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Nisi Dominus et Stabat Mater de VIVALDI

Publié le par Perceval

  Psaume 126
Si l’Éternel ne bâtit la maison,
ceux qui la bâtissent travaillent en vain ;
si l’Éternel ne garde la ville,
celui qui la garde veille en vain.

On ne connaît pas la date exacte et la destination précise des motets Nisi Dominus et Stabat Mater, mais leur formation - une voix de contralto, un orchestre à cordes et le continue - semble indiquer qu'ils étaient très certainement destinés à être interprétés par les musiciennes de la Pietà (1 ) . Les paroles du motet Nisi Dominus (Si le Seigneur ne bâtit la maison) sont tirées du psaume 126, l'un des plus poétiques, généralement chanté aux fêtes de la Vierge Marie. Le prophète y « exhorte le peuple juif à mettre sa confiance dans le Seigneur en lui assurant qu'ils ne doivent attendre que de Lui le succès de son entreprise » .
  Du Stabat Mater (La Mère douloureuse se tenait en pleurs près de la Croix), poème chanté lors de la fête des Sept Douleurs de la Vierge, Vivaldi n'a retenu que seize des vingt strophes. Il en a fait une grande page de méditation pour contralto et orchestre, pièce simple et profondément émouvante où ne se succèdent que des épisodes mesurés en forme d'arioso, avec vocalises sur certains mots-clés. Seul mouvement brillant du motet, l'Amen mène à une péroraison de virtuosité vivifiée par cet enthousiasme qu'avait relevé Marc Pincherle, même si le sentiment religieux de Vivaldi « qui n'est pas celui de Bach, n'en a pas l'intériorité, ni l'austérité ».


Enluminure de Yves GACK


(1) La Pietà: véritable conservatoire qui hébergeait des jeunes filles pauvres, illégitimes ou orphelines et leur dispensaient tous les rudiments d'une bonne éducation au centre de laquelle la musique tenait une place prépondérante. Les élèves y étaient instruites dans l'art du chant et des instruments. La Pietà représentait l'un des principaux foyers musicaux de Venise. Vivaldi y régna pendant trente-sept ans. Les raisons de son départ de Venise en 1740 et les causes de sa mort, un an plus tard à Vienne, n'ont pu être totalement élucidées. Des témoignages de contemporains nous permettent aisément d'imaginer la qualité de l'orchestre et des chœurs féminins que Vivaldi dirigeait. Si l'on en croit Edward Wright, voyageur anglais qui fit escale dans la cité des Doges en 1720 : « Tous les dimanches et jours fériés ont lieu dans la chapelle de ces hôpitaux, des concerts vocaux et instrumentaux exécutés par des jeunes filles. Elles sont installées dans une galerie de fer. L'exécution est extraordinairement bonne. Beaucoup ont des voix étonnantes, et le fait qu'elles soient cachées les rend plus attirantes encore ». Jean-Jacques Rousseau lui-même s'enthousiasma pour cette musique à son gré « supérieure à celle de bien des opéras et qui n'a pas de semblable en Italie ni dans le reste du monde ». Non moins forte fut l'impression ressentie par Madame Vigée-Lebrun : « je puis dire néanmoins qu'aucune musique n'égalait celle que j'ai entendue à Venise dans une église. Elle était exécutée par des jeunes filles, et ces chants si simples, si harmonieux, chantés par des voix si belles et si fraîches, semblaient vraiment célestes ; ces jeunes filles étaient placées dans des tribunes élevées et grillées ; on ne pouvait les voir, en sorte que cette musique semblait venir du ciel, et chantée par des anges ».

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