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1513 : Luther ou Ignace de Loyola ?

Publié le par Perceval

En 1513 ( il y a cinq cents ans ), je ne peux pas être conscient de la déchirure de la chrétienté qui va intervenir...

Autun St Lazare chapiteau 19aEn 1513, je suis conscient que mon Église, n'est pas « à la hauteur » ! Les abus du clergé sont certes disciplinaires, mais aussi pastoraux et doctrinaux. Souvent, les charges ecclésiastiques sont des gratifications, elles se cumulent...
Les clercs, sont peu formés, ils ne satisfont les fidèles que dans le domaine du « faire ». Ils bénissent les rites de passage, célèbrent des messes, encadrent et ratifient une religion flamboyante … mais , ils ne « spiritualisent » pas leurs interventions ( l’Évangile est loin …) et ne savent pas rassurer face aux angoisses eschatologiques ( c'est l'époque …).

Je prends conscience – en même temps - du statut privilégié du clergé, et de ma possibilité d'atteindre la parole de dieu par mes propres moyens ( l'imprimerie, la lecture de «  L'Imitation de Jésus-Christ, ….). Érasme (1469-1536) , m'enseigne que j'ai deux armes pour réussir mon salut : la prière et la Bible...

Cependant, l’Église est vigoureuse, elle a vaincu toutes les hérésies, et personne n'envisage de la quitter. Ni les humanistes, ni Luther qui réclame un débat en son sein, ne tournent le dos à l’Église.

 cranach_gesetz_und_gnade_gotha--1-.jpg

Luther ( 1483-1546) est tenaillé par la question du salut. Il choisit d'entrer chez les ermites de saint-Augustin, dans un couvent réputé pour sa sévérité. Il est prêtre en 1506, puis étudie la théologie ( Wittenberg ) ; il devient docteur, et professeur....martin-luther-moine

En 1515, comme lui, je désespère d'être profondément « ajusté » à Dieu, je ne puis vivre sans chuter dans le péché... ! De plus, je me sens incapable d'accomplir les œuvres nécessaires à mon salut... En lisant et relisant saint-Paul, je prends conscience que je puis être pécheur et juste … Pécheur, parce que la tentation demeure en moi, et juste parce que Dieu m'illumine de la foi, et me fait bénéficier ( même si je n'en suis pas digne ) de sa justice … C'est une illumination ! Les sacrements sont secondaires, et les œuvres ( et d'autant plus les indulgences...) ne sont nullement salvatrices ( en elles-mêmes).

 

Ignace-de-Loyola-8.jpgCe n’est plus vers la Jérusalem rêvée qu’Ignace de Loyola (1491-1556) et ses compagnons se dirigent, mais c’est vers Rome... Le pape a refusé leur départ.. ! Et c’est à Rome qu’Ignace vivra jusqu’à sa mort en 1556.

Avec Ignace de Loyola, je m'interroge sur les orientations que doivent prendre ma vie. Ce n'est parfois, pas ce que prévoyais … Je reçois des « confirmations », je discerne... Comme Luther, comme Ignace, je reviens sur mes questions sur la contrition. Luther lui rejette l'extériorité du sacrement, pour s'en remettre dans une foi confiante dans la Parole... Comme Ignace je découvre à présent le principe de l'intériorité chrétienne... Spi-Ignat.jpgBien sûr, il y a « la Grâce », mais si cette grâce ne se coule pas dans les éléments de la vie humaine, vie spirituelle « encadrée » ( de représentations, d'images, de pensées, de réflexions..) et conduite par la volonté et l'affectivité ( avec méthode...) , alors Elle ne sert à rien ! Cet accompagnement pour que cette Grâce soit humainement traduisible va devenir la méthode jésuite.



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En savoir plus 15/08/2013 16:34

Merci!

nanipeinture 09/01/2013 23:54

Je vous remercie pour tout ce que vous écrivez. Sur tout pour ce que vous dites à la fin. La Foi sans les oeuvres est lettre morte. Je le prends pour moi. Merci ana

Perceval 10/01/2013 10:03



C'est vraiment l'apport essentiel de la méthode ignatienne... Peut-être est-il dommage qu'Ignace de Loyola ne soit pas apparu quelques dizaines d'années plus tôt, pour répondre à Luther avant
qu'il ne soit trop tard ...?



oriongps 09/01/2013 23:49

Certain approche catholique à l'époque, dont celui du théologien allemand Martinus von Biberach, était si proche de celui de Loyola (dont sa maxime "Prie car tout dépend de Dieu, mais agis comme si
tout dépendait de toi" ; similaire à celle du jésuite hongrois Hevensin "Crois en Dieu comme si le cours des choses dépendait de toi, en rien de Dieu ; cependant mets tout en oeuvre comme si rien
ne devait être fait par toi, et tout de Dieu seul").

Par exemple, l'épitaphe de Martinus von Biberach sur sa tombe :

"Je vis, et je ne sais pas pour combien de temps,
Je meurs et je ne sais pas quand,
Je m'en vais, et je ne sais pas où,
Je m'étonne d'être joyeux."

Tandis que Luther, avec son approche personnaliste, fait une contre-version de cet épitaphe :

"Je vis autant de temps que Dieu le veut,
je vais mourir quand et comment Dieu le veut,
je m'en vais et je sais certainement où,
Je me étonne si je suis triste."

Moi, je préfère le réalisme poétique de Martinus (où nous sommes face au mystère) à la fantaisie Lutherienne (où le moi a une explication à tout).

Perceval 10/01/2013 10:27



Ah ... merci ..! je vais creuser ces épitaphes... très intéressant...


Pour la maxime d'Hevenesi, j'en avais parlé ici ( http://perceval.over-blog.net/article-le-lacher-prise--41085735.html ), elle semble paradoxale et elle est peut-être plus complète que celle
de Martinus ... mais c'est purement spéculatif...


On voit bien que les deux visions de "l'action divine" de cette époque auraient eu tout intérêt à se comprendre et s'assimiler, sans se réduire ... Histoire-fiction ! ?