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1935 - Le nazisme, et les fascismes. 2

Publié le par Régis Vétillard

Cette réunion fait ensuite le point sur la politique étrangère, et soumet des axes de réflexion pour de futurs articles sur l'année 1935-1936... Ensuite la réunion est, semble t-il, devenue plus informelle et les notes relevées par Lancelot reflètent l'intensité des échanges.

 

- Le fascisme, dit Drieu, ne présente pas de dialectique au contraire du communisme, comme lui il est pragmatique. On juge la société qu'il prône à ses résultats . Il n'y a pas de fascisme universel, il n'y a que des fascismes, chacun étant lié à un espace national, culturel...

- Pragmatique, je le suis aussi, quand je prend acte de l'existence du nazisme et de ce qu'il apporte à la communauté allemande. Il a mis fin à une période de désordre ; pour une Allemagne dynamique qui s'est relevée des pires difficultés économique.. !

Sans-doute est-ce le témoignage vibrant de Drieu sur ce qu'il a vu à Nuremberg qui a délier les langues sur nos craintes pour les uns, nos aspirations pour les autres...

- Cent mille personnes qui regardent défiler et danser cinquante mille jeunes gens. Des chœurs et des chants admirables : une tragédie antique. C'était écrasant de beauté !

Bien qu’essentiellement pragmatique, il y a une dimension spirituelle dans le fascisme : il s'agit d'une mystique nationale, liée au paganisme, aux forces du milieu présentes dans la tradition...

 

- Remarquez ceci, dit Alfred Fabre-Luce – L'Europe a voulu lutter contre la Révolution Française. Et, qu'ont fait nos voisins ? ils ont fait des concessions à la démocratie... Et bien, il nous faut aujourd’hui faire des concessions au fascisme pour lutter contre le nazisme ( un fascisme étranger). D’un certain point de vue, défense de la liberté, limitation de la liberté sont devenues synonymes. 

Je ne veux pas rester tourné vers le passé. Observons notre temps, avec la volonté d'en saisir les mécanismes, d'en démonter les rouages, pour aller hardiment au cœur des choses, à l'essentiel.

 

Drieu la Rochelle reprend :

- Je refuserais volontiers que la politique ne soit que fonctionnelle, je souhaiterais qu'elle soit éruptive, une révolution permanente et non statique Le communisme en URSS est devenu une forme dénuée de mouvement..

- Les événements de février 1934, ne sont redevables ni à la droite, ni à la gauche … ! C'est l'expression d'un rejet de la politique ; et j'ai reconnu là, le miracle de la vie...

L'agent de cette force, c'est la jeunesse ; elle est force de destruction et ne peut s'opposer aux partis de gauche et de droite...

Pour aller de l'avant, il faut un tiers parti, fasciste c'est à dire social et national. Fasciste parce qu'en rupture... Fasciste parce qu'en fidélité exclusive à un chef.

Doriot - PPF - 1936

Qui, en France, serait le chef ?

- Il n'existe pas encore... Peut-être, sûrement ... Doriot.

« La grande pensée, c’est celle-ci: l’homme s’est aperçu qu’il était en train de mourir et il a voulu se sauver. L’homme s’est aperçu qu’il était en train de mourir dans son corps et qu’il ne pouvait se sauver qu’en sauvant son corps. » «Le PPF, est le parti du corps vivant» (1937), dans Chroniques politiques de Drieu.

- Le corps sportif, jeune est une bonne image ; parce que le corps biologique, comme le corps politique, sont condamnés à se restaurer sans cesse dans le mouvement.

 

Une argumentation opposée s'exprime, en particulier avec Pierre Brossolette.

P.Brossolette 1903-1944

Il reconnaît avoir pensé qu'Hitler ne préparait que le retour des Hohenzollern, et un retour du conservatisme passé. Aujourd'hui, on assiste au déchaînement de la plus violente et la plus décourageante des frénésies nationalistes ; et dont on ne peut attendre que la guerre.

Le fascisme allemand, mais également tout fascisme, déshumanise l'homme.

L'humaniste, le républicain aussi, a foi en l'homme, mais il parie sur la personne. Le fascisme a foi dans le sang de la race au mépris de l'individu. L'individu y abdique sa liberté. Le fascisme excite la haine du peuple contre l'étranger..

 

Lancelot reprend quelques arguments de Jean Cavaillès. - Premier point : le nazisme consiste dans la haine et le refus de l'universel. - Un deuxième point caractéristique du fascisme: l'uniformité et la disparition de l'homme derrière le parti. - Un troisième point : le germain aurait recours au cœur, à l'intuition de la race, contre le rationnel, l'intellectualisme, qui ne serait qu'un jeu des juifs et des étrangers... Simpliste et absurde!

Enfin en Allemagne, la propagande massive n'est possible qu'avec une puissante aide financière, et le soutien des petits bourgeois ( fonctionnaires, commerçants, industriels..) exaspérés qui aspirent à l'ordre.

 

De la discussion animée qui suit, Lancelot a noté que le fascisme parlerait plus de fraternité que de liberté, et d'égalité;  parce que le fasciste abandonne une partie de sa liberté au profit de la collectivité ; et l'égalité au profit de la hiérarchie.

Cependant : tous considèrent que, on peut craindre une Allemagne nazie qui militarise et affirme la supériorité de la race aryenne ; même si certains minimisent le danger et doutent qu'elle puisse signifier la disparition physique de la race juive, ils ajoutent : on peut déplorer la cruauté, mais cela ne peut faire oublier le problème de la ''question juive''...

Hitler en parade à Nuremberg, novembre 1935

Drieu, continue :

- Il y a une ''joie fasciste '' manifestée par ses adhérents ; on peut la critiquer, mais elle est là.

On est frappé en Allemagne de ressentir l'enthousiasme du peuple pour fêter sa poésie, son romantisme wagnérien...

- L'impérialisme allemand ne doit pas être oublié ! C'est à nous de nous présenter aussi forts ! Nous pourrions faire aussi bien, mais notre démocratie est décadente, passive avec une morale de midinette … Il nous faut retrouver le sens d'un ordre nouveau, le goût de l'héroïsme, l'exigence de la grandeur.

Drieu maintient que l'esprit fasciste est anti-conformiste, donc anti-bourgeois...

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