Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

1900 - Les salons artistes et mondains - la Porte de Parsifal

Publié le par Perceval

1899 chez Anna de Noailles- De gauche à droite, debout : prince Edmond de Polignac, princesse de Brancovan, Marcel Proust, prince Constantin de Brancovan (frère d’Anna de Noailles), Léon Delafosse. Au 2ème rang : Mme de Montgenard, princesse de Polignac, comtesse Anna de Noailles, Au 1er rang : princesse Hélène de Caraman-Chimay (sœur d’Anna de Noailles), Abel Hermant

1899 chez Anna de Noailles- De gauche à droite, debout : prince Edmond de Polignac, princesse de Brancovan, Marcel Proust, prince Constantin de Brancovan (frère d’Anna de Noailles), Léon Delafosse. Au 2ème rang : Mme de Montgenard, princesse de Polignac, comtesse Anna de Noailles, Au 1er rang : princesse Hélène de Caraman-Chimay (sœur d’Anna de Noailles), Abel Hermant

PAUL CÉSAR HELLEU Princesse E. de Polignac

Nous avons évoqué la finalité de l'Art... Une femme, encore, a porté à cette époque cet idéal esthétique, par la musique en particulier ; il s'agit de Winnetta Singer devenue Princesse Polignac (1865-1943)...

Les Polignac, est une dynastie originaire du Puy-en-Velay qui remonte ses preuves de noblesse au IXe siècle, elle ne se réduit pas à la personne de la grande amie de Marie-Antoinette, gouvernante des enfants de France. 

 

D’origine américaine, née en 1865, Winnaretta est très jeune à la mort de son père, Isaac Singer, l’inventeur de la machine à coudre, qui lui laisse une fortune considérable. Winnaretta Singer (1865-1943) est millionnaire à 18 ans...

D'abord mariée à 22 ans, avec le prince Louis de Scey-Montbéliard en 1887, ce mariage sera annulé par le Vatican en 1892 ( Elle se serait réfugiée sur une armoire pendant sa nuit de noces, effrayée de ce qui se passait et aurait menacé son mari de se tuer s'il l'approchait. ).

En 1893, elle se marie avec le prince de Polignac, homosexuel, bien plus âgé qu'elle, et amoureux platonique. Le Prince Edmond de Polignac, est le fils du ministre de Charles X... Son ami Marcel Proust le compare à « un donjon désaffecté qu’on aurait aménagé en bibliothèque » ...

 

Winnaretta est musicienne et une artiste peintre ; mécène, elle reçoit dans son atelier de peinture de la rue Cortambert (que Proust surnommait le Hall), dans sa campagne de Saint-Leu-la-Forêt ou dans son immense hôtel particulier parisien au 57 de l’avenue Henri-Martin, « la plus élégante fumerie d’opium de Paris » selon Paul Morand. On y croisait, outre Marcel Proust -qui évoqua son Salon dans un article publié dans le Figaro du 6 septembre 1903-, Monet, Cocteau, Colette, Nabokov, Picasso, Valéry. Surtout on pouvait y entendre, en avant-première, les chefs d’œuvres musicaux qu’elle commanditait à la fine fleur de l’avant-garde.

Avec son mari, ils font chaque année le ''pèlerinage'' à Bayreuth ; Edmond est déjà venu au secours de Wagner après son échec avec Tannhäuser à l’Opéra de Paris...

Figaro - Dîner chez la princesse de Polignac, ce 4 juin 1908, présence de Me de Sallembier, et M. Proust

Ravel a présenté à la Princesse de Polignac la dédicace de son dernier ouvrage: Pavane pour une infante défunte . À cette époque, il était courant que les artistes demandent la permission avant de dédier une œuvre à qui que ce soit, mais avant que Winnaretta ne puisse s'opposer à la décision de Ravel, Pavane s'était déjà avéré être un succès exceptionnel. Elle accepta cette dédicace et devint finalement l'un des supporters les plus passionnés de la musique de Ravel.

« Le désir de Winnaretta de faire entendre des œuvres qui nécessitaient des exécutants en très grand nombre, ce que l'on ne voyait jamais dans des demeures privées avait une conséquence fâcheuse. Elle devait inviter beaucoup de monde à ses concerts pour équilibrer la foule des musiciens et, souvent, la qualité des auditeurs diminuait en fonction de leur quantité. Les critiques et les chroniqueurs mondains étaient tantôt ennuyés, tantôt amusés par la réunion de princesses coiffées de chapeaux élégants et de ducs qui renversaient leur chaise, faisaient tinter leur cuillère dans les tasses et papotaient bruyamment cependant que les musiciens tentaient de lutter énergiquement contre ce fond sonore évocateur d'une basse-cour. » Michael de COSSART: Une américaine à Paris (Paris, Plon, 1978)

Baronnne Olga de Meyer (à droite)

Winnaretta a de nombreuses relations amoureuses, qu'elle ne dissimule pas, avec des femmes, notamment : la compositrice Ethel Smyth, la peintre Romaine Brooks qui débute en 1905, et met fin à sa liaison avec Olga de Meyer.

Olga de Meyer (1871-1930) est connue pour sa beauté, elle est le modèle et la muse de nombreux artistes, donc Jacques-Émile Blanche, James Jebusa Shannon, James McNeill Whistler, Giovanni Boldini, Walter Sickert, William Ranken, John Singer Sargent et Paul César Helleu.

Un autre de ses admirateurs n'était autre que Charles Conder, qui s'amouracha d'Olga Caracciolo et peignit son portrait. On comptait également dans son cercle de fréquentation Aubrey Beardsley. Olga de Meyer a également inspiré des personnages des romans d'Elinor Glyn et d'Ada Leverson.

Winnaretta aima d'autres femmes mariées... A Venise, un mari ''offensé'' d'être trompé, voulut se battre en duel avec elle…

Porte de Parsifal - Eugène Grasset, Projet de Porte monumentale, aquarelle de présentation (1890), Paris, Petit Palais.

Porte de Parsifal - Eugène Grasset, Projet de Porte monumentale, aquarelle de présentation (1890), Paris, Petit Palais.

Winnaretta confia à Anne-Laure sa passion pour la musique de Wagner... et le désir qu'elle eut de créer à côté de son atelier une sorte de Temple au Graal... !

Sérieusement … Elle a envisagé une porte monumentale qu'elle confierait au sculpteur et céramiste Jean Carriès. Eugène Grasset, dessinateur, conçut un projet dont il reste un dessin daté du 16 janvier 1890. Satisfaite du projet, Winnaretta a signé la commande à Carriès, qui n'est jamais allé au bout du projet … !

Ce dessin est nommé '' la Porte de Parsifal'' :

La porte monumentale devait être habillée de carreaux de céramique représentant des visages masculins et féminins et un bestiaire assez étrange. Au centre, un pilier portait une statuette à l’effigie de Winnaretta, elle-même assez curieuse, car elle est représentée comme une très jeune fille belle et altière, qui foule aux pieds un serpent, et porte sur le bras gauche… un chat.

Paris Musées - Petit Palais - Jean Carriès

 

Les salons sont plus ou moins '' artistes '' ou plus ou moins ''mondains'' .. Pour les mondains : des salons raffinés comme celui de la Comtesse Aimery de la Rochefoucauld (1852-1913)( fréquenté par M. Paul Bourget, Proust...) ; le salon '' finance et grande industrie '' de Mme Henri Schneider , ou celui plus ''aristocratie politique'' de la duchesse de La Rochefoucauld-Doudeauville... pour lesquels les règles de ''recrutement sont très ciblées...

Le salon de Mme de Caillavet, est un ''salon littéraire'', le dimanche ...

Chez la comtesse Greffülhe, on est « mondain, musical, littéraire ; très éclectique », chez la comtesse d'Haussonville, on est « mondain, politique littéraire ; chez Mme Madeleine Lemaire « musique et littérature »...

Certains salons esquissent des carrières académiques, et pour être candidat à l'Académie, à l'Institut... ; il est recommandé de faire quelque stage dans certains salons de ''grandes examinatrices '' …

Le jeune poète Henri Hertz (1875-1966) est convié dans l'un de ces salons :

« (…) il y a là aussi quelques regards lourds d'amoureuses qui se posent et se retiennent ; et dans ceux des jeunes femmes mariées, il y a de la langueur de regret : ceux des mères frétillent à l'unisson des yeux de leurs filles ! L’œil des hommes insulte, marque, ou gouaille, avec tous les signes de la luxure, du dédain blasé, ou de l'expérience indulgente comme ne face des naïvetés enfantines ! Tout cela assoupi et retenu ici, sans excès, parce qu'on est dans un salon protestant ! »

Hertz continue et note sur ces ''salons'' ce qui lui semble spécifiquement français : « En France, le sens romanesque, passionnel, galant prime tout ; une femme est toujours une femme dans les trafics aussi bien que dans les salons ; la femme se montre continuellement femme, l'homme continuellement homme ; le souci du sexe ne quitte ni leurs yeux, ni leurs gestes.

L'amour règle toutes leurs réunions. C'est ce qui donne à toutes les assemblées françaises, aux plaisirs, aux discours, aux affaires, un aspect particulier... »

Sources :''Paris 1900: Essai d'histoire culturelle'' de Christophe Prochasson

Commenter cet article