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1940 - L'Ecole d'Uriage -1-

Publié le par Régis Vétillard

A Vichy, Bergery s'était entretenu avec Lancelot au sujet d'un projet d'une école des cadres... Il lui avait proposé même de participer à une rencontre de responsables de mouvements de jeunesse, dans la forêt de Randan près de Vichy du 1er au 4 août 1940. Il pourrait retrouver Henry Dhavernas, rencontrer Jean Jousselin, pasteur protestant et responsable des Éclaireurs Unionistes de France, et le capitaine de cavalerie Pierre Dunoyer de Segonzac (1906-1968) . Bergery l'avait assuré que cela devrait l'intéresser....

Pierre Dunoyer de Segonzac et ses adjoints à l'école des cadres d'Uriage à Uriage-les-Bains, France en 1942

En septembre 1940, Dunoyer de Segonzac ( il a 34 ans) crée le Centre Supérieur de formation des chefs de la Jeunesse. Comme Pétain, qui a confiance en lui, il estime que les ''élites'' ont failli ; aussi faut-il assurer leur formation pour reprendre le combat le jour où le redressement annoncé par le Maréchal, nous le permettra...

A Vichy, Dunoyer de Segonzac recrute une équipe de jeunes gens. Elle va se constituer notamment avec le capitaine Eric d'Alençon ; Roger Vuillemin, un professeur d’éducation physique particulièrement dynamique; et, pour aumônier de l'école, une personne qu'apprécie particulièrement Lancelot : l'abbé René de Naurois ( 1906-2006).

René de Naurois, aumonier

Début août 1940, il s'agit de trouver un lieu pour installer l'école : Dunoyer de Segonzac, réussit à faire réquisitionner un château, libre, près de Gannat - La Faulconnière - et commence son service le 12 août. Cependant au bout de deux mois, le directeur décide de déménager pour se soustraire aux visites régulières de fonctionnaires de Vichy, et pour avoir les coudées franches. Il informe le secrétariat d'Etat, du déménagement de l'école pour Uriage, près de Grenoble.

 

Le 20 octobre, l'Ecole d'Uriage reçoit la visite de Pétain, qui conforte le projet d'une équipe d'origine sociale, de profession et d'engagement politique différents ; bien sûr engagée derrière le Maréchal.

 

En accord avec le SR et avec mission d'en rapporter de l'information, Lancelot part pour Uriage, peu avant Noël 1940.

Le Château d'Uriage

Lancelot va tout de suite être saisi et séduit par le lieu... L'école s'est installée dans un château d'aspect médiéval, impressionnant quand on y arrive en fin d'après-midi entre brume et crépuscule. Quelle émotion supplémentaire d'entendre que ces murs abritaient une branche de la famille maternelle du chevalier Bayard.

Dans le hall, un grand portrait de Pétain accueille le visiteur ; et sur un mur adjacent, le blason officiel de l'école fait une référence historique évidente aux moines-chevaliers de l’ordre du Temple. Tout ici, semble inviter Lancelot, à inscrire son projet, dans l'histoire du fil rouge qui relie ses ancêtres. Il trouve à Uriage, l'esprit de chevalerie qui l'accompagne depuis l'enfance et qui se présente sous la forme d'un ordre, d'une devise, d'un blason.

Blason d'Uriage

Il devait rester deux à trois semaines ; mais il restera plusieurs mois... Lancelot trouve sa place comme ''instructeur radio''.

 

Il occupe beaucoup de son temps à en connaître l'histoire, voire même, ses secrets... Le dernier propriétaire qui a vécu au château était un homme cultivé et fortuné. Ingénieur, il fit de nombreux voyages en particulier en Egypte, d'où il a ramené une pièce fameuse, qu'il découvrit le 8 mars 1842 : une Stèle royale de Ramsès II, dite « stèle de Kouban », troisième année du règne de Ramsès II (1287 avant J.C.). Cet homme s'appelle Louis de Saint-Ferriol (1814-1877) ; mécène de sa ville, il va y développer sa cure thermale.

A partir de 1920, le déclin s’amorce. Le fils de Louis : Gabriel de Saint-Ferriol, vieillissant, vend l’établissement thermal et décède en 1927, sans descendance. Le château est légué à sa nièce, Ghislaine Pellissier de Féligonde (1914-1994), qui vit à Paris, et se mariera , le 3 août 1949, à Hervé de Fleuriau (1909-1974).

Ghislaine Pellissier de Féligonde, est la fille de Charles Pellissier de Féligonde (1882 -1962) marié à Odette de Martel (1883-1969), le neveu de Gabriel de Saint-Ferriol... Il a classé, et répertorié, et gardé ou vendu , ce qu'il restait des collections du château ; après que Gabriel de Saint-Ferriol, en 1916, ait déjà fait don des collections égyptologiques au musée de Grenoble.

Lancelot rencontre l'abbé Paul Tresson ( 1876-1959), un très grand érudit, en particulier sur les apocryphes, qui a travaillé sur les collections du Château d'Uriage, Il a publié en 1927 dans la Revue biblique : Le voyage du comte Louis de Saint-Ferriol à travers le désert du Sinaï d’après son journal inédit.

Ecole d'Uriage, 1942

 

Pierre Dunoyer de Segonzac, pense que Pétain permettra de ressouder la communauté nationale, dans l'honneur national ; à l'image de Jeanne d'Arc, qui a exalté le sentiment national, contre l'envahisseur... Uriage se doit de travailler à cela en formant les nouveaux chefs, les cadres de l'Etat.

Des stages de trois semaines à trois mois sont organisés, pour de jeunes fonctionnaires, ou de jeunes officiers (le lieutenant Le Ray, futur chef des FFI de l’Isère, sera stagiaire).

Une équipe d'instruction encadre les stagiaires, une équipe d'études est chargée de la formation intellectuelle, avec des exposés, des débats, de la recherche avec un travail de documentation ; et une équipe d'administration est chargée de la vie matérielle de l'Ecole et d'encadrer les travaux collectifs.

Lorsque l'abbé de Naurois invite Emmanuel Mounier et Jean Lacroix ; il hésitent, Mounier tranche : « C’est bien simple. En arrivant nous demanderons la liberté complète de parole. Si on nous la refuse, nous partirons ; si on nous l’accorde, nous dirons tout ce que nous avons à dire. »

René de Naurois à Uriage en 1940-41

La revue de Mounier, ' Esprit ' qui a repris fin 1940, décrit ainsi, l’École :

« Ni l’intrigue personnelle, ni la passion politique n’ont été tentées d’y faire la moindre incursion. Plus précisément, la nécessité de faire vite, de répondre à des besoins immédiats, de dépasser une mentalité de défaite que tant de sous-produits psychologiques menaçaient d’empoisonner, n’ont pas dévié, – et c’est presque un miracle, – le souci de faire des hommes complets, où l’esprit, le cœur et le corps aient chacun sa juste part. Si bien qu’école d’entraînement physique et de formation de cadres, l’Ecole d’Uriage est déjà une école de culture et de caractère. »

Emmanuel Mounier

 

La discussion affleure souvent les ambiguïtés des valeurs annoncées de la '' révolution nationale'', au regard du Personnalisme de Maritain et de Mounier... Pour l'instant, répond Mounier : il s'agit pour nous de « faire de l'armement spirituel clandestin, c'est-à-dire profiter des similitudes de noms entre nos valeurs et les valeurs publiquement proclamées pour y introduire, à la faveur de cette coïncidence, le contenu désirable » ( Note du 4 août 1940, Entretiens X (Œuvres, t. IV, p. 668) ). Ce nouveau régime est peut-être l'occasion d'abattre '' l'ancien ordre individualiste et bourgeois''. La chute de Laval ( déc 1940) est un signe positif ; mais cela suffira t-il à étouffer ceux qui conduisent une politique xénophobe et antisémite ? Et s'il fallait finalement s'opposer à ce régime ; utilisons le mieux possible notre influence sur la formation des jeunes.

La pédagogie de l'Ecole d'Uriage, utilisent l'ambiance naturelle du lieu, un rythme et une alternance des activités diverses et complémentaires. Il s'agit de créer une atmosphère virile, empreinte de camaraderie, de solidarité, au cours d'une vie communautaire faite d'étude et d'exercices manuels. Le jeudi et le dimanche ( messe en plus) se partagent entre les travaux personnels en étude ou en bibliothèque et des sports de plein air. Le lundi est un jour de repos, et sortie libre entre 7h00 et 19h00. Le sport ponctue chaque journée, en particulier au réveil.

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