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Simone Weil, sur le Parvis... -2- Le dogme

Publié le par Perceval

Le dogme est aussi l'une des composantes de ce « nous » de l'Eglise … qui se conserve en définissant un dehors, une zone d’exclusion, qui prend des noms - païens, infidèles, hérétiques, etc. - et des justifications multiples. Plus précisément, le pouvoir de juridiction de l’Église, qui est aussi un pouvoir de délimitation serré entre un dedans et un dehors, repose sur cette petite formule plutôt troublante que souligne Simone Weil :anathema sit. Cette formule qui départage le dedans du dehors en excluant ce qui ne se conforme pas au dogme prescrit... En plus d’être un mécanisme d’exclusion, la formule « anathema sit » se propage ailleurs dans l’histoire et devient le paradigme politique du totalitarisme. ( n'oublions pas les totalitarismes de cette époque …!)

 Gerrit-van-Honthorst---De-Verloochening-van-Sint-Petrus.jpg

Le Petit Robert dit du dogme : « Point de doctrine établi ou regardé comme une vérité fondamentale, incontestable (dans une religion, une école philosophique ». C'est un peu « léger », comme définition, en tout cas, trop peu « spirituelle » … ! Car enfin, pour être incontestable, il faudrait au dogme de transcender le « mystère » qui l'a fait naître... et c'est précisément dans ce « mystère » que vient s'enraciner la Foi …

« La foi et la raison sont comme deux ailes qui permettent à l'esprit humain de s'élever vers la contemplation de la vérité.» J.P.II ( Fides et Ratio)... ( « La marque de la raison : c'est le doute » Alain, cité par S.W. ) Aussi, n'est-il par irraisonnable de penser que l'humain ne puisse se voir imposer une « vérité fondamentale » à laquelle sa raison n'adhère pas …

Le-Christ-devant-Caiphe--Gerrit-van-Honthorst--vers-1617.jpg

Avec Simone Weil, la femme ou l'homme d'aujourd'hui, interroge l'Eglise sur sa manière de concevoir les dogmes.

André Naud témoigne ainsi: « J’ai enfin compris, grâce à Simone Weil, que les dogmes ne sont pas faits pour qu’on se voie obligé d’y adhérer, que la liberté de l’intelligence doit être totale et doit pouvoir s’exercer non seulement sur l’ensemble des dogmes mais sur chacun d’entre eux. J’ai appris à savourer tout ce qu’implique le fait que l’intelligence puisse être ce qu’elle est, même dans la foi. »

Le message évangélique est clair : C'est la vérité ( Jésus, le Verbe …) qui libère. Et cette vérité est de manière ultime, apportée par l'Esprit, dans le plus intime du cœur de l'humain. Si Jésus ne répond pas spécifiquement à touts les questions, l'Eglise, elle, ne peut affirmer donner toutes les réponses. L'Eglise nous propose un chemin d'initiation au « mystère » divin, et non pas une explication du « mystère » …

Aujourd'hui, je serais tenter de répondre à Simone Weil, ... qu'il ne s'agit plus de savoir s'il est possible de croire le Credo.... aujourd'hui, face à de nouvelles questions que se posent l'humanité ; nous ne pouvons plus répondre par de vieilles réponses, et même par le détour des vielles questions... par exemple, aujourd'hui, nous cherchons dans un contexte de pluralisme, et nous ne pouvons pas « croire » être les seuls à détenir la Vérité …

 La-Derision-du-Christ--Gerrit-van-Honthorst--vers-1617.jpg

Simone Weil serait rassuré de lire Drewermann ( Dieu en toute liberté ) : « « Etre chrétien, c’est exister et non pas enseigner ex cathedra, être présent à l’instant et non pas s’évader dans un passé dont l’exploration n’a pas de fin; être saisi dans sa subjectivité par le sentiment de la déréliction de l’individu, et non chercher l’apaisement collectif dans une communauté où des vérités estampillées et des signes du salut sont fournis...." clés en main ...! 

Illustrations: tableaux de Gerrit van Honthorst, vers 1617

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oriongps 11/11/2012 12:57

Simone Weil a eu à un moment donnée un rapprochement au catharisme. C'était sa façon d'admirer ce qui ont resister jusqu'à la mort l'interpretation institutionalisée sur le "royaume des cieux qui
est descendu à nous". Impossible de voir chez le successeur de pierre à un saint car trôp mêmé à la politique de ce monde.


Mais ce sont ses actes qui me touchent de plus car elle est allé jusqu'a aller renoncer à sa vie de professeur avec salaire et retraite assurée pourvue qu'elle puissait partager la vie avec les
"ouvriers-esclaves".
C'est une sorte, bien en avance, de ce qu'on appelle aujourd'hui le movement néo-monastique.

Perceval 11/11/2012 17:58



N'y avait-il pas aussi de son côté, une recherche d'un absolu "parfait"... quelque chose d'assez intransigeant... Son rapport avec le corps, également; et surement son opposition à la Rome
dogmatique...?


Oui, elle a partagé son salaire, dormi sur le sol, limité sa nourriture ...etc !



Gilbert 08/11/2012 07:06

Cet article me fait penser à une image, celle d’une chape de béton qui se fissure, et où l’on voit déjà apparaître mousses et autres brindilles. Lorsque la puissance de Dieu reprend ses droits,
rien ne résiste à sa vigueur. La foi que propose l’église a longtemps bridée la raison, mais la puissance de l’homme n’est que temporelle par rapport à celle de Dieu qui elle, est éternelle.

Perceval 08/11/2012 10:05



Simone Weil est restée sur les parvis ... mais pour qu'il existe des parvis, il faut une église, des batiments... Ce qui nous apparait noir et blanc ne pourrait être qu'un effet d'optique ...!
Soyons prudents...