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A la recherche de Marcel Proust - Hélène Standish -

Publié le par Perceval

A l'intérieur de la malle que nous a léguée mon aïeule Anne-Laure de Sallembier, il y a un dossier empli de documents ( articles, journaux, notes...) autour de Marcel Proust, composé après sa mort... Cependant, rien n'indique qu'elle ait de près partagé quelque lien avec l'écrivain ; aucune autographe, lettre ou photo...

Marcel Proust

Je sais pourtant qu'elle eut plusieurs fois l'occasion de le croiser, non seulement lors de cette soirée chez la princesse de Polignac le 4 juin 1908 ; mais également au cours du mois d'août 1907 à Cabourg, comme je vais avoir l'occasion d'en raconter quelques péripéties dignes d'un vaudeville...

 

Je vais remonter le temps encore, pour évoquer les liens relationnels qui me permettent de penser que Marcel Proust et Anne-Laure de Sallembier ont eu bien d'autres raisons de se croiser...

 

La personne qui ferait le lien, serait Hélène Standish (1847-1933), née Hélène de Pérusse des Cars, épouse d'Henry Standish...

Helène Standish, est une femme du monde connue pour sa beauté, et bien connue de la société française et britannique.. Elle a reçu dans son salon parisien de nombreux artistes de renom et inspiré Marcel Proust.

Mme Henry Standish née Hélène de Pérusse des Cars (28 mars 1882). Paul Nadar (1856-1939)

Le prince de Galles, futur souverain du Royaume-Uni sous le titre d'Édouard VII (1841-1910), est un francophile ardent. Il est reçu dans les grandes maisons de l'aristocratie, notamment chez la comtesse Élisabeth Greffulhe rue d'Astorg à Paris, le duc et la duchesse de La Trémoille à Rambouillet ainsi que Lord et Lady Standish dans leur Hôtel particulier, au no 3 rue de Belloy dans le 16e arrondissement de Paris. Parmi ses liaisons, la rumeur rapporte la relation passionnelle en 1874 tissée entre le prince et la belle Mme Standish...

Plus tard, le couple royal et la famille Standish resteront des amis proches...

 

A propos de la passion qu'inspire Hélène Standish, il y a celle du général Gaston de Galliffet (1831-1909) - le massacreur de la Commune – et qui va inspirer à Marcel Proust le vaniteux personnage du général de Froberville. La confidence est rapportée par Alfred de Gramont, alors que le Général loge chez Henry Standish; il n'hésite pas à le critiquer, alors qu'il lui donne l'hospitalité, mais plus par jalousie, car il avoue au prince de Gramont sa passion pour la maîtresse de maison : « Il m'a répété souvent qu'il n'avait jamais aimé et qu'il n'aimait qu'une seule femme au monde plus que tout, c'était Mme Standish » Galliffet est à ce moment, Inspecteur général de la cavalerie, avant de devenir Ministre de la Guerre de 1899 à 1900.

 

Anne-Laure a passé une grande partie de son enfance à Fléchigné (en Mayenne).

Mariée, puis enceinte et mère, elle se retrouve ''coincée'' sur ses terres, alors que la vie mondaine de Paris, n'a cessé de l’éblouir et de l'attirer...

Le 10 janvier 1900, elle met au monde un fils, qu'elle appelle Lancelot... Quelques années après son mariage, Georges de Sallembier, meurt subitement ( 1902) d’une fièvre typhoïde, à Paris...

La belle Anne-Laure navigue alors entre Paris, le château de Fléchigné, et les loisirs de la vie mondaine parisienne qui prend villégiature, en bord de mer ...

 

Non loin des terres et du manoir de Fléchigné - à quelques kilomètres - se situe le château d'Hauteville. Des liens amicaux se sont tissés entre Anne-Laure de Sallembier et Émilie de Pérusse des Cars (1844-1901) qui a hérité en 1882 du château de Hauteville et de son domaine à Charchigné. Emilie est mariée depuis 1874 avec le comte Bertrand de Montesquiou-Fezensac. Ils ont une fille, Mathilde née en 1883, qui y passe une jeunesse heureuse aux côtés de sa mère protectrice pendant les périples de son père - capitaine de frégate - sur de lointains océans.

le Château_de_Hauteville à Charchigné propriété de Mathilde de Montesquiou-Fézensac depuis 1902

"Le château à l'époque de sa splendeur employait une cinquantaine de domestiques. Il comprenait 99 chambres. L'entretien de l'aile principale occupait une personne l'année durant. Il permettait à plusieurs familles de vivre sur les terres. Les fermiers étaient en métayage. Ils n'étaient pas riches, mais ne manquaient cependant pas du nécessaire. Tout devait être partagé de moitié avec le château. Des règles étaient à respecter de façon draconienne : les fermiers n'étaient pas assurés de rester d'une année sur l'autre sur la même exploitation. L'intendant régnait en maître. Un certain Galereau, un novateur dans l'agriculture, qui introduisit le chou cavalier dans la région, et fit le premier coucher les vaches dehors, était particulièrement craint." (wiki)

 

Le 1er mars 1901, la mère de Mathilde, Emilie, meurt de maladie, en son château de Hauteville; puis son père, l'année suivante... Ils sont inhumés en la chapelle de Hauteville dans le cimetière de Charchigné.

Mathilde est alors mineure et elle est prise en charge par sa tante Hélène Standish, née de Pérusse des Cars...

Hélène est l'épouse de Lord Henry Noailles Widdrington Standish of Standish, une très ancienne famille aristocratique britannique.

Hélène Standish accueille sa nièce et l'installe en son hôtel parisien au no 3 rue de Belloy dans le 16e arrondissement de Paris. Leur salon est l'un des plus réputés de la capitale avec celui de leur amie, la comtesse Élisabeth Greffulhe rue d'Astorg à Paris. Élisabeth Greffulhe est la fille de Marie Joséphine Anatole de Montesquiou-Fézensac, nièce du contre-amiral Bertrand de Montesquiou-Fézensac et donc cousine de Mathilde.

à l’Opéra de Paris (1907) par Jean Béraud

 

Marcel Proust s'est inspiré pour son personnage de la duchesse de Guermantes de plusieurs grandes dames comme Laure de Chevigné, la comtesse Jean de Castellane, Mme Straus, la comtesse Greffulhe et son amie Mme Standish.

Pendant un gala, à l’Opéra de Paris, le narrateur contemple la société aristocratique installée dans les baignoires, sortes de loges disposées derrière les fauteuils d’orchestre. La scène où la duchesse et la princesse de Guermantes côte à côte et « s'admirant mutuellement », aurait été inspirée par la vision de Mme Standish en 1912, auprès de la comtesse Greffulhe dans l'illustre loge où Marcel Proust était invité pour la représentation de Sumurum, pantomime inspirée des Mille et Une Nuits montée par Max Reinhardt le 24 mai 1912 au Vaudeville.

Le journaliste Saint-Simon du Gaulois, décrit Lady Standish au cours d'un bal organisé à l'hôtel Continental au mois de mai 1883, au profit de l'œuvre de l'Hospitalité de nuit

« Mme Standish est la belle des belles. L'admiration de tous court au devant d'elle comme les yeux vont à la lumière. Elle n'est pas la plus distinguée des Parisiennes ; elle est la distinction incarnée. Sa robe est noire et relevée de nœuds-blancs. Elle porte en sautoir une écharpe de perles, et comme une reine, elle a le front ceint d'un diadème. »

La gouvernante de Marcel Proust, Céleste Albaret, évoque Mathilde de Montesquiou-Fézensa :

« Je me rappelle… Pendant les deux dernières années, quand nous étions rue Hamelin, après avoir quitté le boulevard Haussmann, il y avait une dame du monde [Hélène Standish] qui avait son hôtel particulier juste au coin de la rue La Pérouse […] Cette dame avait été très belle et gardait une élégance très stricte […] M. Proust la connaissait pour l'avoir vue chez la comtesse Greffulhe, je crois, et avait été fasciné par sa mise. Elle avait une nièce qui vivait avec elle comme sa fille, parce qu'elle n'avait pas eu d'enfant, et cette nièce, me racontait M. Proust en riant, avait une telle admiration pour lui que, disait-elle, si elle ne parvenait pas à l'épouser, elle ne voyait qu'un autre homme avec qui se marier : le célèbre organiste Widor, qui était beaucoup plus âgé qu'elle. De fait, elle s'est mariée avec Widor, qui est venu partager l'hôtel particulier de la rue La Pérouse. »
d'Albert Guillaume

Ainsi, Anne-Laure de Sallembier fréquentant le salon d'Hélène Standish, n'a pas manqué de croiser Marcel Proust et la comtesse Élisabeth Greffulhe; elle-même recevant Hélène Standish dans son salon de la rue d'Astorg à Paris.

Il est intéressant aussi de constater qu'Anne-Laure ait pu rencontrer chez Hélène Standish, Raymond Poincaré, républicain laïque, est plusieurs fois ministre puis président du conseil et enfin président de la République. Elles apprécient et estiment cet homme d'État pour sa modération, son attitude tolérante envers la religion et son opposition à l'anticléricalisme.

Mathilde est une jeune femme qui n'a pas la beauté et surtout la force de caractère de sa tante; et elle finit par abandonner la gestion du domaine de Hauteville à Hélène et Henry Standish... Ils entreprennent des travaux de rénovation et installe un calorifère afin d'assurer le chauffage de la propriété. Ils viennent régulièrement séjourner dans le prestigieux domaine avec leur nièce.

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