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" Comme un château défait " Lionel Ray

Publié le par Perceval

Ma maison fut quelquefois une brève lueur,

le jaillissement subit de l'oiseau

dans l'instant immense.

Ma maison fut bâtie de paroles

par des mains invisibles.

Toi qui en es le centre, la table et la fenêtre,

entre la fin et le commencement,

que vois-tu ? qui es-tu ?

___________ Bignon la servante Mutrecy 1925

 

Il y a toutes sortes de vies dans ta vie

et toutes sortes de mots dans tes mots,

mais qu'est-ce à la fin que ce brouillard ?

Même la lampe des morts s'éteint,

il n'y a plus où ils sont de langage.

Qu'est-ce à la fin que cette nuit

d'où tu viens, et cette nuit finale

où ni les mots ni les morts ne font signe ?

___________

 

Comme on glisse hors de soi

aux confins de la veille et du songe,

on regarde une autre demeure, un corps chantant.

Qui est cet homme proche de toi

si peu semblable et pourtant ressemblant,

Dans le tumulte des soifs et des mondes,

broyant le grain des paroles,

cherchant la source brève, la présence sans nom ?

___________

 

Monde errant sont les paroles,

forêt en marche sous le vent oblique

avec dispersion d'oiseaux.

En elles, le temps se dépose

comme une encre invisible.

La nuit descend dans ta voix,

tend le cou vers l'aurore

au-dessus des décombres.

 

 ___________

 

Tu parles aussi pour toi hors du temps

dans ce grand désordre couleur d'ivresse

des routes des heures des paysages.

Tu parles parmi les ombres finales de la nuit

au bord de l'inimaginable absence.

Tu ne dis rien, tu es en proie à toi-même,

tu cherches la place d'être

un autre ou personne.

___________Bignon le ménage Mutrecy 1920

 

Tu construis une ville visible 

avec des voyelles pour fenêtres,

des tunnels soudains, des pages de sable.

Les mots sont des chambres où la nuit

repose, mère du monde.

Ce que tu dis et ce que tu vois

ont même vêtement, même présence,

dans le jour inconnu.

___________

 

Dans la géométrie du soleil mobile,

ailes ouvertes sur tant de plaines,

de décombres et de scintillements,

Tu t'éloignes et te rejoins,

tu te rassembles,

Tu es toi-même chaque mot que tu dis

et chacun te conduit en ce lieu

où tu es plus toi-même que toi.

___________

Ces poèmes de Lionel Ray sont extraits d'un livre intitulé " Comme un château défait ", 1993 , éditions Gallimard.  Les photos sont de Fernand Bignon ( autour de 1925 )

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