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1942 - Les lois des hommes et de la matière

Publié le par Régis Vétillard

Une deuxième ''liste Otto'' ( « Ouvrages littéraires français non désirables » ) concerne près de 1200 titres, dont 30 chez Denoël. Les gens lisent de plus en plus, mais le rationnement du papier empêche la publication... au point que les ''occasions'' sont plus chers que les neufs, « parce que neufs, on ne les trouve plus ! ».

Anne-Laure de Sallembier ne peut s'empêcher de s’intéresser de près à la vie littéraire parisienne et suit de près Denoël qui ne tarit pas d'éloge pour sa nouvelle protégée Dominique Rolin, elle vient de publier un roman, ''Les Marais''.

 

Les lois de la nature se dévoilent à notre raison, et semblent nous promettre un champ de possibilités ; malheureusement les lois des hommes paraissent bien irrationnelles et au seul profit de ceux qui peuvent les imposer par la force.

Le 29 mai 1942, une ordonnance allemande impose le port de l'étoile jaune aux Juifs en zone occupée. Les allemands souhaitent-ils contraindre tous les juifs à travailler dans des camps, à vivre dans des ghettos... ? Et, ce n'est pas Laval revenu au pouvoir, qui saura s'opposer à cet antisémitisme absurde !

Geneviève T. la jeune femme qui vient tenir compagnie à Lancelot ; et s’intéresse aux sciences, parle d'une émeute organisée par des femmes communistes devant un magasin de la rue de Buci... Il y aurait eu deux morts dans les rangs de la Police. Geneviève T. est, plutôt assez jolie, blonde mais d'aspect froid et sévère et sympathisante de l'Action Française. Après qu'elle soit rentrée chez elle, Lancelot s'indigne auprès de sa mère, d'opinions antisémites que Geneviève a laissé entendre.

 

Joliot-Curie, revenu à Paris, avait disputé des laboratoires aux occupants. Lors de cette négociation avec les allemands, il a le sentiment d'être soutenu par Vichy. L'un des responsables allemands, est Wolfgang Gentner, avec lequel, il peut compter pouvoir s'entendre. Les deux hommes se connaissent et s'apprécient depuis 1936, ils s'échangent une correspondance autour, en particulier, de leur ''cyclotron'' respectif. Gentner va même, semble t-il, s'engager dans un ''double-jeu'', au profit des recherches de Joliot.

Irene-Frederic-Joliot-Curie vers 1935

L'arrestation de Langevin, va amener Joliot à manifester et suspendre sa collaboration. Gentner intervient. Langevin est libéré...

En juin 1941, s'organise le Front National Universitaire. Le 29 juin, alors que les troupes hitlériennes sont entrées sur le territoire soviétique, Joliot est arrêté à son domicile, Gentner le fait libérer le soir même.

Devant un parterre très éclectique et mondain, et allemand ; Anne-Laure de Sallembier assiste à une conférence de Joliot, sur'' Les neutrons et la radioactivité artificielle '' qu'il prononce le 11 octobre 1941 à la Maison de la Chimie.

En octobre 1942, la mère de Lancelot sera encore présente, pour la conférence inaugurale de l'année universitaire par Fr Joliot-Curie, invité de la société philomathique.

Sa relation avec l'occupant, concerne principalement la technique du cyclotron et la radioactivité artificielle.

Avec Irène et Frédéric Joliot-Curie, reconstituons l'histoire de nos connaissances microscopiques de la matière.

Cela a commencé sans-doute avec la crainte et l'observation de la foudre. On s'amusait aussi du pouvoir de l'ambre jaune frottée à attirer les corps légers... Cette vertu a été qualifiée d'électrique.

 

Volta (1800) met au point la première pile, qui produit une sorte de décharge continue que le physicien français Ampère (1775-1836) baptise en 1820 de ''courant électrique''. La capacité à produire - la quantité - sera exprimée en volts.

Le courant électrique conduit à l'expérience de l’électrolyse qui permet de séparer des éléments chimiques... La matière serait faite de petites particules douées de puissance électrique... John Stoney en 1891, observe que pour rompre une liaison chimique, la quantité d'électricité est toujours la même.

Le passage de l’électricité dans des gaz raréfiés étaient une attraction offerte au public émerveillé ( cf les sculptures de verre de Geissler) ; elles vont nous conduire au tube cathodique qui délivre une haute tension aux électrodes dans le vide d'un tube de verre.

Tube cathodique de J J Thomson avec bobines magnétiques, 1897

Le rayonnement cathodique est-il une onde, comme le pensent les allemands, ou un courant de particules chargées négativement selon les physiciens britanniques ; sachant qu'à cette époque la plus petite particule connue est l'atome ? J. John Thomson vérifie la seconde hypothèse en 1897, et a l'intuition d'une particule plus petite que l'atome...

L'histoire de l'électron, est selon les mots de Poincaré, « une pure satisfaction intellectuelle ». Il est deux mille fois plus petit qu'un atome d'hydrogène ; est-il énergie ou matière ? Un véritable petit lutin, qui fuit la force électrique. Les électrons forment une cour, celle d'un roi – autour d'un noyau.

 

Atomes et molécules ont été différenciés vers 1860, le tableau périodique des éléments est imaginé par le chimiste russe Dmitri Mendeleïev, en les classant par ordre de masse, avec la particularité de classer ainsi les atomes par nombre de liaisons chimiques ( 1, 2, 3, 4.) et ceci de façon périodique.

En les disposant dans un tableau, il s'aperçoit qu'il y a des trous dans le tableau... ! Donc, sans-doute des éléments non encore découverts....

Ce tableau sera amélioré ; et classé, non selon la masse, mais la charge. On pourrait alors imaginer un élément du noyau, le proton de charge 1 ( Rutherford ).On pourrait encore rêver de pouvoir changer le nombre de protons, par exemple, dans l'atome d'azote, pour le transformer en atome d'oxygène... Ce qui représente le rêve des alchimistes : la transmutation artificielle...

 

De manière fortuite, en 1895, Whilelm Röntgen découvre une sorte de lumière, invisible à l’œil nu, qui traverse la matière et l'appelle ''rayon X''. Un an plus tard Henri Becquerel remarque que les sels d'Uranium ont la particularité d'impressionner une plaque photographique, s'agit-il aussi d'un autre type de lumière invisible... ?

Pierre et Marie Curie

Pierre et Marie Curie identifient trois types de rayonnements ( alpha, beta, gamma …) plus ou moins pénétrants,

On sait en 1940, que les rayons alpha sont des noyaux d'hélium; les rayons béta, des électrons ; et les rayons gamma ( des photons) sont de la lumière – comme les rayons X – et à une fréquence plus élevée.

Pourquoi ces matériaux émettent-ils spontanément un rayonnement ? - Parce qu'ils se désintègrent.

 

En 1898, Marie Curie découvre, et isole un ''nouvel ''élément très radioactif, et l'appellent le Polonium ; et encore plus radioactif, le radium. Les industriels, aidés des publicitaires en font un produit miracle, jusqu'à s'apercevoir de sa dangerosité.

Le polonium, ou le radium émettent des particules alpha qui vont servir de projectiles pour explorer l'atome et découvrir sa structure.

Enfin, on va se rendre compte que l'on peut produire de l'énergie à partir de cette radioactivité.

Mais d'où l'élément tire t-il cette énergie ? En 1902, Rutherford et Soddy expliquent que le radium possède en lui-même cette énergie : la radioactivité est la transformation spontanée d'un élément chimique en un autre par émission de rayonnement, le radium devient du radon.

 

E Rutherford

Rutherford (1919), expérimente le modèle planétaire de l'atome, avec le noyau comme soleil et les électron comme des planètes...

Il reste une question : Pourquoi les électrons ne s'effondrent-ils pas sur le noyau ?

Neils Bohr présente le modèle avec des orbites d'énergie : Lorsqu’un électron absorbe suffisamment d’énergie, il « bondit » de son orbitale jusqu’à la prochaine orbitale de plus grand diamètre. Lorsqu’un électron « chute » de son orbitale vers une orbitale plus petite, il émet de l’énergie. La quantité d’énergie émise correspond exactement à la différence énergétique entre deux orbitales. 

L'infiniment petit n'obéit pas aux mêmes règles que l'infiniment grand.... Ce n'est pas la Physique classique qui s'applique à l'atome, mais la physique quantique ; ainsi au lieu d'évoluer en continu, l'infiniment petit opère par paliers et par quanta.

 

Rutherford avait utilisé une source radioactive. La découverte de la radioactivité avait mis en évidence des rayonnements, émis lors de la désintégration d'atome lourds comme l'uranium : des particules alpha.

Les Joliot-Curie observent qu'un rayonnement de particules alpha, projettent des protons. Et, James Chadwick en 1932, explique que le noyau serait composé de protons, et de particules assez lourdes, électriquement neutres, que l'on nommera neutrons.

Pour en savoir plus encore, les physiciens vont bombarder la matière. Le neutron, ce nouveau projectile neutre, présente le grand avantage de ne pas être repoussé par la charge électrique du noyau, quand on essaie de l'atteindre.

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