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1942 – Valéry – L'analogie et la science.

Publié le par Régis Vétillard

Anne-Laure de Sallembier et son fils, sont conviés à une après-midi chez les Valéry, au 40 rue de Villejust.

Sur une table près de l'entrée, plusieurs paquets qui contiennent des ouvrages, que des lectrices en particulier, ont demandé au maître de leur dédicacer. Sur l'un, Anne-Laure reconnaît le nom de Hélène Berr, cette jeune fille qu'elle a reçue pour un dossier que lui a soumis le service social d'aide aux émigrants ; et qu'elle a défendu auprès de l'administration allemande.

Paul Valéry et Jean(ne) Voilier

Lancelot observe l'illustre écrivain vieillissant épris d'une femme beaucoup plus jeune, et qui lui rend la poésie de sa jeunesse. Gide s'était plaint à lui de cette relation qui commença en 1938, alors qu'il avait 67ans et elle, 35ans. ( 1938 – André Gide - Les légendes du Graal (over-blog.net) )

Cette femme, Lancelot la connaît bien, Jeanne L. que lui-même - alors étudiant comme elle - avait aimé. - 1921 – Lancelot– Jeanne L. - Les légendes du Graal (over-blog.net) - 1921 – André Gide. - Les légendes du Graal (over-blog.net) -

Mais qu'a t-elle de commun - cette Jeanne passionnée de littérature - avec Jean Voilier plus attachée aujourd'hui aux hommes influents qu'à leurs écrits ? Avec Frondaie, elle devient une femme du monde, directrice de théâtre, et commence à publier sous le nom de Jean Voilier.

 

Anne-Laure de Sallembier admire Paul Valéry (1871-1945), non pour son charme et ses yeux « eau bleue et verte, regard marin », mais pour la finesse de sa pensée. S'il est un badineur impénitent ; il est surtout le poète qui écrit en vers, non pour embrumer son propos, mais pour le clarifier.

En 1941, Vichy a destitué Valéry de son poste d'administrateur au Centre Universitaire méditerranéen de Nice, en représailles de son discours - en sa qualité de secrétaire de l'Académie française - et éloge funèbre du « juif Henri Bergson ».

Valéry, grand consommateur de tabac et de café, travaille le matin et s'adonne aux mondanités en soirée. Lancelot a remarqué son goût pour les sciences, et les mathématiques en particulier.

L’homme et le macrocosme  planche tirée du De utriusque cosmi maioris et minoris historia de Robert Fludd (1619)

Lancelot reprend une phrase des ''Regards sur le monde actuel'' de 1931 : « Les événements sont l’écume des choses. Mais c’est la mer qui m’intéresse ». En effet, commente t-il : Nous vivons chaque instant ce décalage entre l’événement, l'accident, le discontinu associé à ce qui est éphémère et l'unité, le continu associé à la permanence. Ainsi en physique, Einstein nous propose au niveau macroscopique, à une échelle interstellaire la figure ondulée de l'espace temps, à l'image d'une mer agitée vue de haut... Alors qu'en physique quantique, et au niveau microscopique, telle l'écume de cette mer agitée, la science nous propose la turbulence des particules, un univers fragmenté, discontinu.

Valéry s'étonne que l'on tienne le plus souvent la science en opposition de la poésie ; alors que la représentation scientifique ne peut se passer de recourir à l'analogie. De même, sans la religion, notre cerveau n'aurait pas été habitué « à s'écarter de l'apparence immédiate et constante qui lui définit la réalité. » ( Analecta 1935 )

L'analogie ouvre un espace de pensée, c'est ce qui permet à Léonard de Vinci de percevoir les forces invisibles à l’œuvre dans la nature.

Ainsi vers 1900, c’est la thermodynamique qui a permis d'offrir des modèles à l'aide de cycles régis par les lois de la conservation de l’énergie et de l’entropie.

Faraday - avec la notion de champ - imaginait « un système de lignes unissant tous les corps, traversant, remplissant tout l’espace pour expliquer les phénomènes électriques et même la gravitation […] Faraday voyait par les yeux de son esprit des lignes de force traversant tout l’espace où les mathématiciens voyaient des centres de force s’attirant à distance ; Faraday voyait un milieu où ils ne voyaient que la distance. » ( Paul Valéry, Introduction à la méthode de Léonard de Vinci [1894] )

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