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1941 – Rencontres de Lourmarin – Poésie.

Publié le par Régis Vétillard

Emmanuel Mounier, Pierre Emmanuel, Henri Marrou Davenson, Lanza del Vasto, Max-Pol Fouchet, Loys Masson

Lancelot arrive à ''Jeune France'', pour être embarqué dans les préparatifs des '' Rencontres de Lourmarin '' qui doivent s'organiser pour fin septembre 1941. L’initiative en revient à Emmanuel Mounier et Roger Leenhardt pour permettre aux poètes, aux musiciens et aux hommes de radios et journalistes, de se rencontrer et de confronter leurs projets.

En ces temps d'obscurité, la poésie semble le bon langage pour exprimer ce qui reste majeur dans le cœur humain. Au cours de longues promenades à travers le pays provençal, d'interminables discussions, c'est l'horreur du nazisme qui prévaut et petit à petit les doutes sur les intentions de Vichy.

Les journées sont ponctuées de lectures de poèmes sur les terrasses ou dans les salles du château. Il y a là, notamment,. Max-Pol Fouchet (28 ans), vient d'Alger, et a fondé la revue ''Fontaine'', Claude Roy ( 26 ans) qui anime des émissions culturelles à la radio , Pierre Seghers ( 35ans) poète et proche d'Aragon, Pierre Emmanuel (25 ans) enseigne les lettres, Loys Masson ( 25 ans) dont Seghers a déjà publié des poèmes, il vient de l'île Maurice, il est britannique et devient clandestin. Il travaille avec Mounier à Esprit, où il publie. , Lanza del Vasto (40 ans) qui était parti en Inde, rejoindre Gandhi …

château de Lourmarin

 

Tous ces jeunes écrivains se sentent ''épris de liberté'' ( selon M-P Fouchet). Après s'être reconnus, ils profitent de cette couverture offerte par Vichy pour préparer une autre révolution. L'accord est largement partagé d'un refus de l'allégeance à Vichy...

Cette révolte, ce ''refus'' ( la revue Fontaine, se voulait être la revue du Refus), seule la Poésie, pouvait le faire entendre.

Certains n'hésitent pas, bien imprudemment, de scander des ''Vive De Gaulle'' dans les rue du village

Ces journées de Lourmarin, leur permettent de s’assurer combien les unissent profondément leur foi en la poésie comme signe majeur de l’humain, et, en conséquence, leur horreur du nazisme et de ses complices.

Sont également là, des revues littéraires de la zone sud comme Poésie 41 ( éditée par Pierre Seghers, à Villeneuve-lès-Avignon) , Fontaine publiée à Alger ( en 1942, Fontaine publiera « Liberté » de Paul Éluard. ) , Confluences à Lyon.

Les cahiers du Sud qui ont leurs entrées à la censure ( René Massat, Roger Lannes .. qui publient eux-mêmes.....) sont basés à Marseille. Cette revue fondée en 1925, par Jean Ballard a publié entre autres : Walter Benjamin, Gaston Berger, Benjamin Fondane, René Nelli, Paul Valéry, Marguerite Yourcenar et Simone Weil. Les Cahiers du Sud ont également publié la poésie de Joë Bousquet, l’un des amis proches de Weil.

Simone Weil a publié « L’Iliade ou Poème de la Force » (décembre 1940 avec la partie II en janvier 1941). Elle a contribué à un numéro spécial des Cahiers du Sud consacré au Languedoc et à la vie et à la persécution des Cathares.

 

Claude Roy, qui, étudiant, avait fréquenté l'Action Française, et écrivait alors des critiques littéraires dans des journaux de droite, supporte mal la ligne politique actuelle et semble à présent douter de tout. Pierre Seguers n'aime pas les discussions de chapelle, mais affirme que la poésie sert de langue d'évasion, face à celle des occupants.

En ce temps de guerre, la poésie ne peut pas être d'un parti ; elle est celle de l'homme en danger de mort.

Lanza del vasto avec Pierre Emmanuel - Lourmarin 1941

 

Pierre Emmanuel et sa femme Jeanne, se sont réfugiés à Dieulefit en 40, à l'école de Beauvallon.

« Tout en lui faisait penser à un jeune et maigre prophète. Éloquent, inspiré et visionnaire, il ressemblait à ses poèmes... » témoigne Georges-Emmanuel Clancier, aussi présent. Pierre Emmanuel s'inspire des mythes:

« C’est à dessein que j’emploie, pour dégager le sens de cette guerre, les mêmes images qui me servirent pour analyser la Descente aux Enfers : un grand symbole massif, contenant implicitement tous les autres,   une obsession qu’il faut briser, mais au prix d’un long cauchemar. L’analogie, on en conviendra, n’est pas que superficielle. Ceux qui vécurent la guerre en esprit commencent de mesurer la profondeur du travail de catharsis qu’elle opéra sur eux, et eux sur elle. Leur Descente aux Enfers, pour être réelle, et peuplée de monstres vrais, n’en était pas moins mystérieuse, ni confondante pour l’esprit ; le sens de l’homme s’y trouva blessé dans sa plus intime certitude, chaque mot, chaque silence, divisés contre eux-mêmes et savamment envenimés ; c’est de l’excès de cette division que naquit l’action souterraine, underground, incertaine et tâtonnante au début, se cherchant une structure et une âme ; plus lucide, plus fraternellement cohérente, à mesure que l’horreur avançait. » extrait :Qui est cet homme ? De Pierre Emmanuel

 

Dans ''Délivrez-nous du Mal'' Loys Masson décrit la mort : « je vois les camarades se tendre sous le museau froid du meurtre et glisser renversés » ; et il écrit l'espérance, la volonté qui animent ceux qui résistent au nazisme. Il est fiancée à Paula Slaweska, qui habite Tours. Elle va passer, clandestinement, la ligne de démarcation, sur une bicyclette croulant de bagages, pour le rejoindre.

Lanza del Vasto - René Daumal et son épouse Vera - Allauch 1941

Lanza del Vasto, l'air un peu aristocrate, participe peu à la conversation. En face à face, cependant, il entre dans un dialogue intense et profond.

Lanza del Vasto vient de s'installer à Allauch près de Marseille, en voisin de René Daumal qui lui a présenté une amie, Simone Weil.

 

René Daumal a rejoint la mystique hindou, dont il témoigne dans ''Contre-ciel'' (1936) : à contre-ciel pour rendre transparent l'absolu, et contre le monde qui masque le ciel.

« Je suis mort parce que je n’ai pas le désir ;

Je n’ai pas le désir parce que je crois posséder ;

Je crois posséder parce que je n’essaie pas de donner ;

Essayant de donner, je vois que je n’ai rien ;

Voyant que je n’ai rien, j’essaie de me donner ;

Essayant de me donner, je vois que je ne suis rien ;

Voyant que je ne suis rien, j’essaie de devenir ;

Essayant de devenir, je vis. »

Daumal, malade des deux poumons, sourd de l'oreille gauche, sait qu'il lui reste peu de temps à vivre. Daumal avait quitté Paris, lors de l'occupation allemande, avec sa femme Véra ( juive). Il mourra le 21 mai 1944.

Dans ce contexte poétique, Lancelot sympathise avec Alain Borne ( « Pour moi la poésie seule est la vie, tout le reste est subsistance » Alain Borne ), souhaite approfondir les écrits de Daumal et découvre, nombre d'oeuvres..

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