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1941 – Paris -3- Boris Vildé

Publié le par Régis Vétillard

Boris Vildé

C'est l'abbé Degoué ( Fléchigné) qui avait permis que Lancelot rencontre Myrrha Borodine ; c'était au sujet du '' Lancelot-Graal'' dont elle est une spécialiste. Depuis, sa mère continuait de fréquenter la tribu de Ferdinand Lot. Elaine avait sympathisé avec Irène, l’aînée des filles Lot, Irène, mariée avec Boris Vildé (1908-1942). Elaine avait été séduite par la spiritualité orthodoxe.

Après l’armistice de 1940, Myrrha, a écrit une lettre indignée au cardinal Baudrillart qui incline, dit-elle, à la sympathie envers Hitler !

Nous savons ( à présent) que Boris a créé l'un des premiers réseaux de Résistance, appelé plus tard le « Réseau du Musée de l’Homme ». En septembre 1940, Irène et Boris rencontrent le physicien Robert Debré, et une amie à lui, Mme de la Bordonnaye... Ils évoquent l'idée de créer un journal, pour contrer Radio-Paris et la presse autorisée. Vildé avec son ami Anatole Levitsky, et Yvonne Oddon, bibliothécaire du Musée, rédigent des tracts... Bientôt le groupe s'étoffe, et le premier numéro de ''Résistance'' va paraître le 15 décembre 1940.

Boris et Irène, à la suite d'un séjour en Bretagne, mettent au point des moyens pour exfiltrer des personnes vers l'Angleterre.

Le 6 janvier 1941, Boris et Irène font la connaissance de Jean Paulhan, la tête pensante des éditions Gallimard et le fondateur de la NRF ; il accepte de rejoindre le comité de rédaction de Résistance ; (c'est grâce à l'intervention de Drieu la Rochelle, qu'il ne sera pas arrêté.). Paulhan avait déjà manifesté beaucoup d'intérêt aux conférences de Lewitsky ( Collège de sociologie) sur le chamanisme.

Le n° 3 de ''Résistance'' reproduit un discours de Churchill: " Nous ne capitulerons jamais ". Une longue notice est consacrée à Henri Bergson qui vient de mourir... Enfin, le n° 5, le dernier, sera confié à Pierre Brossolette...

Le 26 mars 1941, Boris Vildé est arrêté par la Gestapo, trahi par un agent de liaison qui était en fait indicateur à la solde des allemands.

Le nom et les coordonnées de Lancelot, vont être dévoilés à partir des tableaux de loge saisi par les allemands. A partir d’août 1941, des listes de noms sont diffusés ; et Lancelot reçoit de la part de l'administration à laquelle il est attachée, un courrier qui stipule sa démission d'office.

Albert Lantoine, que Lancelot visite, chez lui, au 24 rue de Navarin lui conseille de quitter Paris. Lui-même, a déjà reçu la visite peu amicale d'officiers allemands ; au mois de février ils lui ont saisi tous ses livres, et même ses manuscrits, dont celui sur Lafayette en cours de travail, et sur la duchesse de Lamballe qu'il venait d'achever. Lantoine est l'un des créateurs de la loge ''le Portique'' dans laquelle Lancelot a été initié, et où selon ses propres mots : « les questions philosophiques provoqueront notre intelligence. » ; il insistait souvent sur le fait que la vie politique - avant la guerre - prenait « une place trop grande dans les préoccupations journalières ; en loge nous voulons considérer les choses au seul point de vue philosophique et critique – avec calme, avec douceur – et disons le mot : avec sérénité »

Albert Lantoine, est un passionné d'histoire, il connaît bien Oswald Wirth, apôtre de la maçonnerie écossaise spirituelle, qui a été le secrétaire de Stanislas de Guaita.

Wirth, en 1927, a publié un ouvrage sur les 22 arcanes du Tarot, qui lui servent de balises sur un chemin initiatique nourri aux traditions de l'alchimie, des bâtisseurs de cathédrales...

 

Lancelot raconte son histoire avec Lithargoël, au château d'Uriage et ses cartes du tarot, qu'il lui a transmises : l'Empereur, et le Mat ( le Fou) .... Albert Lantoine commente : l'Empereur fait référence au Créateur, au concret... Wirth qui a dessiné les arcanes majeurs, fait asseoir l'Empereur sur un cube, la pierre cubique du maçon ( un idéal); mais aussi, avec la représentation d'un aigle noir, comme une incarnation obscure , on peut voir ici une image d'oppression, d'orgueil … Le Fou, nous met en garde contre des divagations de notre esprit « dès qu'il prétend dépasser les limites du réel ». Le lynx qui nous mord le mollet, nous contraint d'avancer vers notre destinée...

Actuellement, Wirth, handicapé et cloué sur un fauteuil, a été accueilli au château de la Rochère par les arrière-neveux de Stanislas de Guaita. Lui aussi, s'est fait enlevé sa bibliothèque à Paris ; et reçut au château certains visiteurs allemands qui s'en sont allés avec tous ses dossiers.

 

Lancelot, par l'intermédiaire de Pierre d'Harcourt, reçoit de Louis Rivet ( le SR de Vichy) une mission en Angleterre qui nécessite une certaine préparation.  Ainsi, même licencié du ministère, Lancelot reste opérationnel dans le cadre de l'armée de Vichy. On lui procure même les papiers nécessaires, qui lui permettent de se réclamer de l'Entreprise générale des travaux ruraux (TR), dépendant du ministère de l'agriculture de Vichy.

Pour le moment, il s'agit de faire passer un maximum de renseignements vers Londres. Près du métro Censier, le café '' Le Mirbel '' sert de boîte aux lettres ( une case derrière la caissière permet d'y déposer du courrier).

Malheureusement, Pierre est repéré ; le 9 juillet 1941, il est arrêté à la station de métro de la Porte Maillot ; il tente de fuir, mais est blessé par balle ; puis hospitalisé et incarcéré à Fresnes.

Anne-Laure de Sallembier connaît Robert d'Harcourt, le père de Pierre et dont la mère Ghislaine est une Caraman-Chinay et sœur de la comtesse Greffulhe. Robert d'Harcourt va multiplier les démarches pour sauver son fils, à Vichy et jusqu'en Hongrie d'où la femme du ministre Kallay intervient auprès d'Hitler... Sa condamnation à mort sera commuée en déportation.

 

Lancelot revoit Brossolette qui s'est établi libraire, mais, il n'arrive pas à gagner sa confiance, peut-être du fait de sa dépendance, jusqu'à présent, de Vichy. Il est vrai qu'il est de venu difficile de se fier, même à quelqu'un que l'on connaît...

 

A Paris, depuis fin 1941, l'opinion publique a changé de camp.... « le pays tout entier a désormais le sentiment de sa servitude... Il ne sait pas encore ce qu'il veut, il sait du moins ce qu'il ne veut pas : tout ce qu'il subit. » Jean Guéhenno.

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