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La mort de Balzac

Publié le par Perceval

Balzac sur son lit de mort par Emile Giraud

Le lendemain du dimanche 18 août 1850, la nouvelle courrait que Monsieur de Balzac était mort.... Bien vite Charles-Louis de Chateauneuf en eut la confirmation !

 

Charles-Louis avait rencontré l’écrivain dans divers salons. Il se souvenait avec beaucoup de reconnaissance de ses échanges sur la philosophie, la science ; et il l'avait écouté très sérieusement et avec intérêt, quand Charles-Louis avait évoqué le Graal...

 

Au premier regard, Balzac n'était pas beau, un homme petit, avec une grosse taille qu'un vêtement peut-être mal fait rendait grossier. Une grosse tête, un grand front et des yeux … Un regard foncé qui exprimait tant de choses... Un gros nez carré et une bouche énorme qui riait toujours... Sa bonne humeur devenait vite contagieuse

Portrait de Balzac 1842

« Il y avait dans tout son ensemble, dans ses gestes, dans sa manière de parler, de se tenir, tant de confiance, tant de bonté, tant de naïveté, tant de franchise, qu'il était impossible de le connaître sans l'aimer... » Sidonie de Pommereul épouse du général François de Pommereul

 

Son ''épaisseur'' semblait lui donner de la force, et non lui en retirer... Il agitait ses grosses mains, et chacun restait captif de son regard... Il charmait, il fascinait, entrait en confidence... Il ne pouvait être que bon ; on se sentait en confiance, comme s'il était de la famille...

 

En 1836, une jeune fille proche des Visconti, Sophie Koslowska, écrivait à son père, diplomate russe : « M. de Balzac qui est aussi un homme supérieur, goûte la conversation de Madame Visconti, et, comme il a beaucoup écrit et écrit encore, il lui emprunte souvent de ces idées originales qui sont si fréquentes chez elle, et leur conversation est toujours excessivement intéressante et amusante. Voilà la belle passion expliquée. M. de Balzac ne peut pas être appelé un bel homme, parce qu'il est petit, gras, rond, trapu ; de larges épaules bien carrées, une grosse tête, un nez comme de la gomme élastique, carré au bout, une très jolie bouche, mais presque sans dents, les cheveux noirs de jais, raides et mêlés de blanc. Mais, il y a, dans ses yeux bruns, un feu, une expression si fort que, sans le vouloir, vous êtes obligé de convenir qu'il y a peu de têtes aussi belles. Il est bon, bon à mâcher pour ceux qu'il aime, terrible pour ceux qu'il n'aime pas et sans pitié pour les grands ridicules.[...] Il a une volonté et un courage de fer ; il s'oublie lui-même pour ses amis. [...] Il joint à la grandeur et à la noblesse du lion la douceur d'un enfant. »

Balzac - Modeste-Mignon - Gravure de P. Vidal

 

Charles-Louis de Chateauneuf a rencontré Monsieur de Balzac dans le salon de la duchesse d'A.... Il eut la chance de pouvoir converser avec passion de science et de philosophie... Ensuite, alors qu'il le croisait de nouveau; il avait remarqué – avec délice – alors qu'il était entouré et en conversation – qu'il lui jeta un regard vif, pressé, gracieux, d'une extrême bienveillance. Il s'est alors approché de lui pour lui serrer la main ; et tout fut dit, sans phrase... Balzac n'avait pas le temps de s'arrêter de parler, mais c'était comme si la présence de Charles-Louis l'eût ranimé au lieu de l'interrompre...

 

En 1843, le comte Hanski, mari d'Eve Hanska meurt... Balzac fait alors plusieurs séjours à Saint-Petersbourg avec sa bien-aimée...

Balzac a de gros soucis financiers.. Il emprunte beaucoup … Balzac dépense beaucoup pour l’aménagement de la Rue Fortunée ; en proportion égale de son amour pour la belle Eve, c’est-à-dire énormément...

En 1848, Balzac est prêt à repartir. Il prend le train à la Gare du Nord le 19 septembre.. On va maintenant de Paris à Cracovie en 60 heures...

1849 : il avoue à sa sœur, en décembre « A 50 ans avoir encore 100 000 francs de dettes, et ne pas être fixé sur une question qui est toute ma vie et mon bonheur, voilà la thèse de l’année 1849. »

1850 : Balzac est terriblement épuisé par des crises cardiaques successives, des étouffements et des bronchites...

 

L'administration du tsar refuse à Mme Hanska de conserver ses terres en cas de mariage avec un étranger... L’état de santé de Balzac n'est pas bon ; finalement elle franchit ce pas tant espéré par Balzac depuis des années : en février 1850, elle prend la décision de donner ses terres et son domaine à sa fille, afin de pouvoir l’épouser et l’accompagner en France...

Le mariage est enfin célébré le 2 mars 1850, à l’église Sainte-Barbe de Berditchev en toute intimité.

Eve Hanska, épouse de Balzac

 

M. et Mme Honoré de Balzac quittent Wierzchownia le 24 avril 1850 et reprennent le chemin de Paris, à petites étapes, parce que la santé de l'écrivain exige des précautions.

Balzac se préoccupe auprès de sa mère de l’état de la maison qui doit être prête pour accueillir sa femme. Il lui écrit de Dresde, « j’espère être rue Fortunée le 20 ou au plus tard le 21, je t’en prie donc instamment, fais que tout sois prêt pour le 19 et que nous trouvions à déjeuner ou à dîner, quand bien même les provisions seraient perdues car j’ignore à quelle heure nous arriverons l’un de ces trois jours là. »

Le couple arrive enfin à Paris dans la soirée du 21 mai. Balzac voit l'un de ses rêves se réaliser : l’arrivée de sa femme dans leur demeure conjugale, 12 rue Fortunée, l'ancien hôtel de M. de Beaujon que Balzac avait acheté ( en sept. 1846) et tout fait préparer ... Mais, le domestique devant les accueillir n’est pas là ; et il faut appeler un serrurier en pleine nuit et forcer la porte…

À peine arrivé, la santé de Balzac se détériore encore. Mais, il reçoit encore... Charles-Louis de Chateauneuf a la grande opportunité d'accompagner le romancier et poète, Auguste Vacquerie (1819-1895), qui décrit ainsi sa visite : «  Puis nous passâmes tous dans le salon principal, nous vîmes Balzac assis ou plutôt à demi couché dans un grand fauteuil placé près d’une fenêtre; il était enveloppé d’une longue robe de chambre; sa tête reposait sur un oreiller, sou ses pieds s’étalait un cousin. Ah quelle lamentable métamorphose le temps la maladie avenir opéré en lui ! Tombée cette belle vitalité ; éteint cette vaillante exubérance qui rendait sa personne si originale si attractive. Le romancier n’était plus que l’ombre de lui-même ».

Ce jour là, Balzac, tient absolument à faire présent à Charles-Louis, d'un manuscrit de jeunesse... Il lui assure que ces quelques pages pourraient l'intéresser dans ses recherches « au sujet de ce Graal, dont vous m'avez parlé... (…) Et, vous reconnaîtrez quelques idées de notre cher Swedenborg (*)... »

Charles-Louis reste surpris de l'intensité de son regard où semble se réfugier toute la vie. 

***
 

En juillet, ses souffrances deviennent atroces. Au début d'août, les étouffements commencent. Balzac entre en agonie le 18. Ce jour-là, Victor Hugo est venu le voir, il a raconté cette dernière visite dans 'Choses vues'. « Une autre femme vint qui pleurait aussi et me dit : «Il se meurt. Madame est rentrée chez elle. Les médecins l'ont abandonné depuis hier. Il a une plaie à la jambe gauche. La gangrène y est.... (…) La nuit a été mauvaise. Ce matin, à neuf heures, monsieur ne parlait plus. Madame a fait chercher un prêtre. Le prêtre est venu et a donné à Monsieur l'extrême- onction. Monsieur a fait signe qu'il comprenait. Une heure après, il a serré la main à sa soeur, Mme de Surville. Depuis onze heures il râle et ne voit plus rien. Il ne passera pas la nuit. Si vous voulez, monsieur, je vais aller chercher M. de Surville, qui n'est pas encore couché. »»

(…) « J'entendis un râlement haut et sinistre. J'étais dans la chambre de Balzac.
Un lit était au milieu de cette chambre. Un lit d'acajou ayant au pied et à la tête des traverses et des courroies qui indiquaient un appareil de suspension destiné à mouvoir le malade. M. de Balzac était dans ce lit, la tête appuyée sur un monceau d'oreillers auxquels on avait ajouté des coussins de damas rouge empruntés au canapé de la chambre. Il avait la face violette, presque noire, inclinée à droite, la barbe non faite, les cheveux gris et coupés courts, l’œil ouvert et fixe. Je le voyais de profil, et il ressemblait ainsi à l'Empereur.
 »

Balzac meurt pendant la nuit du 18 août 1850. L'enterrement eut lieu le 21 août, après un office à l'église Saint-Philippe-du-Roule, au cimetière du Père Lachaise, ce haut-lieu de l’œuvre balzacienne, d'où le jeune Rastignac avait jeté son défi à Paris: "À nous deux maintenant", où gisaient Esther Gobseck, Lucien de Rubempré, tant d'autres personnages. Victor Hugo prononça l'éloge funèbre du romancier.

(*) E. Swedenborg, dans le prochain article ... A suivre ….

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