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La place de la spiritualité: Bouddhisme et christianisme

Publié le par Perceval

Je viens d’entendre, grâce à l’émission « Sagesses Bouddhistes », le docteur Daniel Chevassut. chevassutIl  est médecin à l'hôpital Nord de Marseille où il a ouvert  une consultation de la Souffrance. Il est aussi le représentant de la Tradition bouddhiste au niveau des hôpitaux de l’Assistance Publique de Marseille.

J’ai envie de m’interroger à propos de 2 points :

  • - le langage utilisé par ce médecin bouddhiste sans être laïque, se situe à un niveau que peut entendre toute personne capable d’échanger sur la ‘ spiritualité ‘ ; au point qu’une patiente musulmane, le remercie de l’avoir réconciliée avec sa propre spiritualité. Cela questionne, le catholique que je suis, qui avance souvent précédé de son crédo : ‘ Jésus ‘, seul et unique médiateur …etc. J’ai même rencontré des prêtres qui ont des difficultés de parler de ‘spiritualité’, autrement qu’en évoquant l’Esprit Saint…
  • Pourtant, « La voie spirituelle que l’on suit a son importance, mais plus que la voie elle-même, c’est le résultat qui découle de la pratique spirituelle. Suis-je plus serein, plus heureux, plus humble, plus aimant et compatissant ? » ( D. Chevassus ).
  • De même, je dois pouvoir parler « d’un éveil à une Réalité plus profonde. », pour être entendu de quelqu’un ( que je comprends bien ) qui est gêné par les mots ‘ rencontrer Dieu ‘.

 

  • - la laïcité, à laquelle je suis attaché, impliquerait de bien séparer ‘ l’espace privé ‘, de ‘l’espace collectif ’. A ce propos, admettons d’abord que la ‘laïcité’ n’est pas une option spirituelle parmi d’autres. C’est un principe fondateur du projet républicain, permettant à tous les citoyens de vivre pacifiquement leurs différences. Et bien évidemment, il faut veiller sans cesse à ce qu’il n’y ait pas une influence des normes religieuses sur les lois civiles. Et si on constate, c’est vrai, que des croyances religieuses se muent en identités, et peuvent s’affronter, fortes de leur emprise sociale ; il faut le regretter et il est légitime, que nous en appelions alors à l’état, pour faire respecter la laïcité..
  • Cependant, La laïcité ne saurait réduire la ‘spiritualité’ à une « offre privée » , - d’abord parce que : « On ne peut, au nom de la laïcité, accuser d'intolérance toute expression d'une conviction. Au contraire, l'expression publique des convictions, y compris éthiques et spirituelles, constitue un élément vital du débat démocratique pour une société en quête de sens. La laïcité ne saurait donc mettre les croyants en congé de l'histoire ». (Michel Bertrand)  - Ensuite, parce que la spiritualité a une dimension collective, qui la met au cœur de nos relations, privées bien sûr, mais aussi professionnelles, et sociales : il en est ainsi à l’école lors de l’échange éducatif, mais aussi à l’hôpital, lors de notre confrontation à la ‘ souffrance ‘…

Je reprends ainsi quelques propos de D. Chevassus : « la pratique de la méditation aide à mieux percevoir la priorité des besoins chez le patient. »

« la dimension spirituelle peut venir renforcer la qualité du soin. », « elle fait partie intégrante de l'être humain »

« Lorsque la  dimension spirituelle d'un être humain se développe, les qualités, telles que l'amour, la compassion, la tolérance, le respect, la patience, etc... ont tendance à s'exprimer spontanément. »

« Enfin, l'éveil de la conscience a des répercussions sur le plan physique, physiologique, biologique et psychologique. »

 

Je cite encore Daniel Chevassus :

« Ces trois domaines, le corps (soma - corpus), la psyché (psukhê - anima) et la conscience (pneuma -spiritus), correspondent non seulement à une réalité objective, mais ils sont aussi interdépendants et interactifs. Fréquemment, me semble-t-il, cette dimension est assimilée au psychisme, ce qui pose un véritable problème : d'une part, si on nie cette dimension spirituelle, on ne peut pas en prendre soin, comme on le ferait normalement pour son corps, son intellect, son affect, etc. Les nourritures du corps, du mental et de la conscience ne sont, en effet, pas les mêmes, ceci n'étant pas sans conséquences sur l'équilibre psychologique et physique de la personne, à plus où moins long terme. Des émotions telles que la colère, l'orgueil ou la jalousie ont ainsi, dans leur genèse, une part non négligeable de souffrance spirituelle. En outre, dans l'optique d'une prise en charge sensée de la douleur, un même message douloureux sera interprété différemment en fonction de l'intégration de la douleur, propre à chaque patient. Or, ce processus d'intégration dépend non seulement de la dimension mentale, mais aussi du niveau de conscience et de perception de la personne. Ce dernier point est souvent occulté.

 

 

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Michel THYS 26/07/2014 14:47

Bonjour Docteur CHEVASSUT,
Mon point de vue diffère du vôtre parce que je tiens compte des observations de psychologues (notamment feu le chanoine Antoine VERGOTE, professeur émérite à l'Université catholique de Louvain, et son successeur le professeur Vassilis SAROGLOU : cf le lien in fine), qui ont constaté l'origine psychologique, éducative et culturelle de la foi. Je me réfère aussi aux observations de neurophysiologistes croyants, par exemple Mario BEAUREGARD et V.S. RAMACHANDRAN, qui tendent à expliquer sa fréquente persistance neuronale, notamment par IRM fonctionnelle. Leurs travaux, sans doute à leur grand dam et bien involontairement, plaident - a contrario - en faveur de l'athéisme et de l'existence seulement subjective, imaginaire et donc illusoire de « Dieu ».

Pour l'ancien croyant que je suis (protestant « libéral » jusqu'à 21 ans), devenu athée puis franc-maçon adogmatique (mais je m'exprime évidemment à titre personnel), il y a deux spiritualités très différentes, aussi respectables l'une que l'autre, selon le passé éducatif et culturel, généralement unilatéral, de chacun : celle qui est laïque me semble plus rationnelle qu'émotionnelle (mais elle est hélas ignorée des croyants parce qu'occultée par toutes les religions), tandis que celle qui est religieuse me paraît plus émotionnelle que rationnelle (car la foi est le plus souvent imposée précocement et affectivement au cerveau émotionnel, en l'absence d'esprit critique, ce qui laisse des traces souvent indélébiles, y compris dans le cerveau rationnel ultérieur). Ce résumé paraîtra certainement réducteur et simpliste au croyant que vous êtes, mais j'estime que le principe du « rasoir d'Occam » est applicable en la matière, malgré l'infinie complexité du psychisme humain.

J'observe depuis plus de cinquante ans, qu'avec ou sans connotation religieuse, dès que nous sommes en présence d’une circonstance qui nous dépasse ou dans un épisode heureux ou douloureux de l’existence, nous devenons sensibles à une forme ou l’autre de spiritualité.
Ainsi, le romancier Eric-Emmanuel SCHMITT, en état de faiblesse, car perdu sous la voûte étoilée et glaciale du Sahara, a ressenti un bouleversement affectif et a retrouvé la foi. Même lorsqu'on est issu comme lui d'un milieu non croyant, la composante irrationnelle et atavique de tout être humain et l'héritage culturel judéo-chrétien inconsciemment subis resurgissent en cas de danger de mort.

En revanche, sans redevenir croyant pour autant, André COMTE-SPONVILLE, qui se dit « athée fidèle » au souvenir de sa foi chrétienne enfantine, écrit qu'alors qu'il marchait la nuit en silence dans la forêt, il a ressenti « une grande paix, la suspension ou l’abolition du temps et du discours, une simplicité merveilleuse et pleine, comme si tout l’univers était là, présent, sans mystère ni question, (..), une béatitude, un premier instant de plénitude, … ». Cet éminent philosophe me semble hélas ne pas vouloir tenir compte des acquis, fussent-ils partiels, réfutables et donc provisoires, de la psychologie et des neurosciences dans la compréhension du phénomène religieux ...

Je constate d'ailleurs que la dimension spirituelle se découvre aussi bien par une odeur d’encens, par les comportements religieux des parents (sans doute reproduits par les neurones-miroir), par les grandes orgues, par le décorum et l'atmosphère « envoûtante » d'une cathédrale, par la méditation zen, par le bouddhisme, par la musique de Mozart, voire lors un orgasme simultané ... !

Lors du basculement de l’incroyance vers la croyance, il se produit toujours un bouleversement de neurotransmetteurs et d’hormones, un peu comme, mutatis mutandis, lors d’un coup de foudre amoureux. La conversion de Paul CLAUDEL, par exemple, qui avait perdu la foi à 14 ans et qui l’a retrouvée à 18, est survenue en entendant le Magnificat de BACH à N-D de Paris le 25 décembre 1886, dont l'environnement sensoriel a dû provoquer chez lui un bouleversement, au niveau de la sérotonine et de la dopamine notamment, au point de faire disjoncter son cerveau rationnel au profit de son cerveau émotionnel, malgré sa brillante intelligence.
Les exemples abondent : notamment le très catholique et eugéniste (en 1933 !) docteur Alexis CARREL, prix Nobel en 1912, qui avait perdu la foi pendant ses études et qui l'a retrouvée lors d'un voyage à Lourdes.
Tous ignoraient forcément (ou ignorent s'ils sont encore vivants) que si les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures à l’âge de 2 ou 3 ans, les amygdales (du cerveau émotionnel), elles, sont déjà capables de stocker inconsciemment le souvenir d'événements à forte charge affective. Ces « traces » neuronales, appelées « engrammes », sont indélébiles, et se renforcent par plasticité neuronale, au fur et à mesure des expériences religieuses. Toutes les religions l'ont compris depuis toujours !

Les observations par IRM fonctionnelle et par tomographie à émission de positons suggèrent que le cerveau rationnel, le cortex préfrontal notamment, et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent inconsciemment « éteints », et donc « anesthésiés », à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins en matière de foi. Cela expliquerait l'incapacité fréquente des croyants, même scientifiques, à abandonner leur foi, puisqu'elle est source d'espérance, de convivialité et qu'elle leur fait du bien ...

La spiritualité laïque, à mes yeux, loin d'être «superficielle et égocentrée », c'est celle de ceux qui se passent de toute transcendance, sans être pour autant antireligieux. Le sacré, loin d'être l'apanage des religions, est évidemment aussi laïque, sans être pour autant athée. Ce qui, pour un laïque, est « sacré », dans le sens d’inviolable, d'intangible, de non négociable, car fondé sur des valeurs humanistes universelles, c’est notamment le respect de la dignité de l’homme, de la femme et de l’enfant, le respect de leurs droits et de leur liberté (effective et pas seulement constitutionnelle et symbolique !) de conscience, pensée et de religion. Toute liberté n'a de sens que si un choix est possible entre des alternatives.

De même que la spiritualité religieuse rapproche les croyants en quête d'espérance et de convivialité, la spiritualité laïque permet, mutatis mutandis, aux incroyants de se sentir sur la longueur d’onde commune des hommes et des femmes qui sont animés par un idéal commun d'émancipation du plus grand nombre et de perfectionnement individuel, ainsi que par le respect et la défense des valeurs humanistes.

Il m'arrive d'intervenir sur des blogs de croyants qui critiquent sans les connaître la laïcité ou la franc-maçonnerie, à titre évidemment personnel et sans chercher à convaincre (c'est d'ailleurs inutile tant leurs certitudes sont imperméables aux arguments rationnels et scientifiques), pour leur faire découvrir qu'outre la spiritualité religieuse, il existe une spiritualité laïque et aussi maçonnique. Elle n’est pas verticale mais horizontale, elle s’inspire de la maïeutique et procède d’une quête de sens de soi-même, au contact des autres. Elle est évidemment multiforme, puisqu'elle concerne aussi bien les francs-maçons théistes et déistes, surtout anglo-saxons, que ceux qui sont agnostiques et athées adogmatiques, surtout français et belges. Elle est vécue différemment, chaque franc-maçon ayant sa propre perception du phénomène religieux (et sectaire).

Mais leur idéal commun de progrès humain, individuel et collectif, en apparence utopique sauf à l'échelle des générations et des siècles, ainsi que la voie initiatique qu'ils suivent, leur méthode de travail symbolique et leurs rituels (volontaires, motivés et non subis), de même que les symboles maçonniques, librement interprétables par chacun, n'ont de sens que s’ils sont vécus, et ne sont communicables que par l’ « Initiation ». La spiritualité maçonnique, c'est finalement, du moins à mes yeux, l’harmonisation de l’individu par lui-même, le cheminement qui consiste à construire à la fois, par le dialogue, la tolérance et le respect mutuels, son « Temple intérieur et son Temple extérieur ».
Il en résulte le sentiment exaltant de partager un égrégore, de faire partie d’une chaîne d’union fraternelle qui relie tous les Maçons de l’univers, ce qui induit une confiance réciproque a priori qui n'existe nulle part ailleurs. Mais ce n'est là que ma modeste perception.
Votre commentaire m'intéresserait vivement. Je vous en remercie déjà.
Bien à vous,

Michel THYS,
à Ittre, en Belgique.
http://michel.thys.over-blog.org/article-une-approche-inhabituelle-neuroscientifique-du-phenomene-religieux-62040993.html

Bruno (Puy de Dôme) 08/02/2010 13:36


Bonjour

Merci pour cette réflexion à propos de la place du spirituel dans toutes les dimmensions de la vie. Je suis très interessé par les réflexions de ce médecin. Je suis de plus en plus convaincu que le
spirituel se place dans ma vie, dans un premier lieu du côté des besoins, avant de se placer du côté du désir. J'ai besoin de soigner ma vie spirituelle au même titre que j'ai besoin de me soigner.
Oui, ma vie chrétienne m'amène sur le terrain du désir : je désire (sans besoin, librement) suivre le Christ. Ma vie spirituelle a donc deux dimmensions que je ne peux négliger. C'est le respect de
ces deux axes qui me place dans un véritabl perspective chrétienne.

Bruno


Perceval 08/02/2010 14:04


Bonjour Bruno: C'est vrai, la vie spirituelle repose sans doute autant - sur mes besoins de vivre heureux maintenant, que - sur le désir de plus Etre... La santé a prise sur le présent, et sur
toute ma personne. Merci à vous.