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Articles avec #1914 tag

Fin d'un monde – samedi 1er août 1914 -3-

Publié le par Perceval

« La vie est suspendue, haletante, bouleversée. On est là impuissant devant le jeu variable et monstrueux de la fatalité (...) Maintenant, nous voilà tous jetés dans une angoisse quotidienne et que chaque heure, chaque nouvelle avive » lettre d'Anna de Noailles à Mme Bulteau juillet 1914

1914 - Le lycée Janson de Sailly - chambre de blessés

Dès la fin de l'été 1914, une vie nouvelle s'est installée dans Paris, de nombreuses vitrines fermées, une vie au ralenti, et les premières restrictions... Beaucoup assurent que ce ne sera pas long ; qu'il faut tenter de reprendre la vie quotidienne, avec les femmes pour remplacer les hommes, et les plus âgés reprenant du service... Ainsi au lycée Janson de Sailly de Lancelot, bien qu'une partie des bâtiments soit transformée en annexe d'hôpital, on annonce pouvoir maintenir des cours...

Anne-Laure se propose comme aide-infirmière ; elle croise la célèbre Colette, devenue veilleuse de nuit au lycée... L'une et l'autre n'y resteront pas longtemps: les armes "modernes", grenades, obus, causent d'affreuses blessures: arrachements de membres, gueules cassées..

 

«Le Printemps appartient à ceux qui lui ressemblent,
Aux corps adolescents animés par l’orgueil,
À ceux dont le plaisir, le rire, le bel œil
Ignorent qu’on vieillit, qu’on regrette et qu’on tremble.

Ils avaient vingt ans, l’âge où l’on ne meurt jamais…» Anna de Noailles

 

Anne-Laure ressent une impuissance et ce qu'elle qualifie de démence difficile à supporter...

 

« Comment vivre à présent? Tout être est solitaire,

        Les morts ont tué les vivants,

Leur innombrable poids m'attire sous la terre.

        Pourquoi sont-ils passés devant? » Anna de Noailles, dans "Les Forces Eternelles''

Le gaste pays...

Anne-Laure, avant l'hiver prend la décision de rejoindre Fléchigné avec Lancelot. Précisément, elle fuit la capitale, elle fuit la guerre ; prise d'une sorte de panique, en particulier à la pensée de voir son fils, qui n'a que quatorze ans, devoir partir à la guerre... Elle veut le protéger à tout prix, et refuse d'entendre tout appel patriotique au sacrifice...

La Dame du Lac enlevant Lancelot..

Anne-Laure de Sallembier va se soustraire à ce qui rythmait jusqu'à présent son quotidien, le calendrier mondain.

Lancelot, quitte le lycée; et c'est reclus, à l'abri des de la guerre , que vivront la mère et son fils, entourés des personnels et fermiers qui animent la vie agricole des terres de Fléchigné...

Perceval jeune, éloigné par sa mère, des dangers de la Chevalerie... 

 

Hiver 1914 : Anne-Laure avec son fils ont rejoint Fléchigné ; elle se dit qu'ils seront loin de cette absurde actualité ; elle espère que ce sera pour peu de temps...

Mais tout, autour d'elle, lui rappelle cette crise : l'absence des hommes... Les paysans sont partis en masse, laissant là les moissons en cours... L'instituteur et le médecin ne sont plus là. Puis très vite, le maire ou les gendarmes ont commencé d'annoncer de triste nouvelles. On voit arriver des réfugiés du nord de la France, et des belges... Des bâtiments publics servent d'hôpital... On dit que dans les villes, les femmes travaillent dans les usines à la place des hommes, et que le ravitaillement est difficile.

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Fin d'un monde – samedi 1er août 1914 -2-

Publié le par Perceval

« La lutte engagée contre l'Allemagne est la lutte même de la civilisation contre la barbarie », lance, le 8 août 1914 devant des académiciens, le philosophe Henri Bergson... Son discours est résolument anti-allemand. Il affirme accomplir là un « simple devoir scientifique en signalant dans la brutalité et le cynisme de l'Allemagne, dans son mépris de toute justice et de toute vérité une régression à l'état sauvage ».

L'offensive allemande est rapide, choquante en ce que l'Allemagne viole la neutralité de la Belgique, détruit des monuments comme la bibliothèque universitaire de Louvain et les cathédrales de Reims et de Malines.... On évoque aussi diverses atrocités bien réelles commises en Belgique...

Pourtant, daté du 4 octobre 1914, est publié en Allemagne, un appel des intellectuels allemands aux nations civilisées : 93 intellectuels allemands évoquent les héros allemands de la philosophie, de la musique, de la littérature, et retournent contre leurs adversaires français et anglais l'accusation de barbarie en dénonçant les "actes de cruauté" sur le front de leurs troupes coloniales "non civilisées". « Nous protestons contre les mensonges et les calomnies dont nos ennemis tentent de salir la juste et noble cause de l'Allemagne dans la terrible lutte qui nous a été imposée et qui ne menace rien moins que notre existence »...

Romain Rolland, Prix Nobel en 1915, dénonce la guerre dans Au-dessus de la mêlée ( sept 1914). Il écrit à Stefan Zweig, avec qui il correspond durant tout le conflit : « Que deviendra le monde après qu'auront passé ces cyclones de haine ? » Et bien sûr, pour tous les belligérants, Dieu est de leur côté...

 

J.B. fait partie de la réserve de l'armée d'active... Il est affecté dans la cavalerie, où il retrouve beaucoup de mobilisés issus de l'aristocratie... La cavalerie coopère aux attaques de l'infanterie, elle couvre son déploiement et la protège contre les surprises... C'est lors d'une guerre de mouvement qu'elle joue le mieux son rôle...

Beaucoup sont sous-officiers ou officiers; l'esprit est à la communion dans des valeurs traditionnelles, et se considèrent comme les lointains héritiers de la chevalerie ; ce que J.B. n'avait pas manqué de développer avec Lancelot ...

Après l'échec de la guerre de mouvement, la cavalerie désœuvrée fournit de nombreux pilotes... Les cavaliers deviennent '' chevaliers du ciel ''… Jusqu'à présent les généraux, envisageaient le ''plus léger que l'air'' ( ballons, dirigeables...) comme possible pour des missions d'observation ; mais, le ''plus lourd que l'air'' utilisé en engin de guerre, devait rester cantonné aux romans de Jules Verne... Pourtant, très vite, l'efficacité de l'aéroplane va le rendre indispensable, pour l'observation d'abord ; et le combat, ensuite...

Très vite les combats aériens spectaculaires, et surtout la composition sociologique des aviateurs, vont amener à les comparer à des héros, comme Georges Guynemer, mort le 11 septembre 1917 à l’âge de 22 ans, comparé dans la presse à : « un preux issu des profondeurs de la race française où s’allient si splendidement ensemble le patriotisme et la foi. Charlemagne l’aurait fait asseoir à côté de Roland... » ; et Henry Bordeaux écrit : « Roland a été l’exemple des chevaliers d’autrefois. Guynemer devra être l’exemple des Français de maintenant, et tous tâcheront de l’imiter et se souviendront de lui, comme on s’est souvenu de Roland. »

Ce texte de '' La chanson de Roland '', ( XIe siècle) est lu aux élèves de l'Ecole Primaire ; texte publié en 1903, et dédié à « l'armée Nationale »...

Toujours en l'honneur de Guynemer : « Ce fut, avant tout, un volontaire, tout rayonnant, lui aussi, de belle énergie intérieure, passionné du devoir, presque mystique, âme de chevalier croisé, chevauchant la plus moderne des montures, aimant la France avec frénésie, son beau pays, dont toutes les harmonieuses qualités jaillissaient en lui. » ( Le Journal, 11 septembre 1919)

Parmi ces aviateurs, beaucoup d'entre eux, seront les ''derniers héritiers d'un monde auquel la guerre de 1914 portera un coup fatal'' ; comme Jacques Boulenger, qui écrivait lui-même :  « Nous nous étions fait dans notre petit groupe une sorte d'idéal d'humanisme élégant, de « dandysme » cultivé : on se réunissait au bar, et il ne s'agissait pas d'ignorer plus la mode des chapeaux de femmes que les hypothèses sur l'auteur des miniatures des Heures du duc de Berry. Le souvenir de Jean de Tinan régnait, le charmant P.-J. Toulet triomphait; ... on citait Catulle, on se battait en duel, on revenait toujours d'Italie, on inventait des cocktails, on discutait sur des points de langage »

Entré à l'École des Chartes à dix-sept ans Boulenger, a fait brillamment la guerre comme aviateur... Spécialiste de Rabelais, il est connu pour avoir écrit une adaptation des Romans de la Table Ronde...

Dandy, réactionnaire, Boulenger commet également des textes antisémites... !

Ainsi, Jean-Baptiste de Vassy, promu sous-lieutenant en décembre dans les Dragons, passe dans l’aviation en avril 1915, comme observateur … Il passe son brevet de pilote, puis vole sur le Farman F.40 ( baptisé Horace), un biplan monomoteur construit en bois et toile; quand il est abattu, au printemps 1916... !

La famille de J.B., puis Anne-Laure, apprennent sa disparition au-dessus des lignes ennemies...

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Fin d'un monde – samedi 1er août 1914 -1-

Publié le par Perceval

Ce samedi 1er août 1914, dans l'après-midi le monde d'Anne-Laure de Sallembier a basculé, en même temps de celui de beaucoup d'autres...

'Le populaire du centre' - le samedi 1er août 1914

Jusqu'à présent, nous retenions de l'actualité : - le retentissant procès d’Henriette Caillaux, qui avait tiré, sur le directeur du Figaro, Gaston Calmette (et l’avait tué), en mars de la même année. Elle est acquittée le 28 juillet, mais le scandale a empêché son époux d’être nommé président du Conseil qui aurait appelé Jaurès au gouvernement, - les guerres des Balkans, et même la veille, - l'assassinat de Jaurès... Mais, Anne-Laure croyait encore à l'intelligence, à la paix...

Comme écrit Colette – alors à Saint-Malo - après avoir appris la mobilisation : « La guerre ? Jusqu’à la fin du mois dernier, ce n’était qu’un mot, énorme barrant les journaux assoupis de l’été. La guerre ? Peut-être, oui, très loin, de l’autre côté de la terre, mais pas ici…

C’était la guerre ; dans Saint-Malo, où nous courions chercher des nouvelles, un coup de tonnerre entrait en même temps que nous : la Mobilisation Générale.

Comment oublierai-je cette heure-là ? Quatre heures, un beau jour voilé d’été marin, les remparts dorés de la vieille ville debout devant une mer verte sur la plage, bleue à l’horizon… Et du milieu de la cité tous les vacarmes jaillissent à la fois : le tocsin, le tambour, les cris de la foule, les pleurs des enfants… on se presse autour de l’appariteur au tambour, qui lit ; on n’écoute pas ce qu’il lit parce qu’on le sait. Des femmes quittent les groupes en courant, s’arrêtent comme frappées, puis courent de nouveau, avec un air d’avoir dépassé une limite invisible de l’autre côté de la vie. Certaines pleurent brusquement, et brusquement s’interrompent de pleurer pour réfléchir, la bouche stupide. Des adolescents pâlissent et regardent devant eux en somnambules. » Les Heures longues

1er août 1914, animation à 5 h 1-2 du soir

 

Jusqu'alors, l'actualité côtoyait de passionnants mouvements de fond du ''Progrès'', au rythme des changements industriels, scientifiques et culturels...

Paris en 1914, c'était à côté des policiers portant épée, et des soldats au pantalon rouge, des femmes élégantes aux robes moulantes et chapeaux arrondis, des messieurs la moustache finement taillée.

Sur le boulevard Haussmann, les Galeries Lafayette inaugurent leur nouveau magasin ( Oct 1912) : cinq étages, des balcons et une grande coupole, pour attirer les ''midinettes'', ces jeunes femmes qui se privent de déjeuner pour courir aux Galeries, se contentant d'un encas très rapide, une"dinette"...

Paris en 1913, ou14, c'est encore la performance flamboyante du ''Sacre du Printemps'' des Ballets Russes de Diaghilev et l'inauguration du Théâtre des Champs-Elysées de l'architecte Auguste Perret

L'aviateur Roland Garros réussit la première traversée de la mer Méditerranée, qu'il effectue le 23 septembre 1913 à bord d'un monoplan...

A Paris, banlieue nord et nord-ouest, se côtoie le monde des constructeurs automobiles ( 150 marques différentes), comme Delaunay-Belleville fabriqué des limousines pour le tsar Nicolas de Russie. 1000 films sont produits chaque année, réalisés par des noms encore connus aujourd'hui comme Gaumont et Pathé... etc...etc

 

Charles Péguy reconnaît : « Le monde a plus changé au cours des 30 dernières années que depuis toujours depuis Jésus-Christ. »

Après l'incident d'Agadir, le renforcement de l'armée avec la durée du service militaire de deux à trois ans... Quelqu'un comme Jaurès pressentait le pire, et tentait de mobiliser le prolétariat de toutes les nations à s'unir contre la guerre.

N'est-ce pas au nom de la Raison, que la France s'avance républicaine... ? Au nom toujours de la Raison, que le patriotisme valorise l'école, et l’expansion coloniale... Chacun peut s'améliorer...

 

L'Ordre de mobilisation générale est tombé comme un couperet... Vers cinq heures, la rue s'emplit d'hommes, ils s’accostent sans se connaître, s’interrogent.. L’anxiété augmente, on s’attend d’un moment à l’autre à de graves dépêches.

L'affiche du 1er août 1914 appelle 3,8 millions de réservistes à rejoindre les 800.000 soldats déjà en service actif.

On se dit qu'il ne s'agit que de la mobilisation … pas de la guerre …

Dès le lendemain, les affiches officialisent la mobilisation générale pour les hommes de 20 à 38 ans. Ils doivent se rendre dans les casernes indiquées sur leur livret militaire. Et le 3 août, l'Allemagne déclare la guerre à la France.

Très vite, on commence à retirer de l'argent des banques et à stocker de la nourriture. Spontanément, quelques manifestations patriotiques expriment le sentiment d'avoir à se défendre contre une agression...

Anne-Laure, les larmes aux yeux, avec Lancelot parcourent les boulevards. Le soleil est radieux, surgissent les fleurs aussi belles, et même le chant des oiseaux, comme s'il s'agissait d'une simple promenade...

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