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1900

Voyage en Angleterre -2- Hyde park, Bloomsbury group

Publié le par Perceval

Anne-Laure et J.B. sont aussitôt invités au 46 Gordon Square, Bloomsbury, la maison que se sont partagés les enfants Stephen: Vanessa, Virginia et James Stephen... Leur contact est Clive Bell, qui avait séjourné à Paris et se déclarait amoureux de l'art et la littérature française... Clive est marié avec Vanessa depuis 1908.

Avant toute chose, et pour s'imprégner de l'esprit britannique, Anne-laure et J.B. sont conduits à Hyde Park... Ils atteignent '' Marble Arch '' qu'un nouveau schéma routier vient de séparer de Hyde Park ( en 1908). En 1851, la reine Victoria, qui trouvait l'arche hideuse, la fit déplacer à son emplacement actuel, qui fut - du XIIe à la fin du XVIIIe siècle - le lieu de nombreuses pendaisons.

Nous sommes un samedi ensoleillé, les pelouses de d'Hyde park sont tachées de mode. Des couples disposés en quinconce sont couchés dans l'herbe. L'homme a disposé son pardessus sur le sol ou à ses côtés, et, la bouche unie dans un perpétuel baiser, ils restent immobiles, savourant l'instant... Les français n'en croient pas leurs yeux, de ce spectacle immoral...

  • Voilà bien des gens ''nature'' !

  • N'imaginez rien... Ils flirtent, sans plus...

  • Mais, l'intimité du ''home'', ne serait-elle pas plus conforme.... ?

  • L'intimité du ''home'' serait bien plus dangereuse... Ici, ils sont sous les yeux de tous, et ne peuvent se laisser aller aux écarts....

Ils arrivent près de la Serpentine, où des jeunes gens voguaient sur de légers canots, les jeunes filles - chapeaux en arrière - tiennent les drisses du gouvernail... Ils continuent vers un rassemblement : un homme, sur une table, pérore sur la venue du Christ... Plus loin, un homme à cheveux et barbe longs affirme que le locataire de Buckingham est parfaitement inutile... Puis ils croisent un ''unioniste'', et un ''libéral''... Ici, nous comprenons la relativité de toute chose... !

29 Fitzroy Square

Revenons à nos amis Stephen...

En mars 1907, Virginia et Adrian Stephen ont emménagé, non loin, au 29 Fitzroy Square... Aussi leurs amis, les rejoignaient dans l'une ou l'autre maison... Virginia Woolf avait tout le deuxième étage du numéro 29 pour elle et c'est pendant son séjour ici qu'elle a fait plusieurs essais sur le manuscrit de The Voyage Out . En fin d'année 1911, Virginia et Adrian vont quitter Fitzroy Square. Ils vont déménager dans une maison plus grande, 38 Brunswick Square, avec l'intention d'en faire une ''maison commune'', à partager avec des amis. En 1912, elle épouse Leonard Woolf. Le 26 mars 1915, The Voyage Out sera publié sous son nouveau nom Virginia Woolf.

C'est d'ici, dans ce quartier de Londres ''Bloomsbury '', que le groupe formé d'anciens étudiants du King's College de Cambridge, s'est fait connaître... Lytton Strachey devint un ami intime des sœurs Stephen de même que Duncan Grant... Puis Roger Fry et E. M. Forster se joignirent à eux...

Some Bloomsbury members Lady Ottoline Morrell , Maria Nys (plus tard Huxley ), Lytton Strachey , Duncan Grant , Vanessa Bell, 1915

Les anciens de Cambridge, mis à part Clive Bell et les frères Stephen, étaient membres d'une société secrète réunissant des étudiants, connue sous le nom de ''Cambridge Apostles''.

C'est par l'intermédiaire des « Apôtres », que les membres de Bloomsbury rencontrèrent les philosophes analytiques G. E. Moore et Bertrand Russell, qui devaient révolutionner la philosophie britannique au tournant du siècle. Les Principia Ethica (1903) de Moore fournirent au Groupe une philosophie morale. La distinction entre la fin et les moyens est un lieu commun de l'éthique, mais ce qui faisait tout l'intérêt des Principia Ethica ( une éthique intuitionniste) pour Bloomsbury, c'était la notion de valeur intrinsèque, qui dépendait d'une intuition personnelle du bien et de l'esthétique. Pour eux, le « sens du beau est une voie privilégiée pour la morale ».

Les membres du Moral Science Club, Cambridge, v. 1913. Au premier rang, troisième à gauche, James Ward ; à sa droite, Bertrand Russell , troisième à droite, GE Moore

Quand ils sont arrivés au n°46 Gordon Square, le groupe d'amis souhaitait vivre ''différemment''. Cela signifiait : privilégier les choses les plus importantes de la vie: lire, écrire et débattre. Mais ils souhaitaient que cela concerne aussi la vie quotidienne. Ils ont donc choisi de boire du café après le dîner au lieu du thé, et encore beaucoup de choses semblables...

Leonard et Virginia Woolf - 1912

Au tout début, Les habitués comprenaient le peintre Clive Bell, l'écrivain Lytton Strachey, le merveilleusement nommé Saxon Sydney-Turner, et le futur fonctionnaire indien et militant pour la paix, Leonard Woolf . Il y avait d'autres visiteurs occasionnels, y compris le poète WB Yeats et le romancier EM Forster, que Virginia vénérait et qu'elle regardait traverser Gordon Square pendant qu'elle se cachait derrière les haies des jardins.

Ce qui s'est passé, ce sont des discussions, et des discussions entre hommes et femmes sur un pied d'égalité et sur des choses importantes. Ils se recevaient en tenue décontractée, débattaient toute la nuit, buvaient du café et du whisky, mangeaient des petits pains...

Tous ont été membres de la confrérie des Apôtres, sorte de franc-maçonnerie de l’intelligence, dont l’existence est censée rester secrète. Chez les Apôtres on prône la liberté de parole, le non-conformisme, la critique du pouvoir établi, l’égalité entre les hommes et les femmes; on s'oppose au capitalisme et à l’impérialisme, et évidemment à la guerre.  C'est ainsi que ''le Bloomsbury group'' était né, et les sœurs Vanessa et Virginia en sont les reines.

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Voyage en Angleterre -1- le Ferry, le Langham-Hôtel

Publié le par Perceval

Depuis qu'Anne-Laure de Sallembier rencontrait des anglais, et si elle avait l'occasion de les entretenir sur la légende arthurienne, beaucoup d'entre eux dont Winston Churchill, prétendent qu'il existe toujours des ''round table groups'' à Oxford ou à Cambridge en particulier... Bien-sûr cela excitait l'intérêt d'Anne-Laure...

 

Anne-Laure ne se doutait pas qu'elle irait sur place, de surprise en surprise... Et, il semble que la première remarque qu'il lui vient à la suite de ce séjour anglais, c'est qu'elle n'a jamais autant ri... ! Les anglais sont très soucieux de règles de bienséance, qu'il convient en public de ne pas transgresser, même les originaux - qui semblent plus nombreux qu'ailleurs - restent dans le cadre... Pourtant, quand un groupe crée son intimité et s'y sent en sécurité, et uniquement là, toutes les conventions peuvent sauter... Il faut dire qu'Anne-Laure ne va pas visiter n'importe quels groupes : il s'agit de la société des ''Apôtres'', du Bloomsbury group et de la Fabian Society, et finalement aussi quelques décevants ''round table groups'' ..  Et, c'est plutôt étonnant... !

Le voyage commence à la gare Saint-Lazare ...

Dieppe, doyenne des stations balnéaires, a toujours attiré les parisiens, au point - certains le diront - que la terrasse du Casino semble un prolongement du boulevard des Italiens...

On parle encore de ce week-end suivi du pont de l'assomption, où des centaines de mille de parisiens ( un demi-million ) se sont pressés pour quitter une ville assiégée par la canicule, et se sont dirigés vers la gare St-Lazare, aspirant aux bains de mer... ... A Dieppe, les plages étaient bondées, et les hôtels ne purent accueillir tout le monde... Par centaines, les touristes durent se coucher sur les galets...

Pour les voyageurs en partance vers le Royaume-Uni ; à Dieppe, on quitte le train, pour s'embarquer sur un ferry...

En 1913, le billet simple Paris Londres, départ St Lazare, valait 48.25 F en première classe ( un ouvrier qualifié gagnait en 1913 entre 3.50 et 4 F par jour, soit au mieux 100 F par mois). La liaison par Dieppe Newhaven était réputée "la plus pittoresque et la plus économique".

Le bateau se nomme ''Le Newhaven'' il n'assure son service que depuis le 2 juin 1911. 92 m de long, 10,55 m de large, avec un tirant d'eau de 2,91, le Newhaven se distingue par ses aménagements luxueux et sa rapidité : il effectue la traversée en 2h45, soit une moyenne de 24 noeuds, et peut embarquer jusqu'à 1000 passagers et 4 automobiles.

Arrivés à Londres ; Anne-Laure de Sallembier et J.B. se rendent au Langham-Hôtel où ils sont attendus. Le quartier, où résident les différentes personnes à contacter, est à proximité...

L'hôtel est un bâtiment grandiose ; avec ses 600 chambres sur 10 étages, il a bénéficié lors de son ouverture des premiers ascenseurs hydrauliques de la ville.

Ici, Oscar Wilde (1854-1900) a écrit ''The Picture of Dorian Gray'', c'était en 1890... La romancière romantique Maria Louisa Ramee ( Ouida) y a vécu plusieurs années, recevant ses visiteurs allongée dans son lit, entourée de ses manuscrits, tout en écrivant.. avec des masses de fleurs violettes; ses factures de fleuriste montaient fréquemment à 200 £ par semaine.

L'explorateur, journaliste et député gallois Sir Henry Morton Stanley (1841-1904) séjourna fréquemment au Langham. En 1869, James Gordon Bennet du New York Herald l'envoya chercher en Afrique l'explorateur et missionnaire écossais David Livingstone (1813-1873). Stanley est resté au Langham pendant qu'il préparait son voyage. Le 3 novembre 1871, il trouva Livingstone près du lac Tanganyika, où il prononça son salut historique et décontracté: «Dr. Livingstone, I presume ? »

… Lorsque le journaliste américain Stanley a publié son livre ''How I Found Livingstone'' en 1872, il était déjà célébré comme un héros. Après la mort de Livingstone en Afrique en 1873, Stanley est revenu à Londres, où il a étudié les dossiers concernant la mort de Livingstone. Le journaliste resta bien sûr au Langham, comme il le fit en avril 1874, lorsque le cadavre de Livingstone arriva à Londres pour être enterré à l'abbaye de Westminster. C'est la nuit de l'enterrement que Stanley a décidé dans sa chambre du Langham de faire un grand voyage d'exploration vers les grands lacs et la source du Nil, puis en descendant le fleuve Congo jusqu'à la mer. Mark Twain, également a séjourné dans cet hôtel... Les voyageurs américains y sont toujours nombreux... L'hôtel produit un guide de Londres relié et de poche ( jusqu'en 1914) ...

L'empereur Napoléon III a passé une grande partie de son exil forcé de France au Langham, où il a occupé une suite au premier étage.

Sir Arthur Conan Doyle (1859-1930), le créateur de Sherlock Holmes, était un visiteur régulier de l'hôtel ; il en parle dans plusieurs de ses histoires... Enfin, mais je pourrais parler de bien d'autres... Antonin Dvorak à partir de 1884 vient régulièrement, il y aurait écrit sa Symphonie n ° 8 en sol mineur spécialement pour le public anglais.

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Le Monde d'hier, avant la guerre. 4. H. Poincaré – B. Russell

Publié le par Perceval

Lancelot a commencé à aller à l'école. Il est élève au Petit Lycée Janson de Sailly. Il s'ennuie d'apprendre des listes de sous-préfectures. Il est externe et en l'absence de sa mère la vieille Françoise s'occupe certainement de lui avec diligence...

Petit-Lycée-Janson-de-Sailly

Régnier ne trouve plus semble t-il sa place au Mercure de France... Il collabore désormais régulièrement à la Revue des Deux mondes et surtout à la Revue de Paris ; anciennes elles défendent des valeurs traditionnelles, et rétribuent mieux...

 

En 1911, a lieu le premier de la série des ''congrès Solvay de physique''; depuis, sept ont été tenus, avant la Seconde Guerre mondiale. Ces congrès virent les plus grands physiciens du début du XXe siècle débattre sur la toute récente mécanique quantique.

La première conférence, sous la houlette de Hendrik Lorentz, qui eut pour thème « La Théorie de la radiation et des quanta », eut lieu du 30 octobre au 3 novembre 1911 à l'hôtel Métropole à Bruxelles. A ce premier congrès Solvay de physique, en 1911; on y voit: assis: Marie Curie et Henri Poincaré; et en particulier debout:  Max Planck, Maurice de Broglie, Ernest Rutherford, Albert Einstein,  Paul Langevin....etc

Pour Poincaré la recherche de la Vérité est l'unique but de la science. Il distingue cependant la vérité morale de la vérité scientifique; et l'une ne peut influencer l'autre ( cf: affaire Dreyfus...)

Mais, pour Poincaré, nous l'avons vu,  il n’existe pas de réalité tout à fait indépendante de l’esprit ( la polémique autour du pendule...). Les théories forgées pour comprendre le monde sont en constante évolution, toujours empreintes du passé...

 

Jean-Baptiste de Vassy, découvrit les travaux de Bertrand Russell grâce à Poincaré, et en particulier grâce au débat dans lequel ils sont engagés sur la nature du raisonnement mathématique

Dans la ligne des idées de Kant, Poincaré, affirme le caractère synthétique et intuitif du raisonnement mathématique. La conception logiciste de Russell, l'agace...

Bertrand Russell en 1907

Le raisonnement mathématique ne pourrait-il être qu'une succession d’étapes de même nature que celles du raisonnement logique...?

La science est à la fois rigoureuse et créative... D'accord... Si, elle est créative, elle n'est donc pas entièrement déductive et pas complètement rigoureuse … ! ?

Poincaré interroge : Le raisonnement mathématique n'est pas que déductif, et pourtant il est rigoureux... ? Et, oui... par exemple: le raisonnement par récurrence, fondé sur le principe d’induction. Selon ce raisonnement, « on établit d’abord un théorème pour n = 1 ; on montre ensuite que s’il est vrai de n – 1, il est vrai de n et on en conclut qu’il est vrai pour tous les nombres entiers. ». Poincaré, 1902

 

Poincaré reproche, notamment à Russell et Whitehead, et à leur '' logistique '' d’entraver le travail du mathématicien; leur ''rigueur'' serait stérilisante... Pour Poincaré la rigueur logistique qui décompose une démonstration en une succession de déductions logiques, ne donne pas de compréhension d’ensemble de cette démonstration. Et, ce manque de compréhension constitue un manque de...? et bien, précisément, de rigueur selon Poincaré...

Poincaré, défend un type d'intuition, qui permet « non seulement de démontrer, mais encore d’inventer », comme peut le faire le raisonnement par récurrence ( qui ne nécessite pas d'être justifié par des principes logiques ...)...

Henri Poincaré 1908

 

Malgré, son admiration pour Poincaré; J.B. sent bien chez beaucoup de jeunes mathématiciens une crise des fondements des mathématiques... Comme en philosophie, on reste dans son raisonnement sur des formules vagues, du type: «il existe», «on peut trouver», «il n'existe pas»... Et finalement, on relève de plus en plus – même en mathématiques - des paradoxes qui mettent en évidence le manque de rigueur...

Ainsi, parler avec Euclide de point, de droite, de plan, de cercle, etc, comme des objets naturels , ne leur donne pas pour autant une définition scientifique et mathématique...

Comme un jeu, les mathématiques nécessite des Règles ( et, on prend conscience qu'on pourrait en choisir d'autres...)

 

Ainsi, Russel introduit quelques paradoxes et démontre quelques premiers théorèmes d'apparence paradoxale. Par exemple, c'est Russell (1902) qui a démontré qu'il n'existe pas un ensemble de tous les ensembles....

Pour Poincaré, définir les objets géométriques à partir des phénomènes physiques ne présente pas d’intérêt. D’après certains commentateurs, l’influence que le point de vue conventionnaliste exerçait sur les mathématiciens était considérable, et on suppose même que le conventionnalisme de Poincaré lui aurait coûté la découverte de la théorie de la relativité générale...

Henri Poincaré considère l'axiome des parallèles comme une convention, qui ne peut être dite « vraie » ou « fausse ». Parmi toutes les conventions possibles, le choix est guidé par le critère de simplicité et par l'expérience des phénomènes physiques. "Si la géométrie était une science expérimentale, elle ne serait pas une science exacte [et] serait dès aujourd’hui convaincue d’erreur . . . » et il décide que la question de la géométrie de l’espace n’a « aucun sens ».

Pour Russell, nous percevons les corps comme constitués de parties plus ou moins contiguës, la matière est organisée, par la perception, en un ordre spatial qui diffère à coup sûr de certains ordres possibles . Ces choix nous sont imposés par l’expérience et ne peuvent selon Russell être conventionnels. Dans sa réponse, Poincaré voit dans l’utilisation par Russell du mot perception l’origine de leur désaccord.

 

Jean-Baptiste de Vassy, rêve de rencontre Russell et propose à Anne-Laure de l'accompagner en Angleterre....

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Le Congrès de philosophie d'Heidelberg - 1908 - 2

Publié le par Perceval

Retrouvons le congrès, à Heidelberg...

Avec une organisation matérielle irréprochable, le congrès de philosophie a su - malgré tous les charmes de cette vie étudiante - retrouver le sérieux des thèmes proposés...

Le thème qui s'est imposé – et dès le premier jour avec la conférence de M. Josiah Royce en l'assemblée générale – est '' le pragmatisme '' ; avec nécessairement une présentation des idées nouvelles sur la notion de '' vérité ''…

La vérité apparaît comme une chose changeante, purement pratique. Nous en arrivons à nous tourner plutôt vers l'avenir - vers les conséquences pratiques à obtenir - que vers le passé. La vérité n'est pas à trouver toute faite, il nous faut la faire; l'homme n'est pas fait pour elle, mais elle est faite pour l'homme. Ainsi conçoit-on la vérité moins en fonction d'un milieu objectif que plutôt en rapport aux besoins subjectifs d'un individu.

D'autre part, des théories récentes sont largement influencées par la recherche et les méthodes scientifiques... D'après M. Royce de nouvelles recherches - sur les bases des mathématiques, la nouvelle logique, l'étude des relations, tout cela - mettent en lumière des vérités qui sont tout à fait solides et absolues.

Peut-il y avoir une conciliation possible entre ces divers courants?

Pour M. Royce, on doit considérer la vérité absolue comme une nécessité qui s'impose à l'action plutôt que comme une évidence immédiate qui se dévoile à l'intelligence. On pourrait admettre, au-dessous de la vérité absolue, des formes inférieures de vérité empirique, relative à nos besoins pratiques... Cela ne permettrait-il pas d'accorder l'instrumentalisme et l'individualisme ?

Malgré ces vues modérées de M. Royce, le débat a donné lieu à de fortes protestations au nom des idées conservatrices, et la partie allemande de l'assemblée semblait tout de suite incliner fortement de ce côté.

Deux jours plus tard, M. Schiller prend la parole et fait de la notion rationaliste de vérité une critique bien dans sa manière, subtile et spirituelle. Comment concevoir un accord entre une pensée et un objet,comment distinguer l'évidence logique d'une simple nécessité psychologique, comment en général distinguer une proposition qui prétend être vraie d'une autre qui l'est réellement ? La ''vérité'' purement formelle prétend être vraie, mais elle n'est vérifiée que par les résultats qu'elle donne. C'est d'ailleurs, en fait, toujours par cette méthode que l'on juge. La vérité alors n'est pas indépendante de nous, sans doute, mais que nous fait un monde indépendant de nous ? il ne nous regarde en rien.

M. Schiller définit le pragmatisme comme une méthode... Il n'est ni un individualisme, ni un subjectivisme. Il n'est pas d'un bloc... L'opinion allemande ( avec le Dr Itelson de Berlin) y est décidément hostile : une « philosophie de cuisine... » !...

Pour M. Itelson, un Kepler, un Copernic ne paraissent pas avoir eu conscience de faire la vérité, mais plutôt de péniblement chercher à la voir derrière le voile qui la cache. Pour M. Mally de Graz, le pragmatisme tourne en rond : la vérité c'est ce qui est utile pour la connaissance; or la connaissance nécessaire... c'est celle qui saisit la vérité ! Et, pour M. Nelson (Gottingen) le pragmatisme aboutit à un procès à l'infini : vrai est ce qui est utile, mais comment savoir que c'est vraiment utile sinon en montrant l'utilité qu'il y a à l'admettre ?

M. Jerusalem soutient son frère d'armes anglais : Il ne s'agit pas, dit-il, pour nous, de formuler

d'oiseuses vérités de cabinet, niais d'avoir des jugements qui déterminent notre action ; exemple : « ich muss nieinen Regenschirm nehmen ».

M. Schiller a tenté de clore la discussion. Peut-on dire que : vrai et utile sont synonymes. Le vrai est utile, c'est-à-dire le vrai est vrai. Mais y a-t-il une vérité pour les pragmatistes ?

Le rationaliste prend la vérité comme une chose absolue et achevée qu'il n'a qu'à pénétrer de plus en plus. Le pragmatiste part d'une probabilité qui va se vérifiant de plus en plus, elle tend vers une limite qui serait la vérité absolue. M. Nelson demande s'il faut concevoir que la vérité est l'utilité, ou bien seulement que l'utilité est le critère de la vérité. M. Schiller termine en signalant la valeur sociale du pragmatisme ; il y a autant de vérités que de fins, chacun se fait la sienne, c'est la paix des intelligences.

 

M. Boutroux, dans sa conférence, a tracé un tableau général de l'activité philosophique en France depuis 1867, la date du célèbre Rapport de M. Ravaisson.

La philosophie éclectique est morte... Les influences régnantes sont caractérisées par l'enseignement consciencieux de Lachelier, par l'ouvrage de Ravaisson tout brûlant d'une foi métaphysique nouvelle, par les travaux philosophico-scientifiques des Anglais, de Darwin surtout qui ont appris à apprécier l'importance philosophique des savants, par les travaux de Taine et de Théodule Ribot. Il en sort un renouveau et quelques années de travail ardent vont mener à une dissolution du mouvement philosophique en groupes distincts, à une sorte de divorce de la philosophie comme unité et des sciences philosophiques spéciales, psychologie, sociologie, histoire, logique des sciences.

 

La Philosophie finira t-elle par disparaître ?

Personne, ici n'y croit... Les sciences laissent des questions qu'elles ne peuvent traiter : sur quelle certitudes la science elle-même s'appuie t-elle, quelles sont ses sources, que vaut-elle, atteint-elle le réel et qu'est-ce que le réel ? Et puis, il y a toutes ces questions morales que les savants les plus positifs ne parviennent pas à écarter. La préoccupation philosophique subsiste...

M. Boutroux s'interroge sur le caractère de la philosophie française. Il pense y voir le goût des idées claires, joint à un souci profond de réalité et de spécificité, à un amour très vif des choses morales. De là, les directions divergentes qu'il signale.

 

Une conférence de l’italien Benedetto Croce, L'intuizione pura e il carattere lirico dell' arte. Traite de l'Esthétique : esthétique empirique, pratique ( le plaisir), intellectuelle ( théorique et logique), agnostique ( indéterminée et indéterminable), esthétique mystique pour laquelle « l'art est une fonction cognitive supérieure à la philosophie », sa dernière et grandiose manifestation fut l'esthétique romantique.

L'esthétique de l'intuition pure : En voici le point de départ : elle accepte de l'esthétique romantique l'affirmation du caractère théorique de l'art et la négation de son caractère logique, mais au lieu de faire de l'art la fonction la plus haute et la plus complexe de l'Esprit connaissant, elle en fait la plus simple et la plus primitive. L'intuition esthétique est libre de toute abstraction, de tout concept, de toute détermination conceptuelle. Elle est Intuition pure. La force de l'art vient de cette « élémentarité » de son mode de connaissance. La théorie de l'intuition pure ne méconnaît pas le caractère sentimental de l'impression artistique, bien au contraire l'intuition quand elle est pure se ramène à un état d'âme, « elle est synonyme de représentation d'un état d'âme ». L'art n'est pas la représentation des choses physiques, mais de l'esprit qui est la seule réalité. C'est la thèse idéaliste absolue.

Malheureusement, on annonce l'absence de M. Bergson... ! Cependant, on peut entendre la vénérable Me Clarisse Coignet faire l'éloge du philosophe auquel elle voue un culte touchant.

M. Winter nous fait part de deux études claires et bien fouillées sur les rapports de l'intuition et de la pensée mathématique , et sur le rôle de la philosophie dans la découverte scientifique. Il défend l'idée que les formes supérieures de la philosophie, métaphysique ou théorie de la connaissance, ne peuvent pas, et ne doivent pas influencer la Science. Et, seule la pensée philosophique qui naît au contact des réalités scientifiques a une action efficace.

 

Ce IIIe Congrès international de Philosophie s'est occupé de beaucoup d'autres questions. On peut dire que les recherches de logique et de méthode des sciences ont fait l'objet d'une préférence assez marquée. Parmi les tendances, elles se sont manifestées nombreuses, mais l'une – le matérialisme – ne s'est guère présentée.

Le prochain Congrès devrait se tenir en 1912 à Bologne.

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William James (1842-1910) et la Vérité

Publié le par Perceval

Henry James, Edith Wharton et H. Sturgis

Comme Anne-Laure de Sallembier rencontrait Edith Wharton, elle eut aussi l'avantage de côtoyer l'écrivain Henry James... Elle imaginait d'ailleurs, qu'Edith et lui étaient amants et cachaient leur liaison en utilisant un personnage créé par leur imagination romanesque … ( cf Article - Edith Wharton – une américaine à Paris.)

 

Surtout, Anne-Laure a rapporté de nombreuses notes de ses entretiens avec William James (1842-1910), le frère d'Henry, qui en 1909-1910 avait rejoint l'Europe, alors qu'il était d'ailleurs malade du cœur et venu se reposer chez son frère... Il avait démissionné d'Harvard en 1907; et devait mourir le 26 août 1910 d'une crise cardiaque...

Le père d'Henry et William était un grand théologien, disciple de Swedenborg... Il s’intéressait, comme ses fils, aux fantômes et à la parapsychologie…

Henry et William James

Henry, expatrié en Angleterre, romancier, est le plus connu... Il a un tempérament d'artiste avec un bon sens de l'humour. Il apprécie le luxe des dîners anglais et des salons littéraires

William, l’aîné, se veut plus sérieux... Il a quitté New York pour les verts pâturages de l'Université de Harvard, où il introduit la psychologie à l'université, philosophe ''pragmatiste'' il s'est révélé être une sorte de prophète... Bergson a rencontré William à Londres, il écrit à un ami : « C'est un homme si modeste et sans prétention, mais quel génie intellectuellement ! J'ai le pressentiment que ce qu'il a mis en lumière s'imposera et constituera un tournant dans l'histoire de la philosophie. »

 

Anne-Laure semble s'être confiée et a parlé de sa Quête... Elle interroge William sur '' la Vérité ''…

Ne devons-nous pas penser et agir à partir de principes ''vrais''.. ? La Quête serait bien décevante si elle reposait sur des principes faux ! N'est ce pas identique en science... ?

- Oui, pour savoir si une chose est vraie, il faut- dit-il – poser une croyance, la tester et l'intégrer dans un corpus plus large... James doute que l'on puisse observer le Réel ''en soi'' ( ce qui supposerait sortir de ses croyances, dit-il...)

 

 « La vérité vit à crédit. » « Nos pensées et nos croyances, poursuit James, passent comme monnaie ayant cours tant que rien ne les fait refuser, exactement comme les billets de banque tant que personne ne les refuse. Mais tout ceci sous-entend des vérifications, expressément faites quelque part, des confrontations directes avec les faits, sans quoi tout notre édifice de vérités s'écroule, comme s'écroulerait un système financier à la base duquel manquerait toute réserve métallique. Vous acceptez ma vérification pour une chose, et moi j'accepte pour une autre votre vérification. Il se fait entre nous un trafic de vérités. Mais il y a des croyances qui, vérifiées par quelqu'un, servent d'assises à toute la superstructure. » 

 

Les vérités sont des croyances que nous ( ou d'autres pour nous) vérifions …

Mais ce qui est étonnant chez William James, c'est qu'il rajoute :  Il est des croyances ou vérités auxquelles la seule « volonté de croire » suffit... !

Par exemple, sur la question du libre arbitre: W. James dit « Mon premier acte de libre arbitre est de croire au libre arbitre ».

 

Abordons, à présent, le ''Pragmatisme ''

« Les idées ne sont pas vraies ou fausses. Elles sont ou non utiles. » Telle est la thèse centrale que défend William James

 

Anne-Laure est vivement interpellée par cette remise en question de '' La Vérité '' : Une et Imposante... Elle pensait devoir choisir entre Une Vérité surnaturelle et une Vérité matérielle ; les deux s'appuyant sur le raisonnement, tel la déduction à partir d'hypothèses... Méthode que W. James récuse ; il préfère s'en tenir à l'étude des faits : inutile de discuter sur l'essence d'un objet, il serait suffisant d'en discuter les caractéristiques, et son utilité … !

 

Et... La question brûle les lèvres d'Anne-Laure : Croyez-vous en Dieu... ?

- Oui... ! « c'est la croyance qui donne des couleurs à la vie et qui fait la différence ».

Reginald W. Machell (1854–1927)

Ce qui intéresse James, ce ne sont pas les éventuelles '' preuves '' de l'existence de Dieu... idiotes... ! Ce sont les phénomènes de la religion : la prière, l'expérience mystique, en particulier les conversions ...etc

Sa première idée est l'inconscient, mais il n'interdit pas une force supérieure... L'esprit en nous est bien plus vaste que notre conscience...

 

Anne-Laure réussit même à lui faire exprimer sa croyance en ''quelque-chose de plus grand que notre monde'', mais pas forcément un dieu unique … Plutôt une multitude de puissances ; dans la nature agissent tant de forces différentes et qui interagissent avec l'humanité mais sans contraindre notre liberté... Ce Dieu donc, n'est pas le maître du bien et du mal...

 

Anne-Laure trouve le personnage sympathique. Il tient à ce que ses idées soient claires, compréhensibles, et critiquent les discours obscurs qui se justifieraient parce qu'ils seraient profonds ...!

W. James est un bon orateur... Il est passionnant à écouter ; et à la grande différence de son père, il respecte les femmes. Il accepte la conversation, écoute les questions...

- N'ayez pas peur de penser, d'agir... Affirmez votre liberté... !

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La Quête de la Vérité - Philosophie

Publié le par Perceval

Nous étions déjà à Heidelberg... mais, revenons il y a quelques mois au temps de la préparation de ce voyage...

La Vérité 1900

En cette époque, où un monde nouveau et scientifique semble avoir du mal à faire sa place, où le nouveau siècle tarde à s'établir, la philosophie ne craint plus à se remettre en cause, à tel point que c'est la notion même de Vérité qui est questionnée, et, sans tabou religieux...

 

Je propose – à l'aide des notes d'Anne-Laure – de réviser la notion...

 

- Si vous recherchez la Vérité au travers l'histoire de la philosophie en espérant ainsi bénéficier du progrès de la pensée, alors vous pensez que la Vérité n'est pas éternelle et immuable... ?

- Non... C'est, simplement, présumer que l'esprit évolue au cours des siècles dans sa prise de conscience... La Vérité pourrait être ce qu'elle est ; et l'esprit humain, lui, de plus en plus réceptif...

 

 

Mais, vous pourriez être sceptique, avec Pyrrhon ; ne pas faire confiance en vos sens... David Hume ( XVIIIe s), est persuadé que l'homme est inapte à atteindre la vérité absolue...

 

Si je dis , l'être est en devenir.... Je peux déjà me projeter dans l'antiquité avec Héraclite...

Ensuite Platon pense que les idées sont capables de contenir toute vérité intelligible ; et que le réel est intelligible...

Aristote ajoute qu'en étudiant le monde sensible, nous pouvons accéder aux ''causes'', jusqu'à '' l'essence''...

Pour Augustin d'Hippone, les vérités sont en Dieu.

Pour Thomas d'Aquin, la théologie tient ses principes de la Révélation ; et la philosophie est sa servante, la raison naturelle va du bas vers le haut (Dieu) : « la vérité est l'adéquation de l'intellect aux choses »

 

Descartes pense que la raison est  la « faculté de bien juger et distinguer le vrai d'avec le faux ». Une méthode est nécessaire... Il nous faut saisir les idées ( entendement), pour ensuite les affirmer ou les nier.. Malheureusement notre entendement est limité, et notre volonté est infinie... !

 

Spinoza reprend la conception classique de la vérité comme correspondance de l'idée et de l'objet.

Vous voulez dire que la recherche de vérité est une expérience de pensée : accord avec les faits et accord avec soi, pour devenir une évidence... ?

Mais, Leibniz se méfie de l'évidence intuitive.

 

Pour Kant, la connaissance vraie ne peut être qu'une connaissance scientifique qui porte sur la nature. La vérité scientifique ne porte que sur les phénomènes; elle ne reflète donc pas la réalité telle qu'elle est en elle-même, mais telle qu'elle est pour nous. Les concepts métaphysiques ( Dieu, la liberté, l'âme...) sont exclus de la connaissance scientifique ; et la croyance se substitue au savoir...

 

Nous sommes tentés de dire, que la Vérité voudrait ressembler à la Réalité...

Henri Bergson

Mais pour Bergson, la réalité est ''mouvante'' ( elle est un point de l'espace et du temps...) ; elle est particulière, singulière ( comme l'instant = division du temps) ... Et la Vérité se veut universelle...

Bergson, nous permet d'envisager qu'il peut y avoir coïncidence de l'esprit humain avec le cœur de l'être, cela se réaliserait dans l'intuition (comme la durée...)...

 

On retrouve, la soi-disant ''évidence intuitive'' … ? et, Bergson répond qu'effectivement ; il y a comme un caractère non-exact de la vérité, qui ne peut être atteinte que par d’autres formes de discours, comme la métaphore, l'analogie...

A suivre avec William James ...

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Le Congrès de philosophie d'Heidelberg - 1908 - 1

Publié le par Perceval

 

Réunion de famille à Remenoncourt, 1907. Henri Poincaré et Émile Boutroux sont au premier rang face à la caméra.

Nous savons déjà que, Anne-Laure et Jean-Baptiste fréquentent de près le cercle très philosophique des amis et parents Poincaré ; et en particulier Emile Boutroux, marié à Aline Poincaré, la sœur d'Henri...

Emile Boutroux est un grand connaisseur et admiratif de la philosophie allemande ; il a même travaillé une douzaine d'années à l’université d'Heidelberg... Anne-Laure va faciliter sa vie mondaine, et le soutenir dans la préparation du Congrès International de Philosophie...

Précisément en cette année 1908 - après Paris en 1900 - il se tient à Heidelberg; et Anne-Laure et Jean-Baptiste, vont accompagner le couple Boutroux, à ce qui sera un grand événement mondain et intellectuel...

Il n'est pas sans importance pour la suite, de noter que le fils d'Anne-Laure, Lancelot, l'accompagne ( pour la première fois dans ses voyages) à Heildelberg... Lancelot à huit ans est déjà un garçon sensible, à l'esprit très éveillé...

Heildelberg l'hôtel Zum Ritter St. Georg

C'est ici, que Lancelot apprend le sens de l'un de ses premiers mots allemands préférés: gemütlich... M. Boutroux, l'emploie dans son toast, pour remercier les allemands de leur accueil cordial en particulier celui de leur hôte M. le Professeur Elsenhans; ensuite, ils utiliseront fréquemment ce mot pour décrire l'ambiance des restaurants, des hôtels...

Ces congrès - que les chemins de fer et le télégraphe facilitent - renforcent la communication et la coopération entre savants, mais n'effacent pas les rivalités nationales... Le choix des villes concluent une compétition entre gouvernements, et reflètent la situation géopolitique...

L'Allemagne, depuis 1870 est perçue comme un pays prédominant...

Napoléon III remet son épée à Guillaume Ier.

Cependant, en ce 1er septembre 1908, jour d'anniversaire de la défaite française de Sedan; nous remarquons le tact de nos hôtes et aussi de la majorité de la population d'Heildelberg... Même si nous assuyons quelques échanges de quelques ''gallophobes'' qui se scandalisent de cette délicatesse...!

L'Université et la ville, le Gouvernement grand-ducal de Bade lui-même ont rivalisé d'efforts pour faire fête au Congrès.

Le programme en marge du congrès est varié et abondant, avec le choix de valoriser le côté pittoresque de la vieille Allemagne : le vieil hôtel Ritter, les fresques du Carcer peintes par les étudiants punis et incarcérés... Et, bien-sûr, la ruine mélancolique du vieux Schloss ( château), si étrangement rouge dans le cadre vert des montagnes.

Un soir, tous les invités du Congrès, purent embarquer dans des des chalands sur le Neckar, et assister à un prestigieux spectacle du château sorti soudain de la nuit, tout brûlant d'une lumière magique, comme si quelque sabbat ressuscitait dans ses murs les fêtes et l'orgie d'antan. Une de ces images rares que l'oeil n'oublie plus.

Heidelberg 1908 Alte Brücke, Schloß, Carte envoyé du Congrès de Philosophie

L'Université, Ruprecht-Karls-Universität Heidelberg ou Ruperto Carola du nom de ses deux fondateurs, ouvre largement ses portes aux visiteurs, chacun peut remarquer l'installation coquette et confortable ( gemütlich ) de ses salles et surtout sa merveilleuse bibliothèque.

Twain-idle-student_Heidelberg

 

Pendant l'été 1878, Mark Twain est resté trois mois à Heidelberg pour y apprendre l'allemand... Dans son livre ''A Tramp Abroad '' publié en 1880, Twain décrit ses impressions quant à la vie universitaire à Heidelberg de manière aussi détaillée qu'humoristique. Il dépeint l'université comme une école d'aristocrates où les étudiants mènent un style de vie élégant et décrit la forte influence exercée par les sociétés d'étudiants.

Wilhelm Meyer-Förster, dans sa pièce Alt Heidelberg (1903) -  l'une des pièces allemandes les plus jouées dans la première moitié du 20e siècle -, est aussi frappé par cette vie universitaire... Il y raconte l'histoire d'un prince allemand qui vient à Heidelberg pour étudier, et qui tombe amoureux de la fille de son aubergiste.

 

A suivre, avec l'état des recherches sur '' la Vérité ''

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Madame Solario - 3-

Publié le par Perceval

Dans cette troisième partie, la narratrice replace l'action sous le regard du jeune Bernard Middleton.

La haute société de l'hôtel à Cadenabbia va réagir à ce que l'on commence à soupçonner de la vraie nature de la relation entre le frère et la sœur....

Bernard ressent fortement la violence qui anime le comte Kovanski. Le colonel Ross, tente paternellement de le dissuader de l'approcher davantage... « nous ne les comprenons pas tout à fait - ils ne respectent pas les mêmes règles que vous connaissez »...

Villa d'Este - lac de Côme

 

Enfin, un bal à la Villa d'Este réunit toute la société des bords du lac.

Madame Solario danse avec grâce... Middleton, toujours fasciné par elle, réduit à la position de spectateur, regarde le magnifique spectacle, dans lequel il regrette de ne pouvoir être lui-même acteur, mais il se sait ''invisible''...

Natalia et Eugène dansent ensemble; quand Missy se jette entre eux, et crée le scandale... Elle s'écrie : « Sa sœur ! Sa sœur.. ! »

Bernard ne comprend pas. Nous-même ne sommes pas persuadés de ce qui existe réellement entre le frère et la sœur ; le mot inceste n'est jamais prononcé.

Dernier bal (1905), d'Aurélio de Figueiredo.

« Il atteignit l'angle du couloir quand, devinant une présence, il se retourna. A l'autre bout du corridor, madame Solario venait vers lui. Ils marchèrent à la rencontre l'un de l'autre et, pendant les dernières secondes, avant qu'ils ne se rejoignissent devant la porte de la jeune femme, il eut conscience de certains détails, comme le frou-frou de sa jupe et le port de sa tête rejetée un peu en arrière. Elle attira Bernard dans la pièce, sans refermer la porte, qu'elle laissa entrouverte. Tandis qu'il demeurait pétrifié, elle leva le bras dans un geste d'une grâce admirable et pencha vers elle la tête de Bernard jusqu'au moment où les lèvres du jeune homme pressèrent les siennes. Puis, se dégageant de ses bras, elle le poussa au-dehors. » fin du chap 28, p 456


 

Le lendemain, Natalia demande à Bernard de l'accompagner dans sa fuite ; sans lui donner aucune explication. Elle tente de fuir son frère, et de retrouver un vieil ami américain qui pourrait être en Italie et qu'elle souhaiterait rejoindre, et avec qui elle retournerait en Amérique...

A travers les yeux de Bernard, Gladys Huntington évoque et souligne à plusieurs reprises la beauté idéale, presque irréelle de Madame Solario... Alors que les événements vont se bousculer et entraîner le jeune homme bien au-delà de ce que son père attendait présentement ( son retour en Angleterre...) ; Madame Solario reste imperturbable, et utilise avec indépendance l'admiration que lui voue le jeune homme...

 

Bernard et Natalia fuient ensemble - le jeune homme se délecte de cette intimité, toute chaste - et vont rechercher en plusieurs villes la trace de ce vieil ami américain, entre Florence, Parme et Milan... C'est à Milan qu'il perdent sa trace... Et c'est au Palace Hôtel, qu'ils vont retrouver Eugène et Kovanski partis à la recherche des fuyards...

Bernard n'a plus d'argent, et tente de demander de l'aide au Consulat d'Angleterre...

Milano - Piazza Cadorna - Stazione

A l'occasion d'un malaise d'Eugène, le médecin qui rencontre le groupe, s'adresse au jeune Bernard :

« - Mais vous avez une famille ? »

Après l'avoir regardé de haut en bas d'un air impatient, le docteur l'observait maintenant, le jaugeait :

« Vous avez des parents quelque part ? demanda-t-il.

- Oui », dit Bernard, après un silence plus long.

Le docteur sembla avoir pris une décision. il commença par mettre sa trousse sous son bras et par enfiler ses gants. C'étaient des gants de coton gris, et Bernard comme fasciné, n'en pouvait détacher ses regards.

« J'ignore quelles études vous avez faites, dit-il, mais vous savez peut-être que les géologues appellent « failles » des points faibles de l'écorce terrestre, qui provoquent des tremblements de terre et des affaissements de terrain. »

Ses gants une fois enfilés, il se mit à les boutonner avec des gestes énergiques :

« Et je vais vous dire une chose que l"expérience m'a apprise, poursuivit-il. Voyez-vous, il existe des gens qui, à l'exemple des failles, sont comme un point faible dans le tissu dont est faite la société : partout où ils se trouvent, ils apportent le trouble et le désastre. »

Sous ses sourcils hérissés, il lança à Bernard un regard féroce.

« Jeune homme, ne restez pas ici ! Retournez sur un terrain solide, le plus tôt possible ! »

Étourdi sous le choc, Bernard, incapable de saisir clairement le sens de ces paroles, se souvint confusément d'une ascension en montagne et du pire moment qu'il eût jamais connu, celui où une crevasse s'était ouverte presque sous ses pieds. » p 454

 

Dans une des dernières scènes du roman, le comte Kovanski, déterminé à se marier avec la fascinante héroïne, malgré le scandale et même pour la racheter en quelque sorte, fait référence sans le nommer à l'inceste commis par Natalia et Eugene. Cependant, ni le frère ni la sœur ne l'admettent... Eugène essaie de le nier, affirmant que la rumeur était simplement le fruit de l'imagination grossière de Missy Lastacori.

Pourtant, Eugène change de comportement quand il crie à Kovanski: « Elle est à moi, seulement à moi. Vous ne l'aurez pas … Elle est à moi! », montre évidemment qu'il ne peut pas se contrôler même en public et qu'il admet la relation transgressive qui existe entre lui et Natalia...

 

Finalement, nous constatons que Madame Solario tente de fuir son frère ; cependant sans plus d'opposition de sa part... c'est ensemble qu'ils quittent l'Italie...

Cette nouvelle fuite, laissent et prennent de surprise Kovanski - qui choisit le suicide - et Bernard Middleton seul devant ses illusions, et sauvé de l’abîme par le consulat et le Colonel Ross qui prennent en charge son retour en Angleterre.

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Madame Solario - 2-

Publié le par Perceval

Dans cette deuxième partie ( Chap 10), la narration se centre autour de madame Solario et de son frère, avec un changement de point de vue : celui d'Eugène, Nelly n'exprimant que très peu le sien... Bernard Middelton est à peine mentionné au cours de ces dix chapitres.

Intéressant de remarquer le titre français du livre, ''Madame Solario'', connecte la femme à Paris - où elle a vécu comme adolescente – et indique son état matrimonial...

On apprend que le mariage de Natalia s'est rompu et qu'elle envisage le divorce. Nous n'en apprenons pas les raisons... Luis Solario, son mari sud-américain, richissime marchand et ami de son beau-père, l'a emmenée dans sa patrie où ils vivaient dans un ranch.

 

A présent, Natalia est aux prises avec son frère Eugène Harden, qui « débarque » littéralement à l'hôtel avec, dans un premier temps, l'intention de demander des comptes à sa sœur à propos de l'héritage familial.

Ce qui s'est réellement passé autrefois, n'est pas clair... Le beau-père ( nommé, de Florez) de Nelly et Eugène, donc le mari de leur mère – aurait eu une ''aventure'' avec la jeune fille alors qu'elle n'avait que seize ans... Eugène, aurait ressenti cela comme un affront fait à sa mère, dont il tient responsable le beau-père, mais aussi sa sœur. Eugène aurait blessé son beau-père, et aurait été contraint à un long exil, reprochant à sa sœur son manque de soutien, et d'avoir accaparé par la suite l'héritage familial …

Ces informations sont distillées lors d'entretiens entre le frère et la sœur, au cours desquels les informations pour le lecteurs restent vagues, d'autant que Madame Solario reste mystérieuse, sans approuver les propos de son frère...

Mort à Venise - Visconti

Par ailleurs, la vie mondaine à l'hôtel, suit son cours...

« A cette époque de féminité triomphante, le comportement de madame Solario était bien particulier. Elle n'apparaissait pas en public avec cet éclat et cette assurance qui étaient alors de règle parmi les femmes, pour peu qu'elles fussent douées de beauté ou de charme. En général, elles revendiquaient hautement le privilège d'être admirées, mais madame Solario n'exigeait rien de semblable. » (chap 13

Sans accent étranger, Eugène Harden n'avait pas l'air tout à fait anglais. «  Il n'avait pas, selon les conceptions du colonel Ross, le bon ou le mauvais type d'Anglais. Pas tout à fait anglais, mais trop anglais pour être étranger - on ne pouvait pas dire, en bref, ce qu'il était... »

 

J'ai été frappé par la référence faite à Peter Schlemilh ( j'en ai parlé ici), l'homme qui avait perdu son ombre … Eugène s'est retrouvé ''sans papiers'', seul, comme sans ombre...

Eugène regrette de n'être pas comme ''ces gens'', il envie leur ''supériorité'': ils ont la supériorité de devoir leur bonne fortune à quelque chose dont ils n'avaient rien à voir. Ils sont nés avec une sorte de ''super-soi'', qui plane au-delà des frontières, et pensent qu'ils ont le droit de regarder d'en-haut...

L'innocent de Luchino Visconti (1976)

Longuement, Eugène interroge sa sœur sur leur passé; s'il obtient peu de réponse de sa part, lui ne se prive pas de commenter seul et avec amertume, jalousie... Il serait, lui, la seule victime de ce drame familial, parce qu'il a vengé la mère, pour être condamné à l'exil, puis à la nécessité... Il semble persuadé (?) que sa sœur a trahi leur mère et causé le malheur de la famille, et n'envisage pas encore qu'elle ait pu être simplement la victime d'un homme plus âgé, sans scrupules.

 

Eugène semble, ensuite, avoir mieux compris... Il n'est plus indigné, et ne blâme plus sa sœur... Mais, si l'acte en soi reste condamnable, la jeune fille immature, désorientée, pourrait avoir gagné à découvrir le plaisir de la sexualité... En effet, on apprend que le jeune Eugène aurait raté sa cible, en essayant de tirer sur de Florez, alors qu'il surprenait le couple en flagrant délit et fut choqué de voir le plaisir exprimé sur le visage de Natalia....

 

Eugène va aussi se rendre compte que sa sœur, n'est pas aussi riche qu'il le pensait.

Silvana Mangano

Il commence à échafauder, par l’opportunité des rencontres dans cet hôtel, l'avantage que sa sœur et lui pourraient en retirer...

 

L'histoire sexuelle sur laquelle repose l'intrigue de '' Madame Solario'' - qui finalement se fait connaître - est ainsi marquée par la transgression, voire même dans l'esprit de certains par la perversion... Cela explique peut-être pourquoi à Cadenabbia, la jeune femme triomphe ainsi non seulement des jeunes filles mais aussi des femmes plus âgées... Madame Solario offre une combinaison toute particulière, faite de beauté, de sexualité, de mystère, de drame; et qui la rend irrésistible aux yeux des hommes.

 

L'attention est alors portée sur la relation de madame Solario avec le comte Kovanski... Ni Eugène, et donc ni le lecteur, n'est au courant de ce qui s'est passé (?) auparavant entre lui et Natalia... Puis, elle semble avouer que le comte est un ancien amant, dont l’obsession pour elle devient à présent menaçante... Eugène, retient ce qui pourrait l'intéresser : le désir du comte - qu'il nomme le Centaure - de se marier avec sa sœur, pourrait être une opportunité...

Le frère et la sœur, s'entretiennent des intrigues galantes du couple San Rufino : Natalia avec le marquis, et Eugène partageant ses flirts entre la marquesa... et la jeune Missy, fille de la Marchesa Lastacori,

La vie sociale de l'hôtel offre multiples occasions de se voir, de se rencontrer de se jauger... Chaque nuance dans le comportement de chacun a une signification, de sorte que le choix d'un siège peut constituer une victoire ou un revers, et quelques mots, peuvent changer la tonalité de la journée....

Eugène s'amuse beaucoup..  Il savoure le luxe, et imagine la manière de manœuvrer pour vivre ensuite à Rome, aux crochets du couple San Rufino...

 

La nuit Eugène entretient longuement sa sœur, dans sa chambre, et y fait des plans sur l'avenir de l'un et l'autre; leur futur à présent semble lier... Elle écoute beaucoup, intervient peu...

Ils forment un beau couple, une paire éblouissante ; on les nomme ''les Gémeaux '', du fait de leur allure commune, de leur beauté...

 

Un incident éclate entre Kovanski, et le marquis San Rufino... Puis, c'est Eugène qui s'affronte au comte; qui disparaît...

On apprend aussi que Missy est au courant de la tentative de meurtre du beau-père par le frère... !

Les sentiments des uns et des autres s'échauffent, et les plans d'Eugène se délitent.... A voir « l'accord » entre Natalia et San Rufino, Eugène se demande s'il n'y a pas entre eux plus qu'il ne le supposait... La mère de Missy reproche à sa fille d'accepter les attentions du frère ; d'autant que lui-même adresse ses hommages à une autre... Puis, Eugène craint que Missy ne colporte des rumeurs sur son compte ...etc

L'innocent de Luchino Visconti (1976)

La dernière scène de cette seconde partie, se passe la nuit dans la chambre de Natalia... Le frère et la sœur envisagent de quitter Cadenabbia... C'est une longue nuit, Eugène quitte la chambre et revient … Longs échanges, et brusquement, Kovanski surgit de la fenêtre, saute à l'intérieur de la pièce... Il s'imaginait trouver Natalia couchée avec un homme ; mais, il ne pensait pas trouver Eugène... Devant la colère du frère, Kovanski reconnaît avoir agi par jalousie...

Les deux hommes vont quitter la chambre de Madame Solario... « Au bout de quelques minutes, il revenait. Il ferma la porte et la verrouilla. Et telle était en lui la violence du désir que pour traverser la pièce il avançait en trébuchant.

« Comme votre papa est bon pour vous ! » dit-il haletant. » Page 348, fin de la partie II.

 

Le lecteur sait que cette dernière phrase fait réponse à la relation perverse entre Natalia et son beau-père... Ces mots était ceux utilisés par une gouvernante française, qui, voyant de Florez penché vers le cahier de Natalia, et ignorante du fait qu'elle avait en fait surpris son employeur en train de séduire sa jeune belle-fille, et non pas de l'aider dans ses devoirs, avait naïvement commenté ainsi l'attachement de l'homme pour la jeune fille. Eugène, donc, connaît les détails de cette scène qui a marqué le début de la relation de Natalia avec son beau-père...

Tout pourrait donc suggérer, que va commencer là une relation incestueuse... qui n'a jamais été évoqué précédemment...

 

A suivre...

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Madame Solario - 1-

Publié le par Perceval

J'avais lu une première fois ce roman, alors qu'il était considéré d'un auteur anonyme ( collection 10/18) , avec de fortes présomptions que ce soit Winston Churchill...

Je viens de le relire, sachant que l'auteure en est Gladys Huntington, née Parrish, américaine née en 1887 et décédée en 1959.

Ce livre fut publié, anonymement, en 1956. Gladys Huntington se suicide trois ans plus tard. Sur la stèle posée sur sa pierre tombale est inscrite la mention : « Epouse de Constant Huntington et fille d’Alfred Parrish ».

Gladys Parrish Huntington

Je vais tenter de raconter le sujet de ce livre qui m'a impressionné... A noter, tout de suite, que j'ai aimé ce livre pour ce qu'il se retient de dire, plutôt que par son intrigue qui pourrait se résumer, ou se décrire à la manière du film de René Féret (2012) , que je ne recommande précisément pas, du fait de l'absence du mystère qui irradie le livre ( ajouté au fait, sans-doute, de l'anonymat de l'auteur …).

Ce livre, va bien au-delà d'une réflexion sur les structures sociales et familiales : conditionnement social, inceste ..etc..). Le film est trop conventionnel, pas assez mystérieux... ; et trop loin des images que mentalement le lecteur se construit en tournant les pages … Marie Féret ( Natalia Solario) est trop jeune pour le rôle... Restent, l'esthétique des décors et des costumes, la beauté du lac de Côme...

Ce livre de 500 pages, est organisé en trois parties et trente chapitres.

L'héroïne de ce roman est Nelly-Natalia-Ellen Solario, et l'histoire est située en 1906, dans un palace de Cadenabbia, l’Hôtel Bellevue ( qui existe toujours), au bord du lac de Côme, en Italie. Lieu de villégiature, nous sommes au coeur d'une société mondaine cosmopolite (avec des américains, italiens, français, russes et anglais). Le décor, et le mystère qui entoure l'héroïne pourraient nous renvoyer à quelques écrits de Henry James...

Silvana Mangano

Madame Solario distille quelques renseignements sur ses origines : anglaise, américaine et plus encore avec son nom ''exotique''… La réticence de Natalia à donner des informations sur elle-même ne fait qu'ajouter à son énorme charme, ce qui fascine – avec sa beauté - en particulier les hommes.. Citoyenne du monde, déracinée et familiarisée avec la haute société, elle incarne une question que chacun tente de résoudre...

 

Gladys Huntington, nous décrit un tableau, où s'offrent particulièrement à nos yeux les toilettes féminines :

« En l'année 1906, les femmes portaient de longues jupes qui leur moulaient les hanches et rasaient le sol ; les tailles fines étaient serrées dans d'étroites ceintures, les bustes pleins et les corsages très ornementés. La mode d'été exigeait aussi le port de volumineux voiles de mousseline jetés sur les chapeaux à larges bords et flottant de là sur les épaules jusqu'à la taille ou même au-dessous.

Une telle profusion de parures faisait de chaque femme une sorte de divinité, et une divinité suppose toujours un culte. L'atmosphère sociale de cette époque était particulièrement imprégnée de féminité»

La première partie est racontées du point de vue de Bernard Middelton, jeune Anglais qui vient de finir ses études et qui bénéficie de quelques vacances avant de rentrer en Grande-Bretagne prendre un poste dans la banque familiale. Il est ici, seul, de façon inattendue, du fait de la maladie de son compagnon de voyage... Il semble naïf, mais observateur, et rapide à tirer des conclusions...

'Middleton '- comme les jeunes filles l'appellent - est dès son arrivée, rapidement entraînée dans un tourbillon d'excursions en bateau et de bals. Il se sent attiré vers une jeune fille aristocrate hongroise, Ilona Zapponyi ; il remarque sa pâleur et son air malheureux. Mais la jeune fille, n'a d’yeux que pour le comte Kovanski.... Bernard « sut tout de suite qu'il n'aimait ni l'homme ni le regard»; en effet, ce personnage apparaît bien antipathique, hautain...

film de René Féret

Nous aurions pu imaginer une intrigue d'amour entre Middleton, et Llona...

« Sa position à l'égard d'Ilona changea. Il se sentait toujours attiré vers elle, mais leurs routes étaient parallèles, elles ne se rencontraient pas comme il l'avait cru pendant la demi-heure qui venait de s'écouler. »

 

A l’hôtel Bellevue, les jours coulent doucement entre excursions sur le lac, balades, pique-niques, bals et potins en tout genre. Quand le bateau à vapeur du soir arrive, tout le monde observe les éventuels nouveaux arrivants... C'est l'un des événements de la journée, un événement social...

« Le vapeur du soir accostait au même moment et tout le monde était sur la terrasse pour assister à l'arrivée éventuelle de nouveaux pensionnaires. C'était l'un des événements de la journée, et même un événement mondain, une « réunion ». C'est par ce même vapeur que Bernard était arrivé lui aussi et il se rappelait l'impression à la fois chatoyante et mystérieuse que lui avaient faite de prime abord ces gens alors totalement inconnus. Maintenant il les connaissait, tout au moins de vue et de nom, et il était là, parmi eux, regardant un paysage tout différent de celui qui s'offrait aux yeux des arrivants. La roue à aubes de l’archaïque petit vapeur blanc brassait l'eau à grand bruit. On lança des cordages, les noeuds coulants s'accrochèrent aux poteaux du débarcadère et les passagers descendirent la minuscule passerelle. Du rivage, quelqu'un aperçut une figure de connaissance et l'on échangea des paroles d'accueil. Chacun semblait parler et sourire, il régnait une gaieté générale, on aurait presque dit une scène d'opérette. »

L'hôtel devient une scène où vont se fréquenter et s'observer une foule de personnages, qui dans le cadre d''un confortable désœuvrement vont graviter de plus ou moins prêt, autour d'une belle femme mystérieuse puis du couple qu'elle forme avec son frère qui la rejoint... Certains vont être entraînés dans les ''combines'' conçues par le frère et soeur.... En particulier le couple du marquis et de la marquise Lastacori, avec leur fille Missy : « cheveux noirs, et un teint naturellement coloré, des hanches étroites, une poitrine pleine, et ses mouvements nerveux faisaient tinter ses bracelets ». cette jeune fille exubérante, capricieuse va tomber amoureuse du frère de Madame Solario...

 

Alors que Bernard a l'espoir de retrouver Ilona, il entend une conversation entre sa mère et le colonel: « Madame Solario revient demain ». «Ah, vraiment?» répondit la comtesse Zapponyi un peu sèchement. Il est clair que le colonel et la comtesse connaissent Madame Solario, mais le nom entendu derrière une colonne, pour le moment, ne signifie rien pour Bernard.

Puis, il constate le départ de Llona...

(1895)

 

Ensuite, Bernard va être sous le charme de madame Solario, de près de dix ans son aînée, et devient secrètement amoureux d'elle.

Madame Solario apparaît, puis passe comme une enchanteresse qui capte l'attention des hommes; elle pourrait, alors, être comparée à une «Belle dame sans merci», à la fois vulnérable et inatteignable. Nous n'apprenons que fort peu de choses d'elle, celles que peut glaner le jeune Bernard Middelton : n'aurait-elle pas un accent français, d'où vient-elle, n'est-elle pas américaine, pourquoi est-elle ainsi seule... ? Peut-être peut-on capter une certaine froideur, du fait de la distance que met l'énigmatique Me Solario avec les autres résidents ; alors que le jeune anglais, lui, nous devient plus familier …

Il semble que Me Solario apprécie la présence du jeune homme; ils sont de connivence ; elle insiste pour qu'il l'accompagne dans une promenade en barque sur le lac.. Et tout cela semble t-il, sous le regard dissimulé du comte Kovanski...

Ils marchent le long des sentiers sinueux qui longent le lac, Bernard devient un compagnon fréquent, et impressionné par cette beauté insaisissable.

Ils deviennent assez proche, au point qu'elle demande à Middleton de ne rien lui cacher et de la prévenir s'il se passait quelque chose de désagréable … A son tour, il lui demande de ne pas partir sans lui avoir fait savoir.... Elle lui promet.

Mata-Hari

 

Par son charme sa réserve, sa beauté, Natalia Solario, devient le centre d'intérêt de tous ; et en particulier de quelques hommes, comme le comte russe Kovanski, rarement visible... Bernard constate - pendant les repas - que Kovanski couve d'un regard amoureux Me Solario ; et que Ilona, ​​avec qui Bernard a sympathisé, n'a aucune chance de gagner l'intérêt de Kovanski...

Le bal est l'occasion de montrer la grâce naturelle de madame Solario, elle danse de façon exquise ; elle est très demandée, et les hommes se font concurrence et attendent pour danser avec elle …

 

Une certitude est la beauté de Madame Solario : blonde, grande... Elle agit en douceur, mange avec grâce... Et personne n'a idée de ce qu'elle pense...

Elle possède un chapeau pour chaque occasion, mauve, ou blanc ; un chapeau de paille naturelle pour faire du bateau... Il existe même un ''chapeau de restaurant'' avec le bord transparent et une énorme rose rose devant, et le même genre de rose est attaché à la ceinture de sa robe en dentelle blanche.

Enfin, c'est l'arrivée surprise à l'hôtel, d’Eugène Harden, le frère de Madame Solario, qu'elle n'a pas vu depuis douze ans, et qui l'appelle Nelly.

A suivre...

Auparavant... Incursion dans la Légende arthurienne avec la '' Dame sans Merci ''

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