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Joseph Campbell: le mythe, le héros , et moi ...

Publié le par Perceval

Les textes ci-dessous sont des extraits d’un mémoire ( Univ. De Montréal ) de « Sciences des religions » de Claude Harvey., et d'un article de Anne-Marie Bilodeau.

 

Né le 26 mars 1904 à New York, Joseph Campbell joseph campbell 1904-1987étudie d’abord la biologie et les mathématiques au College Dartmouth en 1921. Ensuite, à Columbia, il complète une thèse dans le domaine des légendes arthuriennes. Il part pour l’Europe en 1926-7. Il y étudie la littérature, le vieux français à la Sorbonne et fait la connaissance de Joyce. L’année suivante, il part pour l’Université de Munich où il étudie le sanskrit et la philologie indo-européenne. Cela lui donne l’occasion de découvrir les penseurs allemands tels: Jung, Freud, Goethe, Thomas Mann.

Son séjour en Europe et la rencontre qu’il fait avec les traditions françaises et allemandes lui ouvrent tellement l’esprit, que, lorsqu’il revient à l’Université Columbia, deux semaines avant le crash boursier de 1929, il déclare à ses professeurs à propos de sa thèse doctorale en cours sur les légendes arthuriennes: «this whole thing has opened out.». Mais ses professeurs ne partagent pas cet enthousiasme à voir son esprit s’élargir et avec lui le rayon de l’interrogation du jeune chercheur. Ils refusent catégoriquement que celui-ci change de direction dans son analyse, et c’est ainsi qu’il décide de quitter Columbia… ( …)

 

Campbell étudie les mythes aussi bien en général qu’à des niveaux plus particuliers. Comme nous l’avons souligné précédemment, il s’intéresse plus spécifiquement au personnage du héros mythique dans son livre intitulé The Hero with a Thousand Faces. Georges dragonC’est à partir de cet ouvrage qu’il établit principalement sa crédibilité et sa notoriété. Soulignons ici que l’intérêt manifesté par Campbell pour les récits d’Arthur, des Chevaliers de la Table ronde et du Graal est vraisemblablement une des origines de sa propension à l’aventure du héros ou, du moins, ce qui contribue entre autres choses à lui donner la forme que nous connaissons aujourd’hui dans ses travaux. À cet effet, voyons comment Campbell peut faire cette association entre la mythologie arthurienne et l’aventure du héros.

Selon Campbell, «avant l’introduction du christianisme en Europe», il y a quatre grandes traditions mythologiques: la grecque classique, la romaine, la celtique et la germanique. Ces traditions reconnaissent à la personne le statut d’«individu» et non pas seulement celui de membre de la société, contrairement à celles de l’Orient: le cheminement de chacun y est très valorisé.

Pour Campbell, à l’intérieur de ces quatres traditions, les légendes du Graal expriment exactement ce qu’est, dans son esprit, la spécificité de la spiritualité occidentale par rapport à la spiritualité orientale, i.e. le caractère individuel de la démarche:

Sir GalahadChaque chevalier pénétra donc dans la forêt à l’endroit qu’il avait lui-même choisi, et où ne s’ouvrait aucun chemin. S’il apercevait un chemin, c’était forcément celui de quelqu’un d’autre. Le suivre aurait signifié ne pas s’aventurer dans la quête. Sachant cela, qu’en est-il de l’instruction que vous devez recevoir? Si ceux qui ont suivi un chemin avant vous vous transmettent des indices, vous devez passer outre, adapter cette information à vos choix. Il n’y a pas de mode d’emploi. Cette magnifique légende des chevaliers qui vont chacun leur chemin relate une quête merveilleuse, car si quelqu’un découvre le chemin de quelqu’un d’autre et, songeant qu’il mène au but, choisit de l’emprunter, il s’égare totalement, même si l’autre réussit. Quelle belle histoire, n’est-ce pas? Ce que nous cherchons, notre cheminement, notre but, tout cela est une réalisation qui n’a encore jamais eu lieu sur terre, c’est l’épanouissement de notre potentiel personnel. (...) Chacun doit résoudre sa propre énigme et glaner çà et là ses propres indices. 

La démarche occidentale, pour Campbell, est donc simple: il s’agit, en quelque sorte, de réfuter les valeurs de la «religion», du «système», i.e. de l’idéologie dominante au nom de laquelle, et pour sa survivance, on sacrifie les individus. Cette démarche nous invite plutôt à résister à l’appel uniformisateur de l’idéologie, afin de trouver et d’accomplir sa propre voie. Nous ne pouvons que remarquer la similitude entre la démarche occidentale, dont la quête du Graal illustre très bien la nature, et l’aventure du héros, que Campbell forge par la suite. Cependant, d’autres outils importants l’aidèrent à forger sa grille de lecture des mythes, qu’il nous importe ici de souligner.

 

- Premièrement, selon Campbell, la psychanalyse est l’outil qui nous permet de lire la grammaire des symboles mythiques… (…)

- En second lieu, l’homme n’est pas maître des symboles, selon le professeur du College Sarah Lawrence. Graal apparitionSi Campbell postule l’existence des archétypes, il n’endosse pas exactement la définition que Jung donne de ceux-ci. En effet, ce dernier voit dans le contenu des archétypes le produit de l’hérédité, tandis que Campbell y ajoute les «expériences “significatives”» des êtres humains. Par ailleurs, Campbell ne généralise pas la théorie du développement parallèle pour fonder son postulat des archétypes. Pour lui, une bonne partie des similitudes entre les mythes et les symboles religieux sont imputables au phénomène de la diffusion. Mais par-dessus tout, ce qui différencie Jung et Campbell est la fonction que l’un et l’autre donnent respectivement à la mythologie Campbell ne limite pas la fonction de la mythologie à celle d’une rééquilibration intérieure de l’individu; il lui donne aussi la tâche d’ouvrir ce dernier sur la dimension spirituelle. C’est pourquoi Campbell dépeignit les deux perspectives dans son ouvrage sur les héros. Mais avant de regarder ces deux composantes de la mythologie, regardons maintenant la structure que Campbell identifia à travers l’ensemble des mythes qu’il étudia: le monomythe.

 

- Campbell, à travers l’ensemble des mythes de l’humanité, dégage un cheminement-type, un structure initiatique récurrente qu’il nomme «monomythe» : ( … ) En résumé donc, le monomythe se présente comme suit: Un héros s’aventure hors du monde de la vie habituelle et pénètre dans un lieu de merveilles surnaturelles; il y affronte des forces fabuleuses et remporte une victoire décisive; le héros revient de cette aventure mystérieuse doté du pouvoir de dispenser des bienfaits à l’homme, son prochain.

 

 

De  Anne-Marie Bilodeau: ( ci-dessous )

 

Le héros qui, pour conquérir un royaume ou une princesse, se lance dans une aventure semée d'embûches, est le prototype de toute personne qui, s'éveillant à des valeurs spirituelles jusque-là insoupçonnées, entreprend un voyage intérieur vers ses propres sources, à la recherche de son identité réelle. Ce voyage, qui constitue pour Carl G. Jung le «processus Gauvain vole au secours de la demoiselle à la cei-copie-1d'individuation», une maturation psychologique, acquiert, dans la perspective de Campbell, une valence spirituelle.

 

La fonction principale du mythe — qu'il qualifie de fonction mystique — consiste à nous mettre en relation avec cette énergie, avec le mystère du monde, qui est aussi, ajoute-t-il, le mystère même de notre être.

 

Campbell considère la religion comme une forme évoluée de la mythologie, son prolongement dans l'histoire: elle est simplement, à son avis, l'intégration de la mythologie dans les différentes cultures. Toute religion, possède ses mythes, ses récits sacrés. Les religions dites «primitives» sont fondées sur de tels récits. Quant aux «grandes religions», elles ont aussi leurs récits religieux — leurs mythes — mais se réclament principalement de la parole d'un prophète, d'un visionnaire ou d'un dieu; elles se disent «révélées». Les religions dites «du Livre» s'inscrivent dans l'histoire mais aussi la transcendent car elles revendiquent une création divine, une Révélation et chacune proclame son universalité. S'il ne rejette pas cette dimension, qui à son avis relève de la théologie, Campbell ne l'intègre cependant pas à son discours sur le mythe et la mythologie car son approche se veut scientifique et non théologique.

 

À plusieurs reprises dans ses écrits, Campbell s'élève avec véhémence contre une interprétation trop littérale des mythes et des symboles, en particulier dans la tradition judéo-chrétienne. Une lecture littérale et historique des récits sacrés du christianisme dépouille, à son avis, les mythes de leur vrai sens et de leur dynamisme. Alors qu'ils sont conçus pour évoquer la réalité spirituelle, les symboles bibliques, si on les concrétise, perdent leur référence essentielle et entrent en conflit avec les connaissances scientifiques les plus élémentaires. Un exemple suffira à illustrer ce propos: celui de la notion de virginité mariale. Qui donc peut croire aujourd'hui qu'une vierge puise donner naissance à un enfant ? (À l'époque de sa jeunesse, dans les années 20, dans le milieu catholique irlandais américain dont il est issu, la Bible était souvent interprétée de façon littérale, comme elle l'est encore d'ailleurs dans certains milieux fondamentalistes.)

 

Pour Campbell, les symboles mythologiques ne sont pas inventés mais jaillissent spontanément des profondeurs de la psyché. Inversement, la connaissance des symboles conduit à celle de l'esprit humain, dont ils révèlent des puissances, des potentialités spirituelles ou, pour citer de nouveau Huxley, «des processus à jamais déployés dans le coeur de l'homme». La pensée de Campbell rejoint ici celle de Lévi-Strauss, qui considère que la connaissance des mythes peut donner accès à «des structures fondamentales de l'esprit humain: des processus cognitifs/symboliques sous-jacents à toute la pensée humaine»

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