétillard

Ses nouvelles fonctions au Ministère de la Guerre ne permettent pas à Lancelot de prendre publiquement position sur le plan politique. Et s'il doit être bien informé, il doit rester discret et abandonner tout désir de notoriété...

Les services français sont de plus sollicités par les politiques sur les intentions des dirigeants allemands... Lancelot se rend souvent en Allemagne ; il fait le lien entre le ministère et les diplomates, et beaucoup plus discrètement avec des informateurs, et des journalistes comme Xavier de Hauteclocque.

Ses interlocuteurs allemands, officiellement, sont très heureux de coopérer avec l'intelligentsia française... Lancelot organise des rencontres culturelles par le biais de l'ambassade à Berlin, facilite le séjour de jeunes universitaires comme celui de Raymond Aron, de 1931 à 1933.

 

A Paris, Lancelot retrouve les participants de la revue ''Notre Temps'', qui ouvre ses pages à de nombreux auteurs germanophones. La question du moment reste le règlement des réparations de l'Allemagne. Brossolette et Luchaire y consacrent de nombreux articles.

1935-Pierre-Brossolette

Ne s'agit-il pas à présent de bâtir « un édifice nouveau à la place de l'ancien qui s'écroule ». Une attitude nouvelle permettrait de revoir la dette, de l'Allemagne vis à vis de la France ; et … de la France vis à vis des Etats-Unis ! Cette question est liée à celle du désarmement... Luchaire défend l'idée d'un arrangement avec l'Allemagne, à tout prix ; la France ayant tout à gagner de cesser d'être l'oppresseur. Brossolette alerte des dangers que représenterait le réarmement de l'Allemagne, mais pour Luchaire, il s'agit d'une question d'amour propre national, et non de résolution offensive.

 

Lancelot, finalement fréquente les milieux qui pour sa génération, sont moteurs dans l'action politique et intellectuelle du moment. Son milieu d'origine, une droite orléaniste et libérale, représente aujourd'hui une classe bourgeoise qui s'est très bien adaptée à la troisième République, elle a même coupé sur le plan politique, un peu moins sur le plan intellectuel, le lien avec l'Action Française …

Pour échapper à l'emprise marxiste ; beaucoup de jeunes se réfugient au Parti Radical, parti de gouvernement, avec la détermination d'intervenir sur les choix politiques qui ne sauraient être que déterminants en cette période de crise...

 

Dans les milieux que continuent de visiter Anne-Laure de Sallembier, il est toujours de l'habitude d'indiquer dans le Bottin mondain son jour de réception. On se reçoit, pour dîner et lire des textes des grand écrivains ''survivants''...

Les femmes peuvent porter successivement robe de sport pour le matin, robe de ville pour le shopping, robe de cocktail en fin d'après-midi, puis enfin robes du soir. L'innovation d'Elsa Schiaparelli, avec sa robe sirène : toute droite, permet aux élégantes de passer la journée sans changer de toilette. L'homme distingué a abandonné la jaquette, il se permet de paraître en pull-over, ou en chemise sport.

 

François Mauriac apprécie les bars à la mode, et fréquente les Deux-Magots, comme beaucoup d'autres artistes ou intellectuels, Elsa Triolet, Louis Aragon, André Gide, Jean Giraudoux, Picasso, Fernand Léger…

Comme Lancelot, vous pouvez avoir la surprise de croiser André Gide, qu'il vous reconnaisse et vous invite à boire un porto dans un café ; surprise toujours qu'il vous écoute attentivement lui raconter les déboires maritaux d'Elaine...

Il conseille de lire Mauriac ; on y retrouve dit-il cette sorte d'angoisse qui n’appartient qu'aux chrétiens... Lui, il se dit bien heureux de s'en être échappé...

Gide ajoute « Ceux qui cherchent à voir avec ''les yeux de l'âme'', sont ceux qui n'ont jamais su vraiment regarder. » Lancelot ne partage pas cette vision. Le dieu dont parle Gide serait dissous dans la nature, et ce n'est de la foi dont nous aurions besoin, mais de l'attention. Ce dieu mérite t-il encore le nom de Dieu ?

Ils parlent de Thomas Mann, que Gide vient de rencontrer lors de son passage à Paris, et qu'il souhaite revoir. Il devrait aller à Berlin et Munich à la fin de l'été.

Gide raconte une soirée dans le salon de Mme B. où la présence de « trois princesses » est plus qu'il « ne peut supporter. ».. !

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