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L'émigration – le Romantisme et Germaine de Staël.

Publié le par Perceval

Weimar_1803 - Le peintre Otto Knille a réuni dans sa fresque Weimar 1803 les romantiques allemands des deux premières générations, le Sturm und Drang et le Cercle d'Iéna.

Weimar_1803 - Le peintre Otto Knille a réuni dans sa fresque Weimar 1803 les romantiques allemands des deux premières générations, le Sturm und Drang et le Cercle d'Iéna.

'' De L’Allemagne''

Les émigrés vont introduire le Romantisme dans la littérature française. Le rationalisme ( façon ''Lumières'' à la française) devient suspect...

''De l’Allemagne'' de Germaine de Staël grand succès après 1815 – au moment où les émigrés rentrent en France - est un livre qui va assurer la diffusion de ces idées...

En 1810, la police impériale avait saisi en France les 2000 exemplaires imprimés et seront pilonnés.

Napoléon lui fait rapporter :« Nous n’en sommes pas encore réduits à chercher des modèles dans les peuples que vous admirez.. Votre dernier ouvrage n’est point français. »

L’ouvrage paraîtra à Londres en 1813 et à Paris en 1814.

Qu’y a t-il donc de si terrible dans ce gros traité en deux volumes?

Gérard peint Mme de Staël, en son personnage: Corrine, à titre posthume.


Madame de Staël dénonçait déjà la stérilité, ou plutôt l’épuisement, du classicisme français.

Elle attendait la régénération par les auteurs du Nord, qui ont rejeté ce carcan de règles. C'est Germaine de Staël - fille des Lumières, attirée par la rêverie poétique et sensible à la relativité de choses – qui popularise le mot ''  romantisme '' : Déjà Delphine et Corinne ont fait souffler des ouragans sentimentaux.., assez proches de ceux rencontrés dans sa vie privée …

Romantiques à Iéna

« Le nom de romantique a été introduit nouvellement en Allemagne pour désigner la poésie dont les chants des troubadours ont été l'origine, celle qui est née de la chevalerie et du christianisme. » (…) « ... en considérant la poésie classique comme celle des anciens, et la poésie romantique comme celle qui tient de quelque manière aux traditions chevaleresques. Cette division se rapporte également aux deux ères du monde: celle qui a précédé l'établissement du christianisme, et celle qui l'a suivi. » G d St ( Chap XI De la poésie ...)

En 1803-1804, Germaine de Staël séjourne à Berlin, Francfort et surtout Weimar. Cette dernière ville lui semble une nouvelle Athènes, en moins classique. Schiller, et même Goethe, prennent peur devant cette femme qui raisonne tant et si vite...

Elle semble n'avoir peu de goût pour la philosophie idéaliste qui conduit – affirme t-elle – au mysticisme et à la superstition... Germaine de Staël, aura besoin d'être initiée au kantisme : un jeune anglais Henry Crabb Robinson (un puits de science..) va s'en charger... Puis, elle réussira à s'attacher Auguste Schlegel, avec le prétexte qu'il soit le précepteur de son fils Augustin.

Johan Christian Dahl, Dresde en 1839

En 1811, un second voyage en Allemagne va compléter ce panorama, une vision de l'Allemagne, contrastée avec un Sud presque latin et un Nord brumeux à souhait... Une Allemagne négligée : jusque-là, l’Europe attendait la lumière du Sud... Il existe, au-delà du Rhin, des écrivains, des philosophes, des peintres aussi, qui innovent, alors que la France impériale stagne. Paris doit cesser de se regarder le nombril...

Une Allemagne en pleine mutation. Politique aussi, puisque Napoléon a supprimé en 1806 le Saint Empire romain-germanique, mais aussi morale et intellectuelle. Les Français ont l’habitude d’une Allemagne faible et morcelée (elle compte environ 400 états !).. Par ses guerres, Napoléon accélère son unité comme sa «germanicité»...

 

Au contact des penseurs allemands, Mme de Staël, va accepter l'idée d'une double nature chez l’humain : d'une part l’empire des sens, auquel est abandonné le monde visible ; et le monde invisible de la pensée, du sentiment, de l’âme, donc immatériel.

 

« Le jour où l’on a dit qu’il n’existait pas de mystères dans ce monde, ou du moins qu’il ne fallait pas s’en occuper, que toutes les idées venaient par les yeux et par les oreilles, et qu’il n’y avait de vrai que le palpable, les individus qui jouissent en parfaite santé de tous leurs sens se sont crus les véritables philosophes. Faut-il donc appeler du nom de folie tout ce qui n’est pas soumis à l’évidence matérielle ? » ( G de St. De L'Allemagne )

 

Si Mme de Staël s’accorde à accepter, qu'il y a des phénomènes dont on ne peut pas saisir l’essence car l’individu ne perçoit que sa manifestation extérieure. Pour Friedrich Schlegel ( le frère d'August...), cependant, l’individu peut, à travers l’esprit poétique, percevoir dans la réalité des fragments de l’essence divine des choses...

PÉREZ VILLAAMIL Y DUGUET, Genaro (El Ferrol, La Coruña, 1807 – Madrid, 1854). San Juan de los Reyes, Toledo

Madame de Staël s’intéresse à la façon dont la religion se rattache, en Allemagne, à tout un système littéraire et philosophique basé sur un sentiment de l’infini, «positif et créateur», et sur une absence de limites, auxquels la plupart des écrivains allemands rapportent leurs idées religieuses.

Hermann Corrodi

Le sentiment religieux de l’infini, que la nature a revêtu de divers symboles, étant le véritable attribut de l’âme. Elle se rattache de nouveau aux théories des romantiques allemands sur la capacité de l’esprit poétique de percevoir des fragments de l’essence divine des choses par le biais des combinaisons - chimiques - des différents éléments qui composent la nature.

Ce sentiment religieux permet donc de lier les méditations philosophiques aux plaisirs de l’imagination et aide l’esprit poétique à souligner les contrastes dans la nature et dans l’âme. Ainsi, les poètes mystiques allemands se rattachent au sentiment d’une religion qui est loin du protestantisme ou du catholicisme.

 

Germaine de Staël se méfie de la tendance mystique de la religion... Elle va aussi évoluer sous l'influence de A. Schlegel, et de Charles de Villers, Elzéar de Sabran... N'oublions pas alors la tendance ''illuministe'' de mouvements religieux et théosophiques en Allemagne ...

Dans De l’Allemagne, Mme de Staël note aussi que les grands intellectuels allemands s’occupent d’occultisme et d’alchimie... mais, elle, ne peut pas tout accepter...

Germaine de Staël reste sceptique : « tout ce qui n’est pas susceptible de preuves peut être un amusement de l’esprit, mais ne conduit jamais à des progrès solides ». ( G de St. De L'Allemagne )

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