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1935 – Le danger d'une Allemagne nazie.

Publié le par Régis Vétillard

Dans les couloirs de la Chambre, et au ministère, Lancelot croise et rencontre fréquemment le député Gaston Bergery. Il a plaisir à échanger avec cet homme dont les propos sont rigoureux et rationnels. Il réussit à entraîner autour de lui des personnes un peu plus originales que les adhérents partisans des grandes organisations. A la suite de Jouvenel, Lancelot est séduit par cet homme promis certainement à un grand avenir. Conseiller général et député radical de Seine et Oise, Bergery est éditeur depuis 1933 de la revue frontiste ''La Flèche''.

Gaston Bergery

Bergery tente de promouvoir, un projet antifasciste, au-delà des partis traditionnels, et sans ceux de La Rocque qui, dit-il, prépare les français à l'acceptation du fascisme ( dans L'Europe Nouvelle, 1er déc. 1934)

Jouvenel le suit, il parle d'un rassemblement large des dissidents, jusqu'à des partisans de la Rocque qui sont déçus par la faiblesse de son programme politique et doutent de sa capacité d'homme d'état. Quelle forme donner à ce rassemblement ?

Les groupes Esprit et Ordre Nouveau sont intéressés par une troisième voie, Rougemont écrit : « une masse croissante d'hommes savent ce qu'ils ne veulent pas : la guerre, l'anarchie capitaliste, la dictature, le Comité des Forges, la diplomatie moscoutaire, le parlementarisme, la grande presse. Rien de plus frappant que cette communauté de refus à gauche et à droite. Il est temps de donner à ces troupes une volonté commune constructive à la fois contre Wendel et contre Mitvinov » (Où en est la France 1935).

Un Front Populaire, avec les communistes... ? Une idée de Staline, selon Bergery, qui se sent menacé par les allemands et les japonais. Actuellement, « un front populaire ne réunirait que des réformistes sans réforme et des révolutionnaires sans révolution ! » dit-il.

Cependant, Bergery accepte de participer au Front populaire qui se forme sur un programme ; même s'il s'attend aux élections de 1936 à un échec. Il appelle à une ''réconciliation française'' dirigée contre la classe des 200 familles... Mussolini et Hitler doivent trouver en France, un gouvernement jeune, audacieux, et ayant le sens de la grandeur... Nos nations sont sensibles aux prestige des autres...

- Mais, cela ne nous amènera t-il pas à nous mettre au diapason des fascismes ?

- Non, il nous faut sauvegarder la démocratie, et rivaliser en ardeur et en cohésion, afin d'établir avec eux une paix durable.

- Et l'alliance avec les russes ?

- Peut-être ; mais sans heurter l'Allemagne... De toute manière, le Traité de Versailles n'étant plus opératif; il serait temps d'une négociation d'ensemble …

Lancelot lui, n'a pas de doute sur les intentions guerrières d'Hitler. Au mieux on peut, éventuellement, espérer sur une chance de rester hors des nouveaux conflits qui s'annoncent...

Depuis 1933, nous connaissons le contenu de Mein Kampf, mais Hitler refuse une traduction en Français ; cependant réalisée en 1934 par Calmette. Un procès ne permet pas de la publier.

 

Comme nos renseignements nous l'avaient prédit... Prétextant du pacte franco-soviétique, les troupes allemandes occupent la Rhénanie démilitarisée, le 7 mars 1936.

Otto Abetz

 

Lancelot est également informé, des renseignements que nos services peuvent reconstituer sur des allemands présents sur le sol français, en particulier :

Otto Abetz, l'ami allemand de Jean Luchaire a épousé en 1932 sa secrétaire Suzanne de Bruyker. En 1935, Abetz qui a rejoint le NSDAP depuis 1931, est l'homme de confiance de Joachim von Ribbentrop, le conseiller officieux de Hitler pour les affaires étrangères. Agent d'influence en France, il convainc des dirigeants d'associations d'anciens combattants français, notamment Jean Goy pour l'UNC et Henri Pichot pour l'UF de fonder une association française militant pour un rapprochement franco-allemand, en jouant sur les sentiments pacifistes et anticommunistes des Français, tout en exaltant l'œuvre d'Hitler ; son nom : le Comité France-Allemagne , siège social au 94, boulevard Flandrin. Henri de Kérillis n'aura de cesse, de dénoncer les agissements du Comité, en particuliers ceux de Fernand de Brinon et d'Otto Abetz. Le gouvernement, informé bien-sûr, ne tient pas à intervenir pour ne pas fâcher l'autorité allemande.

Aux Jeux Olympiques de 1936 à Berlin, les membres du C.F.A. seront somptueusement reçus. En retour, ils vont s'efforcer de bien accueillir les allemands nazis en France...

 

Le baron von Dincklage, est attaché de presse à l’ambassade d’Allemagne, rue Huysmans. Il participe pour Berlin au financement d'une presse nationaliste et antisémite française, comme le quotidien Le Jour, fondé en 1933 par Léon Bailby.

Avant cela, en 1928, il s'est installé avec sa femme Maximiliana von Schoenebeck, à Sanary, dans le sud de la France. Un modeste village de pêcheurs, découvert par quelques artistes dont Cocteau ; et populaire chez les compatriotes de von Dincklage, pour beaucoup des exilés juifs... En 1933, il se présente comme le représentant national d’une entreprise de caisses enregistreuses, et se rend régulièrement en Allemagne.

Von Dinklage vers 1935

Le baron Dincklage prend ses fonctions à l'ambassade d'Allemagne en octobre 1933. La domestique du couple, Lucie Braun, est membre de la section française du NSDAP, et participe à alerter les services de la Sûreté ( ministère de l'intérieur). On surveille leur train de vie, deux appartements pour ceux qui se disaient réfugiés à Sanary, et on note leurs contacts avec des ingénieurs allemands qui travaillent dans des usines de la banlieue de Paris.

Une cellule nazie de deux , puis trois centaines de membres se réunit au 53, boulevard Malesherbes.

En novembre 1935, les lois de Nuremberg considère Maximilienne von Dincklage comme juive ; le baron avait anticipé et divorcé de sa femme trois mois plus tôt..

 

Le 9 octobre 1934 à Marseille, Le roi de Yougoslavie Alexandre Ier et le ministre français des Affaires étrangères, Louis Barthou, furent victimes d'un attentat commis par un nationaliste bulgare. Dincklage est soupçonné par nos services, d'avoir participé à l'organisation de l'attentat contre le roi venu soutenir la France contre l’Allemagne nazie. Dincklage quitte alors l’ambassade pour Londres, en particulier le Dorchester Hotel à Mayfair, où il retrouve Stephanie von Hohenlohe, amie intime de dirigeants nazis, propagandiste et espionne nazie.

 

Karl Heinz Bremer enseigne l’allemand à la Sorbonne et à l’École normale ; il se dit proche du parti nazi..., ami de Robert Brasillach.

Karl Epting, proche d'Otto Abetz, travaille à Paris depuis 1933, comme directeur du bureau parisien de l'« Office allemand d'échanges universitaires ». Il soutient l'auteur français Céline, et tente, dit-il, de faire connaître Voyage au bout de la nuit, en Allemagne. Il soutient à ses amis qu'une nouvelle guerre est inévitable ; justifié par le « refus permanent des droits vitaux allemands par l’Occident » et sachant que « l’interventionnisme fait apparemment partie du caractère français ». la solution ''autoritaire est la seule qui peut libérer l'Allemagne du « diktat de Versailles ». Karl Epting aime reprendre le terme allemand de '' Auseinandersetzung '' pour expliquer le rapprochement France – Allemagne ; ce terme ambiguë exprime le dialogue par la confrontation ; et «  met chacun à la place qui lui est propre » !

Friedrich Sieburg, est un auteur allemand qui a l'estime des milieux parisiens. Ainsi sa biographie de Robespierre, publiée en allemand en 1935 et presque aussitôt traduite en français chez Flammarion, par Pierre Klossowski (1936). Auparavant c'est '' Dieu est-il français ?'' (Gott in Frankreich ?), publié par Bernard Grasset en 1930, qui obtient un certain succès. En 1933, il publie ''Que l’Allemagne advienne''. Sa vision de la France est celle d'un pays, aimablement arriéré, figé dans l’esprit « latin », qui s'attribue le monopole de la civilisation, animé d’un « esprit de croisade ». En 1933, rival d'André Malraux, il eut une liaison avec Louise de Vilmorin.

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