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L'homme qui a perdu son ombre... l’histoire de Peter Schlemihl - A. von Chamisso -2/.-

Publié le par Perceval

On se rappelle : que Schlemihl poursuivi par le diable, se retient de signer ce fameux contrat … Et, finit par lancer la bourse de Fortunatus dans l’abîme... ! L’homme en gris disparaît, Schlemihl se retrouve seul, soulagé, s’endort et fait un rêve où apparaissent Mina ( épousée par le méchant Rascal...) , puis de nouveau Chamisso...

Peter Schlemihl, est toujours sans ombre et dorénavant sans argent, contraint de fuir à nouveau la compagnie des hommes, erre dans tout le pays, et use ses souliers sur les chemins. Il lui reste à peine de quoi s'acheter une paire de bottes usagées. Très vite il se rend compte que celles-ci ne sont autres que les bottes de sept lieues, qui lui permettent de franchir mers et continents en quelques enjambées... Schlemihl décide alors de s'établir comme anachorète dans la Thébaïde, et de consacrer le reste de ses jours à étudier la faune et la flore de tous les continents.

La vitesse de déplacement, mais aussi la diversité des coutumes, font que ces voyages relativisent la malheur de ne plus avoir d'ombre... Le récit, beaucoup plus rapide, change de ''sens'' …

 

Un jour qu'il est tombé malade après être tombé dans les eaux glacées qui bordent la Norvège, et après avoir erré quelque temps à travers le monde dans un état de semi-inconscience, Schlemihl s'évanouit.

Il se réveille dans un hôpital inconnu, dont il constate avec stupeur qu'il porte son nom. Il s'aperçoit que ses propriétaires ne sont autres que Bendel, qui l'a fait construire avec l'argent que lui avait légué son maître, et Mina, à présent veuve. Ceux-ci ne reconnaissent pas l'homme qu'ils ont aimé dans ce vieil homme hirsute à la longue barbe blanche, mais Schlemihl surprend une de leurs conversations au cours de laquelle ils se demandent si les prières qu'ils adressent quotidiennement pour le bonheur et le repos de ''l'homme sans ombre'' l'ont soulagé de son fardeau.

Schlemihl, une fois rétabli, quitte l'hôpital sans se faire connaître, pour retourner dans la Thébaïde, Il a laissé laissé sur son lit une lettre :

« Votre vieil ami est, ainsi que vous, plus heureux aujourd'hui qu'il ne l'était alors ; et s'il expie sa faute, c'est après s'être réconcilié. »

Adelbert_von_Chamisso

Cette histoire fut écrite par Adelbert von Chamisso, né Louis Charles Adélaïde de Chamisso (1781 – 1838), et qui n’est arrivé en Allemagne qu’à l’âge de 14 ans...

 

<-- Adelbert von Chamisso pendant son voyage autour du monde , par Louis_Choris

Il en est de lui, comme de cet homme, qui s'interroge sur son identité...

Avant ''la révolution'', la famille Chamisso s'ancrait au Château de Boncourt...

« … C’est ainsi, château de mes pères,
Que tu vis toujours en mon cœur
Alors que rien de toi ne reste
Qu’une terre où va la charrue. 
»

 

« Récemment j’ai peint dans ma mémoire le jardin, jusqu’à la plus petite courbe de l’allée la plus éloignée, jusqu’au moindre buisson, et ma force d’imagination était si vive qu’elle me représentait avec la plus grande précision tous ces détails intacts. J’étais hors de moi ! » Lettre à sa sœur,

Et en 1837, (un an avant sa mort) : « Je n’ai fait que rêver du château de Boncourt .. » lettre à son ami Louis de La Foye.

Adelbert von Chamisso (1781-1838)

 

Le père, Louis Marie de Chamisso, intègre l’armée dite « des Princes » aux côtés du maréchal de Broglie, dont il devient l’aide de camp. Le château de Boncourt est bientôt entièrement démoli...


 

''Schlemihl'' est un mot yiddish : « Dans le dialecte juif, on appelle de ce nom des gens malheureux ou maladroits auxquels rien ne réussit… » lettre du 27 mars 1821 à son frère Hyppolyte

Le choix de ce mot explique à lui seul « l’intention d’écriture » de l’auteur, qui dira plus tard à Madame de Staël : « Ma patrie : je suis français en Allemagne et allemand en France, catholique chez les protestants, protestant chez les catholiques, philosophe chez les gens religieux et cagot chez les gens sans préjugés ; homme du monde chez les savants, et pédant dans le monde, jacobin chez les aristocrates, et chez les démocrates un noble, un homme de l’Ancien Régime, etc. Je ne suis nulle part de mise, je suis partout étranger – je voudrais trop étreindre, tout m’échappe. Je suis malheureux… Puisque ce soir la place n’est pas encore prise, permettez-moi d’aller me jeter la tête la première dans la rivière…»

Berlin

 

Après un passage par les Flandres, la Hollande, ensuite l’Allemagne avec Düsseldorf, Wurtzbourg, Bayreuth,... Voici les Chamisso à Berlin. À partir de 1793, Louis Charles y vit modestement avec sa mère Marie-Anne, née Gargam, et ses six frères et sœur. Les revenus sont minces, aussi la plupart des enfants Chamisso sont-ils employés à la Fabrique royale de porcelaine comme miniaturistes, ce qui permet à la famille de subvenir à ses besoins. Contrairement à ses frères et sœur, Louis Charles croise la première grande opportunité de son existence : admis comme page auprès de la reine Frédérique Louise de Hesse Darmstadt, il entre à son service en 1796.

Schauspielhaus am Gendarmenmarkt in Berlin

Il entre au lycée français de Berlin, et en devenant un membre de la Cour, le jeune Chamisso intègre plusieurs cercles, dont d’aucuns lui ouvriront les portes des salons berlinois.

Puis, Chamisso n'a pas d'autre choix que d'entrer dans l’armée prussienne en 1798

Rahel (Levin) Varnhagen_von_Ense

L'allemand est pour lui la langue de l’écrit, alors que le français – qu’il écrit mal – reste la langue dans laquelle il pense, compte et rêve. Pendant qu’il est en garnison à Berlin, il commence aussi à fréquenter les salons littéraires juifs berlinois et notamment le plus célèbre, celui de Rahel Lewin, future femme de son ami August Varnhagen. La question de l’émancipation, de l’assimilation et de la conversion – qui concernent autant Chamisso, bien que non juif, pour d’autres raisons – tourmente au plus haut point Rahel Varnhagen...

 

Mauerstraße, où Rahel levin avait son salon

En décembre 1806, il est à Paris, d’où il écrit encore à Varnhagen : « Je hais la France, et l’Allemagne n’est plus et pas encore. »

 

Il retourne donc à Berlin, sous occupation française. Ses amis allemands sont tous devenus patriotes, animés par un esprit de revanche, le cosmopolitisme est suspect, on lui montre partout une certaine mauvaise humeur critique, on lui reproche son caractère abrupt et taciturne, sa tabagie. Les années 1808-1809 sont pour Chamisso des années difficiles. En octobre 1808, il écrit à Fouqué : « Au demeurant, le monde m’est de toutes parts fermé comme avec des planches clouées, et je ne sais ni d’où partir ni où aller. »

A suivre …

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