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Bernanos et Pie XII

Publié le par Perceval

1926

Le pape Pie XI condamne l'Action française qui possède, à ses yeux, une trop grande influence sur la jeunesse catholique. Des considérations d'ordre diplomatique (germanophilie de Pie XI) expliquent également cet acte.


1932 :

Bernanos rompt avec l’Action Française.


1938

Publication de ‘ Les grands cimetières sous la lune’. Cet essai marque-t-il un revirement dans la pensée de Bernanos ? Nullement. Bernanos ne prend pas partie pour les Républicains dont il connaît la barbarie et les horreurs antireligieuses, mais il affirme que ces horreurs ne peuvent justifier les massacres d'innocents dont il est le témoin et, plus encore, ne sauraient légitimer l'utilisation de la religion pour une cause politique qui lui est étrangère - l'utilisation du terme de « croisade » (antibolchevique) l'a particulièrement révolté.
« Je comprends très bien que l'esprit de Peur et l'esprit de Vengeance - mais ce dernier est-il autre chose que l'ultime manifestation de la Peur - inspirent la Contre-Révolution espagnole, écrit Bernanos dans Les grands cimetières. Qu'un tel esprit l'ait inspiré, je ne m'en étonne nullement. Qu'il la nourrisse aussi longtemps, voilà le problème. J'écris donc, en langage clair, que la Terreur aurait depuis longtemps épuisé sa force si la complicité plus ou moins avouée, ou même consciente des prêtres et des fidèles, n'avait finalement réussi à lui donner un caractère religieux ».
Les évêques espagnols ont essayé d'obtenir la mise à l'Index de l'ouvrage, mais il semble que Pie XI s'y soit lui-même opposé. Le cardinal Pacelli - futur Pie XII -, lui aussi pressé d'agir contre Bernanos, a répondu: « Cela brûle, mais cela éclaire ».

 

1939

Pie XII lève la condamnation pesant sur l'Action Française sans que celle-ci ait rien renié de ses idées.


Le pape Pie XII déclare, le 16 avril 1939, une fois la victoire de Franco acquise, que "l'Espagne franquiste est la « patrie élue de Dieu »".

 
Que dit Bernanos de Pie XII ?

« Dans mon propre pays, c'est dans les milieux conservateurs et cléricaux que le parti français de la liquidation recrute ses cadres et ses troupes. Ainsi les catastrophes s'ajoutent aux catastrophes, tandis que les meilleurs d'entre nous rassurent leurs consciences en déclarant qu'ils attendent des consignes. Quelles consignes ? Puisque Dieu lui-même est si respectueux de notre liberté que, dans l'ordre du salut, il ne peut rien sans nous, ne suis-je pas en droit d'écrire que son auguste représentant ne peut rien non plus sans nous ? Mais les mêmes gens qui se font gloire aujourd'hui de leur docilité passive seront les premiers à se dresser contre leurs chefs, s'ils se sentent menacés, un jour, dans leurs personnes et dans leurs biens. Ils les accuseront de ne pas les avoir défendus. Que veulent-ils donc ? Croient-ils que Pie XII, isolé dans son minuscule royaume cerné par trois millions de baïonnettes fascistes, peut réparer d'un seul mot nos erreurs et nos fautes, nos défaillances et nos lachetés ? Il serait trop injuste de condamner le silence du souverain pontife. C'est son silence qui nous condamne. »

BERNANOS : Le chemin de la Croix-des-Âmes, Décembre 1940 vaticannazi

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