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Drieu la Rochelle - ''Une femme à sa fenêtre'' 1929

Publié le par Régis Vétillard

Drieu la Rochelle - 1928

Chez Daniel Halévy, on y rencontre Drieu la Rochelle. Elaine ne cesse de parler de lui; elle se montre très satisfaite de sa rupture d'avec les surréalistes, l'encourage à aller plus loin, et de s'engager plus avant à cette recherche de troisième voie qui polarise les réflexions de beaucoup...

Drieu avec Emmanuel Berl publient des petits cahiers qu'ils appellent ''Les derniers jours'' (1927), exprimant l'urgence devant la décadence croissante et la révolution qu’ils sentent se préparer.

« Puisque l’ordre bourgeois et la culture qu’il produit tendent d’un train rapide vers la mort, puisque le machinisme capitaliste, possédé par le démon de la quantité pure ne sait créer qu’une humanité d’esclaves dans un univers frustré de toute valeur spirituelle, où placer ma foi sinon dans la Révolution ? Elle est mon espérance, mon symbole, mon lieu » '' Les derniers jours'' 1927

 

L'autre question du moment parmi certains intellectuels est de choisir entre ''l'homme de pensée'' ou ''l'homme d'action'' ... Drieu reproche au surréalistes de rejoindre le Parti Communiste, au risque d'abdiquer leur liberté d'artistes.

Elaine n'hésite pas à aller dans son sens, pour valoriser ''la sainteté'' de l'homme de pensée, en opposition à ''l'héroïsme '' de l'homme d'action... Drieu n'écarte pas le langage religieux, il reproche même à l'Eglise d'avoir perdu son génie. Dans son livre ''Blèche'', ne s'est-il pas peint en journaliste catholique..?

Drieu qui s'est remarié avec Olésia Sienkiewicz (1927), n'en souffre pas moins de solitude... Il avoue - dans l'amour - n'aimer que la déesse ; moins, la femme. Ils sont installés, 70, rue Saint-Louis-en-l'Ile, et Drieu commence un nouveau roman '' Blèche'' et Olésia tape le manuscrit.

Drieu a besoin de solitude; il prend une chambre d'hôtel. Olésia part à la montagne. Avril 1928, il part seul en Grèce; et se retrouvent à son retour. Ils se séparent de plus en plus souvent...

 

Dans ''Une femme à sa fenêtre'' ( décembre 1929) - roman qu'Elaine a salué - le héros est communiste...

Lancelot s'étonne: que lui trouve t-elle? Il n'est pas romantique, plutôt misogyne, souvent cynique ...! - C'est un homme à la virilité fragile, sincère, mais désespéré.

''Une femme à sa fenêtre'' n'est-il pas la description - encore une fois - d'un monde en déccadence?

Je dirais plutôt celle d'un drame individuel...

L'hôtel ''Acropolis'' où se retrouve la bonne société, suggère l'idée d'un désenchantement, même d'une déchéance...

C'est un espace hors du temps.

Quand-même... je lis... « l'ancien Palais-Royal (...) avait l'air d'une vieille caserne où aurait logé autrefois une armée depuis lors vaincue et dispersée. Elle ne se détacha pas sans effort sa vue de cette façade délabrée et dispersée»... Belle image de notre république...!

Margot, «se penche sur l'abîme», dit-il ... Elle veut se sauver, plutôt que sauver le monde...

Boutros, lui aussi « se moque de la doctrine '' il cherche '' le mouvement, quelque chose qui défie la mort, qui risque la mort, tout ce que j'aime au monde.»

Lancelot et Elaine, lisent critiquent et échangent avec Drieu. Peut-être se reconnaissent-ils dans ces phrases de Drieu, du même livre: « Le grand Dieu qu'ils ont effleuré déjà ce matin sur la terrasse, ils le retrouveront plus tard, quand épurés par les dures épreuves, les terribles conséquences de la rencontre sexuelle, ils seront capables de lui porter des atteintes plus essentielles.» Et plus loin encore: « Leur cœurs sincères se criaient : Nous sommes un homme et une femme ; nous ne sommes que par cet acte éphémère et pourtant, toi et moi, nous pouvons nous relancer, par cet acte, bien au-dessus de cet acte, bien au-dessus de nous-mêmes »

Elaine qualifie Drieu d'idéaliste absolu... « Je ne me ferai plus tuer nulle part, ni pour Mussolini ni pour Lénine » ( Sur les écrivains) .

Victoria Ocampo

En avril 1929, à Paris, lors d'un dîner chez la comtesse Isabel Dato ( qui est ( a été) sa maîtresse), Drieu croise Valéry, un philosophe espagnol José Ortega y Gasset qui est venu avec une belle femme, dont il fait rapidement la connaissance : Victoria Ocampo, argentine, elle a 39 ans, cultivée, femme de lettres, elle recherche des contacts littéraires pour envisager une revue franco-argentine.

En même temps qu'une liaison amoureuse s'établit entre Drieu et Ocampo, Elaine va piloter Victoria dans différents cercles ; elle s'intéresse à quelques personnages éminents que Victoria a rencontré comme Rabindranath Tagore, un philosophe indien; ou qu'elle envisage de rencontrer comme Carl Gustav Jung (1875-1961)...

 

Le 6 novembre 1929, Jacques Rigaut, compagnon de route des surréalistes et ami de Drieu se suicide. La mort est la chose « la plus précieuse qu’ait un homme », et « mourir c’est l’arme la plus forte qu’ait un homme » dans ''Le feu follet'' de Drieu la Rochelle.

«  Cette société va tout de travers. Elle ne zigzague même plus sous l'effet de tiraillements contradictoires. Tout le monde tire dans le même sens, vers le fossé. (...)

Mais, derrière toute cette faiblesse de parole et de pensée des uns et des autres, qui s'étale ici dans ce décor intemporel, je n'oublie pas la brutalité qui la compense, dehors, dans le quotidien. Plus une société est faible dans sa pensée morale, plus elle manque de contradiction intérieure, plus elle est brutalement lourde sur la pente où elle glisse. L'humanité, sortie de la violence, y retombe plus tard, par fatigue, ne pouvant plus, ne sachant plus se tenir. Il y a tous ces gardes dans la salle, cette police maîtresse de Paris, contre laquelle il n'est plus de citoyens pour se dresser. Elle agit partout avec un arbitraire insultant. Les honnêtes gens peuvent craindre la façon dont elle traite les malhonnêtes gens : aujourd'hui, on chambarde les bureaux de Mme Hanau, hier on boxait Almazian. Attention. Et c'est un fait européen, il en est ainsi partout. Faiblesse des hitlériens, des fascistes, faiblesse qui s'exaspère et qui griffe. La pensée est faible, le poing se contracte. Nous allons vers de hideuses convulsions de vieux enfants.

Je ne fais plus attention à ce qui se passe, j'attends la fin de l'audience, Je m'ennuie et rien ne vient me tirer de mon ennui. Seule, un instant. la vue de cette brochette de compères : Bloch, Audibert, Hersent, de Courville, me fait rigoler. » DRIEU LA ROCHELLE, Les Nouvelles littéraires du 8 novembre 1930.

Hors le communisme, hors l'Action Française; les ''jeunes turcs '' du parti radical, lui semblent plus en phase avec ce que chacun peut attendre: une réforme de l'état et l'organisation fédérale des états européens... Drieu s'engage politiquement dans cinq articles donnés à ''la Voix'' ( de Bertrand de Jouvenel, réacteur en chef)

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